PREFACE VII
d'images; mais, dans cette partie de notre travail, nous n'avons cherché à reproduire par le crayon ou \a couleur que des objets simples et bien caractéristiques qui puissent avant tout servir de types, et qui viennent ainsi appuyer et compléter notre texte.
A côté de l'élément artistitpie il y a dans notre œuvre un intérêt « humain », et ce n'est pas sans une joie réelle (ju'on y assistera, par exemple, aux progrès de cette périlleuse et mortelle industrie du verre depuis rantifjuité la plus reculée , jusqu'au jour où les Appert ont remplacé le souffle desséchant de la poitrine humaine par le soufflage au moyen de l'air comprimé. Certes , il est beau de penser que la France produit par an quatre cent mille mètres carrés de glaces; mais il est plus doux de se dire qu'on a amélioré de toute façon la situation de ceux (jui les fabri(|uent.
Notre livre, «pie nous avons ainsi voulu rendre aussi complet ([ue |)ossible, conviendra, nous l'espérons du moins, non seulement aux collectionneurs et aux curieux, mais aussi à tous ceux, et ils sont encore nombreux en France heureusement, qui s'intéressent à la prospérité de nos grandes industries d'art, dans lesquelles la verrerie et Vémaillerie occupent une place si importante.
20 novembre 1883.
L'origine de la fabrication du verre, plus peut-être que celle de toutes les autres industries, est restée jusqu'à présent, et restera probablement toujours fort obscure : c'est un art dont la genèse nous est inconnue.
Très difte rente en cela de la céramique, dont on peut suivre presque pas à pas les progrès, la verrerie, dès ses débuts, nous apparaît comme étant déjà en pleine possession de moyens qui dénotent une industrie très avancée et disposant de procédés de fabrication assez parfaits pour que le temps, qui modifie tout, n'y ait changé que fort peu de chose; nous verrons même plus loin que l'industrie moderne, si lîère des progrès immenses qu'elle réalise chaque jour, n'a pu encore arriver à reproduire certains verres dont la fabrication remonte à près de deux mille ans. 11 y a cependant entre ces deux arts, la céramique et la verrerie.
des analogies tellement grandes, des points de contact si nombreux, qu'il nous parait hors de doute que la seconde dérive directement de la première.
La céramique, dans ses manifestations des temps les plus reculés, ne nous montre que des œuvres informes, faites avec une argile grossière mélangée de paille et de scories, à peine cuites, et souvent même séchées seulement au soleil; puis la texture devient plus serrée, les formes se dessinent et des anses rudimentaires commencent à apparaître; enfin on arrive aux vases et aux ustensiles de formes variées et quelquefois élégantes, fabriqués au moyen du tour, avec une terre soigneusement triturée et épurée, assez solides pour résister aux usages journaliers de la vie domestique, et pourvus d"anses détachées. Ce sont là trois péi'iodes bien bien distinctes, entre chacune desquelles il y a évidemment un intervalle de plusieurs siècles, et dont la dernière, bien que le résultat nous paraisse aujourd'hui assez minime, (piand on le compare aux merveilles réalisées depuis dans le domaine de la céramique, dénote un degré de civilisation assez avancée et des progrès relativement considérables.
C'est à ce moment, selon toute probabilité, qu'apparaît la verrerie, ou du moins c'est seulement en compagnie de vases de la dernière période, c'est-à-dire fabriqués à l'aide du tdui' et munis d'anses détachées, que Ton trouve des veri'es ; lUi n'en iviic(uiti-(^ pas dans les sépultures (|ni ne renfermcnl (]ii<' des iminics des éjKxptes antérieures. Nous serions dmic (ranliml plus dispusé à croire (pie la verrerie procède de la céi-aniiipic, (ju'elle en est, pour ainsi dire, le résultat, et le résultat du. suivant toute apparence, à une circoMsIance fortuite cm ;"i iiiic dliseivalion l'aile par des ouvriers intelligents pendant la cuisson de certaines poteries, que la l'al)rication d'ustensiles en verre ne s'imposait pas aux hunnnes avec la même nécessité que celle
des vases de terre destinés à conserver les produits de leurs récoltes.
