CHAPITRE CINQUIÈME
La Mère de l’Incarnation s’offre en victime.
L'’humble monastère de Québec retentit des cantiques d’allégresse de tous ses enfants au etour de cette fondatrice tant aimée. Les petites sauvagesses, qu’elle avait si souvent pressées sur ses genoux, vinrent toutes, triomphantes et ivres de joie, se jeter dans ses bras. L'une d’elles ne sachant comment exprimer son bonheur, lui dit avec une naïveté char” mante : ‘* Mère, depuis trois ans, je n’ai pas cessé de prier le bon Dieu pour toi.”
Mais nulle, parmi cette sainte famille, ne tressaillit d’une joie plus vive, au terme de cette longue absence, que celle dout les épaules déchirées en avaient porté le fardeau, et dont le cœur endolori en avait dévoré en secret toutes les poignantes amertumes. La morne solitude de son âme refleurit tout à coup au rayonnement de cette douce présence; son front brûlant et desséché se rafraîchit, comme au souffle d’une brise
bienfaisante ; c'était l’ange consolateur que le cie] lui envoyait pour soutenir son agonie, et raffermir ses pas sur le chemin de sa douloureuse passion. Car le sacrifice n’était pas encore consommé, et ses larges blessures devaient demeurer toujours saignantes, jusqu'au jour où deux âmes qu’elle avait demandées à Dieu, seraient entrées duns la carrière du ciel. Elle s'était, en effet, dévouée à la justice divine pour le galut de son fils et d’une nièce qu’elle avait laissés dans le siècle, exposés à de grands dangers.
Dès que son fils s'était vu refuser les portes de la Compagnie de Jésus, il s’était livré à un profond dtcouragement, et n’avait plus songé qu’à disperser sa vie dans la dissipation. Les rêves de l’ambition fermentèrent dans son cœur ; et il vint s'établir à Paris, où la faveur dont jouissait sa mère auprès de la reine Anne d'Autriche, lui ouvrait de séduisantes avenues. En effet, dès ses premiers pas, une illustre protectrice le prit par la main: la duchesse d’Aiguillon lui promit un avancement rapide à la cour. Mais Dieu avait des desseins de miséricorde sur ce fils unique d’une sainte; et au moment où le monde faisait miroiter à ses regards ses plus chatoyantes séductions, un éclair, parti d’en haut, vint lui découvrir le précipice caché sous ces fleurs.
Un jour que, fatigué du tumulte de la grande ville ct retiré dans sa chambre, il lisait attentivement un traité de philosophie, il entendit soudain frapper visement à sa porte. Il se lève et va ouvrir; mais
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n’apercevant personne, il retourne tranquillement à sa lecture. À peine assis, il entend frapper de nouveau ; il revient à la porte, mais sans découvrir la trace d'aucun visiteur. Le bruit se réitère une troisième fois, sans livrer plus de résultat à ses recherches. Frappé alors de cet appel étrange, le nouvel Augustin fait un retour sur lui-même; il reconnaît la voix du ciel, et demeure convaincu que c’est l’ange de sa sainte mère qui lui apporte cet oracle de salut. Il n’hésite plus, n’achève pas même la page commencée, et va s’agenouiller aux pieds de l’ancien directeur de la Mère de l’Incarnation, Dom Raymond de Saint-Bernard. Il lui dévoile les troubles de sa consc’-nce au milieu de ses rêves d’ambition et d'avenir, lui raconte l'incident mystérieux qui l’a terrassé, et le supplie de lui indiquer la route où Dieu l’appelle. Le saint vieillard élève les yeux au ciel, rend grâces à Dieu, laisse tomber quelques paroles de vie, et le jeune homme se relève consolé, Il venait de mettre une barrière infranchissable entre lui et le monde. Le lendemain ses parents et ses amis apprenaient avec étonnement qu'il avait quitté les brillantes livrées du siècle pour l’austère costume des enfants de Saint-Benoît. Il choisit entre les diverses branches de ce grand ordre, la Congrégation de Saint- Maur, célèbre au dix-septième siècle entre toutes les familles monastiques, et que devait bientôt illustrer à jamais le savant Mabillon.
A la nouvelle de cette miraculeuse conversion, son
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