INSTRUCTION XVIII
CONTINUATION DU MÊME ARTICLE
Des marques de la vérituble Eglise.— La sainteté.
L’ Eglise a des propriétés et des marques qui la font connaître et qui la distinguent des autres sectes de religion. La première est celle que nous croyonsen cet article, savoir, qu’elle est sainte,
Elle est sainte, en effet, parce que Jésus-Christ l’a lavée et purifiée dans son sang, comme saint Paul le témoigne en ces termes (Ephes. 5. 25.): ‘ Jésus-Christ a aimé son Eglise, et s’est ‘€ livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l’avoir “ purifiée dans le baptême de l’eau par la parole de vie, pour la ‘€ faire paraître devant lui plaine de gloire, n’ayant ni tache, ni ‘ ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et irrépréhen- “ sible.’ Saint Jean dit le même dans l’Apocalypse (1. 5.): “ Jésus-Christ nous a aimés et lavés de nos péchés dans son “ sang, et nous à faits rois et prêtres de Dieu son Père.”
Secondement, elle est sainte, parce qu’il se l’est dédiée et consacrée: ‘Vous êtes, dit le prince des Apôtres (I. Pet. 2, 9.), la ‘“ race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple de “ conquête, afin que vous publiiez les grandeurs de Celui qui “ vous a appelés dans son admirable lumière. Vous qui autre- “fois n’étiez point son peuple, mais qui maintenant êtes le ‘“ peuple de Dieu, vous qui autrefois n’aviez point obtenu misé- ‘“ ricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde.” Et, en effet, comme les temples, les autels, les vases sacrés, les habits sacerdotaux, les premier-nés même étaient appelés saints parce qu’ils étaient dédiés et consacrés à Dleu; de même l'Eglise est sainte, et les fidèles sont saints, parce qu'ils se sont dédiés et consacrés à Dieu par la foi et par le baptême. Cest ainsi que saint Paul appelle les chrétiens de Corinthe saints et sanctifiés (I. Cor. 1. 2.).
L'Eglise est encore appelée sainte, parce qu’elle fait un corps qui est uni à Jésus-Christ comme à son chef, qui est la source de toute sainteté, d’où découlent toutes sortes de grâces dans le corps et dans les membres. Le prophète (Ps. 132. 1.) explique cette comparaison quaud il dit: “Oh! qu’il est bon, et qu’il est
“ doux que les frères vivent ensemble dans l’union ! Cette union ‘“ est semblable à cette huile de parfum répandue sur la tête * d’Aaron, qui descendit sur tous les poils de sa barbe, et qui ‘ découla sur le bord de son vêtement ; elle est semblable à la ‘* rosée d’Hermon qui tombe sur la montagne de Sion, car c’est “ ]à que le Seigneur répand ses bénédictions et la vie qui ne ‘ finira jamais.”
Enfin l'Eglise est sainte, parce que tout ce qui est dans l'Eglise, tout ce qui s’y fait, et tout ce qui s’y enseigne est saint ; ses lois sont saintes, ses Sacrements sont saints, son sacrifice est saint, ses ministres sont saints, tout son corps est saint, Esprit qui l'anime et qui la gouverne est saint, car ce que le Fils de Dieu dit à l'Eglise même (Cant. 4. 7.) sera toujours véritable: ‘Vous ‘“ êtes toute belle, à ma bien-aimée, et l’on ne peut remarquer ‘“ en vous aucuns tache.” Que si ses membres commettent des péchés et quelquefois de grands crimes, cela n’est point de l'Eglise, qui défend ces excès et qui les punit; mais de son ennemi, qui ne la pouvant corrompre dans son corps, tâche de la souiller dans ses membres,
Outre la sainteté, le symbole de Nicée y remarque encore d’autres propriétés, quand il dit et qu’il confesse qu’elle est une, catholique et apostolique.
La seconde propriété de l'Eglise est donc qu’elle est une, c’està-dire que hors d'elle, il n’y a point d’autre Eglise dans laquelle on puisse être sauvé. En signe de quoi ceux qui étaient dans l'arche furent sauvés du déluge, et ceux qui étaient dehors périrent tous. Et Jésus-Christ dit à son Eglise comme à son Epouse (Cant. 6. 8.): “ Vous êtes unique, ma colombe, vous êtes ‘ unique, ma très belle, et je n’en reconnais point d’autre que ‘6 vous.”
Elle est encore une, ou unique en elle-même, c’est-à-dire qu’elle est ennemie des schismes at des divisions. C’est pourquoi saint Paul exhorte les fidèles à conserver cette unité (I. Cor. 1. 10.): “Je vous conjure, mes frères, par le nom de ‘ Jésus-Christ Notre-Seigneur, d’avoir tous un même langare ‘“ et de ne point souffrir parmi vous de schismes ni de divisions, “ mais d’être tous unis ensemble dans un même esprit et dans ‘ un même sentiment.” Et écrivant à ceux d’Ephèse (4. 3.), il dit quasi la même chose: ‘“ Travaillez avec soin à conserver
“ l'unité d’un même esprit par le lien de la paix.” Et pour montrer en détail que l'Eglise est une et ir. : visible en ellemême, il continue disant, “ que dans l'Eglise il n’y a qu’un
“ corps, qu’un esprit, qu’une espérance à laquelle nous sommes
“ tous appelés: qu’un Seigneur, qu’une foi, qu’un baptême,
“ qu’un Dieu qui est le Père de tous, qui est au-dessus de tous,
‘ qui étend sa providence sur tous, et qui réside en nous tous.”
