‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 3)Chapitre 8 sur 31 · RAT · texte numérisé non relu

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parle pas moins que de se défaire de vous.”

À travers tous ces périls, le nouvel apôtre, à peine remis du voyage, se livre avec ardeur à l’étude d’une langue informe, héris$ée de mille difficultés et entremêlée de divers dialectes. (Cet homme, aussi distingué par sa science que par ses vertus, devient l’humble disciple d'enfants de la nature ignorants et grossiers. Ilira ensuite rompre le pain de la divine parole à quelques néophytes dispersés çà et là en différents villages, ou bien durant la saison d'hiver, il suivra en raquettes les partis de chasse, marchant le jour enveloppé dans un tourbillon de neige, dormant la nuit sur un lit de sapin. Un canot sauvage abordait un soir aux Trois-Rivières ; les Français a courus au rivage furent touchés jusqu'aux larmes en reconnaissant parmi les Indiens le P. Daniel qui arrivait d’une de ces missions. Il avait l’air gai et joyeux, le regard rayonnant et illuminé ; mais la figure amaigrie, brûlée et

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toute défaite. Pieds nus,! le bréviaire suspendu au cou, l’aviron à la main, il était vêtu d’une vieille soutane déchirée en lambeaux ; sa chemise était toute pourrie sur son dos. Mais il était henureux, car il avait eu le bonheur de baptiser un pauvre malheureux qu’on menait à la mort. Tous se jetèrent à son cou et embrassèrent avec attendrissement ce glorieux apôtre de Jésus-Christ.

Qu'ils sont beaux sur les montagnes et sur les âpres sentiers du désert les pieds de ceux qui annoncent la paix !

Ainsi furent évangélisées, en moins de quinze ans, les diverses tribus sauvages disséminées depuis les sources des grands lacs jusqu’au golfe Saint-Laurent, et depuis les glaces de la Baie d'Hudson jusqu'aux rivages de l'Atlantique ; —à une époque où les colons de la Nouvelle- Angleterre n'osaient encore perdre de vue le seuil de la forêt.

1. Les sauvages obligeaient les voyageurs de se déchausser en entrant dans les canots d’écorce, de crainte de les briser.

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Mais de toutes ces missions, la plus célèbre par le nombre de chrétiens et de martyrs qu’elle a donnés au ciel autant que par ses touchantes infortunes, c'est la petite église huronne. L'histoire de toutes les autres missions se résume dans les différentes phases qui accompagnèrent la conversion de cette tribu et sa destruction si pleine de péripéties et de larmes.

Nous en tracerons ici une esquisse un peu détaillée, afin de donner au lecteur une idée complète de l’œuvre des missions, qui occupe une des pages les plus importantes et les plus admirables des annales canadiennes. L'histoire du Canada, en effet, est, pour ainsi dire, l’histoire de la religion et de la civilisation sur les rivages du Saint-Laurent.

Bien longtemps l2 nation huronne résista à tous les traits de la grâce. Déjà huit années s'étaient écoulées depuis la fondatio de cette mission, et à peine quelques rayons de lumières avaient-ils lui dans les ténèbres de l’idolâätrie, à

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peine de loin en loin quelques néophytes avaient-ils demandé le baptême. Les ouvriers de cette vigne du Seigneur, toujours entre la vie et la mort, avaient beau remuer ces sillons arides et les tremper de leurs sueurs, ils ne produisaient que des ronces. En traçant la vie du missionnaire, nous avons dit les meurtrissures du corps ; mais qui dira les saignements du cœur, les déchirements de l’âme ? Tant de sacrifices allaient donc être inutiles ? Le Seigneur n’écoutait donc pas leurs gémissements et leurs soupirs ? Maïs voici venir l’innocente et pure victime, l’holocauste sans tache, dont le sang va fertiliser les précieux germes confiés à la terre. C'est le séraphique Pères Jogues. Ceïinti pour le combat, il descend des montagnes de l'Occident où il a annoncé ia parole du salut aux Ojibewais ! ; il quitte les bords du lac Huron, séjour de cette nation huronne, objet de tant de solli-

1. Dans une mission qui le fit pénétrer jusqu’au Saut- Sainte-Marie.

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citude, et pour laquelle, depuis cinq ans, il élève ses mains suppliantes vers le ciel.

