CHAPITRE QUATRIEME
Révélation de l’union mystique.
LeSeïgneur est admirable dans toutes les merveilles de la création, —admirable dans l’atome qui échappe au regard par son infinie petitesse, comme dans l’astre immense qui roule au fond des cieux à des profondeurs tellement insondables qu’il échappe aussi à notre vue —admirable dans les élancements de la mer, quand elle élèveses vagues écumantes jusqu'aux nues,—admirable dans les hauteurs de ces montagnes gigantesques, couvertes de neiges éternelles, dont, jamais la trace de l’homme ne ternit la blancheur virginale,et dont l’aigle seul, dans son vol sublime, trouble parfois les solennels silences ;—mais combien le Seigneur est plus admirable dans ses saints, lorsqu'il épanche sur eux les flots éblouissants de ses grâces, qu’il les transfigure et les divinise en quelque sorte, qu'il les plonge dans ces océans de lumière qui dévoilent à leurs yeux
des horizons inconnus, et qu’il les ravit dans la contemplation de ses éternelles splendeurs. La vie de la bienheureuse Mère de l’Incarnation va nous offrir un exemple étonnant de ces diverses opérations de la grâce. Mais laissons-la parler elle-même, car elle seule pourra trouver des paroles pour exprimer des merveilles si élevées au-dessus de la nature.
“ Dès que la divine Majesté m'’eut communiqué le don d’oraison, elle me donna aussi la grâce de sa sainte présence. C'était ce qui me soutenait et m’établissait dans un entretien continuel avec Notre-Seigneur ; et bien que pour lors mon esprit regardât cet aimable Sauveur comme Dieu-Homme, toutefois mon imagination n’y avait aucune part ; mais tout se passait dans l’entendement et la volonté d’une manière fort spirituelle, et avec une très grande pureté.
‘ J'avais quelquefois un sentiment intérieur que Notre-Seigneur Jésus-Christ était proche de moi ; et cette compagnie m'était si suave et si divine que je n’ai point de termes pour l’exprimer. Dans cet état, tout ce qui se passait dans l’âme était fort spirituel et fort abstrait ; et Dieu lui faisait comprendre qu’il lui voulait retirer tout soutien corporel, pour la mettre dans un état plus détaché, ayant été jusque-là soutenue par les sens, qui étaient remplis de l’exubérance qui rejaillissait de l’humanité sainte de Notre-Seigneur. En effet la douceur que lui procurait sa divine présence lui faisait dire : Votre nom est un parfum répandu. Ces premières approches du divin époux y répandent une
jubilation plus douce que toute suavité, et font couler sans mesure des larmes plus précieuses que tous les trésors imaginables.
‘* J'ai dit que l’âme, se sentant appelée à un état plus épuré, ne sait où on veut la conduire ; elle se sent seulement attirée à des choses sublimes, mais qu’elle ne connaît pas encore et qu’elle ne peut concevoir ; cependant elle s’abandonne à Dieu, ne voulant suivre d'autre chemin que celui où sa bonté la veut faire marcher.
‘* Alors mon esprit fut ouvert de nouveau, et j’entrai dañs un état de lumière où Dieu me fit voir qu'il était comme une grande et vaste mer qui ne peut souffrir rien d’impur. Cette lumière opéra de grandes choses en mon âme, et je vis alors quelle disproportion infinie ilyaentre la pureté de l'esprit humain et celle qui est nécessaire pour entrer dans l'union et la communicstion avec la divine Majesté. O mon Dieu! qu'il y a d’impuretés à nettoyer pour arriver à ce terme où l’âme pressée par l’amour de son souverain et unique bien, aspire si ardemment et si continuellement ! car l'esprit de Dieu est un censeur inexorable. Et après tout, l’état dont je parle n’est que le premier pas, et l’âme qui y est arrivée en peut déchoir en un moment. Je frémis quand je pense combien il faut y être fidèle. Cette correspondance est absolument nécessaire aussi bien que l’abandon de tout soi-même à la divine providence, et à la conduite d’un saint directeur dont il faut suivre les ordres à l’aveugle. Ah! mon Dieu ! que je voudrais
publier bien haut l'importance de ce point ; car il conduit l’âme à la vraie simplicité qui fait les saints.”
Cet exposé contient les deux principaux fondements de toute la perfection intérieure de notre sainte ; c’està-dire, la pureté de l’âme et la présence de Dieu. Sa pureté a été telle qu’elle s’est continuellement perfectionnée dans son âme, comme la lumière qui croît sans cesse depuis son aurore jusqu’à son plein midi. Quant à la présence de Dieu, ce n’était pas une simple application de son esprit à l'humanité sainte de Notre- Seigneur, c'était une application amoureuse, en sorte que l'union de l'esprit et l’union du cœur n’allaïient jamais l’une sans l’autre.
La révélation qu’elle avait eue des grands avantages qu’elle pouvait retirer de la soustraction des grâces sensibles, lui ñit embrasser avec une ardeur toute nouvelle cette vie de dévouement. Elle s’appliqua surtout à la pratique de l’humilité, de la patience et de la charité envers le prochain; et elle courut à pas de géant dans cette carrière. Ces généreux sacrifices ne tardèrent pas à recevoir leur récompense par la communication du don de la science, qui lui révéla les rapports des créatures avec le Créateur, et les fins pour lesquelles elles ont été créées. Dieu lui apparaissait sans cesse à travers leur voile transparent, mais d’une manière sai spirituelle et si épurée de la matière, que
le rayon divin qui les trave:sait, lui arrivait sans être nullement altéré. Leur contemplation, loin de lui causer aucune distraction, était plutôt, pour elle,
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