‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 4)Chapitre 44 sur 49 · Chs. Sainte-Foi · texte numérisé non relu

Chs. Sainte-Foi

la terre ; mais elle triompha, avec un courage héroïque, de ses tendresses filiales, et marcha, d’un pas ferme, vers l’autel du sacrifice.

nfin le jour de sa vêture arriva ; l'esprit de ténèbres profita de cette dernière occasion pour lui livrer un suprême assaut. Sa mère, après l’avoir, selon la coutume, parée de la robe des fiancées, voulut l’embrasser une dernière fois, avant de la conduire à la grille et de s'en séparer pour jamais ; mais alors toute sa tendresse maternelle se réveilla ; elle la saisit entre ses bras, et, le cœur navré de douleur, elle demeura long:temps sans pouvoir proférer une parole, jusqu'à ce qu’une défaillance vint dénouer cette douloureuse étreinte. M. de la Troche, pâle et sans voix, fut obligé d'aller seul conduire sa fille à la porte de la clôture, où les religieuses la recurent, et accompagnèrent de leurs chants son noble sacrifice. Les assistants ne pouvaient retenir leurs larmes à la vue d’une résolution si ferme dans un âge

si tendre. ‘ Elle m'a avoué depuis, dit la Mère de l’Incarnation, que cette attaque lui fut plus rude et plus sensible que toutes les autres.” Mais si elle ne fut pas alors ébranlée, c'est que cette bienheureuse Mère, qui, du premier coup d'œil, avait deviné en elle la plus généreuse de toutes ses disciples, lui avait tendu sa forte main, et l'avait déjà entraînée bien loin vers ces hauteurs de la perfection, dont elle lui avait montré les cimes infinies.

Dès l’origine de sa vocation à la vie monastique, la Mère de Saint-Bernard avait senti naître en elle un vif désir du salut des âmes. La lecture des Relations de la Nouvelle-France qui circulèrent dans la communauté peu de temps après, fournit un nouvel aliment à cette flamme apostolique ; mais l’impossibilité où elle se voyait de ne pouvoir jamais réaliser ces désirs extraordinaires, les lui fit d'abord envisager comme de vaines chimères de son imagination. Elle en fit part cependant à sa bien-aimé:: con-

fidente, la Mère de l’Incarnation, à qui elle n'avait jamais caché le moindre secret de son âme. La Mère de l’Incarnation y reconnut la vocation divine ; mais ce ne fut qu'aux premières démarches de Madame de la Peltrie, que toutes deux comprirent parfaitement le but et le sens de ces aspirations, dont elles n'avaient jamais osé espérer l’accomplissement.

Dès que Madame de la Peltrie eut mit le pied dans le monastère des Ursulines, la Mère de Saint-Bernard sentit à l'instant se réveiller en elle, plus vifs que jamais, tous ses tressaillements intérieurs et tout son zèle pout la vie d'apostolat. Mais se croyant trop indigne d’une mission. si sublime, elle se contenta de soupirer en silence, et de s'offrir en holocauste pour la conversion des: sauvages. Cependant une secrète impulsion l'entraînait tour à tour vers la chambre de Madame de la Peltrie, et vers le parloir où se tenait M. de Bérnières ; elle allait ainsi tout le jour, pensive et

indécise, rôdant à travers le monastère, et n’osant se présenter, lorsqu’enfin la.

Mère de l’Incarnation la rencontra à l'entrée du parloir. Frappée d’une inspiration soudaine, elle la prit par la main, la conduisit tout droit chez M. de Bernières et le pria de l’exàäminer attent:vement. |

Peu d'hommes possédaient à un degré aussi éminent le don du discernement des esprits. Il lui fit d’abord rendre un compte exact de tout ce qu’elle avait ressenti au sujet de la mission du Canada; et après un mür examen, il reconnut en elle, à n’en pouvoir douter, l’apôtre prédestinée de Dieu. Enfin il la congédia en lui donnant l'assurance qu’il appuierait sa demande de toute son influence.

Elle sortit, toute rassurée, ivre de joie, et courut en hâte à la chambre de la Mère Supérieure !, pour se réjouir avec elle des espérances qu'elle venait de recevoir. Mais celle-ci l’accueillit avec une extrême froideur, traita même sa

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