Coll. de M"" la €<•" Dzialinska. i
tout le sujet pour arriver, à force de simplifier le travail, à réserver les figures sur le métal et à ne plus émailler que les fonds.
Le musée du Louvre possède une plaque ( D. SI") en forme de rosace à quatre lobes représentant la Vision de saint François d' Assise (i'ig:. 87), qui marque la première étape lie cette translbiniation. et qui est évidemment postérieure
à l'année 1236, date de la canonisation de saint François d'Assise, puisque ce dernier y est figuré avec le nimbe autour de la tête; le saint est vêtu d'une robe bleu-lapis à capuchon, nouée par une ceinture jaune à nœuds. Dans le lobe supérieur, le Christ est représenté par un chérubin nimbé, vêtu de six ailes et entouré d'une zone qui ligure les nuages ; de chaque côté s'élèvent deu\ arbres dont les feuillages garnissent les lobes latéraux. L'ange, le saint, les arbres et les bords des quatre lobes sont émaillés de diverses couleurs, et se détachent sur un fond réservé, gravé de traits ondulés parallèles séparés par un trait droit, avec des tleurons à ipiatre feuilles remplacées par des étoiles dans le lobe supérieur.
Parmi les plus anciens et les plus intéressants spécimens de l'émaillerie limousine, nous citerons également le ciboire qui fait partie des collections du Louvre (D. 125). Ce ciboire, une des plus belles pif-ces d'orfèvrerie qui soient sorties des ateliers de Limoges', est en cuivre doré; il se compose de deux valves à peu près de môme profil, dont la réunion aifecte la forme d'une sphère comprimée dans sa partie médiane par un cercle horizontal, portée par un pied bas ajouré et surmontée d'un riche bouton. Chacune des deux valves est frettée de seize bandes légèrement concaves, dont les intersections, incrustées de turquoises, d'émeraudes et de grenats, forment seize losanges et seize triangles, décorés de figures d'apôtres et d'anges réservées en métal gravé sur nu loiid d'(''inMil bltMi laiùs einichi de rinceaux également en réserve ; les têtes sont en relief rapporté ; la même disposition se retrouve sur la valve inférieure, dont les fonds d'émail sont eu bleu pins clair. Le bouton est orné de (piatre anges en ronde bosse
' Il a élà gravé dans les Annales nrchcologiqucs (t. XIV, p. ii), et dans le Dict.du inobiUa; de Viollet-le-Duc (t. 11, p. 223).
placés SOUS des arcades à plein cintre, et le pied de rinceaux au milieu desquels se trouvent trois hommes vêtus de tuniques courtes poursuivant des dragons dont les yeux sont en émail noir. Ce qui rend surtout ce précieux ciboire intéressant pour l'histoire de rémaillerie .
Fig. 87. — Vision de saint François d'.\ssise.
Émail sur fond Je mêlai gravé. — Limoges , xin^ siècle.
(Musée du Louvre.)
c'est lïnseription suivante, gravée au fond de la coupe djans un cercle ({ui entoure un ange tenant un livre et bénissant :
■[ magi[.s-]ter : G : .\lpais : me fecit : eemovicaru.m :
Pendant longtemps on a prétendu que des artistes grecs étaient venus s'établir à Limoges, et ce nom d'Alpais, que l'on prononçait à la grecque Aljyaïs, comme s'il y avait eu un tréma sur 1"/, servait d'argument aux archéologues qui.
'i3() i,i;maii.i,i:hiI':
tels que 1)11 Soniuierard, alti'ibuaieiit une origine orientale aux ateliers des énuiilleurs limousins. Aujourd'hui cet argument n'a plus de valeur; on trouve fréquemment dans les actes du xii? et du xuK siècle des noms limousins qui otïrent cette désinence, et l'existence à Limoges d'une famille de ce nom a été constatée dernièrement par des actes authentiques datant de cette époque '.
A partir du xiif siècle, la décoration des œuvres d'orfèvrerie au moyen des émaux incrustés prit en P'rance une extension considérable ; il est à présumer que dans toutes les villes où il y avait des ateliers d'orfèvres ce genre de décoration était exécuté; néanmoins Limoges était le centre principal de cette industrie, et ses produits acquirent bientôt une si grande réputation, que l'orfèvrerie émaillée reçut généralement le nom (ïouvrage de lÂmoges ou à'œuvre de Limoges, quelle que soit du reste la provenance de l'objet ; on en trouve de fréquents exemples dans les inventaires de cette époque :
l^SO. — Crux processionalis de opère Leinovicensi (^Reg. des visites de Guillaume de Salisbury).
12111. — Duo liaciiii qui sniil de Dpere Lcmovilicii [Invent. de Foulques, archevêque de Toulouse).
1240. — Duae pi.vides... vel de opère Leiiioviciiio (Mobilier des églises).
12!)8. — Uiia crux d(^ opei'e Liuioceno (Mobilier de Saint-l'aul).
A la fin du xni'' siècle, Tcxpri^ssidu était si bien ctinsacrée. (pi'on retranchait même le niid Irat'dil cl d'iirre.
l;îlll. — heuv croi/, lie I,iiiiiM>ies ; uii^' vassel a nieiln> aiiceus de
' Cl. .Miii.iNiin . Dictionnaire des miaillcurs. — L.^iiARTi: a constadi égaleimiil ijiiu lu lillc de Louis le Dùboiiiiairo, mariée à Courad I'"'', s'appelait aussi Alpais.
L'KMAII.LERIl-: \ I' MdVKN ACE 431
Liiuoigfs; deus gmns cluiadoliors et uiig pelil de Liiuoiges, etc. (Invent, des aornemenz de la chapelle de Joigny).
1382. — Deux fiertés de Limoges {Invent, de Céylise Sainte- Anne de Douai) ).
U^a. — Deux petites fiertés de cuevre de Limoges, esmaillées avec deux yniages de crucifix (Inaenl. de l'egli.se de Douay).
L'orfèvi-erie t'inaillée de Limoges était recherchée à l'étranger, surtout eu Angleterre, et plusieurs artistes limousins y furent appelés pour y exécuter des œuvres importantes, surtout des tombes émaillées. M. Albert Way ' a cité un extrait d'un manuscrit de la bibliothèque d'Antony Wood, qui constate qu'en l'année 1267 un orfèvre, maître Jean de Limoges, fut chargé d'exécuter la tombe de Gautier de Merton, évêque de Rochester, et qui donne le compte des sommes payées à l'artiste par les exécuteurs testamentaires, tant pour son travail que pour les frais de transport, de voyage, etc.'.
La tombe de Gautier de JMerton a été détruite, niais l'abbaye de Westminster possède encore celle de Guillaume de Valence (j- 1196); cette tombe, qui date à peu près de la même époque, fut certainement exécutée à Limoges, et peut-être aussi par maître Jean ■.