Tout le monde connaît le récit de l^line concernant l'origine du verre, et, bien qu'il ne mérite aucune créance et que son auteur lui-même ne le rapporte que comme un « on dit {fama est) », il a donné lieu à trop d'interprétations pour que nous ne le citions pas ici : « Il est, dans la Syrie, une contrée nommée Phénicie, confinant à la Judée, et renfermant, entre les racines du mont Carmel, un marais qui porte le nom de Cendevia. On croit qu'il donne naissance au fleuve Bélus', qui, après un trajet de cinq mille pas, se jette dans la mer auprès de Ptolémaïs, colonie... Ce fleuve, limoneux et profond, ne montre qu'au reflux de la mer le sable qu'il charrie. Alors, en effet, ce sable, agité par les flots, se sépare des impuretés et se nettoie. Le littoral sur lequel on le recueifle n'a pas plus de cinq cents pas, et pendant plusieurs siècles ce fut la seule localité qui produisit le verre. On raconte que des marchands de nitre, y ayant relâché, préparaient, dispersés sur le rivage, leur repas; ne trouvant pas de pierres pour exhausser leurs marmites, ils employèrent à cet effet des pains de nitre de leur cargaison; ce nitre, soumis à l'action du feu avec le sable répandu sur le sol, ils virent couler des ruisseaux transparents d'une liqueur inconnue, et telle fut l'origine du verre -. »
Nous reviendrons plus loin sur ce passage de Pline; mais nous pouvons, dès à présent, en démontrer la fausseté en
' « Aujourd'hui Nahr-Naman, rivière de l'Iiéiiicie qui se jetait dans lamer au sud de Ptolémaïs (Acre), célèbre par la tradition qui veut que la finesse de son sable ait fait trouver le verre au.x Phéniciens. » [Dictionnaire de biographie, mythologie et géographie anciennes , par le docteur Smith.)
' « ... Fama est, appulsà nave mercatorum nitri cum sparsi per littus epulas parèrent, nec esset cortinis attollendis lapidum occasio, glebas nitris è nave subdidisse, quibus accensis permi.xtâ arenà littoris, translucentes novi liquoris (luxisse rivos, et hanc fuisse originem vitri. » { Pline, xxxvi, 63.)
4 LA VERREHIE
nous apimyant sur laiitoiitL' (l"mi des plus illustres savants de notre époque. « Ouand on connaît, dit M. Dumas dans son Traité de chimie, la température nécessaire à la préparation du verre le plus fusible et qu'on a vu seulement l'intérieur d'un four de verrerie en activité, on conçoit combien ce récit est invraisemblable'. »
Il faut donc chercher autre part Tui-igine du verre, et l'hypothèse la plus simple nous conduit h admettre que des potiers intelligents et industrieux , dont les fours étaient construits au moyen de briques fabriquées avec une argile qui contenait du sable, ayant remarqué la vitrification qui se produit si facilement pendant la cuisson des poteries, ont été amenés à tirer parti de ce phénomène.
EGvr'Tt:
Quoi qu'il en soit, l'invention du verre remonte à une épo(|ue des plus l'eculées, et les objets en verre trouvés dans les plus auriemies néciopoles de la vieille Kgypte montrent déjà, en raison de la perfection relative de leur fabrication, un art extrêmement avancé. Nous en aui'ious, du reste. la preuve dans les ix'intures des londieanx. surtout dans celles des hypogées de iieni - Hassan . peintures (jue Foii cniit avoir ('té exi'eiitées sons le règne d'Ousortesen b' . !'• deuxième roi de la \\v dynastie, c'est-à-dire à peu
' liuniaid l'AUSb\, duiis sou Trailc des eaux et fonlitities, \i. lH (édition de ltn7), rapporte, sans en indi(|uer la .source, mais probablement d'après une mauvaise iiilerprrtalion inii lui nnra rté cnnimuniiiiK^e du jkissa}?c de Pline, une liiMc ipii n'ol pas plu- ai-cphililr : ,. Amiins liis.'iil ipir 1,-s enfans d'Israël avaiil mi,, !,• Ini en ipidipn- Imis, le Icii lui >i iji-ainl, (pTii escliauffa le niliv avec I,' salile, jus(pies à je faire eimler el ili^liller le j.iii-
des nionlai!,'nes,el que dès lors -Iiereiia l'iiiveiili le laire arliliiieljeni.nt
ce qui avoil élè fail par aceideni pdiii laiiv j, \,ire .
