‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 3)Chapitre 29 sur 31 · St Thomas, prima · texte numérisé non relu

St Thomas, prima

trois personnes de la très auguste Trinité, avec chacun des neuf chœurs de ceite suprême hiérarchie : la solidité inébranlable des pensées du Père dans les uns, qui en ont recu le nom de Trônes ; les splendeurs et les lumières du Verbe dans les autres qui pour cela sont nommés Chérubins ; et les ardeurs du Saint-Esprit dans les derniers, d’où ils sont appelés Séraphins ; enfin la communication de la très sainte Trinité en l’unité d'essence avec cette hiérarchie, qui ensuite mauifeste les volontés divines aux autres esprits célestes selon leurs ordres. !

Mais laissons notre bienheureuse raconter elle-même toutes les phases de cettre grande vision ; car elle seule peut trouver des termes pour dire, autant qu’il est donné à une créature terrestre, les merveilles des sphères éternelles.

1. Ce passage est en partie tiré d’une seconde relation de cette vision, qu’elle écrivit peu de temps avant sa mort, pour satisfaire aux instances pressantes de son fils. La lettre qui la contenait ne lui parvint qu'après la mort de sa mère.—‘ C’est véritablement le chant du cygne. ajoutet-il, et le dernier effort de son esprit, n’ayant jamais parlé plus hautement de Dieu, ni des choses divines ; et l’on

dirait que quand elle l’a écrite, Dieu lui avait déjà donné par avance un rayon de la lumière éternelle.””

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# Un matin, pendant que j'entendais la sainte messe, mes yeux furent tout à coup fermés ; et mon esprit élevé et absorbé dans la vue de la très sainte et très auguste Trinité. En ce moment, toutes les puissances de mon âme furent arrêtées, et reçurent l'impression de ce divin mystère. Cette impression était sans forme ni figure, mais plus claire et plus intelligible que toute lumière. Elle me fit d’abord connaître que mon âme était dans la vérité ; et cette vérité me fit voir en un moment l’admirable commerce qu'ont ensemble les trois divines Personnes : l'intelligence du Père qui, se contemplant lui-même, engendre son Fils de toute éternité ; et l'amour mutuel du Père et du Fils qui produit le Saint- Esprit ; ce qui s'opère par un réciproque plongement d'amour, mais sans mélange et sans confusion. Je recevais l’impression de cette production, entendant ce que c'est que spiration et production, spiration active et spiration passive.

Mais la pureté de cette spiration et

de cette production est si haute et si sublime que je n'ai point de termes pour l'exprimer. Voyant les distinctions, je connaissais l'unité d'essence entre les divines Personnes ; et quoiqu'il me faille plusieurs mots pour le dire, en un moment et sans intervalle de temps, je connaissais l'unité, les distinctions et les opérations, soit dans elles-mêmes, soit hors d'ellesmêmes. J'étais néanmoins éclairée par degrés, d’une certaine manière spirituelle, selon les opérations des trois Personnes divines hors d’elles-mêmes.

Mon âme était instruite de cette vérité d'une façon ineffable, qui me fit perdre toute parole, car elle était abimée dans cette lumière. Elle portait dans cette impression la grandeur de la Majesté de Dieu qui ne lui permettait pas de lui parler ; mais quoiqu’ainsi anéantie dans cet abime de lumière comme le néant dans le tout, cette suradorable Majesté l’instruisait par son immense et paternelle bonté, sans que sa grandeur füt retenue par aucun obstacle de ce néant.

‘ Dans le même attrait et dans Ia même impression, cette très sainte Trinité instruisait mon âme de ce qu'elle opère elle-même par communication dans la suprême hiérarchie des anges, savoir : des Chérubins, des Séraphins et des Trônes, leur signifiant ses saintes volontés sans internosition d'aucun esprit créé. Et je voyais distinctement les opérations et les rapports de chacune des divines Personnes dans chacun des chœurs de cette suprême hiérarchie. Je voyais que le Père Éternel habite dans les Trônes, ce qui m’indiquait la pureté et la solidité de ses pensées éternelles ; que le Verbe par la splendeur de ses lumières se communique aux Chérubins ; que le Saint-Esprit se répand dans les Séraphins et les remplit de ses ardeurs ; qu'enfin toute la très sainte Trinité, en l’unité de sa divine essence, se communique à cette suprême hiérarchie, qui ensuite manifeste les volontés divines aux autres esprits célestes selon les ordres qu'elle en reçoit, Mon âme

était toute perdue dans ces grandes splendeurs, et abimée dans cet immense océan où elle voyait et entendait des choses inexplicables. Il semblait que la divine Majesté se plût à l'illuminer de plus en plus en des choses qui surpassent infiniment la faiblesse de la créature.