(Test probablement aussi à Jean de Limoges, qui aurait eu un frère dont le nom commençait par un P, que l'on devait la tombe de cuivre émaillée qui se trouvait encore
' The Archœological Journal, 1846, t. II, p. 17L
- i< Computant (executores) 40 1. 5 s. 6 J. libérât. Magistro Jolianni Lemoviceiisi pro tomba dicti episcopi RolTensis ; scilicet pro constructioiie et carriagio de Lymoges ad Rotïam et 40 s. 8 d. cuidam executori apud Lymoges ad ordinanduiu et providendum construction! dicte tombe et 10 s. 8 d. cuidam garcioni eunti apud Lymoges querenti dictam tombam constructam et ducenti eam cum dicto magistro Jolianne usque ad RoH'am. »
■' Elle a été publiée dans l'ouvrage de Stotharu, The Monumental effigies. pi. 'i4 ol 4o.
432 L'EMAILLERIE
au xviiie siècle dans la collégiale de la Chapelle -Taillefer. près de Guéret. La lougae inscription qui se lisait sur cette tombe se terminait ainsi :
Amen. I. I'. Lemovici fratres facere sepulchrum Hoc Aimerici mirando stemmate pulchrum
Hoc LAUS IN TUMULO PROVENU A FIGULO '.
Il existait autrefois en France un assez grand nombre de ces tombes émaillées; elles ont malheureusement été détruites, et nous ne possédons plus ((ue les deux plaques des tombeaux des enfants de saint Louis, déposées autrefois dans le chœur de l'abbaye de Royaumont, et qui sont aujourd'hui dans l'église abbatiale de Saint-Denis, où elles ont été restaurées sous la direction de Yiollct-le-Duc. Dans la plus belle, celle du prince Jean, mort en 1247, le fond, fait de plusieurs morceaux, est décoré de rinceaux en réserve sur émail bleu, terminés par des fleurs richement colorées en émaux blancs, lileus, verts, jaunes et rouges qui sont juxtaposés sans cloisons de métal; sur ce fond, la statuette en bronze doré du jeune prince est couchée, entourée de figures en demi ronde -bosse d'anges thuriféraires à mi-corps et de reUgieux récitant des prières. Cette plaque est entourée d'une inscription en émail rouge et d'une bordui'e émaillée sur laquelle sont les écus armoriés aux armes de France et de Castille.
Jusqu'à cette époipie, les œuvres sorties des ateliers de Limoges conservent généralement un grand caractère d"art; on y sent la préoccupation évidente d'imiter les belles pièces de l'orfèvrerie iillciiiaïKle. Les figures, eu rrlicl' ri cmicliies quelquefois de perles ou de [lierres précieuses, se détachent sur des fonds émaillés de rinceaux dans lesquels on re-
' l.'ablié 'I'kxikh, nssiti sur les ciiiaillciirs de Liinoijcs, p. Si.
trouve moins d'invention décorative que dans les ornements des émaux rhénans, mais qui n'en témoignent pas moins d'une certaine recherche artistique. C'est à cette période qu'appartiennent deux belles plaques de châsse (OmSOô de
Fig. 88. — rîaiiue de châsse; fond éniaillé avec rinceaux en réserve et fleurons.
Limoges , xiiic siècle.
(Collection de M. Dutnit. )
hauteur) de la collection de M. Dutuit, de Rouen, qui peuvent être rangées parmi les œuvres les plus parfaites qui restent de l'émaillerie limousine du xnie siècle, et qui font d'autant plus regretter la destruction de la châsse qu'elles décoraient autrefois. Elles représentent, en cuivre repoussé, ciselé et doré, l'une saint Paul (fig. 88), et l'autre
434 L'EMyMLLERIE
saint Thomas. Dans celle que reproduit notre gravure, saint Paul est vêtu d'une robï à orfrois ornée de gemmes, de turquoises, de saphirs et de grenats, au col, aux manches et dans le bas de la robe; il est assis sur un siège émaillé, dessiné sur le fond par des cloisons métalliques assez épaisses. Le fond est en émail bleu décoré de rinceaux en réserve, terminés par des fleurons de formes variées émaillés de bleu, de rouge, de vert et de jaune. Les prunelles sont figurées par une perle d'émail bleuturquoise.
On peut également attribuer à la même époque les grandes Vierges reliquaires, qui, à la vérité, sont plutôt des œuvres d'orfèvrerie proprement dite que d'éniaillerie, puisque l'émail n'y joue qu'un nMe très secondaire; ainsi, dans le reli(juaire (de 0ni52 de hauteur) que représente notre figure 89, la Vierge et l'enfant Jésus qu'elle tient assis sur ses genoux sont entièrement en cuivre doré, repoussé et rehaussé de pierres précieuses sur certaines parties des couronnes, des vêtements et de la base ; le siège seul est recouvert de plaques émaillées; celles des côtés représentent en réserve, sous une arcade trilobée, deux figures entourées de rinceaux terminés par des fleurons émaillés en jaune, en vert et en rouge : d'un côté est la Vierge, de Tautre l'ange Gabriel: dans la plaque postérieure, la porte du reliquaire, en cuivre doré et ajouré, est encadrée d'une bordure émaillée décorée de rinceaux fleuronnés du même style (pie ceux des plaques latérales.
Dans cette (inivre, ainsi que dans la plupart des pièces d'orfèvrerie émaillée de Limoges, le travail de rémailleur, surtout à partir de la secmide moitié du xui'' siècle, cède la place à celui du sculpti'ur, du Ibudeui' ou du graveur; son rôle se borne à la sinq)le décoralion des fonds, (tpération qui ni' préseniail guèic de (lirii<'iilt('s sous le rapport
L'KMAII.LERIE AU MOYEN AGE
de rexéciition, et qui, par cela même, aida considérablement à la fabrication des objets émaillés, tout en arrêtant le développement artistique de l'émaillerie.
On est étonné, en effet, quand on étudie avec attention
Fig. S9. — Vierge reliquaire. — Orfèvrerie émaillée.
Limoges, xiii* siècle.
tCuU. de M. le baron Seillière. )
les œuvres de rémaillerie limousine qui sont parvenues jusqu'à nous, de voir combien est peu varié le genre de décoration employé dans les fonds. Il semble que les orfèvres de Limoges aient cherché avant tout à profifrr de la vogue qui s'attachait à leurs œuvres, et à fabriquer vite et à peu de frais les objets de mobilier ecclésiastique qu'on leur demandait de tous côtés ; ils les recouvraient
436 L'EMAILLERIE
d'émaux dans certaines parties, parce que leurs couleurs se mêlaient harmonieusement au métal doré ; mais ce n'était pour eux qu'un accessoire , qu'un fond destiné à faire valoir leur travail, et, dans beaucoup de cas, à le simplifier.
Parmi les œuvres d'orfèvrerie émaillée de cette époque, les plus remarquables au point de vue de l'art sont certainement les crosses d'évêques ou d'abbés et les châsses.