LA VERRERIE DANS T/AXTIoriTE 3
près 3500 ans avant notre ère, et dans lesquelles les artistes du temps ont représenté les différents métiers en usage à leur époque; on y remarque entre autres des verriers assis à terre devant leurs fourneaux et soufflant des bouteilles au moyen de cannes exactement semblables à celles dont on se sert encore aujourd'hui ; deux autres ouvriers, agenouillés, soufflent un vase dont la dimension, relativement aux proportions données par la taille des
l'tg. 1. — Ouvriers verriers, d'après une peinture de Tliel>e
personnages, est telle, qu'elle nous semble évidemment exagérée. D'autres peintures plus anciennes encore, celles des chambres sépulcrales des tombes de l'ancien empire, à Saqqarah, qui appartiennent à la période memphite, c'està-dii'e à la ive et peut-être même à la nie dynastie, nous montrent également des ouvriers de toute sorte exécutant chacun les travaux de son métier, et parmi eux des' verriers, ce qui donnerait à la verrerie une antiquité fantastique.
Outre ces peintures, qui montrent, on le voit, des procédés de fabrication déjà très perfectionnés, puisqu'ils sont exactement les mêmes que ceux qui sont pratiqués encore aujourd'hui, nous pouvons citer plusieurs objets portant des dates qui ne laissent aucun doute. En première ligne nous
1 Rcfiroduitp par Cailliaud : Recherches sur les arts et mcliers des anciens peuples de l'Egypte. (Le texte fie ret ouvrage n'a pas été piiblié.l
mentionnerons la petite amnlotte (?) en forme de tète de lion portant au revers le cartouche d'un des Entew, — probablement Entew IV, le vainqueur des nègres et des Asiatiques, — un des princ<>s de la xic dynastie (environ 3600 av. J.-C). Wilkinson ' a reproduit un grain de collier sur
Fig. 2. — Flacon en pdlc do verre portant le nom de Tholmis III. ( British Muséum. )
lequel nii v<iit, moulée en creux, une légende hiéroglyplii(jue donnant le nom d'IIatasou ', sœur et femme de Thotmès II, et régente peiidanl la ininoiih' de son second frère. Thotmès III (xvni« dynastie, environ 1650 ans avant J.-C), dont le iKiiii se trouve également inscrit sur le col d'un petit
' WiLKiNSO.N, Manncrs and cusloins of Ihe ancienl Egyplians.
' On n'est pas d'accord cppendant sur la matière qui compose les grains rie ce collier; qucltiucs savants anglais ont rru \ voir un morceau (roli>iilii'nne plutôt qu'une pAte vitreuse.
flacon ù parfums en pâte bleu-turquoise (fig. 2), que possède le British Muséum.
C'est donc en Egypte que l'on trouve les plus anciens spécimens connus de l'industrie du- verre ; il ne s'ensuit pas cependant que ce soit aux Égyptiens que l'on puisse avec certitude en attribuer l'invention. 11 y a, en effet, dans tous les arts dus au génie de l'homme, une période de tâtonnements, d'enfantement, pour ainsi dire, dont nous ne trouvons ici aucune trace, puisque les objets que nous avons mentionnés sont bien évidemment le produit d'une industrie déjà ancienne, et que nous avons vu les verriers figurés sur les peintures de Beni-llassan il y a plus de 5000 ans, en possession d'un outillage assez parfait pour qu'il soit arrivé jusqu'à nous sans subir aucune modification. Nous savons en outre , par les bas - reliefs du tombeau de Noumhotep, à Béni -Hassan (xne dynastie), qui représentent une troupe d'émigrés vêtus d'étoffes bariolées à longues franges, et apportant avec eux des objets de formes élégantes et qui témoignent d'une civilisation avancée, que les pays étrangers fournissaient, dès cette époque, aux Égyptiens de quoi satisfaire leur goût si prononcé pour le luxe et les parures. « C'était déjà d'Asie, dit à ce propos M. Maspéro', que l'Egypte tirait les esclaves, les parfums dont elle faisait une si grande consommation, le bois et les essences de cèdre, les vases émaillés, les pierreries, le lapis et les étoffes brodées ou teintes dont la Chaldée se réserva le monopole jusqu'au temps des Romains. »
Les Égyptiens auraient donc reçu l'art de la verrerie, — ainsi que beaucoup d'autres, du reste, qui, dans leurs plus anciens monuments, nous apparaissent aujourd'hui comme étant arrivés déjà à un haut degré de perfection , — de
' Histoire ancienne des peuples de l'Orient , p. 107.
peuples dont l'existence et la civilisation nous sont inconnues; cependant, dans l'état actuel de la science, nous devons considérer l'Egypte comme le berceau de la verrerie, et ce sont les verres trouves dans ce pays privilégié de l'ancien monde que nous étudierons les premiers.