Le voilà tombé entre les mains des féroces Iroquois avec plusieurs captifs françcais et sauvages (1642). Comment peindre ici l'héroïsme de ce grand témoin dela foi ?

Il faudrait citer en entier les pages admirables où lui-même a tracé d’une si mutilée et sanglante le récit de sa captivité et de ses souffrances ; —pages tombées du ciel, qui arrachent des cris d’admiration aux ennemis de la foi, et devant lesquelles le chrétien tombe à genoux, ravi en extase. Pendant le combat où il est fait prisonnier, il ne songe hi à fuir, ni à se défendre. S’oubliant entièrement lui-même, il ne s’occupe que de ses compagnons d’infortune ; il entend l’aveu de leurs fautes, les absout et les prépare à la mort.

Quelques sauvages catéchumènes reçoivent le baptême. L'un d'eux était un vieillard octogénaire ; lorsqu'on voulut l'entraîner avec les autres captifs, il dit

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à ses bourreaux : “ À mon âge, comment puis-je aller dans un pays lointain et étranger ? Non, ie mourrai ici.” Etil reçut la couronne du ciel à l'endroit même où il venait de recevoir celle du baptême.

Les Iroquois assouvirent leur férocité sur Je P. Jogues en lui arrachant avec leurs dents presque tous les ongles, et en Jui mâchant les deux index. Ils l’accablèrent tellement de coups qu'il demeurera longtemps privé de sentiment et presque sans vie.

Pendant le voyage qui dura treize jours, chacun de ses pas fut marqué par quelques tortures. Aux horreurs, de la faim s'ajoutaient les chaleurs excéssives pendant le jour, le froid pendant la nuit, les fatigues, les menaces et des cruautés dont le récit seul fait frémir. Les vers naissaient dans ses plaies encore ouvertes et envenimées, et il pouvait dire avec Job : J'ai dit à la pourriture vous éles mon père, el aux vers vous étles ma mère ei Ma Sœur.

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Le cœur navré du saint martyr était en proie. à de bien plus vives douleurs encore, lorsqu'il considérait cette marche funèbre de chrétiens trainés avec lui au supplice et à la mort.

Enfin ils arrivèrent au premier village iroquois, où ils furent reçus par une grêle de coups de bâtons, de massues, et de baguettes de fer. Respirant à peine, le Père fut traîné sur un échafaud où, après avoir subi de nouveaux tourments, il eut le pouce gauche coupé par un sauvage. ‘‘ Je pris alors, dit-il, ce pouce avec l’autre main, et je vous le présentai, Ô Dieu vivant et véritable, en mémoire des sacrifices que, depuis sept ans, je vous offrais dans votre Eglise ; mais un de mes compagnons m’avertit de ne pas en agir ainsi, dans la crainte que mes ennemis ne me le misseui dans la bouche et ne me forçassent à le manger tout sanglant.”

Des jours et des nuits sans fin s’écoulèrent ainsi dans d’inénarrables souffrances, presque sans aucune nourriture et sans sommeil.

“ Une nuit, on nous réunit dans une cabane, où les jeunes gens nous attendaient. Ils nous ordonnèrent alors de chanter, comme c’est l’usage des prisonniers, et nous nous mîmes à chanter des cantiques du Seigneur sur une terre étrangère, (pouvions-nous chanter autre chose ?) Au chant succéda le supplice.… Ils jetèrent sur moi des cendres et des charbons ardents.