Presque toutes les crosses sont faites sur le même modèle et d'après le même principe de décoration. Celle que reproduit notre gravure (fig. 1»0) peut être regardée comme un des types les plus parfaits en ce genre; elle se compose d'une douille ornée de trois dragons en relief, sans pattes ni ailes, dont la queue s'arrondit sous un nœud autour duquel sont gravés également en relief des animaux fantastiques; une couronne de feuilles aiguës surmonte le nœud et entoure la base du crosseron, sur lequel sont gravés en creux de petits losanges alternativement émaillés de bleu et de rouge. LWnnonciation est représentée dans le crosseron; les figures en ronde-bosse de la Vierge et de l'ange Gabriel sont en cuivre doré et gravé; sur la douille, les champs compris entre les dragons sont décorés de rinceaux en réserve sur fond émaillé de bleu.
C'est là le type ordinaire de ces élégantes crosses émaillées dont les musées et les collections possèdent d'assez fréquents exemples ; les sujets représentés en ronde-bosse dans la volute varient peu; ceux que l'on rencontre le plus souvent sont, outre l'Annonciation, le Christ, en croix ou saint Michel; quelquefois le crosseron se termine par une tête de dragon ou de sei'pent moi'danl un large fleuron émaillé (jui occupe la place du sujet, et dans ce cas les losanges figurent les écailles du corps île l'animal.
Mais ce que les ateliers de Limoges ont surtout produit à cette époque, ce sont les petites châsses destinées à
Fig. 90. — Crosse en cuivre doré et éraaillé. — Limoges , .\ni« siècle. l Musée de Cluny. )
renfermer les reliques que les croisés rapportaient de la terre sainte; il n'y avait pas une église de village, pas une chapelle qui n'en possédât une ou plusieurs, et la riche
438 L'EMAILLERIE
abbaye de Grandmont, au diocèse de Limoges, en avait à elle seule au moins trente. Malheureusement la plus grande 'oartie a disparu h une époque, relativement assez récente, où a en méconnaissait absolument la valeur artistique, et où on les vendait au poids du métal seulement, — déduction faite du poids présumé de Fémail, — à des chaudronniers qui les brisaient à coups de marteaux pour en refondre le cuivre'; il en reste bien peu aujourd'hui : quelques églises ont conservé les leurs, mais la plus grande partie de celles qui subsistent sont dans les musées ou dans les collections; ' beaucoup malheureusement sont passées à l'étranger.
La forme de ces ch.àsses a peu varié; pendant le xnie siècle et une grande partie du xivl\ elles figuraient un coffret oblong, surmonté d'un toit à double versant, et porté sur quatre pieds -droits; le plus ordinairement elles étaient en bois recouvert de plaques de métal gravé et émaillé, clouées sur le bois, et généralement assez minces.
Quant à la décoration, elle a suivi la marche que nous avons indiquée pour celle des autres objets d'orfèvrerie limousine.
Dans le principe, ainsi que nous Tavons vu, alors ([ue l'influence de l'école rhénane se faisait encore sentir, les plaques étaient émaillées à peu près en entier, sur les fonds aussi bien que dans les vêtements des personnages : c'est ainsi ({u'ont été exécutées les plaques de la châsse de saint Etienne de Muret, dont nous avons parlé plus haut. Puis, à rimitation des châsses allemandes, les figures sont en métal fondu ou repoussé, se (hMailiaiit sur un fond (''niailh'' : une
' Du So.MMERARD , (luiis los Aris nu moijcn di/e, rapporlc ki rencontre qu'il fit d'un chaudronnier qui se vantail d'avoir détruit à lui seul plusieurs centaines de ces châsses émaillées. « J'en ai fait, lui disait- il, des quintaux de cuivre brut que j'aurais tout autant aimé vendre au poids sans cette peine, n
L'EMAILLERIE AU MOVEN AGE
des plus belles châsses de Limoges qui soient parvenues jusqu'à nous, la châsse de saint Calmine (ou Carniery), duc d'Aquitaine, fondateur des monastères de Saint -Théo-
Fig. 91. — Figure en réserve gravée sur fond d'émail.
Limoges, xni» siècle.
( Collection de M. Spiuer. )
phrède en Velay et de Marsac en Auvergne, est un exemple remarquable de ce genre d'orfèvrerie émaillée ' ; les trois
Cette châsse qui provenait de TéÊrlise de la Guène (Corrèze^ est une
figures du Christ, de saint Cal mine et d'un saint abbé qui décorent la face antérieure, ainsi que les anges thuriféraires du toit, sont en relief.
Bientôt on ne laisse plus en relief que la figure principale , surtout lorsqu'elle représente le Christ , comme dans la grande châsse (n» 4500) du musée de Cluny; dans ce cas, les personnages qui l'entourent, — généralement ce sont les apôtres, — sont réservés en métal gravé sur le fond émaillé:
Fig. 92. — Décoration du revers de la châsse carrée. (PI. !1.'
Limoges, xni» siècle.
ICoUeccion de M. Spitzer.
mais leurs têtes sont fondues on relief et fixées après coup. Quelquefois les traits gravés des figures principales sont seulement creusés, mais assez profondt'ment pour constituer une sorte de demi-relief peu prononcé, ainsi que cela a lieu pour la figure de la Vierge qui décore la face principale de la petite châsse reliquaire de forme carrée que représente notre planche II.
Généralement la face principale de la châsse est seule décorée de ces figures en relief ou en demi-relief; les figures des côtés et celles de la face postérieure sont simplement réservées en cuivre gravé avec fond d'émail ; le
des plus grandes parmi relle.« de Limoges; clic mesure 0"'69 de longueur sur Qn'eO de hauteur. .\ la vente Soltikoff, elle a (Me vendue 7,720 francs.
L'EMAILI.ERIE AU MOYEN AOE
musée de Cliiny possède plusieurs exemples remarquables de ce genre de décoration, entre autres les belles châsses de sainte Fausta, provenant de l'église de Ségry, près dlssoudun, dont les revers représentent, dans Fane, diverses scènes du martyre de la sainte, et, dans l'autre, des anges dans des médaillons circulaires, gravés au trait sur le métal réservé, alors que les faces principales sont ornées de figures et de sujets en relief.
Fig. 93. — Écusson de ia ville de Limoges.
Plaque en cuivre repoussé , xive siècle. — Fond émaillé en rouge et en bleu.
(Musée de Limoges.)
Dans la petite châsse que nous avons reproduite (pi. II), les deux côtés portent également des figures d'apôtres gravées simplement au trait sur le cuivre épargné (fig. 91).
Puis on en arriva à supprimer entièrement les figures en relief, tout en conservant dans beaucoup de cas les têtes en saillie, fondues à part et fixées après coup sur la plaque de cuivre. C'est là surtout qu'apparaît le caractère peut-être un peu trop industriel de l'orfèvrerie limousine; dans certaines châsses, les petites têtes fondues ainsi en relief sortent toutes du même moule et sont les mêmes pour toutes les figures, même quand ces figures sont de hauteurs variées, ce qui donne quelquefois à certains per-
442 L'ÉiMA1LLP:R1E
sonnages de petites tètes fort peu en rapport avec leur grande taille.
