INSTRUCTION XVI
CONTINUATION DU MÊME ARTICLE
Le Saint-Esprit produit des effets merveilleux dans les âmes et leur fait des dons excellents, qui découlent de sa bonté comme d’une source de biens qui ne peut tarir. Car encore que les opérations et les grâces que Dieu fait extérieurement soient communes aux trois personnes, plusieurs néanmoins sont attribuées au Saint-Esprit, comme nous avons dit ailleurs qu’il y en a d’autres qui sont attribuées au Père, et d’autres qui le sont au Fils.
Le premier présent que le Saint-Esprit nous fait, c’est de luimême; car il est amour, et le premier présent que nous faisons à une personne que nous aimons, c’est l’amour que nous lui portons ; les autres présents que nous lui faisons étant plutôt des marques et des indices de ce premier présent, que des présents véritables. De là vient que cet Esprit divin est particulièrement appelé 4 don Dieu, le don du Très-Haut. Ce don avait été promis aux hommes par l'organe du prophète Ezéchiel (37. 6.) : “Je vous donnerai mon Esprit et vous vivrez.” Et par le prophète Joël (2. 28.): “ Le temps viendra que je répandrai ‘“ mon Esprit sur toute chair: vos fils et vos filles prophétise- “ ront, les vieillards auront des songes mystérieux, et les jeunes ‘“ auront des visions. Et de plus, en ce temps-là, je donnerai “ mon Esprit à mes serviteurs et à mes servantes.”
Cet Esprit saint nous fait encore d’autres dons que l’on appelle par excellence les dons du Saint-Esprit. Ils sont sept en nombre, et voici les noms et l'ordre que le prophète Isaïe leur donne (11. 2.): ‘ L'Esprit de sagesso et d’entendement, “ l’Esprit de conseil et de force, l'Esprit de science et de piété, ‘ l'Esprit de la crainte du Seigneur.” Il est de conséquence de bien connaître la nature et les effets de ces dons, car c’est de là que nous connaîtrons si le Saint-Esprit habite en nous, ce qui est la plus grande consolation que nous saurions avoir en cette vie.
Le don de sagesse est une connaissance lumineuse et savoureuse tout ensemble des choses de Dieu, qui nous en donne du goût et nous y fait trouver du plaisir. Ce don est le caractère des prédestinés, parce qu’il dispose tellement le cœur, qu’il prend plus de goût et de plaisir dans les vérités divines, et dans le plus petit degré de grâce et de vertu, que dans toutes les créatures.
Le don d’entendement, de pénétration, ou d'intelligence, est une lumière surnaturelle qui nous découvre et nous fait pénétrer les vérités du ciel, les saints mystères, et quelquefois les
icritures saintes avec une merveilleuse facilité. De là vient qu’il se trouve des personnes simples qui ont des connaissances surnaturelles que Dieu ne donne pas aux plus savants docteurs qui ne recherchent la vérité que par le travail de l'étude et par l'effort d’un esprit naturel.
Le don de conseil est une lumière qui nous fait voir ce que nous devons faire pour plaire à Dieu, surtout quand le secours humain nous manque ; et qui, de plusieurs moyens, nous découvre ceux que nous devons choisir. Encore que le Saint- Esprit donne pour l'ordinaire cette lumière dans les choses qui regardent la £'oire de Dieu et notre salut, il la donne néanmoins quelquefois aux justes dans la conduite même des choses humaines, à cause de la droiture de leurs intentions.
Le don de force est une vigneur spirituelle et un courage surnaturel que le Saint-Esprit donne pour accomplir ses volontés, et pour surmonter tous les obstacles qui se présentent dans son service et dans l'ouvrage de notre salut, soit de la part des hommes, soit de la part des démons, soit enfin de la part de nos passions et de notre cupidité, qui sont les plus grands empêchements de notre salut et de notre perfection.
