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pices, et qui cache sous des fleurs tant de ronces et d’épines. Jamais peut-être depuis le jour où le bienheureux Saint Joseph gravit avec Marie les degrés du temple de Jérusalem, aucun époux ne conduisit à l'autel une vierge plus chaste ec plus pure. Sa robe d’innocence était aussi éblouissante de blancheur qu’au jour de son baptême, et pas une fleur n’était tombée de cette couronne de lis que les anges avaient posée sur son front à son entrée dans la vie.
Aussitôt qu'elle se vit chargée de la conduite de sa maison, elle se livra tout entière à i'examen des devoirs que son nouvel état l’obligeait de rendre à Dieu, à son époux, à ses domestiques et à elle-même. Fermant toutes les avenues de sa demeure aux attraits des plaisirs et aux dangereuses frivolités du siècle, elle y fit entrer avec elle la crainte de Dieu et l’ordre le plus parfait. M. Martin, son mari, possédait une manufacture de soierles qu'il dirigeait lui-même ; il étaii en conséquence obligé de garder
un grand nombre de domestiques et d'ouvriers. Le premier soin de son épouse fut d'étudier le caractère de chacun d'eux, de les entourer de prévenances et d'affection, et de s’en faire aimer, afin d'acquérir de l’ascendant sur eux, pour les guider ensuite dans les voies de la vertu. Elle les réunissait chaque soir pour faire la prière en commun ; et elle veillait avec soin à ce qu'ils s’acquittassent de tous leurs devoirs comme de bons chrétiens. Souvent elle les faisait approcher du sacrement de pénitence, afin de conserver leurs âmes dans l'innocence. Et pour les exciter davantage à la pratique des bonnes œuvres, elle allait écouter la parole de Dieu, ‘“ d’où, continue son fils, retournant, comme Moïse, la tête toute remplie de lumière, elle leur répétait ce qu'elle avait entendu, en y ajoutant ses propres pensées. ”
Elle sut si bien s’insinuer en peu de temps dans leur esprit qu’ils finirent par la regarder plus comme leur mère que
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comme leur maîtresse. Et lorsque, dans la suite, ils la virent courbée sous le
fardeau des croix les plus accablantes et
cons :rver toujours le même visage calme et souriant, la même inaltérable douceur, leur vénération et leur tendresse filiale ne connurent plus de bornes. Ravis d’admiration, ilslasuivaient furtivement du regard, lorsqu'ils croyaient n'être pas observés ; ei de grosses larmes coulaient le long de leurs joues en voyant tant de courage et de sérénité au milieu de si poignantes angoisses. Toute sa consolation alors était dans la prière où elle venait sans cesse retremper ses forces, et dans l’union avec Dieu qu’elle ne perdait jamais de vue.
Dès le matin, après avoir consacré à Dieu de longues oraisons, elle se rendait à l’une des églises de la ville, pour y assister au saint sacrifice de la messe, d’où elle revenait dès l'heure que le devoir la rappelait sous le toit domestique. Car son amour pour la retraite ne la détournait nullement de l'exactitude
tions les devoirs trouble dans les
Depuis le Jour où foi au pied des Sain consacré toute son
disait que son mari lui tenait la place de Dieu, qu'il était son chef comme Jésus- Christ est le chef de l'Eglise, et qu’elle devait lui être soumise comme l'Eglise l’est à son chef. Aussi obéissait-elle au moindre signe de sa volonté, et cherchait-elle à lire dansses regards ses plus légers désirs, qui devenaient ‘des ordres « pour elle. Au reste, le joug qui unissait les deux époux était un joug de tendresse et de paix ; car M. Martin avait pour son épouse l'affection la plus sincère. Doué des plus belles qualités de l’âme et du corps, il était digne de posséder le précieux trésor que Dieu lui avait mis entre le: mains ; et il avait su l’apprécier dès le premier instant. Son admiration se changea en enthousiasme, lorsqu'il l’eut connue davantage ; car chaque jour lui révélait une nouvelle qualité de cette vertueuse épouse ; et il finit par avoir pour elle tout le respect et la vénération dus à une sainte. Leur union offrait ainsi le modèle le plus parfait d'un mariage chrétien ; car l’a-
mitié surnaturelle qui les unissait ne provenait pas de cet enthousiasme fragile et éphémère qui naît de l'admiration de la beauté physique. et des dons de la nature, mais du sentiment du devoir et des principes de la foi. Leurs cœurs, unis ensemble et appuyés sur Dieu, s'élevaient vers le ciel, comme deux ceps de vigne enlacés au même tronc.