Quant aux fonds émaillés sur lesquels se détachent ces figures gravées ou en relief, la décoration en est généralement des plus simples, au moins comme conception; on n'y retrouve plus cette variété d'ornements ni cette recherche de composition que l'on remarque si souvent dans les émaux rhénans; mais les couleurs, où la gamme bleue domine, en sont si belles, si harmonieuses, et font si bien ressortir l'éclat du métal, que l'on oublie facilement leur pauvreté au point de vue artistique pour ne plus voir que leur richesse décorative. Les motifs qui sont le plus fréquemment employés, surtout à dater de la deuxième moitié du xni'' siècle, ne sont que de deux sortes : des rinceaux en forme d'S réservés en métal et terminés par des fleurons émaillés plus ou moins chargés, mais toujours assez simples cependant, et des ronds, également réservés, dans le centre desquels sont inscrits des astéroïdes émaillés dans des gammes alternées de rouge, vert et jaune, ou de l)leu lapis, bleu clair et blanc (lig. 92). Ces motifs se trouvent aussi dans les œuvres de l'orfèvrerie rhénane, et c'est certainement aux émailleurs de Cologne que les Limousins les ont empruntés, en les copiant fidèlement d'abord et en les simplifiant ensuite peu à peu.
La petite châsse carrée que représente notre planche en couleurs est un des exemples les plus complets et les plus remarquables de cette première période de rémaillerie limousine.
(Juehpiefois aussi les l'onds sont unis (tig. '.K$V mais à la condition reix'udant (pic les cliaiiiiis (["(''iiiail soient cou{)és par des lignes trarchilecturc, par des accessoires ou des bandes de métal (jui les rétrécissent de façon à empêcher l'émail de se lever ou de s'écailler lors de la
cuisson, ce qui aurait certainement lieu si le champ était trop grand.
Ces dilîérents genres d'ornementation émaillée n'étaient pas particuliers aux châsses; on les retrouve sur un grand nombre d'autres ustensiles liturgiques , notamment sur certaines plaques oblongues désignées habituellement, 'on
Fig. 9i. — Colombe eucharistique.
Limoges, xiEP siècle.
(Collection de M. Spitzer. >
ne sait trop pourquoi, sous le nom de couvertures d'évangéliaircs, et qui devaient être simplement employées comme ornements d'autels; d'un côté, en efïet, rien n'indique, au moins dans aucune de celles que nous connaissons, qu'elles aient servi de plaques de reliure, ce qui aurait laissé des ti'aces ; et, d'un autre, leur forme, presque toujours très allongée, n'est pas en rapport avec le format habituel des livres d'église, de même que leur épaisseur les rend peu propres à un pareil usage. Ces sortes d'objets, généralement formés d'un ais en bois recouvert de {Jaques de cuivre doré et émaillé, se composent d'un tableau central entouré d'un encadrement éstalement émaillé.
444 L'EMAILLERIE
Les sujets représentés sont le plus ordinairement le Christ dans sa gloire, entouré des symboles des évangélistes, ou le Christ en croix, ayant à sa droite la Vierge et à sa gauche saint Jean; au-dessus de la croix sont des anges ailés. Comme dans les châsses, les figures sont entièrement en relief ou gravées sur le métal réservé, avec les têtes en relief; une des plaques de la collection de M. Spitzer, décorée par ce dernier procédé, offre cette particularité curieuse que nous venons de signaler, que les tètes ainsi rapportées sont les mêmes pour toutes les ligures, celle de la Vierge aussi bien que celles de saint Jean et des anges. Parmi les nombreux objets émaillés fabriqués à Limoges, et qui étaient destinés au service des églises, nous citerons encore les croix de procession, les chandeliers d'autels, les burettes, les navettes à encens et les custodes ou boites à réserves eucharistiques de modèles variés. Beaucoup de ces dernières, assez rares aujourd'hui, étaient en forme de colombes semblables à celle que représente notre gravure (fîg. 94), et dont les ailes seules étaient émaillées; une petite cavité pratiquée dans le dos , et formée par un couvercle à charnière , était destinée à recevoir l'hostie consacrée '. Les custodes ou pyxides de forme cylindrique surbaissée à couvercles coniipies sont beaucoup plus communes; le Louvre et le musée de Cluny en possèdent un certain nombre dont les motifs décoratifs, assez variés'.
' Ces colombes étaient placées dans l'appareil qui, aux xir et xiii» siècles, servait de tabernacle, et qui était suspendu, dans les cathédrales ou collégiales, au-dessus du maître -autel. Il n'existe plus guère en France qu'un seul exemple de ces colombes, dans l'église de la Guène (Corrèze). L'église de Saint-Yrieix (Haute-Vienne) a conservé l'appareil de suspension, mais la colombe a disparu. — Cf. sur ce sujet l'abbé Corblet, Revue de l'art clirctien, t. II, p. 388, et le P. Cm. Cahier, Nouveaux Mélanges d'nrchcolngie ; ivoires, miniatures, etc., p. 212.
* a Les sujets profanes qui ornent cxccptionnelicnicnt quelques-unes de ces
sont ramenés au même principe comme exécution, c'està-dire aux réserves de métal sur fond d'émail.
L'industrie de l'émaillerie limousine s'appliquait également aux objets d'usage domestique; parmi ces objets, ceux que Ton rencontre le plus communément sont les gémeUions, sorte de bassins à laver qui allaient toujours par paires, l'un muni d'un petit biberon ou gargouille qui donnait passage à l'eau, l'autre destiné à recevoir cette même eau que l'on versait sur les mains de la personne à laquelle
Fig. 95. — Frise d'une pyxide en cuivre émaillé
Fabrication française, xiiie siècle.
(Coll. de M. L. Berthet. )
<i on donnait à laver », usage assez commun dans les festins de cette époque, où l'absence de fourchettes rendait ce soin de propreté indispensable '. Presque tous les gémellions qui sont conservés dans les musées et dans les collections sont décorés en réserve, sur fond d'émail, de blasons accompagnés d'animaux fantastiques, de personnages quelquefois grotesques ou de scènes familières.
boîtes à hosties avaient fait croire à quelques archéologues qu'elles répondaient à l'expression de drageoirs que l'on trouve dans les textes; mais, d'un côté le moyen âge avait ses libertés; de l'autre, nous savons par les descriptions des inventaires et par les miniatures que le drageoir avait une forme différente et une tout autre importance. » (Laborde, Notice des c' maux du Louvre. )
' On se servait également de ces bassins dans les églises, et leur usage s'y conserva même plus longtemps que dans la vie privée, où on trouva bientôt plus commode de les remplacer par des aiguières.