Le don de science est une connaissance des choses naturelles et des créatures selon le rapport qu’elles ont à Dieu, et de la manière que nous en devons user pour sa gloire et pour notre sanctification. C’est en ce sens qu’il faut entendre saint Paul, quand il dit que toutes choses tournent au bien de ceux qui aiment Dieu (Rom. 8. 28.),
Le don de piété est une promptitude de cœur et d'esprit, et même de corps à tout ce qui peut glorifier Dieu; particulièrement en ce qui regarde son culte dans les pratiques de la religion; comme sont les adorations, les sacrifices, les communions, les louanges de Dieu, les pèlerinages, les vœux, la prière, l'invocation des saints, et autres semblables, qui montrent que le cœur est piqué de dévotion et gagné à Dieu,
Le don de crainte est une tendresse de conscience qui nous retient et nous empêche de commettre aucun péché, ni de rien faire qui soit désagréable à Dieu. Comme l'œil ne peut souffrir aucune ordure à cause de sa délicatesse, de même l’âme qui est attendrie et pénétrée de cette suinte crainte, ne peut souffrir aucun péché, si petit qu’il soit. Cette crainte n’est point inquiète ni scrupuleuse, parce que le Saint-Esprit qui la donne, est ennemi du trouble et ami de la liberté et de la paix, selon ces paroles de saint Paul: ‘ Où est l’esprit de Dieu, là est la liberté (II. Cor. 3. 17.); ” mais plutôt elle est douce et tranquille, parce qu’elle regarde Dieu non comme juge, mais comme Père. Elle est crainte, parce qu’elle fait craindre le péché ; mais elle est en quelque façon amour, parce qu’elle aime Dieu et qu’elle craint de lui déplaire, et c’est pour cela qu’elle est justement appelée filiale et amoureuse.
Outre ces dons précieux, il y en a encore d’autres à qui néanmoins l’on doit plutôt donner le nom de fruits du Saint-Esprit, que dons du Saint-Esprit. Et en efet, saint Pau: les nomme ainsi écrivant aux Galates (5. 22.): “ Les fruits du Saint-Esprit “ sont la charité, la joie, la paix, la patience, l'humanité, la “ bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la tem- “ pérance, la chasteté.” L'on donne à ces vertus plutôt le nom de fruits, que celui de dons, parce qu’ils sont des effets des véritables dons. Les dons du Saint-Esprit nous sont donnés par la pure grâce et libéralité de Dieu; mais pour «voir ces fruits, outre la grâce, il nous faut agir de notre pari, et les acquérir par notre travail.
L'on peut joindre à ces fruits du Saint-Esprit, celui de la prière, comme témoigne le même apôtre: ‘Le Saint-Esprit, “ dit-il (Rom. 8. 26.), nous soulage et nous fortifie dans nos fai- ‘“ blesses; car nous ne savons ce que nous devons demander, et “ne saurions prier comme il fut; mais le Saint-Esprit prie “lui-même pour nous, c’est-à-dire, il nous fait prier par des “ wémissements ineffables.”
Mais le plus admirable des dons du Saint-Esprit, et le plus utile pour nous, est la grâce sanctifiante, par laquelle il nous rend justes et saints, C’est par ce don incomparable que nous soinmes faits enfants de Dieu, et que nous entrons dans la participation de la nature du Père céleste. ‘ Voyez, dit saint Jean ‘ (I, Joan. 3. 1.), quel amour nous a témoigné le Père céleste, ‘ de vouloir que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que “ nous le soyons en eftet.” Saint Pierre dit aussi (II. Pet, 1. 4.): “ Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a communiqué les grandes “et précieuses grâces qu’il avait promises, pour nous rendre ‘* participants de la nature divine” Le prophète Osée (1. 10.) avait prévu cette génération sainte et divine, lorsqu'il disait : “ Le nombre des enfants d'Israël sera comme celui lu sable de “ la mer, qui ne se peut compter, Et dans le lieu où l’on dit: “ Vous n'êtes pas mon peuple, on dira: Vous êtes les enfants “ du Dieu vivant.”