Ce saint apôtre veut dire par ce raisonnement qu'il est aussi
impossible que l'Eglise soit divisée et qu’il y ait plusieurs Eglises, qu’il est impossible qu’il y ait deux Saints-Esprits, deux fins de notre espérance, deux Jésus-Christ, deux fois, deux baptêmes et deux Dieux.
La troisième marque ou propriété de l'Eglise est qu’elle est catholique, c’est-à-dire universelle ; car elle s'étend par tout le monde. Il n’y a point de peuple ni de nation qui n’y ait entrée, tous les hommes y sont reçus. “Et, comme dit saint Paul ‘ (Col. 3. 11.), les barbares et les Scythes, les libres et les escla- ‘“ ves, les hommes et les femmes, les pauvres et les riches, les “ rois et les sujets y trouvent place” C’est pourquoi il est écrit (Apoc. 5. 9.) : “ Vous avez été mis à mort, Seigneur, et vous ‘ nous avez rachetés pour Dieu au prix de votre sang, en nous ‘ tirant de toutes les tribus, de toutes les langues, de tous les ‘ peuples, et de toutes les nations.” David fait parler le Père éternel à son Fils Notre-Seigneur, et lui fait dire (Ps. 2. S.): “ Demandez-moi, et je vous donnerai toutes les nations pour “ votre héritage, et toute l'étendue de la terre pour votre posses- ‘“ sion.” Le même prophète dit (Ps. 71. 11.): “Tous les rois de “ la terre l’adoreront, et toutes les nations se feront honneur de ‘ le servir.” Il y a dans l’Ecriture une infinité de semblables passages, mais je me contenterai de rapporter ce que dit Notre- Seigneur parlant de l'établissement de son Eglise et de la réprobation des ‘'uifs (Matth. 8. 11.): ‘Je vous dis que plusieurs “ viendront d'Orient et d'Occident, et auront place avec Abra- ‘ ham, Isaac et Jacob dans le royaume de Dieu; et les enfants ‘ du royaume (qui sont les Juifs) seront jetés dans les ténèbres “ extérieures.” Et afin que cette prophétie fût accomplie, il en commit l'exécution à ses disciples, disant (Marc. 16. 15 et 20.):
“ Allez par tout le monde, et prêchez l'Evangile à toutes les ‘ créatures ; celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé, et
‘ celui qui ne craira pas, sera condamné. Et eux étant partis, ‘“ préchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux et confir- ‘“ mant leur parole par les iniracles qui l’accompagnaient.”
L'Eglise n’est pas seulement universelle, parce qu’elle s'étend par tout le monde, et qu’elle comprend toutes sortes de personnes ; mais encore parce qu’elle contient l’espace de tous les temps et qu’elle doit durer depuis Adam ju:qu’à la fin des siècles, Car encore que les patriarches et les saints de l’ancienne loi, et même de la loi de nature aient devancé le mystère de l’Incarnation du Verbe, c’est néanmoins la doctrine des saints Pères qu’ils appartenaient à l'Eglise, parce qu’ils croyaient en Jésus-Christ, et qu’ils n’ont fait les bonnes œuvres qui les ont sanctifiés et sauvés que par la grâce de ce divin Sauveur, qui leur a été donnée par anticipation. La différence qu’il y a entre leur foi et la nôtre, est qu’ils ont cru en Jésus-Christ qui devait venir, et nous croyons en Jésus-Christ qui est venu. Notre foi néanmoins a de grands avantages par-dessus la leur, et nous serons beaucoup plus coupables qu'eux, si nous n’en faisons un bon usage; car outre la connaissance du Messie qui est commune à eux et à nous, nous avons sa doctrine, ses exemples, ses miracles et ses sacrements qu’ils n'avaient pas.
La quatrième propriété de l'Eglise est qu’elle est apostolique. Premièrement, parce qu’elle est fondée sur les apôtres qui en ont été les pierres fondamentales immédiatement posées sur Jésus-Christ, qui est la première pierre et le roc inébranlable. Voici comme parle saint Paul (Ephes. 2. 19.): ‘Vous n'êtes ‘ plus des étrangers hors de leurs pays, mais vous êtes citoyens
. “ de la même cité que les saints, et domestiques de la maison de
‘ Dieu, édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, “ dont Jésus-Christ est la principale pierre.”
2. L'Eglise est apostolique, parce qu’elle tient la doctrine que les apôtres lui ont enseignée, et que ses opinions ne sont point nouvelles comme celles des hérétiques, mais qu’elles sont aussi anciennes que l'Eglise même qui les a conservées de père en fils jusqu’à nous.
Enfin l'Eglise est apostolique, parce que le Saint-Esprit à été premièrement donné aux apôtres, et par eux à toute l'Eglise, dans laquelle il est toujours demeuré depuis pour la gouverner d’une manière invisible.
L'on pourrait ajouter à ces quatre propriétés de l'Eglise une cinquièine, savoir qu’elle est infaillible, c'est-à-dire qu'elle ne peut errer quand elle détermine des matières Ge la foi, et qu'elle prescrit des règles de bien vivre. D’autant qu’elle est gouvernée par le Saint-Esprit qui ne peut inspirer l'erreur, ni conseiller la corruption des mœurs. Saint Paul nous apprend combien l'Eglise est éloignée de l'erreur et de la fausseté, quand il dit 1. Tim. 3.15.): ‘ Apprenez comment vous vous devez conduire ‘“ dans la maison de Dieu, qui est l'Eglise du Dieu vivant, la “ colonne et la base de la vérité.”
Voilà donc les marques d’une véritable Eglise, qu'elle soit une, sainte, catholique, apostolique, et infaillible, et comme ces marques ou propriétés se rencontrent seulement dans l'Eglise Romaine, il s'ensuit que cette Eglise seule est la véritable Eglise, et que hors de cette Eglise, il ne faut point espérer de salut,