Nous devons constater tout d'abord que le verre blanc translucide était inconnu dans l'Egypte des Pharaons ; tous les spécimens qui ont été découverts jusqu'à présent, et qui sont déposés dans les musées, quelles que soient leur forme
Fig. 3. — Aniulcllcs ra pâte de verre moulée.
et leur destination, sont en verre opaque coloré au moyen d'oxydes métalliques. Les quelques échantillons que nous connaissons de verres translucides de provenance égyptienne datent d'une époque de beaucoup postérieure, et présentent, du reste, une coloration verte plus ou moins foncée. Le verre opaque, ou plulôt la pâte de verre, était en réalité une sorte d'émail susceptible d'être fondu dans des moules (fig. ^), pouvant prendre toutes les formes voulues et facile à polir à la loue. La coloration, ainsi que nous l'avons dit, était obtenue au moyen d'oxydes métalliques mélangés à la pâte : le cuivre, suivant son degré d'oxydation, donnait ]o rouge, le turquoise et le vert émeraude ; le bleu-lapis r\;\\\ obtenu au moyen du cobalt, le violet par le manganèse, et les jaunes par des sels d'argent. Du temps de Strabon, qui, en l'an 2i de notre ère, se trouvait en Egypte avec son ami .F.lius (iallus, celle conti'é'e ('lait encore renommée pour ses
verreries colorées : « Me trouvant à Alexandrie, dit-il ', j'appris, de la bouche d'ouvriers verriers, que l'Egypte possède une terre particulière, une terre vitrillable; que sans cette teri'e ils ne pourraient pas exécuter ces magnifiques ouvrages en verre de plusieurs couleurs, et que dans d'autres pays (où cette terre mancjue) il faut avoir recours à différents mé-
Petit flacon en pâte de verre à strie? noires. (Musée du Louvre. )
langes. » Suivant Prisse d'Avenues-, ces substances n'étaient autres que la soude, et nous verrons plus loin que pendant longtemps les Vénitiens faisaient venir d'Alexandrie la soude qu'employaient leurs verreries de Murano. Cette soude d'Egypte , qui était considérée comme supérieure à toutes les autres, proveiîait de la cendre d'une plante désignée par les botanistes sous le nom de mesembryanthemuni copticum.
Les différentes pâtes colorées étaient mélangées ensemble dans la masse, ou mieux juxtaposées, de façon à former des stries dentées (fig. 4) ou horizontales, des ondulations,
' Géographie , lih. XVI, cap. ii, § 23. (Trad. Am. Tardieu.) - Prisse, Histoire de l'art égi/plien, texto, p. 313.
des dessins à disposition rappelant celle des barbes de plumes, etc. etc. On fabriquait ainsi des bouteilles à. parfums de forme généralement assez allongée, de petites amphores, des alabastrons, des amulettes de toute sorte (fig. 5), et surtout des colliers (fig. 6) dont les perles variaient de
Fig. 5. — .\muleUes en forme d'ampho tMusce du Louvre.)
grosseur. Ces colliers ne servaient pas seulement à la toilette des femmes; h certaines époques on couvrait les momies d'une espèce de vêtement fait tout entier de ces grains de verre enfilés en longs chapelets, ce qui explique la quantité
Fig. 6. — Fragnionl d'un collier égjpti( (Musùe du Louvre.)
relativement considérable de perles trouvées dans les hypogées de l'ancienne Egypte. Strabon nous apprend encore {loc. cit.) que les perles ou grains de collier en pâte de verre étaient, de son temps, destinés principalement au commerce que l'Egypte entretenait avec l'Ethiopie, qu'elle avait soumise à sa domination, et le géographe Scylax, énumérant les marchandises que les Éthiopiens de la côte occidentale de rAfri(iue achetaient des Phéniciens, cite la pierre d'Egypte (>iOo; Atyj-Ttx), c'est-à-dire la perle de verre, de même
qu'un autre géographe, l'auteur du Périple de la mer Bouge, mentionne, parmi les objets que l'on vendait aux Éthiopiens de la côte orientale, les pierres vitreuses de formes variées '. Il est à remarquer à ce propos que le goût des peuples de l'Afrique n'a pas changé sous ce rapport, et que
Fig 7. — Tète de nègre en pâte de verre. (Musée du Louvre.)