Si la grâce du Saint-Esprit nous fait enfants de Dieu, c’est une conséquence qu’elle nous fasse ses héritiers, parce que les enfants ont droit à l'héritage de leur père. C’est pourquoi saint Paul dit (Rom. 8. 15.): “ Tous ceux qui sont conduits de l'esprit “ de Dieu, sont enfants de Dieu. Car vous n’avez pas reçu l’es- “ prit de servitude pour vivre encore dans la crainte; mais “ vous avez reçu l'esprit d'adoption des enfants de Dieu, par “ lequel nous lui disons hardiment: Vous êtes mon Père. Car “ l’esprit de Dieu rend lui-même témoignage à notre âme, que “ nous sommes enfants de Dieu. Si donc nous sommes enfants, “ nous sommes par conséquent héritiers; héritiers de Dieu, ut “ cohéritiers de Jésus-Christ, pourvu que nous souffrions avec ‘ Jui, afin que nous soyons glorifiés avec lui.” Le même apôtre confirme cette vérité, écrivant aux fidèles d'Ephèse (1. 10.): “ Dieu a réuni toutes choses en Jésus-Christ comme dans le “ chef, tant ce qui est dans le ciel, que ce qui est sur la terre.
srl dt 5e
caler tea mm
‘ C'est en lui que l'héritago nousest échu, comme par sort, ayant ‘été prédostinés par lo décret de Celui qui fait toutes choses ‘ selon le dessein de sa volonté, afin que nous soyons la gloire “et lo sujet des louanges de Jésus-Christ, nous qui avons los “ premiers espéré on lui. Vous y avez aussi espéré, vous y avez “entendu la parole de la vérité, l'Evangile de votre salnt,etqui ‘ayant cru on lui, avez ét scellés du acoau du Saint-Esprit, “qui avait été promis, et qui est la gago et los arrhes de notro “héritage, jusqu'à ce que nous en ayôns l'acquisition parfaite, “ qui sera l'achèvement de notre rédemption, à la louange et À “Ja gloire de Dieu.”
Outre les dons et les grâces du Saint-Esprit, desquels je viens do parler, ilen fait oncore d'autres À son Eglise, dont saint Paul fait lo dénombrement, quand il dit (1. Cor, 12. 8.): ‘L'un reçoit “ par le Saint-Esprit le don de parler de Dieu avec sagesse; un “autre reçoit du même Esprit le don de parler avec science ; un “autre reçoit par le même Esprit le don de la foi; un autre “reçoit du même Esprit le don de guérir les maladies; un autre “ le don de faire des miracles; un autre, le don de prophétie un autre, lo don de discernement des esprits: un autre, le don “ de parler diverses langues ; un autre, le don d'interpréter les “langues, Or, c'est un soul et même Esprit qui opère toutes ces “choses, distribuant à chacun ses dons selon qu'il lui plait.”
Ces derniers dons sont admirables, et ont de merveilleux effets. Maisle Saint-Esprit ne les donne, pour l'ordinaire, qu'aux apôtres, aux docteurs, aux pasteurs, et À ceux qui sont appelés à la conduite ou à la conversion des Amies, comme saint Paul lo remarque au même lieu, quandil dit: ** Dieu opère tont en tous : “ mais les dons du Saint-Esprit, qui se font connaître au dehors, “sont donnés à chacun pour l'utilité de l'Eglise.” Ces dons célestes étant done plutôt donnés pour l’ntilité des autres, qne pour la sanctitication de ceux à qui ils sont donnés, je ne m'étendrai pas davantage à les axpliquer.
Nous sommes obligés de croire par cet article: 1. Qu'il y a un Saint-Esprit. ?, Que cet Esprit saint est ne personne de la très sainte Trinité, 3, Que cette personne procède du Père et du Fils, comme d'un senl principe, 4, Qu'elle est réellement distincte des deux personnes d'où elle procède. 5, Que cet Esprit est vraiment Dieu et adorable comme le Père et le Fils, 6, Que touts les grâces et tous les dons surnaturels que nous avons, v'est le Saint-Esprit qui les opère en nous,
INSTRUCTION XVIT.