‘“ Avec des cordes, faites d’écorce d'arbres, ils me suspendirent par les bras à deux poteaux plantés au milieu de la cabane. Je m'attendais à être brûlé ; car c’est la porture qu'ils donnent ordinairement à leurs victimes. Le Seigneur, pour me faire reconnaître que si jusque-là j'avais pu souffrir avec un peu de courage et de patience, je le devais non à ma propre vertu, mais à Celui qui donne la force aux faibles, m'’abandonna pour ainsi dire à moi-même pendant ce nouveau tourment. Je poussai des gémissements (car je me glorifierai volontiers dans mes infirmités, afin que la vertu

de Jésus-Christ habite en moi), et l'excès de mes douleurs me fit conjurer mes bourreaux de relächer un peu mes liens ; mais Dieu permettait, avec raison, que plus je faisais d’instances, plus ils'me serrassent étroitement. Après environ un quart d'heure de souffrance, ils me

détachèrent ; sans cela je serais mort. ”

À tous ces tourments, venait se joindre à chaque instant l’appréhension de l’horrible supplice du feu. Enfin le Père fut relégué dans un village avec un autre prisonnier français, René Groupil, jeune chirurgien, d'une admirable piété, qui était venu en Canada pour se consacrer à l’œuvre des missions. Après tant de coups et de blessures, tant de jeûnes multipliés et de veilles continuelles, et surtout après tant de poignantes angoisses et de peines intérieures, n'étant plus occupés pour ainsi dire qu’à sentir leurs douleurs, les deux captifs exténués pouvaient à peine marcher ou se tenir debout. Leurs membres, qui n'étaient plus qu’une plaie, ne leur laissaient de

repos ni le jour ni ‘a nuit. Enfin, réduits à la dernière extrémité, ils crurent pendant quelque temps que chaque jour allait être le dernier. Leur unique consolation, parmi tant de maux, était de se traîner péniblement sur une colline qui dominait le village, et dans cette solitude, loin du tumulte et des importunités, de répandre leurs âmes devant Dieu en de tendres épanchements, et de déposer à ses pieds leurs croix, leurs tristesses et les amertumes de leurs cœurs. Un jour qu'ils rentraient au village en récitant le chapelet de la Sainte-Vierge, un sauvage, apercevant René, l’étendit mort à ses pieds d’un coup de hache.

À la vue du tomahawk ensanglanté, le Père Jogues se jette à genoux, ôte son bonnet, recommande son âme à Dieu, et attend le même sort; mais le sauvage lui ordonne de se relever.

Le cadavre de René fut traîné dans le Village, abandonné aux chiens, puis jeté dans un torrent. À la première occasion

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favorable, le père Jogues se mit à la recherche des restes de son infortuné ami, afin de lui donner la sépulture. “ Je partis de bonne heure, dit-il, avec une bêche pour creuser une fosse ; mais on m'avait enlevé mon frère. Je vais à l'endroit où il était. Je gravis la colline, au pied de laquelle coule le torrent ; j'en descends, je parcours la forêt qui est

de l’autre côté : tout est inutile... Que,

de gémissements je poussai alors ! Que de larmes, pendant que je vous adressais, Ô mon Dieu, le chant des psaumes d'us ve dans notre sainte Eglise, pour l'office des morts !

‘ Cependant après la fonte des neiges, j'appris de quelques jeunes gens qu'ils avaient vu les ossements épars du cadavre de ce Français. Je me transporte alors sur les lieux. Je recueille quelques os à demi rongés, restes des chiens, des loups et des corbeaux, et en particulier une tête brisée en plusieurs endroits. Je baise avec respect ces saintes reliques et je les cache en terre.”

