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corps en ce moment. La vue de la très sainte Trinité me fut encore communiquée, et ses opérations manifestées, mais d'une façon plus élevée et plus distincte. L’impression que j'en avais eue la première fois avait opéré son principal effet dans l’entendement ; et il me semble que la divine Majesté ne me l'avait faite que pour m'instruire et me disposer à ce qu'elle voulait m'accorder plus tard. Mais ici, quoique l'entendement füt autant et peut-être plus éclairé qu'auparavant, la volonté prédomina, parce que la grâce présente était toute pour l’amour et par l’amour.
Je voyais les communications internes des trois Personnes, comme je les avais vueë la première fois, mais je fus bien plus amplement instruite de la génération éternelle du Verbe. Oh ! que ce mystère est ineffable ! que le Père se contemplant engendre un autre luimême, qui est son image et son Verbe ; que cette génération ne cesse point, que ce Verbe soit égal à son Père en puissance,
en grandeur, en majesté ; et que le Père et le Verbe par leur amour mutuel produisent cet Esprit d'amour qui leur est pareillement égal en tout, cette vue a quelque chose de la vraie béatitnde, parce que non-seulement on connaît Dieu, mais encore on en jouit par une fruition amoureuse, dont{l’âme est nourrie d'une manière ineffable.
“ Etant donc tout abîmée en la contemplation de cette suradorable Majesté, je lui rendais mes adorations et mes hommages, et je confessais ma bassesse, lorsque tout à coup j'oubliai la personne du Père et celle du Saint-Esprit et me trouvai absorbée en celle du Verbe divin qui s'empara de mon âme. Se voyant si riche par la jouissance de son bien infini, elle voulait tout pour lui et rien pour elle ; n’aimant rien que d’être dénuée de tout, et heureuse de pouvoir le posséder lui seul. Oh ! que cette jouissance est délicieuse ! C’est un labyrinthe d'amour, on en est enivré et saintement enchanté.
L'on ne sait ce qu’on est, ni si l’on est,
parce qu'on se trouve perdu dans cet océan d'amour. Par petits moments, je me connaissais, et un rayon de lumière me donnait la vue du Père et du Saint-Esprit. Aussitôt je faisais des actes d’adoration, de soumission et d’amour ; puis, sans que je m’en aperçusse, je me retrouvais en. union avec le Verbe, où j'étais perdue comme auparavant. Mais bien que je sentisse opérer le Verbe en moi, je ne sortais point de l'unité de l'essence. Mon esprit apercevait les opérations appropriées à chacune des trois Personnes divines. Lorsque le Verbe divin opérait en moi, le Père et le Saint-Esprit regardaient son opération, et tout cela n’empéchait pas l’unité du principe agissant qui était le même dans les trois Personnes. Ce fut alors que.
j'expérimentai que le Verbe est véritablement l’Epoux de l’âme. Ce mystère est un abîme si profond, que tout ce qu'on peut en dire n’approche point de la réalité. I] me faudrait l'intelligence des Séraphins pour nouvoir dire ce:
qui se passa dans cette extase et ce ravissement. L'âme expérimente sans cesse ce moteur gracieux qui, dans cette alliance spirituelle, a pris possession d'elle, l’'embrase et la consume d’un feu’ sacré si doux et si agréable qu'il lui fait chanter un épithalame sans fin. Les livres ni l’étude n’en peuvent révéler les paroles, car elles sont toutes célestes et toutes divines. Enfin je n'ai jamais ressenti une plus grande grâce, et je ne pense pas en jamais recevoir une pius grande en cette vie. Je n’y saurais penser sans une nouvelle émotion de cœur, et le sentiment en est toujours demeuré dans mon âme. Ce mot, VERBE ÉTERNEL, m'est une nourriture qui me remplit sans cesse, et un parfum dont mon âme est continuellement embaumée.”
Fix Du PREMIER VOLUME.