EXPLICATION DU NEUVIÈME ARTICLE, Lu sainte Église catholique,
Cet article renferme la grâce de notre vocation, parce quo Diou ne nous a appelés que pour nous incorporer à son Eglise ot nous faire membres du corps mystique de son Fils, Afin donc de bien comprendre l'excellence de cet incomparable bienfait, il est nécessaire de bien savoir tous les points que cet articlo nous oblige de croire,
l’ Éylise.
Lo mot d’Eglise on général signifie assemblée, soit qu'on le prenne en mauvaise part, comme le prenait le Prophète quand il disait (Psal, 25, 5.): “J'ai on aversion l'Eglise, c'est-è dire “ l'assemblée des méchants; soit qu'on le prenne dans un sens contraire, comme on le prend en cet article. L'Eglise done, comme on l'entend ici, est une assemblée, une congrégation, une convocation de fidèles, appelés à la lumière de la vérité et à la connaissance du vrai Dieu, atin qu'étant délivrés des ténèbres de l'ignorance et de l'erreur, ils l’aiment de tout leur cœur, et le servent avec fidélité. Saint Augustin (Aug, in Ps, 149.) dit en pou de mots que l’Æglise est le peuple chrétien dispersé par tout le monde, mais uni par lu foi
Cette explication nous apprend la bonté ineffable de Dieu en notre endroit, de nous avoir si amoureusement appelés, et la différence qu'il y a entre l'Eglise et les autres assemblées du monde, 1! nous a uppolés intérieurement par l'inspiration secrète de son Saint-Esprit, et extérieurement par la voix et par le travail des prédicatours. Et au lieu que les assemblées du monde sont souvernées par la raison et pur la prudence humaine qui est souvent sujette à l'erreur et à la malice. celle de l'Eglise est conduite rar la sagesse de Dieu qui ne se peut tromper dans ses conseils, et qui est saint en toutes ses voies,
Ce qui fait voir l'excellence cet la dignité de l'Eglise, est que ce ne sont point les anges ni les hommes qui en sont les auteurs, mais Dieu seui tout-puissant et inimortel, qui l’a fondée sur la
pierre ferme, comme le Prophète l'avait prédit dans la figure du temple ancien, ou de l’ancienne Sion: “Ses fondements sont “ posés sur les montagnes saintes (Ps. 86. 1.). L'on dira de vous ‘“ des choses glorieuses, Ô sainte cité, c’est le Seigneur même qui “ J’a fondée.” C’est pour cela aussi que cette Eglise sainte est appelée l'héritage de Dieu, parce qu’elle est l’ouvrage de sa puissance, et que les fidèles qui la composent, sont son peuple particulier: “Heureuse la nation, dit le même Prophète (Ps. 32.12), ‘“ qui a le Seigneur pour son Dieu; heureux le peuple qu'il a ‘« choisi pour son héritage. Le Seigneur le regarde du ciel: il ‘“ regarde tous les enfants des hommes du haut de la demeure ‘“ qu'il leur a préparée.”
De là vient aussi que la puissance de l'Eglise est toute divine, et surpasse toutes les puissances humaines, et même celles des anges, comme est le pouvoir qu’elle a d'ouvrir et de fermer le ciel, de remettre les péchés aux pénitents, d’excommunier les rebelles, de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ,
Cette Eglise sainte a deux chefs, l’un invisible qui est Jésus- Christ; l’autre visible qui est le Pontife romain, légitime successeur de saint Pierre.
Jésus-Christ est tellement Chef de l'Eglise, qu’il en est aussi le corps, le Pontife et le Seigneur.