Pendant les deux années que dura cette union, la servante de Dieu eut à souffrir de cruelles épreuves, dont son mari fut la cause innocente. Sa vertu parut alors plus éclatante que jamais, surtout aux yeux de son époux ; car elle ne cessa pas un seul instant de lui témoigner l’attachement le plus inviolable, la tendresse la plus expansive et en même temps la plus respectueuse. Refoulant, avec toute l’énergie d’une grande âme, ses peines et ses angoisses au fond de son cœur, elle ne laissait paraître au dehors qu'un visage serein, un caractère ouvert et une douceur inaltérable. Tout le monde était dans le ravissement de
voir, dans une jeune personne de dixhuit ans, une patience si héroïque et une vertu si consommée ; ‘ mais l’on ne voyait pas, dit-elle, ce que j'expérimentais dans l’intérieur de mon âme, ni comme la bonté de Notre-Seigneur y opérait ; et moi-même je ne concevais pas comment cela se faisait, sinon que je suivais son attrait dans l’oraison, et lui obéissais pour pratiquer les vertus dont il me faisait naître l’occasion.”
(çuelles furent ces croix dont il plut alors au ciel de la visiter ? Nul ne le sait. L'ingénieuse charité de l'épouse et la piété filiale du fils ont su les déro.
ber aux regards, et les ensevelir dans un éternel oubli, de crainte de nuire à la mémoire d’un époux et d’un père.
Mais peu importe, ajoute son fils, que la main qui blessait fût innocente ou criminelle ; ce coup fut donné et la plaie ne laissa pas de saigner longtemps et de causer de la douleur.”
Son mari ne pouvait se consoler ni se pardonner à : lui-même d’avoir été la
cause involontaire de son chagrin ; ilen versait des larmes amères, et plus d’une fois il se jeta à ses genoux pour lui en demander pardon ; mais elle le relevait avec bonté et le rassurait en lui disant qu'elle l'en aimait davantage, car cet incident lui avait donné l’occasion de connaître sa vertu et son attachement.
Un courage si admirable ne rappellet-il pas l’idéal de la femme force tracé par l’Ecriture ?
Mais où cette âme virile puisait-elle tant d’héroisme ? Ah ! c’est qu’elle allait chaque jour se prosterner aux pieds du Seigneur, qui, chaque jour aussi, relevait sa servante avec amour, et lui donnait la force de relever à son tour son époux prosterné dans l’aflliction ! c’est qu'elle nourrissait chaque jour son âme de ce double aliment qui fait les forts :
la parole de Dieu et la sainte Eucharistie ! “ La divine Majesté, dit-elle, non contente de m'avoir donné le dégoût des choses vaines et la force pour porter les crojx qu'elle avait permis m'arriver, me
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fortifia l'esprit intérieur, et me donna une grande inclination pour la fréquentation des sac'ements. Ces approches fréquentes me donnaient un grand courage et une grande suavité dans l’âme, avec une foi très vive qui établissait en mon esprit une ferme créance des divins Mystères.
“ Cette foi vive me faisait opérer plusieurs bonnes œuvres et engendrait en mon âme un esprit d'oraison qui perfectionnait ce que j'avais de bon en moi par les grâces et faveurs que j'avais reçues auparavant. Je n'avais plus de cœur ni d'esprit que pour le bien ; plus j'approchais des sacrements, plus j'avais de désir d'en approcher ; parce que je connaissais par expérience que j'y trouvais ma vie et tout mon bien, et que mon attrait pour l’oraison s’y fortifiait beaucoup.
“ Dès mon enfance, continue-t-elle, ayant appris que Dieu parlait par la bouche des prédicateurs, cela me semblait admirable ; et j'avais une grande inclination à les aller entendre. ?
‘“ Etant devenue plus grande, la foi que j'avais dans le cœur, jointe à ceque j'entendais de cette divine parole, opérait de plus en plus dans mon âme le désir de l'écouter. J'avais une si grande vénération pour les prédicateurs, que lorsque j'en voyais quelqu'un par les rues, je me sentais portée d’inclination à courir après lui, et à baiser les vestiges de ses pieds. Une petite prudence me retenait ; mais je le conduisais de l’œil jusqu’à ce que je l’eusse entièrement perdu de vue. Je ne trouvais rien de plus grand que la parole de Dieu ; et c'était ce qui produisait en mon cœur l'estime de ceux auxquels Notre-Seigneur en avait commis le ministère.
Lorsque j'écoutais cette parole sainte, il me semblait que mon cœur était comme un vase dans lequel cette divine parole découlait comme une liqueur. Ce n'était point une imagination, mais un effet réel de l'Esprit de Dieu qui était en cette prédication, et qui par une effusion de ses grâces opérait de la sorte dans
mon âme, laquelle ayant reçu cette plénitude abondante, ne la pouvait contenir et était obligée de l’évaporer dans l’oraison. Il me fallait même en parler, parce que mon esprit ne pouvait contenir cette abondance : ce que je faisais à Dieu et aux personnes de la maison, avec une grande ferveur et un grand zèle, en y ajoutant mes propres pensées qui me rendaient éloquente.
‘ Une fois en un sermon sur le Saint Nom de Jésus que le prédicateur avait nommé plusieurs fois, cette divine parole, comme une manne céleste, remplit mon cœur si abondamment que tout le jour ma respiration ne disait autre chose que : Jésus, Jésus, sans pouvoir finir... Dieu me donnait de grandes lumières en cette assiduité d’entendre sa sainte parole, et mon cœur était tout embrasé jour et nuit, ce qui me faisait parler à lui d’une façon intérieure qui m'était nouvelle et inconnue.