446 L'IiMAILLi: HIE
Nous devons mentionner également dans cette série d'objets domestiques les coffrets décorés de plaques ou d'écussons émaillés, particulièrement le cotïret de mariage que possède le musée du Louvre (D. 149), et qui est certainement le plus complet et le plus curieux parmi ceux qui subsistent aujourd'hui. Ce coffret, qui date du xiye siècle, est émaillé sur toutes ses faces d'écus triangulaires aux armes de France et d'Angleterre, entourés do monstres à tête humaine et de dragons en forme d'oiseaux; sur le couvercle, deux scènes personnifiant la rencontre et Vaccord et une inscription en réserve ne laissent aucun doute sur la destination de cet intéressant objet.
Bien qu'il soit généralement regardé et catalogué comme étant de fabrication limousine, ce cotïret présente dans son mode d'exécution une particularité qui nous fait douter de sa provenance, c'est-à-dire que les traits de la gravure, rudes et larges, y sont remplis d'émail, ce (jui ne se rencontre pas habituellement dans les émaux de Limoges; en outre, le bleu y est d'un ton tout à fait exceptionnel. Il est probable, du reste, que les orfèvres de Limoges, quoi(pi'ils fussent certainement les plus renommés et les plus haliiles, n'étaient pas les seuls en France à pratiquer Tart de l'émaillerie sur cuivre doré; et quand on étudie avec attention et que l'on compare entre eux les spécimens de divers genres qui sont désignés aujourd'hui sous le nom général d'émaux limousins, on remarque dans quelques-uns des différences de style, de couleur et d'exécution tellement évidentes, que l'on ne peut nier l'existence d'ateliers moins importants dans lesquels on aurait fabriqué le genre spécial d'orfèvrerie auquel Limoges avait donné son nom. Telle est, entre autres, la petite pyxide à la- (picllc nous empruntons la frise en réserve sur fond d'émail que représente notre fig. 95, et qui est d'une composition
lm:maillerie au moyen âge . 447
plus cherchée et d'une exécution beaucoup pUis délicate que celles qui décorent habituellement les pyxides limousines.
Le xiiie siècle fut certainement l'époque la plus brillante de cette émaillerie sur cuivre que les orfèvres de Limoges n'ont pas su, il faut bien l'avouer, maintenir au rang éleVé qu'elle avait pris tout d'alwrd et qu'ils auraient pu lui conserver à la condition d'ajouter à la valeur presque nulle du métal qu'ils mettaient en œuvre une valeur artistique réelle. Ils ne le comprirent pas ainsi, et, soit par impuissance, soit par un esprit commercial mal entendu, leurs ateliers devinrent au xive siècle des fabriques d'où l'art devait bienti'it être banni. Il est vrai (ju'à cette époque, et malgi'é les guerres souvent désastreuses que la France eut à soutenir, un goût très prononcé pour l'orfèvrerie d'or et d'argent commença à prévaloir. << Lorsque Charles V, dit Labarte', par la sagesse de son administration et grâce aux victoires de ses généraux, eut enfin rendu la France glorieuse et prospère, ce goût pour l'orfèvrerie devint de plus en plus dominant. Les ducs de Berry, d'Anjou et de Bourgogne, frères du roi, rivalisèrent avec lui de luxe et de magnificence. Il est facile de se convaincre, par les inventaires des trésors de ces princes, de la haute importance qu'avait acquis l'art de l'orfèvrerie, qui absorbait tous les autres. Les meilleurs artistes de cette époque, sculpteurs, ciseleurs, fondeurs, se faisaient orfèvres, et les plus belles productions de l'art étaient des œuvres d'orfèvrerie. La coloration de l'or et de l'argent par des émaux ne cessa pas d'être employée; mais Fémaillerie par incrustation ne pouvait suffire à ces habiles dessinateurs, à ces ciseleurs émérites , lorsqu'Us voulaient enrichir leurs travaux de
' Op. cit.. t. III, p. 157.
448 L'EMAILLERIE
scènes historiques, ce qui était fort en vogue à cette époque. Ils gravèrent d'abord en fines intailles sur le métal leurs précieuses compositions, qu'ils faisaient ressortir sur un fond d'émail, et bientôt l'introduction de l'émaillerie translucide sur relief, inventée par les Italiens, leur permit de teindre leurs fines ciselures des plus riches couleurs d'émail et de les transformer ainsi en véritables miniatures d'un éclat merveilleux. En présence d'œuvres aussi brillantes et de procédés si bien en harmonie avec les progrès toujours croissants des arts du dessin, que devait-il advenir de l'orfèvrerie de cuivre émaillé de Limoges? Dans sa nouveauté, les princes et les riches églises l'avaient recherchée; à la fin du xive siècle elle disparaissait de leurs trésors. Si la fabrication limousine continua de produire, ce ne fut plus que pour les églises pauvres et pour les usages vulgaires. Le goût du public, qui l'avait soutenue pendant plus de deux siècles, finit par la délaisser tout à fait, et les ateliers se fermèrent successivement. Il est à croire cependant que quelques-uns restèrent ouverts en fabriquant des pièces médiocres sur les anciens modèles, jusqu'au moment où des artistes limousins en vinrent à découvrir un nouveau genre d'émaillerie qui devait éclipser tous les autres : la peinture en couleurs vitrifiables sur fond d'émail. »
IV. Émaux translucides ou de rasse taille. — Des deux procédés d'émaillerie que nous avons étudiés dans les pages qui précèdent, le premier, celui du cloisonnage, d'une exécution lente, difficile, coûteuse, et par conséquent d'une application restreinte, devait disparaître avec la civilisation byzantine, qui l'avait vu naître ; transplanté en Allemagne, il se transforma, ainsi (jue nous l'avons dit, et donna naissance au procédé du clKunplevago, (|ui dès le début
produisit , surtout sur les bords du Rhin , des œuvres remarquables, mais presque exclusivement ornementales, et finit enfin, dans les ateliers de Limoges, par devenir purement industriel. L'émail cependant, par sa nature même, sa transparence, la richesse de sa coloration, était pour l'orfèvrerie un auxiliaire tellement précieux, que de véritables artistes s'en emparèrent à leur tour, mais sans rien conserver du mode d'emploi qui avait été suivi jusqu'alors. Au lieu de l'emprisonner dans des cloisons qui donnaient forcément aux figures une raideur et une immobilité qui ne pouvaient convenir à leur talent si vivant et si expressif, les orfèvres italiens s'en servirent pour lui faire rehausser par l'éclat de ses couleurs les délicates ciselures dont ils couvraient leurs œuvres , créant ainsi , suivant l'expression heureuse de Vasari, une sorte « de peinture associée à la sculpture » {^pezie di pitfura mescolata con la seul tara ^).
Dans ce nouveau procédé, où le métal ciselé et l'émail jouaient un rôle aussi important Tun que l'autre et se faisaient valoir mutuellement, Tartiste, après avoir tracé son dessin sur la plaque d'or ou d'argent qu'il voulait mettre en œuvre, le gravait en demi-relief, en lui donnant toutes les finesses du modelé; puis il posait sur cette plaque une couche d'émail translucide en poudre qui fondait au feu, recouvrant ainsi la gravure d'une sorte de vernis coloré, d'autant plus brillant qu'il iiaiticiitait de l'éclat du métal. Les saillies du bas -relief laissant à l'émail peu d'épaisseur, et les parties creusées lui en donnant, au contraire, davantage, suivant qu'elles étaient plus ou moins profondes, et augmentant par cela même sa coloration, il en résultait une échelle indéfinie de tons ditîérents dans
' Vasabi, Inlroduzione aile Ire arli del disegno, t. I''', \>. ISu; Florence, 1846.