T1 en est le chef, comme dit saint Paul (Ephes. 1. 20.): ‘ Dieu “ l’a fait asseoir à sa droite au-dessus de toutes les principautés, “ de toutes les puissances, de toutes les vertus, de toutes les “ dominations, Il a mis toutes choses à ses pieds, et il l’a donné “ pour chef à toute son Eglise” Le même dit encore au même lieu, “qu’il est le corps de son Eglise. L'Eglise est le corps de “ Jésus-Christ, dans laquelle celui qui fait tont en tous trouve “ l’accomplissement et l’intégrité de tous ses membres, qui sont “les fidèles” Et ailleurs parlant aux fidèles (I. Cor. 12, 27.), il dit: “Vous êtes le corps de Jésus-Christ, et chacun de vous ‘est un de ses membres.” Et encore au même lieu: “Comme ‘ notre corps n'étant qu’un, est composé de plusieurs membres; “et qu'enccre qu’il y ait plusieurs membres, ils ne sont néan- ‘ moins qu'un même corps; il en est de même de Jésus-Christ.”
Ce divin chef de l’Église en est aussi le souverain Pontife: ‘ Nulle créature, dit saint Paul (Hæbr. 4. 13.), ne lui est cachée, ‘“ tout est à nu et à découvert devant les yeux de Celui à qui
si
Te EE . ® BE
# nous parlons. Ayons donc Jésus pour grand Pontife, demeu- ‘ rons fermes dans la foi.” Je ne rapporterai pas plus au long les paroles de ce saint Apôtre, qui emploie plusieurs chapitres à prouver le sacerdoce de Jésus-Christ.
Il est aussi le Maître et le Seigneur de l’Eglise, parce qu'il se l’est acquise au prix de son sang, comme témoigna saint Paul lorsqu'il prit congé des prêtres d’Ephèse pour ne les plus revoir : “ Prenez garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur ‘ lequel le Saint-Esprit vous a établis pour y veiller et pour gou- “ verner l’Église de Dieu, qu’il a acquise par son propre sang ‘“ (Act. 20. 28.) C’est pour cela que saint Pierre appelle les fidèles Le peuple d'acquisition (T. Pet. 2. 9.).
NotreSeigneur n'aurait pas, ce semble, assez pourvu à son Eglise, si se retirant d’elle pour la gouverner invisiblement, il ne lui avait donné un chef et un pontife visible pour la gouverner en son nom. Il était convenable que l'Eglise étant un corps visible, elle eût un chef qui fût visible comme elle. Secondement, les fidèles qui sont les membres de l’Eglise étant dispersés par tout le monde, il était nécessaire qu'ils eussent un chef dans lequel ils se pussent unir. En troisième lieu, quand il y a plusieurs personnes indépendantes les unes des autres, il faut qu’elles aient un chef qui les gouverne, et à qui elles obéissent unanimement, autrement chacun fait comme il entend, et ce n’est que confusion, comme nous voyons dans les différentes sectes des hérésies, qui croient ce que bon leur semble, et qui ne s'accordent point entre elles, parce qu’elles n’ont point de chef universel qui les gouverne et qui règle leur créance.
Notre-Seigneur donc, quittant le monde, a laissé saint Pierre pour être chef visible de l'Eglise. “ Vous êtes Pierre, lui dit-il ‘# (Matth. 16. 18.), et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise; et “les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je ‘“ vous donnerai les clefs du royaume du ciel, et tout ce que vous ‘ lierez sur la terre, sera lié dans le ciel; et tout ce que vous “ délierez sur la terre, sera délié dans le ciel.” Et une autre fois après que se divin Sauveur fut ressuscité, il dit au même apôtre (Joan. 21. 15.): ‘ Simon, fils de Jean, m’aimez-vous ? Pierre lui “ répondit: Ü1i, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus
“ Jui dit: Paissez mes agneaux. Il lui demanda une seconde “ fois: Simon, fils de Jean, m’aimez-vous? Pierre lui répondit:
“ Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime, Jésus lui ‘“ dit: Paissez mes agneaux. Il lui demanda pour ia troisième ‘ fois: Simon, fils de Jean, m'aimez-vous? Pierre, attristé de ce “ qu’il lui demandait pour la troisième fois, m’aimez-vous? lui “ répondit: Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez “ que je vous aime. Jésus lui dit: Paissez mes brebis.” Le Fils de Dieu nous donne à entendre par ces paroles qu’il établit saint Pierre le chef et le pasteur de toute son Eglise. D'autant que par les agneaux, il faut entendre le simple peuple qui a besoin de nourriture; et par les brebis, il faut entendre les pasteurs mêmes qui donnent le lait et la nourriture aux peuples.