“ Maintenant que j'ai plus de connaissance et d'expérience en la vie spirituelle,
je reconnais que la bonté divine me prévenait par de grandes grâces et me remplissait des bénédictions de sa douceur, pendant que, d'un autre côté, j'avais de grands sujets de croix dans une condition qui m'en produisait de continuelles. ”
Ce n'était pas sans dessein que la sagesse divine, dont l’invisible main dispose de tout avec force et suavité, conduisait sa servante à travers ce chemin d'aspérités et de ronces, où ses pieds s’ensanglantaient si cruellement ; elle voulait raffermir ses pas à l’entrée de cette voie sublime qu'elle lui avait tracée de toute éternité. La Mère de l’Incarnation reconnut plus tard ce dessein providentiel. En consumant ainsi dans son cœur toute affection terrestre par la flamme des tribulations, et en lui inspirant cette soif de la parole de Dieu en même temps que ce zèle et cette facilité de l’épancher au dehors, la divine Providence la préparait à son insu à la vie d’apostolat.
‘“ Dès mon enfance, écrivait-elle des Ursulines de la Nouvelle-France, il me semble que Dieu me disposait à la grâce que je possède maintenant, car j'avais plus l'esprit dans les pays éloignés, pour y considérer les généreuses actions de ceux qui y travaillaient et souffraient pour Jésus-Christ, que dans les lieux que j'habitais. Mon cœur se sentait uni aux âmes apostoliques d'une manière tout extraordinaire. Il me prenait quelquefois des saillies si excessives que si le respect humain ne m'eüt retenue puissamment, j eusse couru après ceux que je voyais portés au salut des âmes.
Jene savais pas pourquoi j'avais tous ces mouvements, car je n'avais ni de la conduite ni de l'esprit pour le reconnaître. Aussi n’était-1l pas temps, parce que Celui qui dispose les choses douce.
ment voulait que je passasse par divers états et par des vuies différentes avant que de "manifester sa sainte volonté e à la plus indigne des créatures. ?
L'Esprit-Saint, qui lui parlait ‘sans
cesse au cœur par des gémissements ineffables, lui faisait aussi entendre sa voix par la bouche de tous les êtres de la création. Elle entendait sans cesse s'élever de tous les objets de la nature un concert de suaves accents qui murmurait à son oreille lenom du Seigneur et les merveilles de son amour. Mais de tous les objets extérieurs dont Dieu se servait pour l’instruire, nul ne lui faisait une impression aussi vive, nul ne la ravissait davantage que les saintes cérémonies de l’église. En lui mettant sous les yeux ces augustes symboles, l'Esprit-Saint lui découvrait la manne cachée qu'ils renferment. Eclairant son intelligence d’une lumière surnaturelle, il lui en révélait le sens mystérieux et les rapports qui les rattachent à la Divinité.
‘“ L’admiration qu'excitaient en mon esprit la sainteté et la majesté des saints mystères, fortifiait ma foi, augmentait mon amour et me liait à Notre-Seigneur
d’une manière tout extraordinaire. Je 4%
m’épanchais en actions de grâces de ce qu'il lui avait plu de me faire naître de parents chrétiens et catholiques, et de ce qu’il m'avait appelée à la vocation de fille de l'Eglise. Plus j'avançais en connaissance, plus j'avais de sentiments d'amour pour ces saintes cérémonies de l'Eglise ; et lorsque je voyais aux processions la croix et la bannière que les chrétiens ont coutume de suivre, mon esprit et mon cœur tressaillaient de joie. J'avais vu un chef militaire logé dans nos quartiers, et j'avais remarqué que ses soldats le suivaient avec leur drapeau lorsqu'ils allaient à leurs exercices. Voyant donc le crucifix attaché à la croix et la bannière avec ses figures, je disais en moi-même : Ah! voilà aussi mon chef, voilà sa bannière, je la veux suivre, comme les soldats suivent la leur. Et ainsi je suivais la procession avec un grand sentiment de ferveur.
J'avais les yeux fixés sur le crucifix et j'allais répétant sans cesse dans mon cœur : Ah! c’est là mon chef, je le veux suivre.
“ J'avais une foi si vive pour tout ce qui se fait à l'église, qu'il me semblait que c'était ma vie et mon «liment.
“ En ce temps-là, je me hâtais d'entrer des premières dans les églises, afin d’y voir les saintes cérémonies et l'office solennel qui s’y faisait. Toute mon occupation dans l’intérieur du temple était de voir et d’entendre. Un jour dans une procession du Très Saint-Sacrement, mon cœur et mon.esprit furent si ravis en Dieu au sujet de ce sacrement d'amour, que je ne voyais pas à me conduire. J'avais la vue couverte, en sorte que je marchais au hasard et comme une personne 1vre. ”