Le P. Le Caron, missionnaire récollet
tères sacrés parmi ces tribus barbares, au cœur même de l'dolâtrie sauvage.
“ Il serait difficile, écrivait-il en parlant de son voyage, de vous dire la lassitude que j'ai soufferte, ayant été obligé d’avoir tout le long du jour l’aviron à la main et de ramer de toute ma force avec les sauvages. J'ai marché plus de cent fois dans les rivières, sur des roches aiguës qui me coupaient les pieds, dans la fange, dans les bois, où je portais le canot et mon petit équipage... Je ne vous dirai rien du jeûne pénible qui
nous désola, n’ayant qu’un peu de sagamité, espèce de pulment composé d’eau et de farine de bled-d’inde, que l’on nous donnait soir et matin, en très pe-
tite quantité. ” Ainsi ce courageux enant de Saint-François ouvrait par des fatigues et des souffrances inouïes ce chemin vers les Hurons que d’autres apôtres devaient clore avec leur sang.
La moisson allait être abondante ; mais avant d'avoir défriché ce nouveau champ du père de famille, couvert de ronces, les
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ouvriers du Seigneur devaient arroser chaque pierre de leurs sueurs, cueillir une douleur sur chaque épine. Enfin après avoir longtemps semé dans les larmes, les moissonneurs devaient revenir courbés sous les gerbes.
Plusieurs missionnaires suivirent, à divers intervalles, les traces du P.
Le Caron, tandis que l'évangile était annoncé à d’autres peuplades sauvages.
Ce ne fut toutefois qu’en 1634 que trois religieux de la Compagnie de Jésus, les Pères de Brebeuf, Daniel et Davost, fondèrent définitivement la mission huronne qui ne fut interrompue que par la destruction de cette nation (1649).
Nous nous trouvons ici en présence d’un des plus beaux phénomènes que la terre ait jamais offerts au ciel, et qui fera l’éternelle admiration des anges et des hommes : la vie du missionnaire dans les bois au milieu des nations sauvages ! Qui dira les inénarrables travaux de son apostolat, ses dangers, ses longues et pénibles marches, ses
privations, ses jeûnes, ses veilles, ses incomparables vertus ? À peine descendu au rivage de sa nouvelle patrie, il s'enfonce dans le dédale de la forêt.
Il a dit adieu à tout ce qu'il avait de plus cher au monde ; —adieu aux cheveux blancs de sa mère, qu'il a baignés de ses larmes dans une suprême et dernière étreinte ; —adieu au seuil de ses ancêtres, où il laisse peut-être une opulente fortune et un beau nom, car souvent cet humble soldat du Christ est le rejeton d’une noble lignée !—; adieu au beau pays de France dont le souvenir attendri vivra longtemps dans son cœur, et sera l’holocauste quotidien qu'il immolera sur l’autel de ses affections parmi tant d’autres sacrifices.
Ils’avanceentouré d'êtres barbares,dont il ne comprend pas riême encore la langue, qui l’abandonneront sans pitié et le laisseront expirer seul au bord du che-
1. Le P. de Brebeuf, entre autres, descendaient d’une ancienne et noble famille de Normandie, que l’on dit avoir été la souche de l’illustre maison d’Arundel, en Angleterre.
ses destrie, orêt.
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d’une avoir terre.
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min, si la lassitude, la misère, quelque blessure viennent à exténuer ses forces ; ou qui peut-être, dans une heure de défiance et de férocité, l’assommeront à coups de tomahawk, ou l’exposeront sur quelque rapide à une mort inévitable. !