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la inêiue nuance'. On en arriva bientôt à varier les couleurs et à composer ainsi sur métal de véritables miniatures polychromes- d'une harmonie et d'une douceur extraordinaires, dont il nous reste encore d'admirables spécimens, trop rares malheureusement.
Suivant toute apparence, c'est en Italie, dans le courant du xnie siècle, que ce genre d'émaillerie l'ut appliqué pour la première fois; on en a attribué la découverte à Jean de Pise (1250-13:28), d'après un texte de Vasari, qui rapporte que cet artiste fut appelé à Arezzo en 1286 pour y exécuter un maitre-autel en marbre, ([u'il remplit de ligures, de feuillages et d'ornements, « en distribuant sur tout l'ouvrage de très fines mosaïques et des émaux sin- argent » {scompartendo pertuttaV opéra alcune cose dl musaïco sottile e smalti jjosti sopra piastre d'argento^)\ mais cela ne prouve pas qu'il fût l'inventeur de ces émaux. Il est à présumer, au contraire, que Jean de Pise, charmé par la nouveauté du procédé, fit exécuter, d'après ses dessins, les plaques d'argent émaillé qui lui servirent à décorer l'autel dont il était à la fois larchitecte et le scul[iteur.
Quoi qu'il en soit, l'émaillerie translucide sur bas-relief de métal prit une lapide extension, et tous les orfèvj'es italiens devinrent bientôt des émailleurs. Au xiv' siècle, les plus célèbres furent Andréa Ognabene, auquel on doit le paliotto d'argent de l'autel de Saint-. lac([ues, dans la cathédrale de Pistoia, terminé en 131G, ainsi que latteste la tin de rinscrii)tion gravée sur l'autel; puis Herto (ieri,
' Ce prooéilo lui ;i|i|iiii|U('', il \ a i|iiur;(iilr :nis i\ pini pir.-, à la ilécurali.iu lies Caïcnces dans lu iiiainiruclLire de Hubcllcs;, pivs Muluu; on lui donna alors l(> nom de dôcoration au moyen des émaux ombrants : il est cncoii' employr aiijourd'lini, mais sur des poteries qui n'ont plus rien (l'artistiqui\
* Vasari (loc. cil.) et Benvenuto Cellini (Trallilo ilcW orificeviii] décrivcnl avec détails les divei's |iror(''d(''s de ce genre d'i'niailli'rie.
■' Vasaiii. I. Il, |i. n-l: MihuKi. 18lt0.
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qui commença le parement trautel eu argent émaillé du baptistère de Florence, auquel travailla également Leouardo di Ser Giovanni; Ugolino , de Sienne, qui exécuta avec plusieurs de ses compagnons le fameux reliquaire de la cathédrale d'Orvieto, destiné à renfermer le saint corporal de Bolsène'; une inscription en lettres gothiques constate que ce reliquaire a été fait en 13.S8, per lucuilstruin UgJiolinum et socios aurifices de Senis ; Ugolino fit également le reliquaire de Saint- Juvénal, qui porte sa signature ainsi que celle d'un orfèvre nonnné Viva. Nous citerons encore Paolo et Pietro d'Arezzo, auteurs du chef de saint Donat, qui existe encore aujourd'liui à Arezzo; Goro di Neroccio et (iuccio, de Sienne; Spinelli, dont Vasari parle avec éloges; Borgino, de Milan; Bracini, etc., qui ont produit des dMivres «pills ont signées, et dont beaucoup existent encore aujourd'liui. Au xve siècle, nous trouvons Tommaso Finiguerra. au(piel on fait remonter l'origine de la gravure en Italie: (iiudino di (iuido, de Florence; Giovanni di Turini, de Sienne: Salvadore Pilli, (jue Benvenuto Cellini cite comme un artiste de grand talent, et surtout Antonio del Pollaiuolo. auquel on doit un nomln'e assez considérable de pièces
' On rapporte qu'un prêtre de la ville de Bolsène ayant douté, au moment de la consécration, de la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans riiostie, des gouttes de sang en jaillirent et teignirent le corporal. Ce tabernacle, qui présente en petit le modèle de la façade de la cathédrale d'Orvieto, a environ 1™80 de hauteur et pèse six -cents livres; malheureusement il est renfermé dans un tabernacle de marbre placé à une grande élévation audessus du sol et fermé par des portes de fer à quatre serrures, dont les clefs sont confiées à quatre personnes qu'on ne peut jamais réunir, pour en faire l'ouverture, si ce n'est le jour de Pâques et le jour de la fête du Saint-Sacrement, durant lesquels il est exposé à la vénération des fidèles. Malgré de puissantes recommandations, nos plus savants archéologues n'ont jamtis pu parvenir à voir cette magnifique œuvre d'orfèvrerie, qu'ils ont dû se borner ù décrire d'après la gravure qu'en a donnée le R. P. Dell.\ \ allé, Istoria dcl duomo di Orvictn, Rome, 1791, et celle publiée par d'Aoincourt, Hist. de l'art, t. ^'l, pi. cxxiM. — es. L.\a\RTE, np. cit., t. Il, p. 66.
(Vorfèvrerie émaillée, [vàvnn lesquelles la grande croix (Targent du baptistère de Saint- Jean, et la Paix du cabinet des médailles, à Florence.
Bien que pendant ces deux siècles le procédé d'exécution soit toujours resté le même, c'est-à-dire l'émail translucide couvrant la superficie entière de la plaque et laissant transparaître par conséquent les finesses de la ciselure et toutes les délicatesses de la gravure, quelques modifications dans les détails ont été apportées à diverses reprises par les différents artistes qui ont employé ce genre de décoration. C'est ainsi que les uns, au lieu de ciseler le sujet en bas-relief, se sont bornés à le graver en traits fortement exprimés, qu'ils niellaient partiellement d'émail opaque avant d'émailler l'ensemble; que d'autres ont réservé les têtes, les mains et les nus sans les recouvrir d'émail, ou en se servant d'un émail tellement incolore, que le métal conservait son aspect primitif; (jue d'autres enfin ont guilloclié certaines parties de façon à les faire vibrer en notes éclatantes sous leur brillant manteau d'émail.
