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» autres soldats, la rendra redoutable. » Le Boy, qui craignoit de perdre le pouvoir de donner telles commanderies a qui bon luy serubleroit, ne suivit point ce conseil, qui luy eust esté utile.
L’année suivante, au commencement de janvier, l’armée que le Cardinal avoit menée en Afrique y continua ses progrez; Pierre de Navarre print la ville de Bugie, et sur la fin de juillet en suivant, celle de Tripoli. Mais cet homme, retombant au vice d’ingratitude contre le Cardinal, deschira avec Vianelli, qui suivoit sa passion, le nom et la réputation de celuy qui les avoit avancez aux premières charges de la guerre. Mais comme les grands hommes prospèrent par leur générosité, aussi les ingrats périssent par leur ingratitude : Vianelli, ayant mallraicté un enseigne en Afrique, fust par luy livré aux Maures, qui le poignardèrent comme il dormoit; Pierre de Navarre ayant, quelque temps après, changé de parti par les changements de fortune et prins celuy des François, fust aux guerres d’Italie fait prisonnier par les espagnols où les desplaisirs et les misères de sa prison le portèrent à tel désespoir, disent les Espagnols , qu’il entreprint sur sa vie , et la finissant par ses mains creut finir ses misères. Telle et si calamiteuse fust la fin de ces deux hommes signalez envieux et ennemis de la gloire du Cardinal leur bienfacleur.
Pierre Arias, vaillant capitaine qui avoit, en la
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mcsmc guerre d’Afrique, fait de belles actions 1 , esl louable pour avoir tousjours tesmoigné au Cardinal, qui l’avoit employé, la recognoissancc qu’il luy devoit ; cela le rendit recommandable dans la cour où il obtint la charge de Général de l’armée navale aux Indes occidentales, contre les sauvages cannibales qui mangent les hommes. Là, il se rendit remarquable par la familiarité qu’il eust avec la mort. Il fust atteint d’une maladie incurable qui le minoit sensiblement; comme il se veid hors d’espoir de guérir , il lit creuser sa sépulture dans une église où il alloit tous les jours ouïr la messe : après l’avoir ouye, il descendoit dans son tombeau, s’estendoit de son long, faisant de son vivant luy-mesme ses funérailles. Comme il estoit dans celte posture , le preslre venoit l’aspergez à la main sur cette fosse, lui jeltoit de l’eau bénite et cliantoit sur luy un libéra, sans qu’il en eust besoin. Cela faict, il résuscitoit avant la mort, sortoit de sa tombe, et reprenoit le chemin de son logis. Sa femme et ses amis, doutans que cette action ne fust pluslost de mélancolie que de vertu, taschoient de l’en destourner, quand il leur fist cette response : « Je le fais » pour m’accoustumer peu à peu à une habitation où
1 Ce Pierre Arias, surnommé lc Jouteur, monta un des premiers sur les remparts de Bougie, lors de la prise de celte ville en 1511; son drapeau y flotta le premier : et lorsque les Maures essayèrent de reprendre cette ville. Arias, chargé de la défense de l'un des forts, y soutint, avec six soldats qui lui restaient, un assaut de plus de trois heures. (Gomez.)
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« je dois estre longtemps; » quoyque aux morls il ne faille pas d’accoustumance : mais telle estoit la méditation de la mort de ce brave capitaine Arias, laquelle n’ayant jamais faict à la guerre où il la voyoit souvent , il la pratiquoit dans la paix avec toutes ses parties et ses circonstances; car l’homme pense mieux à sa fin dans le repos et le calme de l’esprit que dans le trouble des affaires ou des passions qui l’occupent.
L’envie qui attaqua le Cardinal au commencement et au progrez de la guerre d’Afrique , n’empcscha point qu’avec la gloire d’y avoir planté la croix et porté les bornes de l’Espagne au delà de la mer, il n’acquit la réputation d’estre Capitaine digne de commander aux armées, généreux en ses entreprinses , prudent en sa conduite, hardy à l’exécution. L’ordre, qui est l’àme de la guerre aussi bien que des autres choses du monde, a esté sagement establi et soigneusement gardé tandis qu’il a commande ; en telle sorte que les vieux soldats espagnols ont, longtemps après sa mort, rendu ce tesmoignage de sa conduite à la guerre : que jamais les capitaines et les soldats n’ont este en plus grande estime et honneur, ny les monstres mieux payées que de son temps. Ce n’est point sans admiration qu’un homme nourri dans un cloistre, qui n’avoit jamais fait profession des armes , occupé jusques en l’àge de soixante et dix ans aux fonctions ecclésiastiques, se soit rendu en un moment capable