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qu'il appelait son ange et la joie de sa vieillesse. Après avoir langui pendant quelques mois, il tomba dangereusement malade, et mourut six mois après l’entrée de sa fille au noviciat.
Cette croix lui fut d'autant plus cruelle que le monde y trouva un nouveau prétexte pour se récrier contre sa retraite.
Mais telles furent coujours sa constance et la sublimité de sa vertu, qu'elle le força enfin de s'avouer vaincu, et que ceux mêmes qui avaient lancé contre elle les plus amers sarcasmes finirent par confesser que sa vocation ne pouvait venir que d'en haut.
Ces grandes épreues étaient le gage assuré de nouvelles et précieuses initiations ; car chacune d'elles était comme autant de fournaises ardentes, d’où notre pieuse novice sortait toujours plus pure et plus sensible aux impressions de la grâce. Le mystère de la Sainte Trinité lui apparut pour la troisième fois ; mais
d'une manière plus parfaite et plus
intime que dans les visions précédentes.
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“ Le jour de la fête de l’Ange Gardien, raconte-t-elle, étant dans ma cellule, il me vint en pensée que les cellules sont comme les cieux, ainsi que dit Saint Bernard, et que les anges y habitent. Au même instant, je me sentis fortement ‘ {Jevée en esprit par le Maitre des anges, qui m'unissait à lui d’une manière admirable, mais avec une grande souffrance.
Ce mystère s'opfrait sans que j'eusse aucune vue particulière, sinon que je me voyais comme une substance que l'on prépare à quelque chose de fort rare.
Cette opération refluait jusque sur l’extérieur ; et j'en éprouvais une douleur très sensible. Je fus trois ou quatre heures dans cet état violent, jusqu’à ce qu'il fallût aller au shœur pour l'oraison.
Dès que je fus devant le Saint-Sacrement, cette grande violence cessa ; et evec une douceur que je ne puis dir:, je me sentis toute changée intérieuremert. Je fus obligée de m'asseoir, parce que mes sens se retirèrent peu à peu, et que je ne pouvais plus me soutenir sur mes genoux.
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En un moment, mon entendement fut illustré de la vue de la Très Sainte Trinité avec l'impression de ces paroles du.suradort'ue Verbe incarné : Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera ; ncus viendrons à luiel nous ferons notre demeure en lui.
(Jean, XIV, 23.) Cette impression portait l'effet de la promesse faite dans ces paroles ; et les opérations des trois Personnes divines en moi furent plus éminentes que dans toutes les autres visions. Elles me les donnaient à connaître et à expérimenter par une pénétration d'elles en moi ; et la Très Sainte Trinité en son unité s’emparait de mon âme comme d'une chose qui lui était propre, et qu'elle avait rendue capable de sa divine impression. Dans ce grand abîme, il m'était signifié que je recevais alors la plus haute grâce que j'eusse jamais reçue dans les communications des trois divines Personnes. Il me fut révélé que la première fois que j'avais recu une semblable faveur, c'était pour instruire mon âme du plus auguste et du plus
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incompréhensible de nos mystères ; la seconde, afin que le Verbe me prît pour son épouse ; mais qu'à cette troisième fois, le Père, le Fils et le Saint-Esprit se donnaient et se communiquaient à moi pour posséder entièrement mon âme.
Alors l'effet s'ensuivit ; et comme les trois divines Personnes me possédaient, je les possédais aussi dans l'amplitude de la participation des trésors de la maguificence divine. Le Père Eternel était mon père ; le Verbe suradorable, mon époux, et le Saint-Esprit, celui qui par son opération disposait mon âme et lui faisait recevoir les divines impressions. J'avais la vue très vive de mon néant ; et je ne cessais de le confesser dans les moments où je pouvais m'écrier.
Je me voyais perdue dans le tout, et dans cette perte, je jouissais d’un plaisir indicible. Je crois que cette jouissance a quelque chose de semblable à celle des bienheureux. La Majesté divine, dans laquelle j'étais abîmée, me prodiguait des caresses qui ne sauraient tomber
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sous les sens, ni sous les paroles des hommes mortels. (Cette faveur donnait un nouvel accroissement à mon âme, pour lui témoigner son amour avec une familiarité qui semblait lui rendre tout permis. Aussi les actes qu'elle faisait n'étaient pas d’elle-mémme ; mais elle sentait qu'ils étaient produits en elle par celui dans lequel elle était tout abîmée.
Ah! qui pourrait dire avec quel honneur Dieu traite l’âme, lorsqu'il lui plait de l’élever à ses divins embrassements.
C’est une chose si étonnante que je crois qu’elle rentrerait dans le néant, sans la douceur dont il a la bonté de tempérer son opération. Ce ravissement dura une demi-heure ; et lorsque je revins à moi, je me trouvai appuyée sur ma chaise. J’eus assez de liberté pour dire complies au chœur, nonobstant les restes des imrressions divines, dont mon âme avait été inondée, et dont elle était encore toute liquéfiée, semblable à un vase qui demeure tout humecté même après qu'on a versé la liqueur dont il était rempli.
“ Je m’aperçus au sortir de l’église que j'étais comme une personne ivre, et qui ne peut comprendre les choses qui se présentent à ses sens ; et je demeurai longtemps renfermée en moi-même, sans pouvoir être attentive à aucune chose.”
Ce fut peu de jours après cette extase que Marie reçut le voile et l’habit de novice. Son âme était encore tout.
imprégnée de l’onction des grâces divines ; et elle y apporta une ferveur et une piété angéliques. Les assistants remarquèrent même, avec une surprise mêlée
‘étonnement, que pendant la cérémonie quelque chose de surnaturel et de céleste parut rayonner autour d'elle.
En souvenir de l'union étroite qu’elle avait contractée avec le Verbe incarné, qui l'avait choisie pour son épouse, elle voulut ajouter à son nom celui de son bien-aimé, et prit le nom de MARYE DE L’'INCARNATION, qu'elle a toujours porté depuis.
On avait eu le soin, la veille de sa prise d'habit, d'envoyer son fils, qui
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