Le procédé d'émaillage sur bas-relief d'or ou d'argent passa rapidement d'Italie dans les autres contrées de l'Europe, notamment en France, en Allemagne et dans les Pays-Bas; les hwentaires du xiyi^' et du xvc siècle menliiinucnt de nomlireiix objets d'oi-fèvifrie émadlée, mais en les désignant mallieureusement (rinic l'arnn beaucoup trop sommaire pour que l'on puisse ètri' \\\v sur leur iirovenance et sur la nature de leurs émaux, la désignation rntail de bas.<e taille n'ayant été employée i{u'au xvr' siècle, après la découverte des émaux peinte de Limoges. 11 est (Idiic bien difficile de savoir (•(Uiinieiil r[ à (|iielli' (■■|uupie la pratiipu' de ci'! ail a i''l('' iniroiliiih' eu fiance, el la niar(-lH^ ipi'il y a suivie, de iikmiic qu'il es! à peu piès impossible (le dire la prnveiianee exacie des (''iiiaiix île
L'EMAIIJ.ERIE AU MOYEN AOE ^y,:]
cetto nature 4111 subsistent aujourd'hui. Nous atliiliucidiis cependant aux artistes français la plupart des (''maux translucides du musée du Louvre (D. 177 à 185), le reliquain^ (n" 500G) du musée de Cluny, le petit tryptiipio de la Biche- Chapelle du musée royal de Munich, que l'on dit avoiiappartenu à Marie Stuart, et surtout la l)elle coupe d'or (pii appartient à M. le baron J. l'ichon, et qui mérite une mention particulière.
Cette coupe, en or massif, de Om^S;) de liauteur sur 0^18 de diamètre, est décorée sur le couvercle et sur tout son pourtour de scènes empruntées à la vie et au martyre de sainte Agnès ; on n'y compte pas moins de quarante- six personnages admirablement dessinés et ciselés, recouverts d'émaux polychromes de la plus parfaite pureté et d'une grande richesse de tons. Contrairement à ce que présentent la plupart des œuvres un peu importantes de ce genre, où les émaux, exécutés à part sur des plaques indépendantes, sont fixés ensuite sur la pièce, les figures, dans la coupe de M. le baron Pichon, ont été ciselées dans l'épaisseur même du métal, et toutes les scènes se relient entre elles sans interruption. Ce merveilleux monument de l'orfèvrerie émail! ée de la fin du xive siècle, ou au plus tard du commencement du xvi\ avait été donné , ainsi que l'indique une légende inscrite sur un anneau ajouté au xvne siècle, à J. Velasco, duc de Frias et connétalile de Castille, lorsqu'il vint en Angleterre pour négocier la paix entre Jacques 1er et Philippe III, au mois d'août de l'année 1604. Dans une relation du voyage du connétable, imprimée à Anvers en 1604, — et attribuée par de Thou au duc de Frias lui-même, — il est question des présents que le roi d'Angleterre lui fit remettre le 31 août, avant son départ; parmi ces présents, qui consistaient en une quantité de vaisselle précieuse provenant du trésor
')54 • i;e.maillerie
des rois d'Angleterre , se trouvent mentionnées « trois coupes, ou ciboires, dont une très ancienne, avec des émaux et des images de saints (y tref^ copones o custodiafi, la una d'ellcn^ antiquissima con esmalte y iinayines de sandos) '). Déposée par le connétable de Castillc, à son retour en Espagne, dans le trésor de l'abbaye de Sainte-Claire de Médina, cette précieuse coupe y est restée jusqu'à ces dernières années, où les i-eligieuses la vendirent à un anti- (juaire espagnol, qui la céda ensuite au possesseur actuel. Les habiles orfèvres allemands ne manquèrent pas d'adopter ;"i leur tour les émaux translucides iKiur eiiricliir leurs (l'uvres: la cathédrale de Cologne possède en ce genre une magnifique crosse émaillée sur son bâton et sa volute, et le trésor d'Aix-la-Chapelle renferme une monstrance contenant la ceinture de la Vierge ainsi que deux reliquaires, en forme de chapelles, garnis d'émaux translucides. La collection Basilewski possédait également deux reliquaires décorés ainsi de sujets représentant la légende allemande de saint Hemi et de sainte Cunégonde. et la dernière expositidU du métal à Nuremberg montrait, parmi les plus belles «Hivres prêtées par les amateurs, un merveilleux cilioire provenant de l'abbaye bénédictine de Maihingeii, près Nortling, en Bavière, et décoré de trente plaques diMiianx translucides de formes vari('es et d'un .Kliiiiialile travail. Ces diltV'rentes œuvres sont toutes du xiv siècle.
A l'ôté de ces ti-ois grandes classes (r('niaii\ qui se sont partagé la décoration des (eiivi'(>s d'orfèvicrie du vr' au xvi<" siècle, il en est deux auti'es dont le l'iMe a r\r b(>aucoiqi moins important, mais (pi(^ nous devons cependant signaler ici.
EiXAHJ^IEK^Jct'
La ChariCé. — Plaque cenli-ale d'un bénilier eu émaii,
composé et exécuté par M. A. de Courcy.
(Email limousiu sur pailloi.s. )
L'EMAILLERIE AU MOYEN AGE 4oo
Émaux translucides cloisonnés à jour. — Les premiers sont les émaux cloisonnés à jour, dont on trouve à plusieurs reprises la mention dans les anciens inventaires sous le nom de esmalta clara', esmau.r à jour, esmaiUio pcr quod videtur dics -, esmaulx de jjlicque par où l'oi) veoit Ir jour \ etc. La belle coupe de Cosroès lo', roi de Perse (f 07*.)'). qui. du trésor de Saint-Denis '. — où elle était dé'signée sous le nom de coupe de Salomon , — a passé au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, répond au premier aspect à cette description , bien qu'elle soit composée, non d'émaux, mais de morceaux de verre colori' translucide, sertis dans des cloisons métalliques. Comme cette coupe, de fabrication persane, remonte au vu' siècle, il est à présumer que ce genre de travail, pratiqué d'abord en Orient, passa ensuite en Occident, et que les verres colorés, après l'introduction de l'art de l'émaillerie en Europe, y furent remplacés par des émaux translucides. Mais les émaux à jour, probablement à cause de la difficulté de leur exécution, ne furent pas d'une falirication bien suivie; les mentions qui en sont faites dans les inventaires en sont assez rares, et les spécimens qui sont parvenus jusqu'à nous en sont beaucoup plus rares encore; nous n'en connaissons qu'un seul exemplaire au musée de Kensington, à Londres : c'est un gobelet d'argent doré, obconique, un peu évasé, de 0'" 18 de hauteur et de Qm 12 de largeur à peu près; au milieu de la panse, et sur toute la circonférence du couvercle, se trouve une bande d'émail translu-
' Inventaire du Saint-Siège, dresse en 1295 par ordre de Bonilace VIII.
- Inventaire de la Sainte- Chapelle du Palais (1480).
' Inventaire de 1373, publié dans la Revue archéologique , t. \ , p. 167.
'' a En 1791 furent apportées de Saint-Denis, aujourd'hui Friinciade, des antiquités faisant auparavant partie de son trésor... o. L'ne grande soucoupe d'or, ornée d'émau.x de diverse? couleurs. » [llisl. abrégée du cabinet des McdaUlcs. par A.-L. Cointre.^u, Paris, ISOO.)