Ion trouve bien peu de différence entre les perles de verre dont les Égyptiens et les Phéniciens trafiquaient ainsi autrefois , et celles que nos hardis explorateurs modernes emportent avec eux pour servir aux échanges qu'ils font avec les nègres ou qu'ils donnent en présents aux chefs de tribus
Fig. 8. — Œil en pâte de verre.
t Musée du Louvre. )
pour se concilier leur bienveillance et s'attirer leur protection. Un des colliers du Louvre comprend, au milieu des grains qui le composent , une tête grimaçante également en pâte de verre de diverses couleurs, et on peut en voir dans les vitrines de la salle civile un certain nombre, — parmi lesquelles une curieuse tête de nègre (fig. 7), — qui portent au sommet une sorte d'appendice servant d'anneau de suspension.
' Cf. Geographi Grœci minores, I, p. 94, et pp. 26i à 264. (Éd. Didot.)
Les amulettes en pâte de verre étaient de formes assez variées; les unes, dans lesquelles on remarque l'emploi d'un noir profond et intense, dont le secret semble perdu aujour-
Fig. 9. — Pelile amphore en pâle de verre. (Musée du Louvre.)
d'hui, figurent un œil, l'œil d'Osiris (fig. 8); les autres, de couleurs unies, reproduisent des feuilles de lotus (fig. 3), des emblèmes ou des ornements ^acrés, de très petites amphores (fig. 9), etc. Suivant Hérodote (n, 69), quelques-uns de ces objets « étaient attachés parles Egyptiens aux oreilles
Fig. 10. — Bagiie en pâle de verre.
(Must'C du Louvre.)
(les crocodiles apprivoisés. » On fabriquait également en pâte de verre des bagues qui paraissaient avoir eu une destination exclusivement funéraire (fig. 10).
En résumé, bien que le verre ne semble pas avoir été employé à la confection d'oitjets d'usage domestique, larl de la vei-rciie ('■tait tenu en grand honneur dans rancicnne Egypte. Les habiles artisans de Thèbes et d'Alexandrie envoyaient les ju-oduits de leur industrie m (irèce, dans r.\tti(|ne. -i ('.(iiiiithi" .•! d.iiis les Iles de IWicliii.cl . aussi
LA VH^RERII-: DANS LANTIOUITK 13
bien qu'à Cliypre. à Rhodes et en Sicile. On a trouvé un grand nombre d'objets en pâte de verre coloré à Herculanum. à Vulci. à Chiusi. et surtout à Cœre. qui servait d'entrepôt pour toutes les marchandises que Ton importait en Italie, et la provenance de ces objets ne peut faire aucun doute, puisque à Cœre, entre autres, on a rencontré une certaine quantité de scarabées et de figurines de style égyptien; les formes et les couleurs des petits vases et des bouteilles à parfums sont identiquement les mêmes, et beaucoup sont en pâte de cett^ belle couleur bleu - turquoise si caractéristique que l'on voit sur des milliers de figurines en terre émaillée , et qui , dans l'antiquité, n'a été employée exclusivement que par les Égyptiens.
Les verreries d'.\lexandrie résistèrent à tous les événements qui bouleversèrent l'Egypte sous la dynastie des Lagides, et plus tard sous la domination romaine. Auguste, après avoir soumis l'Egypte, exigea que le verre fit partie du tribut imposé aux vaincus, et les verres ainsi importés forcément à Rome y furent alors tellement appréciés, que cet impôt fut pour les Égyptiens une source de fortune. Dans une lettre que nous reproduirons plus loin, Hadrien (117-138 ap. .l.-(',.i mentionnait la fabrication des verres comme une des principales industries de la ville, et lorsque, en 273, Aurélien reprit à la reine de Palmyre, qui avait tenté de reconstituer un grand empire d'Orient, une partie de l'Asie Mineure, ainsi que la Syrie et l'Egypte, il fit, à l'exemple d'Auguste, entrer les verreries d'Alexandrie dans une des parts les plus importantes de l'impôt qui devait être payé à Rome victorieuse. Nous veri'ons aussi qu'aux xuie et xiye siècles cette belle industrie n'avait rien perdu de son antique splendeur.
