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Il essuyait d’abord ses larmes et promettait d’être plus raisonnable à l’avenir; mais à peine lui avait-elle dit adieu, qu’il oubliait toutes ses promesses.
Les tourières remarquèrent plusieurs fois que lorsqu’il s’en retournait, il marchait toujours à reculons en tenant les yeux fixés sur les fenêtres du dortoir, dans l’espérance d’y apercevoir sa mère, parce qu'il l'y avait entrevue une fois au moment où elle y passait par hasard.
Souvent aussi, à l’heure de la messe, il entrait dans l'église, et tâchait d'avancer aussi près que possible de la grille, afin de pouvoir jeter la vue dans le chœur des religieuses.
Ayant un jour trouvé entr'ouverte la grille de la communion, il passa la tête au travers, et se mit à crier en pleurant: ** Rendez-moi ma mère ! rendez-moi ma mère!” Les bonnes religieuses no purent retenir leurs larmes en entendant ces cris déchirants. La vue d’une douleur si amère, et des tortures morales que devait souffrir l’infortunée novice, les navrait de tristesse.
De tels scandales lui firent craindre sérieusement que son séjour dans la communauté ne devînt impossible. Déjà, on répandait le bruit que la supérieure allait bientôt lui signifier de se retirer ; quelques-unes de ses amies même, croyant ces rapports fondés, lui conseillèrent de sortir avant de prendre le voile, afin de ne pas s’'exposer à subir cette confusion après l'avoir
reçu.
Un autre jour, le jeune enfant, après avoir fait mille
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MARIE DE L'INCARNATION 173 détours dans le monastère sans savoir où il allait, entra tout à coup dans le réfectoire, où toute la communauté était réunie et au moment de se mettre à table. Il est facile d'imaginer quelle fut la surprise des religieuses, et quelle impression pénible fit éprouver à la pauvre mère l'apparition inopinée de son fils. Toute sa tendresse maternelle seréveilla aussitôt. Mais lorsqu'elle le vit se précipiter dans ses bras en fondant en larmes, elle se sentit percée au cœur d’un glaive de douleur et de compassion inexprimables. Elle demeura en même temps anéantie de confusion, en se voyant la cause innocente de tant de trouble, dans une communauté qui l'avait accueillie avec une ei grande bienveillance.
Rien n’eût été plus facile que de vaincre l’obstination et l’ennui de cet enfant, s’il avait été laissé à luimême; mais tous ceux qui l’entouraient semblaient conspirer ensemble pour aigrir son chagrin, et nourrir son espoir de revoir à ses côtés celle qu’il pleurait.
Il présenta un jour à sa mère un papier qu'on lui avait donné à ce dessein. C’était une longue pièce de vers composée par un de ses oncles, quiavait un talent très remarquable pour la poésie. Il y peignait, sous les couleurs les plus vives, le malheur de cet enfant, arraché des bras de sa mère dans un âge si tendre, et lui mettait dans la bouche les reproches les plus affectueux, pour réveiller en elle toutes les voix de la nature et ébranler sa constance. Elle lut cette pièce sans laisser paraître la moindre émotion; mais il est aisé
de comprendre quelle lutte terrible se livra dans son âme, entre les sentiments de la nature et ceu:: de la grâce, à la lecture de ces pages si propres à exciter l’exquise sensibilité de l’amour maternel.
Cependant tous ces assauts que lui suscitait le tentateur, n'étaient que le prélude d’une attaque bien autrement violente. Le jeune Martin avait hérité des heureuses qualités de sa mère, et jouissait naturellement d’un caractère doux et aimable, qui le rendait l’idole de ses compagnons d’enfance. Lorsqu'ils le virent en proie à cette tristesse inconsolable, ils s’empressèrent autour de lui, et tâchèrent de le consoler. Mais voyant que leurs efforts étaient inutiles, ils tramèrent entre eux une petite conspiration pour lui restituer celle qui était la cause de tant de larmes. ‘“ Ne pleure pas, s’écrièrent-ils tous ensembie, nous te rendrons bien ta mère ; nous allons tous aller au monastère, et uous ferons tant de bruit qu’on ser: bien obligé de la faire sortir.”
En un clin d’œil, le quartier fut en émoi. Une immense clameur s’éleva autour des murs du monastère, et les pierres volèrent de toutes parts. Les religieuses ne comprirent pas d’abord l’origine de ce tumulte étrange ; mais la novice désolée qui en était la cause involontaire, eut bientôt tout deviné; car, au milieu de ces cris, une voix bien connue frappa douloureusement son oreille. C'était celle de son fils qui, transporté hors de lui-même par cette singulière démonstration, pleurait et sanglotait avec plus de violence
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desti
L’ voul Tours un jo Jésui
que jamais, et ne cessait de crier d’une voix capable d'attendrir les cœurs les plus durs: ‘ Rendez-moi ma mère ! Rendez-moi ma mère ! ” Chacune de ces paroles pénétrait dans l’âme de l’infortunée mère, comme autunt de coups de poignard qui lui déchiraient les entrailles. Elle crut alors que c’en était fait, et que les religieuses, lassées de tant de tumulte et d’importunités, allaient lui dire de se retirer. ‘‘ Jamais, dit-elle, je ne fus tant combattuc ; j’en traitais humblement et amoureusement avec Notre-Seigneur pour l'amour duquel j'avais abandonné cet enfant, afin de suivre ses divins conseils ; et par ce moyen mon cœur demeurait en paix.”
En effet, sa grande âme ne faiblit pas un seulinstant au plus fort de l'orage; tous ceux qui furent témoins de tant de courage et de fermeté, en étaient dans l’admiration.
Enfin cette tempête s’apaisa insensiblement. ‘Peu de temps après, dit-elle, le Seigneur daïgna me consoler ; car un jour que je montais les degrés du noviciat, il me donna une certitude intérieure que je serais religieuse en cette maison; il m’assura en même temps
qu’il aurait soin de mon fils, et qu’il serait un jour
destiné à son service.”
L'effet suivit de près la promesse, et Dieu lui-même voulut en faire naître l’occasion. L’archevêque de Tours et Dom Raymond de Saint-Bernard, conversant un jour avec le Père Dinet, directeur du collège des Jésuites de Rennes, quise trouvait alors à Tours, eurent
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