‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 4)Chapitre 26 sur 49 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Elle reçoit l'explication de sa vision sur le Canada.

Cependant la divine Providence, en fournissant à la Mère de l'Invarnation l’occasion de développer son zèle pour le salut des âmes, dans l'exercice de sa charge de maîtresse des novices, l’acheminait sraduellement verslebutsuprême de toute son existence. Vers l’âge de trente-quatre ou trente-cinq ans, elle ressentit de nouvelles saillies de cet esprit apostolique qui transportait son âme jusqu'aux extrémités de la terre, et lui faisait accompagner les ouvriers de l'Evangile dans toutes leurs prédications.

À la vue de tant d’âmes infortunées que le démon arrachaïit au domaine de son divin Maitre, ellc tombait dans des langueurs extrêmes. ‘“ J’embrassais, dit-elle, ces pauvres âmes, et je ne cessais de presser le Père Eternel, par une amoureuse activité, d'avoir pitié de leur égarement.

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dans mon âme, je voyais clairement et comme en plein jour, le sens des passages de l’Ecriture-Sainte, qui parlent du souverain pouvoir que le Père Eternel a donné au Verbe incarné sur tous les hommes, et ce que le Saint-Esprit dit de lui. Ce’grand jour, qui me découvrait tant de merveilles, embrasait mon âme d’un amour qui me consumait. Il est juste, Père souverain, m'écriais-je, que mon Epoux soit le maître de toutes les nations. Donnez-moi donc une voix assez puissante pour être entendue des extrémités de la terre, et pour publier partout qu'il est digne de régner dans tous les cœurs.

“ Mes désirs et mes gémissements, comme autant de flèches embrasées, allaient percer les cieux. Transportée en esprit parmi les âmes qui ne connaissent pas Jésus-Christ, je lui rendais pour elles les hommages qu’elles lui doivent ; je les embrassais, et je les voulais toutes concentrer pour les plonger dans le sang précieux de cet adorable Seigneur.

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‘ Cependant une lumière intérieure me faisait voir qu'il me manquait quelque chose pour être exaucée. Alors je me consumais à ses pieds ; et je m'abiîmais au centre de ma bassesse et de mon néant, afin qu’il plût à sa divine bonté de mettre en moi ce qui me manquait encore. Alors j'expérimentai une nouvelle infusion de la grâce ; un rayon divin se répandit dans mon âme, et en même temps ces paroles me furent dites : Demande-moi par le cœur de Jésus, mon très aimable Fils ; c’est par lui que je t’exaucerai.

‘“ Dès ce moment, je me sentis si étroitement unie au cœur de Jésus, que je ne parlais et ne respirais que par lui.”

Ce fut vers l’année 1635 que la Mère de l’Incarnation entra dans cette nouvelle phase de la vie intérieure.

Un feu si dévorant ne pouvait longtemps demeurer secret ; aussi éclata-t-il bientôt au dehors. Il fit une telle impression sur elle qu’elle parut entièrement changée. Communiquant ses

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ardeurs à tous ses sens, et pénétrant jasque dans la moelle de ses os, cette flamme réduisit son corps dans un tel état d’exténuation et de maigreur qu’elle ne fut bientôt plus qu'un squelette vivant; en sorte qu’elle pouvait dire en toute vérité, comme le Psalmiste :

L’'ardeur de mon zèle m'a consumé. (Ps.118.)

Son directeur, appréhendant pour ses jours, lui ordonna de se distraire autant qu’il lui serait possible. Elle fit tous ses efforts pour lui obéir ; mais ce fut en vain, et il fallut l’abandonner à la conduite de Celui qui seul tient entre ses mains la vie et la mort.

Cependant l'heure approchait où Dieu allait rompre le sceau des énigmes, dont il avait jusqu'alors voilé ses desseins sur elle. Sa vocation pour le Canada allait se dessiner clairement.

Dès son entrée aux Ursulines, un secret pressentiment lui avait dit qu’elle n’y était qu'en passant, et comme un dépôt que Dieu réclamerait à son jour.

Elle repoussait toujours cette idée, dans

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la crainte que ce ne fût un piège de Satan ; mais comme cette pensée revenait sans cesse, elle se vit obligée de s’abandonner, sans examen, entre les bras du Seigneur, ne demandant que l’accomplissement de sa sainte volonté.

Les Ursulines, de leur côté, ne tardèrent pas à remarquer en elle quelque chose d’extraordinaire qui leur faisait dire que Dieu l’appellerait bientôt ailleurs, et qu’elle ne mourrait pas dans leur monastère.

Son directeur était alors le Père Jacques Dinet, recteur du collèse des Jésuites de Tours, qui fut, peu de temps après, appelé à la cour de Louis XIII, où il devint confesseur du roi.

Uxu jour que la Mère de l'Incarnation lui faisait part de son amour pour l’apostolat, et lui racontait le songe mystérieux qu'elle avait eu à ce sujet, le Père lui dit qu'il n’y avait rien en cela qui ne füt très possible, et que probablement le Canada était le pays qui lui avait été montré en songe. À

cette révélation inattendue, la Mère de l’'Incarnation tomba des nues ; car jamais elle n'avait entendu parler du Canada, et il ne lui était pas venu un seul instant à l’esprit qu’elle dût jamais contribuer à la conversion des infidèles autrement que par ses vœux et ses prières.

À quelques jours de là, étant au chœur en oraison, elle fut ravie en extase, et la vision qu’elle avait eue en songe lui fut

représentée de nouveau avec les mêmes :

circonstances ; et elle entendit une voix qui lui dit: ‘“ C’est le Canada que je t’:i fait voir, et il faut que tu ailles y fonder une maison en l'honneur de Jésus et de Marie.

‘“ Ces paroles, qui portaient esprit et vie dans mon me, continue la servante de Dieu, la réduisirent dans un anéantissement indicible. J’eus néanmoins assez de force pour répondre : O Dieu éternel ! vous pouvez tout, et moi je ne puis rien. Mais aidez-moi, me voilà prête. Dès ce moment et sans aucune réflexion, ma volonté fut unie à Dieu :

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d'où s’ensuivit une extase amoureuse, dans laquelle cette infinie bonté me fit des caresses, qu'aucune langue humaine ne saurait exprimer.

“ Je ne vis plus ensuite d'autre pays pour moi que le Canada ; et mes courses ordinaires étaient parmi les sauvages, avec;les missionnaires.”

Sur ces entrefaites, la Mère de l’Incarnation reçut du Père Poncet de la Rivière, missionnaire de la Compagnie de Jésus, qu'elle ne connaissait pas, une lettre accompagnée d'une Relation des Missions du Canada. Ce saint religieux, qui a arrosé et fécondé les sillons de la Nouvelle-France de ses sueurs et de son sang, rendait compte à notre Mère de sa vocation pour ces missions. Et quoiqu'il n’eût pu être instruit par aucune voie humaine de s2s élans pour l’apostolat, il lui envoya en même temps comme symbole d'invitation un petit bourdon qu’il avait apporté de Notre- Dame de Lorette.

‘“ Je vous envoie, écrivait-il, ce bour-

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