Avant de quitter l'Egypte, nous devons mentionner éga-
lemeut les sarcophages de verre qui auraient été en usage chez les Éthiopiens; plusieurs auteurs anciens ont fait sur ces sarcophages des récits qui ont donné lieu à beaucoup de commentaires et sur lesipiels les archéologues sont loin d'être d'accord. C'est Hérodote qui en a parlé le premier : << Après la momification, dit- il, on enduit le corps d'une couche de plâtre sur laquelle les peintres appliquent leurs couleurs, en reproduisant le plus fidèlement possible les traits du mort, puis on enferme le tout dans u'ne stèle de verre creux. Ce verre se prête volontiers au travail, et c'est en grandes quantités qu'on le tire du sol '. » Tous les commentateurs d'Hérodote ont vu dans ce verre « que l'on tire du sol en grandes quantités » le sel gemme, très abondant en Ethiopie; mais ce que rapportent sur ce sujet d'autres écrivains de l'antiquité, notamment Strabon et Diodore de Sicile, peut donner lieu à une interprétation différente : « Après avoir embaumé les corps, les Ethiopiens coulent alentour une épaisse couche de verre, puis les placent sur une stèle, de façon que le passant puisse les apercevoir à travers ce cercueil transjiarent. D'après Ctésias de Cnide, on commence par momifier le défaut , mais on n'a garde de fondre le verre autour du corps nu, de peur de le brûler et de le défigurer au point de lui faire perdre toute trace de ressemblance. On fabrique donc une image d'or creuse dans laquelle on enferme le cadavi-e : c'est cette statue que l'on abrite derrière une couche de verre fondu et que l'on place ensuiti' dans le loinlicaii. I,;i rcuillo d'or se voit à travers la glaçui'e. Cependant ce mode de sépultin'e ne s'emploie que pour les riches; ceux qui jouissent d'une fortune moindre sont enveloppés dans une rciiillc irargenl ; les pauvres se servent de la terre de iiotcrie. Au reste, il y a du verre pour
' IIkrodote, lili. n[, iV
tout le monde, car le pays en produit beaucoup, et rien n'est plus commun chez les indigènes'. »
Cette dernière phrase peut évidemment être interprétée de plusieurs façons ; cependant les détails que donne Diodore sur la manière dont on procédait en ayant soin de ne pas fondre le verre autour du corps nu de peur de le brûler, excluent Fidée de l'emploi du sel gemme ou verre fossile. « D'un autre côté, dit M. Frœhner-, Hérodote aussi bien que Ctésias rapporte que la substance en question se tirait comme d'une iTiine ou d'une carrière. On aurji rencontré au delà des cataractes de ces sablières vitreuses, comme on les appelait alors, et c'est l'exploitation de ces gisements que les écrivains grecs comparaient au travail des mines. Voilà un moyen de tout concilier. Il lui manque, pour être inattaquable, un appui plus solide, cette sanction que les nécropoles encore inexplorées de l'Ethiopie peuvent seules lui donner. » Jusqu'à présent, en effet, on n'a encore découvert aucun sarcophage en verrez
' DioDORE DE Sicile, lib. Il, 13.
- Description de la colleciion Charvel , p. 14.
^ Suivant Strabon (p. 673, éd. Didot), le corps d'Alexandre le Grand, transporté en Egypte dans un coffre d'or, fut enseveli dans un cercueil de verre; et Élien, dans ses Histoires variées, raconte que lorsque le roi de Perse Xer.xès fit ouvrir le tombeau du roi Belus, un des fondateurs de la dynastie chaldéennc, il eut la surprise de voir le corps de son ancêtre conservé dans un immense cercueil de verre rempli d'huile. Peut-être y a-t-il dans ces légendes, comme dans toutes celles que nous a léguées l'antiquité, un fond de vérité; en tout cas, il serait au moins prématuré de nier l'existence de ces sarcophages éthiopiens.