‹ Histoire de la verrerie et de l'émaillerieChapitre 10 sur 58 · LA VERRERIE AI" MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LA VERRERIE AI" MOYEN AGE

ayant obligés de quitter les Etats de Barka. où ils s'étaient arrêtés, ils passèrent à Boukhara, vers le sud de la mer Caspienne, et se rendirent près de Koublay-Klian, dont la souveraineté s'étendait siu- la plus grande partie de l'Asie. De retour dans leur patrie, après vingt ans d'absence, ils retrouvèrent Marco Polo, qu'ils avaient laissé au berceau. Leurs récits enflammèrent l'imagination de ce jeune homme, qui voulut accompagner son père et son oncle dans le nouveau viiviige qu'ils ne tardèrent pas à entreprendre. Marco Polo ))artit, en effet, avec eux en 1271. Arrivé, en 1274, à la cour de Koublay- Khan, il s'attacha au^service de ce monarque, devint gouverneur d'une do ses provinces, et fut chargé par lui des missions les plus importantes. Les devoirs de sa haute position et de grands voyages occupèrent les plus belles années de la vie de Marco Polo. De retour à \'enise en 1295, après avoir parcouru la plus grande partie de l'Asie centrale, les rivages et les iles de l'océan Indien et le golfe Persique. il enseigna à ses concitoyens, navigateurs aussi intrépides (|ue négociants entreprenants, les loutes que l'on pouvait suivre pour répandre les produits de l'industrie européenne dans la Tartarie , dans l'Inde et jusqu'en Chine; il fit connaître les mœurs des peuples qui habitaient ces immenses régions, et le goût tout particulier qu'ils avaient pour les perles, les pierres de couleur et les bijoux de toute sorte, dont ils aimaient à se parer et à enrichir leurs vêtements. Il n'en fallait pas davantage pour exciter l'esprit industrieux et mercantile des Vénitiens. Les verriers notamment se livrèrent avec plus d'ardeur que jamais à la fabrication des perles et des bijoux de verre (artedel margaritaio, arte del perlaio), fabrication qui forma dès lors une branche distincte de celle des vases de verre (fahbrkhe di vassellami o recipiendi di vefro e cristallo). On a conservé les noms de Cristoforo Briani et de Domenico

Miotto, comme étant les inventeurs des perles de couleur imargarite) et les premiers verriers qui se soient occupés de l'imitation des pierres précieuses. Ce Miotto ayant obtenu un grand succès dans une expédition qu'il avait dirigée sur Bassora, les verriers vénitiens s'attachèrent presque tous à la fabrication de ces produits, qu'ils répandirent en Egypte, en Ethiopie, en Abyssinie, sur les côtes de l'Afrique septentrionale, dans l'Asie centrale, aux Indes et jusqu'en Chine \ »

Malgré tous les documents qui établissent d'une façon positive le grand développement que la fabrication des verreries et des perles avait pris à Venise et à Murano, nous ne pouvons malheureusement donner aucun exemple de ce qu'était cette fabrication. Il n'existe pas , en eflet , de verres vénitiens que l'on puisse avec certitude faire remonter plus loin que la dernière moitié du xve siècle. Nous ignoi^ons même si les verreries que, dès le xnic siècle, les vaisseaux vénitiens transportaient dans les pays du Nord, et particulièrement dans les Flandres, avec lesquelles la république entretenait des relations commerciales très étendues, étaient de fabrication muranienne ou de provenance orientale. C'est ainsi que l'ordonnance de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, relative au payement des verres que les navires de Venise lui avaient apportés en 1394, est muette sur la nature de ces verres : « Nous voulons que vous payez l)our deux singes, trèze fraus ; pour sèzc voirres et une cscuclle de voirre, des voirres que les galées de N'cnisc ont avan apportez en nostre pays de Flandres (au port ilirFcluse), quatre frans*... »

' l»';i|iirs Carlo Marin, Aiidolo di' Savii.'iion, anibassadeur de riôiics aiipirs lie riÈii|irrrur do Chine, aurait obtenu du Grand Conseil l'aulorisalion d'exporlir de la liijouteric de verre pour une somme eonsidôrablo.

- Dk I.AiioiiDK, l"s Ducs (le Bourf/ngti'', , t. II, et Gtossnivi', p. 5'<5.

Les précautions qu'avait prises le Grand Conseil dans l'arrêté de 1275, que nous avons rapporté plus haut, ne paraissent pas avoir été suffisantes pour arrêter l'exportation des matières premières ni pour empêcher des transfuges vénitiens d'établir dans quelques villes d'Italie des fabriques rivales, peu importantes il est vrai. Un second décret, daté de 1295, augmente les peines édictées contre ceux qui auraient contrevenu aux termes de cet arrêté, et aussi contre les verriers qui, après un séjour dans les États voisins, voudraient revenir se fixer à Venise. D'après la pétition ' adressée à cette occasion au Conseil^ nous voyons que des verreries avaient été établies à Trévise, à Vicenze, à Padoue, à ^lantoue, à Ferrare, à Ravenne et à Bologne; mais on ne sait rien sur la durée de l'existence ni sur les liroduits de ces fabriques, et nous ignorons absolument ce qu'était la verrerie italienne pendant toute la période du moyen âge.

Nous devons mentionner cependant un procédé de décoration tout particulier employé à cette époque, — et, selon toute probabilité, à Venise, — sur des plaques de verre d'une pureté et d'une limpidité extraordinaires, formant de petits tableaux qui paraissent avoir fait partie d'ensembles décoratifs. Ce procédé est une transformation et, pour ainsi dire, une sorte de tradition de celui qui avait été employé dans la décoration des verres chrétiens, ou fonds de coupes à sujets dorés, trouvés en si grand nombre dans les catacombes, et que nous avons signalés à la fin du précédent chapitre. Mais alors que dans ces derniers la feuille d'or, découpée et gravée au trait par enlevage à la pointe, est enfermée entre deux verres soudés ensemble par la cuisson -,

' Cf. Alex. Nesbitt, Gtass, p. 69.

- Ainsi que nous le verrons plus loin , ce procédé fut .■mployé plus tard en Bohême pour les verres dits verres dovhlés.

dans ceux dont nous parlons actuellement la feuille d'or, simplement fixée sous une plaque de verre au moyen d'une gomme quelconque, y est maintenue, lorsque le ti-avail du découpage et de la gravure est terminé , par un vernis végétal coloré en hriin ou en noir, qui fait ressortir, en les

Fig. 21. — Pelit talilcau un verre doré gravé; fabrication italienne du xiv siècle. (Coll. de M. Si'itzcr. )

romiilissiuit, les traits gravés, d(''taclie le sujet en siliiouctte d'or sur un fond nuir. et préserve^ la feuille d'or contre les influences extérieures.

La collection de M. Spit/.er reiifenne i|iialre de ces verres extrêmement impdrlants au point de vue de riiist(iir(^ de l'art, et qui mériteraient une étude spéciide ipic ne comportent pas les limites de ce travail '. Les diifi'rences de style et d'exécution (pie l'un ivmarque d:uis ces cpiatie verres, dont

' Nous 1rs avons décrits dans la Gazette des hcaiix-arts (i. .\.\l.\, p. 306. Avril 1884).

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