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Resté seul au milieu des Iroquois, l'héroïque martyr eut à subir, pendant près d’une année encore, un esclavage mille fois pire que la mort. En proie à d’éternelles angoisses, objet du mépris de ses bourreaux, lui dont le monde n’était pas digne, mourant de faim et de froid, il ne fut plus bientôt qu'un squelette ambulant. La vieluiétait un tourment, et la mort un véritable gain. Son unique refuge était la prière et la méditation des Saintes Ecritures. Tous les matins, dès qu'il pouvait s'échapper, il se retirait, à l'exemple du Sauveur, sur la montagne, au milieu de la forêt. Là, agenouillé au pied d’une grande croix qu'il avait tracée sur un gros arbre en lui enlevant son écorce, il passait la plus grande partie des journées dans l’oraison et l'union avec Dieu qu'il était seul à adorer et à aimer dans ces vastes déserts.

Il fit même, malgré les rigueurs dr froid, une retraite de quarante jours dans les bois.

# Que de fois, écrivait le sublime ana-

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chorète, nous nous sommes assis sur les bords des fleuves de Babylone et nous avons versé des larmes au souvenir de Sion, non seulement de la Sion triomphante dans les cieux, mais de celle qui glorifie Dieu sur la terre ? Que de fois, bien que sur une terre étrangère, nous avons chanté le cantique du Seigneur, et nous avons fait retentir les forêts et les montagnes des louanges de leur Auteur, qu'elles n'avaient pas entendues depuis leur création ! Que de fois j'ai gravé le nom de Jésus sur les arbres élevés des forêts, afin que les démons qui tremblent en l’entendant prononcer prissent la fuite en le voyant ! Que de fois en découpant l'écorce, j'ai tracé sur les arbres, la très sainte croix de mon Dieu, pour faire fuir ses ennemis, et que par elle, Ô mon Seigneur et mon Roi, vous régnassiez au milieu des ennemis de la croix, les hérétiques et les païens, habitants de ces contrées, et sur les démons qui y dominent au loin.”

Les habitants de la Nouvelle-Hollande

qui travaillaient depuis longtemps à sa délivrance, lui offrirent un jour les moyens de s'évader ; maïs quelle ne fut pas leur stupéfaction, lorsqu'’au lieu de saisir cette chance de salut avec empressement, il leur demanda quelques jours de réflexion. Car, ayant eu le bonheur de baptiser un bon nombre de captifs et d'enfants, il avait résolu de vivre et de mourir suï cette croix où le Seigneur l'avait altaché. Et ce ne fut qu'après s’être bien convaincu que sa présence ne serait d'aucune utilité à ses ennemis, qui venaient de former la résolution de le mettre à mort, qu’il se décida à prendre la fuite.

Enfin, après bien des dangers et des traverses, il aborda sur les côtes de la Bretagne, où il reçut l'hospitalité chez un paysan breton. Toute la famille fondit en pleurs au récit de ses infortunes, et le Père lui-même ne put retenir ses larmes lorsque les deux jeunes filles dela chaumière vinrent, en sanglotant, lui offrir un ou deux sous, leur unique trésor.

Son séjour en France fut à peine de quelques mois. Enivré de la folie de la croix, ce sublime insensé ne soupirait plus qu'après ses chères missions du Canada, n'avait d’autres désirs que d’y consommer son sacrifice. De retour dans la colonie, il fit, par l’ordre de ses supérieurs, trois voyages chez les Iroquois.

Au dernier, il eut le pressentiment de sa mort. “ Jbo et non redibo ; ” j'iraiet jene reviendrai pas, écrivait-il ; mais je serais heureux si Notre-Seigeur voulait achever le sacrifice où il l’a commencé, et que ce peu de sang que j'ai répandu sur cette terre fût comme les arrhes de celui que je donnerais de toutes les veines de mon corps et de mon cœur.”

À peine arrivé chez les Iroquois, il fut dépouillé de ses vêtements, accablé de coups, et peu temps après assommé à coups de hache à l’entrée d’une cabane (18 octobre 1646).

En parcourant la vie de ce grand crucifié de Jésus-Christ, ne croirait-on pas lire une page dérobée aux Actes des

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Martyrs ? En lui revit tout entière la fraîcheur des anciens jours, de cette aurore du Christianisme, dont les premiers rayons resplendissent encore d’un éclat si radieux.