Le Fils de Dieu donnant saint Pierre à son Eglise pour en être le chef visible, il lui a aussi donné tous ses successeurs légitimes, savoir les pontifes romains, car s’il eût borné cet honneur de chef à saint Pierre, ce saint apôtre étant mort, l'Eglise eût été dépourvue de ce qui lui était néenssaire ; elle aurait été un corps sans tête, et elle fût tombée dans le même inconvénient que s’il ne lui eût point du tout donné de vicaire pour la gouverner en son absence sensible.
L'Eglise est divisée en deux parties qui sont l'Eglise militante et l'Eglise triomphante, et ces deux parties ne font qu’une seule Eglise de laquelle Jésus-Christ est l’époux et le chef, Il est le chef et l'époux de la militante, savoir de ce corps de fidèles qui sont encore exposis en cette vie aux attaques et aux combats de leurs ennemis, qui sont le monde, le diable, la chair, le péché. Il a lui-même expliqué cette vérité, quand il a dit (Matth. 22. 2.) qu’un certain roi a fait des noces à son fils, car ce Roi, c’est Dieu; ce Fils, c’est Jésus-Christ; l’Epouse, c’est l'Eglise. Il est aussi le chef et l'époux de l'Eglise triomphante, comme témoigne saint Jean dans l’Apocalypse, où il dit 119. 7.): “ Réjouissons-nous et soyons ravis de joie, et ‘rendons-lui la gloire, parce que les noces de l'agneau sont ‘ venues, et que son épouse est préparée à le recevoir. Heureux “ ceux qui sont appelés au souper des noces de l'agneau.”
Quant à ceux qui sont dans le purgatoire, ils n’appartiennent ni à l'Eglise militante, ni à l’Église triomphante, mais ils sont dans la voie pour aller de l’une à l’autre quand ils auront entièrement satisfait à la justice de Dieu L’on pourrait appeler cette portion de fidèles une église souffrante, qui n’appartient pas moins à Jésus-Christ que les deux autres.
RS, er
Le corps de l'Eglise militante est composé de bons et de méchants, comme nous l’apprenons de l'Evangile (Matth. 22. 8.) ‘“ Le roi dit à ses serviteurs : Le festin des noces est prêt ; allez ‘ dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous ‘“ trouverez. Les serviteurs s’en allèrent par les rues, et assem- “ blèrent les bons et les mauvais qu’ils rencontrèrent, et ainsi ** la salle des noces fut remplie.”
Notre-Seigneur nous a encore fait entendre cette vérité par plusieurs paraboles, savoir par celle du filet jeté dans la mer, et dans lequel l’on prit quantité de bons et de méchants poissaus, par celle du champ semé de froment et d’ivraie, par celle de la grange remplie de grain et de paille, par celle des dix vierges dont une partie était sage et l’autre folle.
Nous avons même une figure bien précise de ce mélengp dans l'arche de Noé, dans laquelle les animaux purs et lei animaux impurs étaient mêlés. Cette figure doit être d’une grande considération, d'autant que saint Pierre s’en sert pour prouver ce que nous disons (I. Pet. 3. 20. L’arche est la figure de l’Eglise, les animaux purs représentent les bons, les impurs marquent les méchants et le déluge exprime la perte inévitable de ceux qui sont hors de l'Eglise.
Le corps de l’Eglise est donc composé de justes et de pécheurs, et la foi seule suffit pour les faire membres de Jésus-Christ, mais ils le sont bien diversement, les justes sont des membres vivants par la grâce et par la charité, qui vivent dans lespé: rance de leur salut éternel; et les pécheurs, comme des membres morts et paralytiques, ne participent point aux imfluences ni à la vie de eur chef; et s’ils ne se convertissent, ils seront réprouvés comme les folles vierges dont nous avons parlé, et jetés au feu comme la paille et l’ivraie.