‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 4)Chapitre 41 sur 49 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

La Mère de Saint-Joseph.

Au milieu de l’empressement général, il n’y avait, à part la Mère de l’Incarnation dont le sort était déjà fixé, qu’une seule religieuse qui ne fit aucune démarche ; non qu’elle ne brülât de la sainte émulation de ses compagnes, mais parce que son extrême jeunesse, sa timidité et l’intime conviction de son indignité devant un ministère qui exigeait une

vertu héroïque et une sainteté consom-

mée, la retenaient dans l’ombre et le silence. C'était cette admirable Mère Marie de Saint-Bernard, l’amie de cœur, la disciple bien-aimée de notre Mère, et

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Mariedela Troche Savonnièresétait née le 7 septembre 1616, au château de Saint- Germain, en Anjou, d’une noble et ancienne famille du pays. M. de la Troche, seigneur de Savonnières et de Saint- Germain, son père, avait épousé Jeanne Raoul, de noble maison comme lui, et comme lui pieuse et riche de mérites devant Dieu et devant les hommes.

Dès l'instant de sa naissance, la jeune enfant passa, pour ainsi dire, des bras de sa mère dans les bras de Marie ; car à peine avait-elle vu le jour que cette mère chrétienne, la saisissant entre ses mains, et l’élevant vers le ciel, la consacra à la sainte Vierge et choisit Marie pour sa patronne. Dès lors la divine Vierge la regarda d’un œil d'élection et d'amour; bientôt on vit se manifester en elle une raison précoce accompagnée d’une profonde piété, d'une tendre dévotion envers Marie et d’une pureté d'âme

exquise, qui se faisaient jour à travers

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ses actions enfantines. À ces caractères distinctifs des élus de Dieu se joignait une ardente charité envers les pauvres.

Dans une des tourelles du château habitait un vieillard, pauvre et infirme, que M. et Mme de la Troche avaient recueilli par charité. Souvent à l’henre des repas, elle se dérobait aux regards de ses parents, et allait lui porter, cachée dans les pans de sa robe, une partie de sa nourriture, qu'elle lui offrait d'une main triomphante, en y joignant toujours quelques paroles de naïve consolation. Comme elle gâtait ainsi ses vêtements, sa gouvernante finit par découvrir l’innocent stratagème et en avertit sa mère. Mais loin de l’en reprendre, la pieuse châtelaine fut ravie d’une si rare inclination. Elle la fit venir, et l’embrassant avec attendrissement, elle lui donna pleine permission de faire toutes ses petites aumônes. Elle lui assigna même une somme d'argent pour le soulagement des enfants pauvres qu’elle avait pris sous sa protection, et lui per-

mit de l'accompagner dans les visites de charité .qu'elle-même avait coutume de faire.

À l’âge de huit ans, Mille de la Troche fut placée au pensionnat des Ursulines de Tours, où la grâce de ses manières, la vivacité de son esprit et surtout son angélique piété lui gagnèrent bientôt le cœur de ses compagnes, et lui firent prendre sur elles, à son insu, cet ascendant que donne la supériorité, même parmi les enfants. : Douée d’une intelligence exceptionnelle, elle les eut bientôt toutes surpassées, et fut même chargée d'une certaine surveillance dans la classe ; mais elle s’acquittait de cette tâche délicate avec une si charmante aménité, une modestie si candide et si ingénue, que ses jeunes disciples, loin de la jalouser, se plaisaient à l'appeler leur petite maîtresse.

Vers l’âge de douze ans, elle fit une grave maladie qui obligea ses parents de la retirer du couvent, pour lui faire

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