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Le Seigneur, qui Prédestinait cette jeune fille à devenir un vase d'élection
dont les riches trésors devaient se répandre sur l’Ancien et le Nouveau Monde, voulut la prévenir, dès son enfance, de faveurs privilégiées, et l’attirer à lui par ces attraits extraordinaires de la grâce qu'il ne communique qu'à ceux qu'il veut faire servir à ses grands desseins.
Voici comment elle raconte elle-même, avec une candeur et une simplicité angéliques, une vision qu'elle eut, lorsqu'elle était encore tout enfant, et qu’elle a toujours regardée comme le principe de sa vocation à la vie mystique.
“Je n'avais qu'environ sept ans, ditelle, lorsqu'une nuit, pendant mon sommeil, il me sembla que j'étais dans la cour d’une école champêtre, où; avec une de mes compagnes, je faisais quelque action innocente : ayant levé les yeux vers le ciel, je le vis ouvert, et Notre- Seigneur Jésus-Christ,en forme humaine, qui en sortait, et qui par l'air s’en venait droit à moi ; le voyant, je m’écriai à ma compagne : Ah! voilà Notre-Seigneur, c'est à moi qu’il vient... Cette sura-
dorable Majesté s'approchant de moi, mon cœur se sentit tout embrasé de son amour, et je commençai à étendre les bras pour l’embrasser. Alors ce plus beau des enfants des hommes, avec un visage plein d’une douceur et d’un attrait indicibles, m’embrassa, et, me baisant amoureusement, me dit : Voulezvous être à moi ? Je lui répondis : oui ; et ayant eu mon consentement, nous le vimes remonter au ciel.”
L'effet de cette première visite du céleste Epoux fut de dégager le cœur de la jeune vierge de toute affection pour les amusements si naturels à son âge, et de lui imprimer une vive inclination pour la vertu, en même temps que l'esprit de retraite et de prière. Ce premier rayon de l’éternelle lumière s'était réfléchi avec tout son éclat dans cette âme, dont aucun souffle terrestre n'avait terni le miroir limpide et sans tache.
Docile à l’esprit intérieur, elle faisait ses délices de se retirer dans les lieux
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solitaires, et dans les églises les plus recueillies pour vaquer à la prière et à l’oraison, quoiqu'’elle n'eût encore aucune idée de la vie intérieure. ‘ Le divin Sauveur, en remontant doucement au ciel à sa vue, avait emporté avec lui son cœur et son esprit, en sorte que l’un et l’autre s’y élevaient continuellement ; et ce divin baiser remplit son âme d’une telle dévotion qu'elle ne cessa plus de courir après lui à l'odeur de ses parfums.’ Durant ses longues visites au pied des saints autels, elle regardait prier les personnes pieuses, et voyant leur posture humble et leur maintien respectueux, elle se prenait à penser que Dieu devait certainement les exaucer. Alors elle s’appliquait à les imiter, et passait ainsi de longues heures agenouillée modestement, tenant ses petites mains enfantines élevées vers le ciel, et absorbée dans une sorte d’extase. Elle traitait ainsi avec Dieu de ses besoins spirituels avec une naïve simplicité, certaine d'obtenir tout ce qu'elle demanderait avec humilité.
Un charme invisible et secret, dont elle ignorait la cause, lui faisait désirer ardemment et savourer avec ivresse ces communications avec Dieu.
Tout son être était tellement épris des choses du ciel, que, même pendant ses petites récréations, elle se plaisait à imiter les actions de piété et de dévotion.
Elle se mettait à genoux, sc prosternait, joignait les mains, élevait les yeux au ciel, se frappait la poitrine, en un wot, faisait, par amusement, ce qu’elle voyait faire à l’église, ou faisait elle-même dans ses prières.
Ces pieux amusements, que les parents regardent souvent, dans les enfants ordinaires, comme des signes de vocation à la vie ecclésiastique ou religieuse, lui causèrent plus tard de cuisants remords.
et lui furent un grand sujet de larmes pendant de longues années. Quoiqu'’elle n'eût en cela aucune intention qui ne fût louable, elle s’en faisait cependant d’amers reproches, les regardant comme des défauts qui élevaient dans son âme
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de légers nuages et interceptaient l'éclat des rayons célestes dont l’Esprit-Saint voulaii l’inonder.
Cette flamme divine du pur amour, qui embrasait déjà le cœur de la jeune Marie, ne tarda pas à s’épancher au dehors en œuvres de charité et de bienfaisance envers le prochain, et surtout envers les membres souffrants de Jésus- Christ. Elle était émue de compassion chaque fois qu’elle voyait un pauvre ou un infirme. Elle trouvait un charme indicible à les assister, à les vêtir et même à les servir dans leurs besoins.
