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complaisance, me voulait surmonter, m'ôtant ma volonté à l'égard de mes poursuites pour l'extension du royaume de son Fils. En effet, il 1ne martyrisait ; car à peine me permettait-il de jeter un soupir pour arrêter ce tourment qui m’arrachuit !a vie et me charmait tout ensemble. Alors je m’aperçus que jen’avais plus de volonté, et que Dieu voulait pour moi. J’ac-
quiesçai et me confessai vaincue. Je chantai le triom-
phe de mon vainqueur et reconnus la justice de son vouloir. Dès ce moment, je fus délivrée des langueurs que me causaient mes poursuites. C'était un repos, une paix, un non vouloir, une demeure dans la volonté de Dieu, qui m’accompagnait toujours en n’occupant des intérêts du Verbe incarné.”
M. de Bernières, qui eut occasion de connaître intimement la Mère de l’Incarnation et de l’entretenir souvent des dons surnaturels qu’elle avait reçus, eut le bonheur de recueillir de ses propres lèvres le récir de cette faveur insigne. Voici comment ce grand maître de la vie mystique apprécie cette grâce et celle qui en fut l’objet.
‘ Je me souviens que cette grande religieuse parlait admirablement de la vie apostolique, et qu’elle en avait des sentiments exquis. Elle souffrit un jour une opération bien extraordinaire. Comme elle s’efforçait de prendre la volonté divine pour ne la quitter jamais, et la fléchir à l'établissement du royaume de son Fils sur toutes les nations, Notre-Seigneur prit la sienne; et depuis elle n’a point eu de volonté propre, mais la seule volonté de Dieu a été sa volonté,
‘ C’est une grande âme, solidement vertueuse, qui a une profonde humilité, une charité éminente, et qui ne perd point l’union actuelle avec Dieu.
‘“ Elle dit donc que Dieu la dépouilla de son propre vouloir, ou, pour me servir des paroles dont il usa à son égard, il triompha de sa volonté; non qu’il lui enlevât cette puissance qui est le principe des actions spirituelles, ou qu’il la privât de sa liberté; mais la volonté divine s’empara tellement de la sienne, qu'elle ue pouvait plus vouloir que ce que Dieu voulait. Ainsi on eût pu lui donner ce nom admirable que Dieu avait promis à une nation qui devait être toute àlui: On vous appellera, ma volonté est en elle. Cette faveur merveilleuse commença par une espèce d’agonie, c’est-à-dire que sa volonté agonisa avant que de mourir à elle-même, pour se perdre en celle de Dieu. Il ne lui restait plus alors que de faibles aspirations, qu'elle offrait en acquiescement à la perte de sa volonté. Cette agonie fut pleine de délices ; car comme il n’est rien de plus afiligeant que de suivre les désirs de sa propre volonté, il n’est rien, au contraire, de plus doux que de ne vivre que de la volonté de Dieu. Aussi le nouvel état qui succéda à cette opération fut un état tout de délices, de paix, de repos et de demeure parfaite en la volonté de Dieu.”
Ce fut vers l’année 1635 que notre bienheureuse Mère entra dans cette nouvelle phase de l'amour divin. Comme la fiancée des Cantiques, transportée par son divin Époux dans cet Éden embaumé de
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