“ Il me fut encore montré que bien que la Divinité ait mis de la subordination dans les anges, pour recevoir l’illumination les uns des autres par degrés, néanmoins, lorsqu'il lui plait, elle les illumine par elle-même selon ses desseins ; ce qu'elle fait aussi en ce monde à quelques âmes choisies. Je comprenais aussi de quelle manière mon âme était créée à l'image de Dieu ; que la mémoire avait rapport au Père Éternel, l'entendement au Fils, et la volonté au Saint-Esprit ; et que de même que la Très Sainte Trinité est trine en personne et une par essence, de même aussi l’âme est trine en ses puissances, et une en sa substance. ”

Ce fut dans la vingt-cinquième année de son âge que la bienheureuse Marie reçut cette visite du ciel. Cette extase est une des preuves les plus manifestes de l'esprit surnaturel dont elle était animée ; et si l’on y joint la pratique des plus sublimes vertus, une angélique humilité, une obéissance sans bornes, une patience et une rharité héroïques on ne peut s'empêcher d’y reconnaitre la plénitude de la sainteté. Comment, en effet,sans un miracle éclatant de la grâce, une jeune femme, qui n'avait reçu que l'éducation ordinaire aux personnes de son sexe, aurait-elle pu pénétrer si avant dans les plus incompréhensibles mystères de la foi, et exprimer en termes si clairs, si justes, si précis ce que n’ont pu qu'entrevoir les plus beaux génies, les plus grands théologiens, les Bonaventure, les Thomas d'Aquin, après avoir pâli toute leur vie sur les livres. Un tel prodige déconcerte ia prudence teen et entraîne la conviction.

À la suite de cette vision, la servante

de Dieu entra dans une nouvelle phase de la vie intérieure. Pendant longtemps son esprit, tout absorbé dans l’auguste Trinité, ne put se détacher de la contemplation des trois adorables Personnes.

Elle en coucut de grandes appréhensions pour son salut, croyant que ce pouvait étre quelque illusion de son imagination, ou quelque piège de Satan qui se déguisait en ange de lumière pour la retarder dans la vie spirituelle et l’éloigner de la pratique des vertus. Malgré les assurances réitérées que lui donnait son confesseur, qui, pour calmer ses craintes, ne cessait de lui répéter que ces illuminations venaient d’en haut, elle vivait dans un continuel tremblement, lorsqu'un jour, étant en oraison, plongée dans le doute et la désolation, elle entendit une voix intérieure qui lui dit : ‘“ Demeure-là, comme la colombe dans son nid.” À l'instant toutes ses craintes se dissipèrent comme de légères vapeurs aux premiers rayons de l’aurore.

La sérénité renaqui: dans son âme, et,

selon son expression, elle s’endormit dans cet auguste mystère comme dans une couche divine, où elle prenait son repos, et se nourrissait d’une manne céleste.

Cette faveur insigne fut comme le dernier prélude et le gage solennel de l'alliance que Dieu voulait consommer avec cette àme privilégiée. C'était l'époux qui venait au-devant de l'épouse, les mains chargées des présents les plus rares et les plus précieux, et offrant sa corbeille pleine de couronnes et de fleurs, afin d'achever de captiver le cœur de sa fiancée.

Cependant telle est l’incompréhensible pureté du Maitre souverain, qu'après tant d'épreuves et de croix, tant d’alternatives d’espérances et de craintes, tant de témoignages de tendresse et de dévouement, il ne trouvait pas sa créature encore assez purifiée de tout limon terrestre, pour l'admettre immédiatement à l'union suprême. Il la laissa languir encore pendant de longs

Va

jours, afin d’enfoncer plus avant dans la plaie dont il l'avait blessée au cœur, le dard sacré du saint amour.

Enfin, après qu'elle eut passé par de nouvelles croix et de nouvelles épreuves, par des frayeurs et des tentations plus terribles que toutes les précédentes, après s'être vue descendre, au moment de recevoir la plus grande de toutes les grâces, jusqu’au fond de l’abîme, plongée dans un délaissement et un abandon complet, le Seigneur daigna se laisser fléchir, et convier son épouse, couronnée de toutes les vertus, à l’innffable honneur du céleste hyménée. Ce fut dans la vingt-septième année de son âge que la grande servante de Dieu reçut cette faveur, la plus sublime qui puisse être départie ici-bas à une créature mortelle, Voici l'incomparable récit qu’elle nous en a laissé elle-même.

“ Un matin que j'étais en oraison, Dieu absorba mon esprit en lui par un attrait extraordinairement puissant. Je ne sais en quelle posture demeura mon

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