Assis au fond d’un frêle canot d’écorce, le bréviaire suspendu au cou, l’aviron à la main, dans une posture incommode, sans avoir la liberté de se tourner d’un côté ou d’un autre de crainte de chavirer et de se noyer, ou de se briser sur les rochers, il rame tout le long du jour avec des fatigues inouïes,—rendues encore bien plus pénibles par le manque d’habitude. Il remonte ainsi les fleuves, les lacs, les rivières jusqu'à ce qu’une cascade ou un rapide l’oblige de mettre pied à terre et de charger sur ses épaules engourdies le canot, le bagage, ou les provisions. Souvent un soleil brülant darde ses rayons entre des rives encaissées
1. C’est ainsi que périt en 1625 le P. Nicolas Viel, qui se noya avec un jeune néophyte, près de Montréal, sur le rapide qui depuis a porté le nom de Saut-au-Récollet,
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et l'enveloppe d’une atmosphère de feu ; ou bien une pluie torrentielle le surprend pendant une longue marche à travers la forêt. Peut-être un heureux hasard lui offrira-t-il quelquefois un abri; mais si, après l'orage, il veut continuer sa course, pendant que ses pieds plongeront dans la fange jusqu'aux genoux, il ne pourra remuer une branche d'’arbre sans être inondé d’un déluge d’eau.
Æ£nfin lorsque harassé, baigné de sueurs, ou trempé jusqu'aux os, il s’asseoit le soir au feu du bivouac, il n’a pour toute nourriture qu'une poignée de blé-d’'Inde moulue entre deux pierres et cuite avec un peu d’eau ; pour abri que les étoiles ; pour lit où reposer ses membres endoloris, ses pieds écorchés, que la terre nue et humide, ou bien des roches inégales et raboteuses. Encore avant de s'étendre sur cette rude couche lui faut-il réciter son bréviaire à la lueur du bûcher.
Bien souvent la nuit ne fait que varier son supplice ; étouffé par la fumée, ou
dévoré par les moustiques, à peine
feu ; rend vers sard mais r Sa ngex, il rbre Peau.
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peut-il clore la paupière. Heureux encore si l’insomnie, le forçant malgré lui à faire sentinelle, lui laisse le temps de crier aux armes et d'éviter la hache que lève sur sa tête l’'Iroquois rôdant furtivement derrière les broussailles. !
Il voyagera ainsi pendant des mois entiers avant d'arriver au village de la mission. ‘ Nous vous recevrons, écrivait du pays des Hurons le P. de Brebeuf à quelques personnes qui brülaisnt du désir de venir partager ses labeurs apostoliques, nous vous recevrons dans une si chétive cabane que je n’en trouve point quasi en France d'assez misérables pour vous pouvoir dire, voilà comment vous serez logé. Tout harassé et fatigué que vous serez, nous ne pouvons vous donner qu’une pauvre natte et tout au plus quelque peau pour vous servir de lit ; et de plus vous arriverez en une saison où de misérables petites bestioles,
1. Le P. Bressani échappa ainsi à la mort, et sauva la vie à ses compagnons en donnant l'alarme au moment où les Iroquois, qui s'étaient glissés près d’eux pendant la nuit, allaient fondre sur leur camp.
que nous appelons ici {aouhac,.… vous empescheront quasi les nuits entières de fermer l'œil... Et puis comment penseriez-vous passer ici l’hyver ?.. Je je dis sans exagération, les cinq et six mois de l'hiver se passent dans ces incommodités presque continuelles, les froidures excessives, la fumée, et l'importunité des Sauvages ; nous avons une Cabane bastie de simples écorces, maïs si bien jointes que nous n'avons que faire de sortir dehors pour savoir quel temps il fait ; la famée est bien souvent si espaisse, si aigre et si opiniastre, que les cinq et six jours entiers, si vous nestes tout à fait à l'épreuve, c’est bien tout ce que vous pouvez faire que de cognoistre quelque chose dans votre bréviaire.. Adjoustez à tout cela que votre vie ne tient qu’à un filet. Un mescontent vous peut brusler ou fendre la tête à l’escart. Et puis vous estes responsable de la stérilité ou fécondité de la terre, sous peine de la vie ; vous estes la cause des sécheresses ; si vous ne faites pleuvoir, on ne