Elle était heureuse de se trouver au milieu d'eux, de rester en leur compagnie pour leur donner des paroles de consolation, et faire briller un rayon de lumière dans la nuit de leur misère, une étincelle de chaleur, sur leurs membres endoloris.
Elle aimait à s'asseoir à table avec eux, et ne trouvait aucune répugnance à se nourrir de leurs ‘2stes. Elle était contristée lorsqu'elle se trouvait dans l’impossibilité de les assister, et elle se serait
dépouillée avec bonheur pour les couvrir.
Son extrémescharité lui fit quelquefois commettre des excès qu’elle avoue ellemême avec naïveté ; mais son intention était toujours pure ; et d’ailleurs Dieu lui révéla plus tard qu'elle agissait en cela selon son inspiration.
Un jour qu'elle allait porter l’aumône à quelques pauvres, elle passa par hasard près d’une voiture que l’on était occupé à charger. Les travailleurs qui ne la voyaient pas, ayant relevé tout à coup la voiture, la manche de sa robe s’accrocha au timon ; elle fut enlevée en l’air et retomba avec violence sur le pavé.
Les voituriers la crurent morte, et coururent vers elle tout épouvantés ; mais elle n'avait reçu aucun mal. Dieu lui fit connaitre alors intérieurement qu’elle devait son salut à sa charité pour les pauvres.
Elle quitta bientôt tous les livres profanes ou purement récréatifs, pour s’adonner à la lecture des ouvrages de piété ; et elle cherchait à s'éloigner,
aussitôt que la charité le lui permettait, de la conversation des persOnnes de son âge, pour se retirer dans la solitude, et se livrer, dans ses lectures pieuses, à la recherche du bien invisible vers lequel elle se sentait attirée invinciblement sans pouvoir le comprendre. Tous ceux qui la connaissaient étaient étonnés et édifiés de voir tant de sagesse et de vertu dans un âge si tendre. Elle-même ne se rendait pas compte des divines opérations de Jésus-Christ dans son âme ; elle se contentait d'écouter la voix intérieure qui s'élevait du fond de son être et que lui murmuraient toutes les créatures, de suivre l'attrait de la grâce qui l’entrainait vers l’oraison et la pratique de toutes les vertus. “ Comme une abeille qui ramasse la rosée des plus belles fleurs, afin d’en faire son miel, elle pratiquait avec une merveilleuse fidélité tout le bien qu’elle voyait faire ; elle se portait à cela nonseulement sans peine, mais encore avec le plaisir qui accompagne pour l'ordinaire la vertu consommée.” L’Esprit-
Saint, qui n'avait pas permis qu'elle eût d'autre directeur que lui-même, l’éleva ainsi à une éminente sainteté, dont les premiers fruits furent une innocence et une pureté d'ange, une patience à toute épreuve, et une humilité que l'éclat des plus insignes faveurs 2 put jamais ébranler un instant.
Ce fut à cette époque, c’est-à-dire vers l’âge de quatorze ou quinze ans, qu’elle se sentit entraînée par une inclination irrésistible vers la vie religieuse. Elle se rendait souvent en visite de piété à l’abbaye de Beaumont, dont Madame Anne de Babou de la Bou:daisière, proche parente de sa mère, était abbesse. Ce monastère, dont les religieuses suivaient la règle de Saint Benoit, était le seul qui fût connu dans la ville de Tours ; car les Carmélites ne faisaient alors que de commencer à y former un établissement,
En contemplant ces pieuses vierges dont la vie pure et toute spirituelle s'écoulait sous le regard de Dieu, dans le silence et là prière, son imagination
s'enflammait, et elle se serait crue en paradis s’il lui eût été donné de se mêler pour toujours au chœur de ces anges consacrés au Seigneur. Elle s’en ouvrit à sa mère qui lui en témoigna beaucoup de joie, et lui dit que la supérieure, madame de Beaumont, étant sa parente, serait certainement fort heureuse de l’admettre au nombre des religieuses de son monastère ; mais elle ajouta qu’elle était bien jeune encore, et que c'était une affaire impoi.ante qui demandait du temps et de la réflexion.
Il est certain que si à cette époque la jeune Marie avait eu un directeur, elle eût embrassé dès lors la vie du cloître ; mais la direction spirituelle lui était absolument inconnue, et elle ne s’imaginait nullement qu'elle dût s'ouvrir à personne, même à son confesseur, des affaires de sa conscience qui ne regardaient pas la confession. (Comme. elle était fort craintive, elle n’osa pas insister davantage. Sa mère, d’un autre: côté, voyant qu’elle ne faisait plus d’allasion
à ce sujet, crut, Comme il était nature] de le supposer, qu'elle avait oublié son Premier dessein :
> et comme l'enfant était || 0 d’ailleurs d’une h