L’astre du nouveau martyr, à peine apparu au firmament de l'Eglise, ramena le printemps dans les sillons de la mission huronne.! Une merveilleuse germination se révéla tout à coup et couvrit bientôt le sol, jusque-là si stérile, d'une riche floraison. Moins de deux ans après la mort du père Jogues, la nation entière avait embrassé la foi. Mais le ciel semblait craindre les orages pour la nouvelle moisson, car sans attendre la maturité, il voulut la cueillir encore en fleur, et la mettre à l'abri dans les célestes greniers.

La nation iroquoise, qui était en guerre depuis plusieurs années avec les

1. La Mère de l’Incarnation racontant la conversion des Hurons disait : ‘° L’on attribue cette fécondité aux mérites et aux prières du R. P. Jogues, dont le sang répandu a été comme la semence de tant de généreux néophytes. *” (Lettres Historiques, 10 Sept. 1648.)

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tribus huronnes, avait enfin acquis sur elles, après bien des alternatives de succès et de défaites, une supériorité incontestable. Elle entreprit alors une der:

nière lutte d’extermination. Pendant l’hiver de 1649, une nombreuse armée d’Iroquois se présenta aux portes du village Saint-Ignace. Déjà l’année précédente, ils avaient détruit deux bourgades et massacré le P. Daniel. Le fort, attaqué à l’aube du jour avec une hardiesse et une habileté incroyables, fut emporté sans presqu'aucune résistance. Les Hurons ne soupçonnaient pas même la présence de l'ennemi et étaient plongés dans un profond sommeil. Le village fut livré : x flammes et tous les habitants, hommes, femmes, enfants, furent passés par le fer et le feu. Trois hurons seulement parvinrent à s'échapper demi-nus, et coururent à une lieue sur la neige et la glace donner l'alarme au village Saint-Loûis, Au milieu de ia consternation générale, le cri de guerre des Iroquois reten-

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tit dans la forêt et glaça toutes les âmes d'épouvante. Les ennemis ne voulaient pas donner à leurs victimes le temps de se reconnaître. Ils cernèrent la place de tous les côtés et montèrent à l’assaut.

Deux fois les guerriers hurons, qui se défendaient en héros, les repoussèrent avec pertes ; mais enfin, écrasés par le nombre, ils tombèrent sous les débris des palissades. Les féroces vainqueurs pénétrèrent alors par toutes les brèches et firent un horrible carnage. Bientôr une colonne de fumée, qui s’éleva des cabanes en flamme, annonça la fatale nouvelle aux bourgades voisines.

Les Pères de Brebeuf et Lalemant se trouvaient alors au village Saint- Louis. Malgré les pressantes sollicitations des Hurons, qui les suppliaient de prendre la fuite, ils aimèrent mieux se vouer à une mort certaine, plutôt que d'abandonner leur troupeau à l'heure du danger. Dans l'horreur de la mêlée, parmi les flèches et les balles, les couteaux et les tomahawks qui tournaient

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sur leurs têtes, les hurlements des vainqueurs et les lamentations des mourants, ils baptisent les cartéchumènes et donnent l’absolution aux néophytes, les confirmant tous dans la foi. Chargés de liens avec les autres prisonniers, ils sont condrits sur les ruines fumantes du village Saint-Ignace pour y être torturés. On les accueille à leur arrivée par une grêle de coups de bâtons. Le Père de Brebeuf se jette à genoux au pied du poteau où il va être attaché, et comme autrefois l’apôtre Saint André à la vue de ia croix après laquelle il soupirait depuis si longtemps, il l’embrasse avec amour et respect. Puis apercevantautour de lui une foule de chrétiens condamnés comme lui au supplice, il lève les yeux au ciel, et dans une fervente prière, adressée à Dieu, il les exhorte à souffrir courageusement en leur montrant les palmes qui ies attendent là-haut. ‘ Echon,' lui répondent les bons sauvages, notre

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