SUR MIC H KL IM UDI ER
«jours, commentateurs, scoliastes. Et certes ii n’était pas facile alors de se créer une érudition d’emprunt, en retrouvant çà et là des citations déjà faites. Pour citer les auteurs il fallait les avoir lus, et les citations de Michel Baudier ne sont pas suspectes; partout le nom de l’auteur, le livre, la page même sont indiqués à la marge, et souvent le texte est recopié avec la plus grande exactitude.
Faut-il énumérer ces auteurs dont les noms couvrent les marges de ce premier livre? Les saintes Ecritures, le livre d’Esther, le livre d’Esdras sont les sources contemporaines de l’Empire des Perses ; Hérodote, Ctésias, Thucydide, Xénophon, Platon, Hippocrate ont connu par eux-mêmes les fastes de cette nation célèbre; Josèphe, Strabon, Plutarque, Arrien, Athénée, Diodore de Sicile, Lampride , Théophylacte , Grégoire de Nazianze , Procope , Héliodore, Photius, Stobée, Dion Chrysostome, Hiéronyme, Héraclide, Pausanias, Denys-le-Periégète, Lucien, Agathias, Nieétas, Philoslratc, appartiennent à d’autres époques de îa littérature grecque : tels sont les écrivains qui ont été tour à tour interrogés par le nouvel historien des Perses. La littérature latine ne pouvait pas être aussi féconde pour une semblable étude , parce qu’elle s’était moins occupée d’un empire qui n’était plus;
et cependant Michel Baudier l’a aussi explorée :
MOT IC K
Cicéron, Tite-Live, Tacite, Virgile môme et Catulle et Horace, Sénèque, les deux Pline, Suétone, Justin, Quinte-Curce, Claudien , Æmilius Probus, Tertullien lui fournirent ou des faits curieux ou d’heureuses réflexions. Ajoutons à tant de noms ceux de quelques auteurs modernes, et nous aurons complété toute cette galerie de graves témoins que l’auteur a invoqués.
Le second livre, qui pouvait être plus curieux pour nous parce qu’il traitait de la Perse moderne, était plus difficile à composer. L’Orient était moins bien connu du septième au seizième siècle que du temps des Grecs et des Romains, et Michel Raudier n’avait plus sous la main cette abondance de secours et de documents qui s’ofTrait d’elle-méme pour le premier livre. Le travail avait été long et pénible, mais le résultat était positif et certain; en écrivant cette dernière ligne : « Fin du premier » livre qui contient F ancienne Perse , » il avait pu ajouter avec une joie secrète : « Gloire et louange » soit à Dieu! » — Le second livre est moins complet et plus confus, parce que l’auteur y est réduit à se contenter souvent des relations mensongères ou crédules de quelques voyageurs. Cependant on sait qu’il ne craignait pas la lecture des livres arabes; il l’a prouvé dans son histoire des Turcs et par la traduction du livre de Mahomet; on ne peut donc douter qu’il n’ait consulté un grand
SUR MICHEL BAUDIER.
nombre d’auteurs originaux '. Si la plupart des chapitres sur la cour des Rois de la Perse moderne sont calqués en quelque sorte sur les chapitres précédents et paraissent traiter le môme sujet sous d’autres noms , cela s’explique par la similitude en quelque sorte fatale de tous les empires établis en Orient. La partie qui traite des institutions religieuses est cependant plus originale, et complète ce que l’historien des Turcs nous a appris sur l’Islamisme 1 2 .
Si parmi les œuvres inédites de Michel Baudier cette double histoire de la Perse a perdu de son importance aujourd’hui parle progrès des études, et parce que nous connaissons mieux l’univers ancien et moderne, ce n’est pas une raison pour ne pas rendre justice à ce travail patient et consciencieux. L’activité infatigable de son esprit, son dévouement à la science, la variété de ses connaissances, la probité de son jugement, la simplicité de son cœur, la modestie de son érudition , toutes les vertus qui honoraient en lui l’homme et l’écrivain y éclatent comme dans ses autres ouvrages. C’est pour cela que nous n’avons pas voulu dédai-
1 On trouve à la fin du manuscrit, sous forme de notes, quelques documents très-curieux, empruntés à un professeur de langue hébraïque.
2 Michel Baudier renvoie lui-même le lecteur à son Histoire des Turcs et de leur religion.