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comme une autre échelle de Jacob par laquelle elle s'élevait sans cesse de la créature au créateur.
Ce privilège extraordinaire n’était que le prélude d’une faveur bien autrement étonnante. Depuis quelque temps, elle se sentait attirée vers un état sublime qui lui était inconnu; et quoiqu'’elle s’estimât bien audessous de la plus vile et de la plus méprisable des créatures, elle aspirait cependant à posséder Dieu par un titre suprême qui ne lui avait pas encore été manifesté, mais dont elle avait le pressentiment. Cet état inconnu était l’alliance spirituelle; et cette qualité suréminente était celle d’épouse. Mais il lui fut en même temps révélé qu’elle ne possédait pas encore tous les ornements qui lui étaient nécessaires pour être admise à une si haute dignité. Il n'y eut point alors de pénitences ni de sacrifices qu’elle n’embrassât avec ivresse pour toucher le cœur de son divin Epoux. Elle savait cependant fort bien qu’elle ne devait attendre son bonheur que de la pure bonté de Dieu et d’un excès de sa muvificence. Traitant son corps comme un esclave, elle l’accablait de mortifications, le couvrait de cilices et dehaires, le chargeait de chaînes, et passait une grande partie des nuits à se discipliner jusqu’à s’inonder de sang. Elle ne couchait que sur le bois sans autre couverture qu'un cilice, n’accordant à son corps que le peu de sommeil qui lui était absolument nécest gaire pour s'empêcher de mourir. Non contente des fatigues de ses travaux domestiques et des peines attachées à ses divers emplois, elle cherchait sans
cesse des inventions nouvelles pour se faire souffrir, et conjurait même une de ses confidentes de la battre cruellement. L'esprit intérieur qui s'était rendu maître de son âme, lui ordonna même un jour d’aller déclarer de nouveau à son directeur toutes les fautes et toutes les imperfections de sa vie. Elle écrivit sa confession, et après l'avoir signée de sa main, elle alla le conjurer, avec des torrents de larmes, de l’attacher à la porte de l'église, afin que tout le mon + connût ses infidélités envers Dieu. Son directeur la renvoya d’abord sévèrement et à plusieurs reprises; mais voyant enfin que ges pleurs jaillissaient d’une autre source que de celle de la nature, qu’ils coulaient de la blessure que lui avait faite le céleste amour, il se laissa toucher, prit le papier sans rien dire, et le jeta ensuite au feu.
Tant de gémissements et de larmes attirèrent enfin les regards du divin Maître sur sa servante. Un jour qu’elle conversait familièrement avec Notre-Seigneur, et que son cœur s’élançait par un mouvement extraordinaire vers ce bonheur qu’elle ne pouvait comprendre, Jésus-Christ lui dit distinctement ces paroles : Sponsabo te mihi in fide, sponsabo te mihi in perpetuum. Je t’épouserai dans la foi, je t'épouserai pour jamais.
La promesse d’une alliance aussi précieuse la ravit hors d'elle-même, et la transporta dans une sphère toute nouvelle. ‘ Au lieu, dit-elle, de sentir l’esprit de
Dieu s’insinuer en moi avec une douceur infinie, je me
sentais puissamment entraînée, en un instant, sans
avoir le loisir ni le pouvoir de faire aucun acte intérieur
et extérieur. Et lorsque je voulais faire oraison, j'étais obligée de chercher un lieu caché et de m'asseoir ou de m'appuyer, car autrement je serais tombée devant tout le monde. Il me semblait alors être tout abîmée en Dieu, qui m'’ôtait toute faculté d'agir.
‘ Je passais ainsi une heure ou deux ; et lorsque je revenais à moi, j'étais tout étonnée de me retrouver dans mon entretien ordinaire, jouissant d’une grande douceur d'esprit et me familiarisant avec Notr: Seigneur, mais d’une manière plus intime et plus puissante qu'auparavant.”
L'effet de ce nouveau ravissement fut d’absorber plus que jamais la sainte veuve en Dieu, et de l’unir davantage au Verbe incarné. Telle était l’ardeur dela flamme intérieure qui la consumait, que souvent elle lui enlevait même la faculté de réciter aucune prière vocale et de s'appliquer à aucune lecture. Si, par exemple, elle commençait à réciter le chapelet, cet état de recueillement lui ravissait la parole, et l’empêchait de continuer. Elle passait une grande partie du jour retirée à l'écart, s’occupant à faire les chambres des serviteurs, afin de converser sans interruption avec Jésus-Christ. D’autres fois, dans les transports de son enthousiame, elle imitait l'épouse des Cantiques et chantait les louanges et les perfections de son bienaimé, afin d’épancher les flots d'amour qui débordaient de son cœur. Et quand elle s’était longtemps répandue en hymnes d'actions de grâces, elle prenait la plume. et continuait par écrit l’épithalame commencé dans ses chants.