‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 4)Chapitre 25 sur 49 · EN · texte numérisé non relu

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toutes les séductions d’une société enchanteresse, livrée à tous les enivrements des plaisirs, et fascinée par de royales tendresses, elle n'eut pis assez de force pour se préserver contre de si dangereux écueils. Sa frele nacelle, conduite par une main faible et inexpérimentée, fit un triste naufrage, et la

jeune âme qu'elle portait sombra dans le

gouffre qui tourbillonnait sous ses pieds.

Pendant combien d'années la Mère Angélique de la Conception pleura sur les égarements de sa nièce infortunée !

Que de vœux, de gémissements, de supplications, de pénitences elle offrit au ciel pour le retour de cette enfant prodi-

que ! Elle y employa même le crédit

auprès de Dieu de son ancienne amie et maîtresse, la Mère de l’Incarnation, qui, pour la consoler, lui écrivit des Ursulines de Québec, la réponse suivante :

‘ Mon intime Mère,

“ Tous vos proches me sont chers, et “le sujet qui vous afflige, m'afflige “aussi. J'en ai eu connaissance jusque

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“ dans cette extrémité du monde, et “ je vous dirai que nous avons entrepris, ‘ l’espace de dix semaines, de grandes “ dévotions et de grandes pénitences “ en l'honneur de la passion de Notre- “ Seigneur, afin qu'il plût à sa bonté d’y “ mettre ordre et d'opérer le salut de “ celle que vous savez. Indépendam- “ ment de tout cela, j'ai encore en mon “ particulier l'affaire fort à cœur. Con- “ solez-vous, mon intime mère, en cette ‘“ pesante croix.”

Il est peu de personnes en Canada qui soupçconnent que Madame de la Vallière ait dû quelque part de sa conversion aux ferventes prières des Ursulines et des âmes pieuses de Québec, et que dans le temps que Bossuet adressait à l’illustre pécheresse ses immortelles exhortations, les innocentes supplications des jeunes Canadiennes de la Nouvelle-France faisaient descendre d’en haut sur sa forte parole des grâces de conversion.

L'imagination trouve de singulières jouissances dans ces rapprochements

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inattendus ; surtout lorsqu'ils se relient à des événements si fameux, à des noms siillustres, à des mémoires si touchantes.

Cependant les prières de da Mère Angélique et de ses amies n'avaient pu encore arracier à ses royales attaches ce cœur si bien fait pour le ciel. Vainement elle s'était offerte à Dieu en victime d’expiation, prête à souffrir toute sa vie pour la conversion de sa nièce ; les années s’écoulaient sans mettre un terme à ce grand scandale. Madame de la Vallière était ébranlée, mais non renversée. Enfin sn héroïque tante voulut donner à Dieu en sa faveur la dernière marque de charité dont une créature soit capable : “ Mon Dieu, s’écria-t-elle, je vous offre ma vie pour le salut de cette chère enfant ; oui, je consens que vous preniez mes jours, pourvu que vous lui accordiez une telle grâce de conversion, qu'elle abandonne entièrement le monde, et se consacre à vous dans un cloître.”

Tant de générosité toucha enfin le

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cœur de Dieu ; il agréa son sacrifice.

Aussitôt l'on vit Madame de la Vallière, dont la volonté avait été jusqu'alors si chancelante entre le devoir et son faible cœur, prendre une résolutien si calme et si énergique, qu’en présence d’un tel changement, Bossuet s’écrie tout confondu : ‘ Je parle et elle fait. J'ai les discours et elle a les œuvres. Quand je considère ces choses, j'entre dans le désir de me taire et de me cacher, et je ne prononce pas un seul mot où je ne croie prononcer ma condamnation.”

Les amies de la Mère Angélique se hâtèrent de venir lui annoncer cette heureuse nouvelle et la résolution que sa nièce venait de prendre de quitter le monde : ‘“ Dieu soit béni, s’écria-t-elle.

mais cela n’arrivera qu'après ma mort.”

En effet, trois mois après son décès.

la chapelle des Carméhites de Paris offrait un des spectacles les plus attendrissants que la terre aït jamais donnés aux anges.

C'était Madame de la Vallière, désor-

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mais sœur Louise de la Miséricorde, qui, après avoir demandé pardon à la reineen présence de toute la cour de Louis XIV, venait, à vingt-neuf ans, s’ensevelir vivante dans le sépulcre du cloître. La reine elle-même voulut étendre le drap mortuaire sur la jeune pénitente, dont l’âme,—selon l'expression de Bossuet, qui seul peut égaler la parole humaine aux grandes choses, —dont l’âme ne pouvait plus respirer que du côté du ciel. !

On se demande pourquoi, dans ce siècle où tout est grand, même le crime, les plus grands coupables trouvent toujours quelque repentir au fond de leurs cœurs ? Ah! c'est qu'outre cette foi profonde que rien ne pouvait déraciner, il n'y avait pas un seul de ces pécheurs, qui n’eût, dans sa famille, quelque âme pure, cachée au sein d’un cloître, occupée sans cesse à élever des mains sans tache vers le ciel, et à intercéder pour le coupable.

1. Poujoulat, Lettres sur Bossuet, où se trouvent résumés les principaux passages des lettres de l’évêque de Meaux sur la conversion de Madame de la Vaillière.

Ici, c'est la Mère de l’Incarnation qui tient le premier anneau de cette chaîne invisible, dont la Mère Angélique enlaca le cœur et l'âme de son heureuse nièce, qui la soutint au-dessus de l’abime et la déposa enfin aux rivages éternels.

Mais de toutes les disciples de notre bienheureuse Mère, nulle n’a reçu une plus intime communication de son esprit.

n’a vécu davantage de sa vie, n’a occupé une plus large part dans son estime et son affection, que la Mère Marie de Saint-Joseph, (Mille de la Troche Navonnières) qui seule de toutes ses sœurs eut l'honneur d’être choisie pour aller poser avec elle les premiers fondements de l'œuvre des Ursulines dans la Nouvelle-France, qui fut la fidèle compagne de tous ses travaux, et ne s'est séparée d'elle qu’à la mort.

Mais comme sou nom doit bientôt reparaître dans le cours de cette histoire, nous ne ferons que l'indiquer ici en passant, nous réservant de donner plus tard quelques détails sur sa vie et ses vertus.

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