436 L'EMAILLERIE
cide à jour, vert-émeraude, avec des fleurettes en émail bleu et des petits fruits en émail jaune. Sur le gobelet, la bande est coupée en trois parties par trois fenêtres de style ogival, divisées par deux meneaux et garnies d'émaux translucides bleus ou verts. Au fond du gobelet, à l'intérieur, on voit un médaillon d'émail cloisonné décoré de fleurettes bleues et jaunes montées sur des tiges d'or; les parties non émaillées sont ornées extérieurement de feuillages et d'oiseaux gravés au pointillé sur le fond même du métal.
Il existe, parait-il, dans la chapelle de Thôpital de Santa- Maria délia Scala, à Sienne, un coffret décoré également de cette façon; mais nous ne le mentionnerons que pour mémoire.
Les opinions sont partagées au sujet de la date et du lieu d'exécution de ces émaux cloisonnés à jour; ce qui est certain, c'est qu'au xvif siècle les orfèvres italiens et français en avaient perdu entièrement le souvenir. Cellini raconte, en effet', que, en 1541, François I^-r le fit appeler un jour « après vêpres » pour lui montrer un gobelet {una tazza senza piede) ainsi décoré, et lui demanda s'il connaissait la façon dont ce travail avait pu être exécuté : après avoir examiné cette œuvre merveilleuse {opéra larorata molto maravigliosamente), Cellini déclara que ce genre d'émail lui était absolument inconnu; mais, avec son assurance habituelle, il ne tarda pas à en expliquer au roi les [)n)rédés de fabrication, |)i(ir(''dés icinpUs do (lifliciiités et que l'habile orfèvre n'essaya sans doute [las de mettre à exécution, ce ipi'il n'eût pas manqué de nous apprendre, svu'tout s'il avait réussi.
Émaux des orfèvres. — L'autre procédé diffère esscn-
' Trullall snprn l'aripcicra . i';i|i. ni, \>. 'il.
i;i:maim-erie ai" movkn aoe 437
tiellement de ceux que nous avons cherché à décrire jusqu'à présent en ce sens qu'ils consistent, non à incruster des émaux dans le métal, mais à le colorer à l'aide d'émaux appliqués par-dessus. Ce genre d'émaillerie, ou, pour être plus exact, d'émaillage du métal, a été pratiqué un peu partout, en France, en Italie et en Allemagne à dater' du xiye siècle; mais, ses procédés n'offi-ant rien de particulier, et son histoire appartenant plutôt à celle de l'orfèvrerie et de la bijouterie, nous n'avons pas à en parler longuement ici. Les inventaires des trésors des rois de France et des princes, ainsi que les comptes des orfèvres, mentionnent très fréquemment des pièces d'orfèvrerie ainsi émaillées ; le plus souvent les émaux étaient polychromes, opaques ou translucides, et quelquefois aussi entièrement blancs, mais l'objet émaillé était toujours en or ou en argent.
-l.'^99. — Un image d'or de Nostre-Dame, esniaillé de blanc, assise en une chayère tl'or, laquelle tient son enfant en son giron vestu d'une cotle esmaillée de rouge clerc et .sont les choses dessus dictes toutes d'or... (Comptes royaux.)
lilO. — Deux ymages en façon de Dieu le père, esmaillcz de plusieurs couleurs, et viij ymages de Adam et Eve esmaille/. de blanc comme nuz. (Invent, des ducs de Bovrfjogne, n» 6199.)
14fi7. — Une paix d'or, où il y a dedens une Veronniche[KeVon!f/!/e], esmaillée de blanc et dessoubs iiij ymaiges taillées et esmaillées. (Ibid., n" t>044'.)
^Inventaire de la Sainte- Chapelle de Bourges, publié par M. de Girardot, cite, sous le nom de la Croix de Blois, une œuvre des plus importantes qui laisserait supposer que, dès le xive siècle, l'art de l'orfèvrerie émaillée, que nous retrouverons à Blois au xviii^', était déjà en pleine prospérité.
' De Lacorde. Glossaire, p. 277.
4o8 L'EMAILLERIE
1 '(.()•"). — Une croix d'or, nppelée In Croix de Biois , nii il y ;i un rrucifix au milieu, esniaillé de blnnc et aux costez dudit riiicifix Tymage de Notre-Dame, esmaillé de vert, et l'image de saint Jehan, csmaillé lie bleu, et en ladite croix garnie de pierreries, etc..
Nous devons mentionner cncofe, parmi les (fiivres françaises les plus considérables de ce genre d'orfèvrerie qui sont parvenus jusqu'à nous, le « petit cheval d'or » (das goldene Rbssel) conservé dans le trésor de la Saintc-Cha- [u'iie irAltd'tting, en Bavière'. Ce magnifique monument, (jui a U 1" 58 de hauteur, est à deux étages. L'étage inférieur, d'argent doré, reproduit un portiiiue à jo'ur composé de quatre colonnes qui soutiennent une plate-forme à laquelle conduisent deux escaliers latéraux. Sous le iiorlique, un page tient un cheval sellé et richement harnaché. L'étage supérieur, qui est tout d'or, est établi sm' la plate-forme. Au fond s'élève une estrade que domine un berceau couvert de feuillages et de fleurs, au milieu desquels sont disposées des pierres fines d'une grande valeur. Sous le berceau, la Vierge, assise, tient sur ses genoux l'enfant Jésus, ((ui ollre un anneau à sainte Catherine à genoux devant lui. Saint Jean- Baptiste, représenté tout jeuiio. avec un agneau, est auprès de la sainte épouse du Christ. I)e l'autre ('('ité. on voit saint Jean l'Évangéliste tenant im ialii-e. Au pied de l'estrade, à droite de la Vierge, est le ini Charles VI à geniiiix; il est armé de toutes pièces, et porte par-dessus son arnHU'e une cotte d'armes bleue fleurdelisée. Sa tète est couronnée de fleurs. En face de Charles VI, à la gauche de la Vierge, est un chevalier à genoux (pii lient le heaume du
' Les Annalrs archcologiriues (t. .\.\\1, 18liS'. p. 119| ont donné une gravure de cet énorme joyau; Lab.^rte, auquel nous eu empruntons la descriplion , et .M. IIucheiî ont |iutilié clans li' iiiriiir vuluiiii' ili'.- rtisserlnliniis sur rc sujet . p. 204 <•[ 402.
l.'ÉMAII.I.ERll-: Ali MOYEN AGE 459
roi. Toutes ces fijiures, exécutées en ronde l)osse. sont coloriées par des émaux.
Ce somptueux bijou, enlevé en 1413, avec plusieurs auti-es. du trésor de Charles VI par le duc Louis de Bavière, frère de la reine Isabeau, qui les emporta dans son pays, a dû être fabriqué par un orfèvre parisien : il est 5écrit dans un inventaire ' du trésor de Charles VI, dressé à la lin de 1405, avec la mention » ... et fut donné par la Reine au Roy le premier jour de l'an liOl ».
Le musée du Louvre possède en ce Lienie une (euvre