‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximénès, annotéeChapitre 8 sur 28 · SOS HISTOIRE · texte numérisé non relu

SOS HISTOIRE

depescha à Se ville, vers les Roys, François Ruys, son compagnon de religion, qui déduisit à Leurs Majestés les motifs de la révolte de Grenade et les remèdes que Ximénès y avoit apportés. Le bon estât de ce royaume adoucit le courrous de Ferdinand , esteignit la haine conceiie contre Ximénès , et obligea le Roy de le remercier par ses lettres de la grande despence qu'il avoit faite à Grenade pour appaiser les peuples, et du péril auquel il s*estoit exposé pour sauver les villes. L'homme d'Estat qui travaiUe avec intégrité doit vaincre par ses bonnes actions et par sa patience l'envie et les caloomies de ses ennemis, car n'estant point fondées sur la vérité, elles se dissipent comme de vains nuages du mensonge.

Les veilles et les travaux souffers à Grenade pour esteindre cette révolte ' avoient destrait la santé de Ximénès et l'avoient affligé de plusieurs inconomoditex qui s'estoient réduites à une fièvre étique, sans que les médecins y peussent donner remède \ Une

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vieille femme moresque, envoyée par une autre moresque qu'il avoit convertie, le vint trouver, luy demanda permission de guérir sa fièvre ; elle l'obtint, usa d'onguents et de certaines paroles qu'elle récitoit, et en huit jours le remit en son entière santé. Cela luy donna moyen d'aller à Tolède saluer la princesse Jeanne , fille et héritière de Ferdinand et d'Isabelle , ensemble Philippe d' Austriche , son mary , fils de l'empereur Maximilian, qui estoient nouvellement venus en Espagne , et de revoir dans Alcala le collège qu'il y faisoit bastir comme un superbe temple des Muses.

L'amour des lettres estoit inséparable de sa vie , en telle sorte que l'année mil cinq cens et deux il entreprint de faire travailler à ses despens , dans la mesme ville , à l'explication et à l'impression de la saincte Bible, en langues latine, grecque, hébraïque et chaldée, par des hommes très-sçavants '. Pour ce faire , il fit achepter les manuscripts et imprimer les plus corrects de la mesme bible en ces langues ; sept

au XénéraliiTe, maison de plaisance hors de TAlhambra, que les Rois de Grenade avaient fait bâtir pour aller jouir, pendant le printemps, des plaisirs de la campagne et de la pureté de l'air. (Eue. de Roblès.) ^ Démétrius de Crète, Antoine de Nébrissa, Lopès Astuniga, Femand PinUan, professeurs de langues grecque et latine ; Alphonse, médecin d'Alcala; Paul Coronel et Alphonse Zamora^ très-versés dans les lettres hébraïques. « Hâtez-vous, mes amis, leur disait-il sans 1 cesse, de peur que je ne vous manque, ou que vous ne veniez à me » manquer ; vous avez besoin d'une protection comme la mienne , et s j'ai besoin d'un secours comme le vôtre. »

exemplaires hébreux luy cousfèrent quatre mille escus; les manuscripts latins et grecs, anciens de huict cens ans, se montèrent à des sommes plus grandes, et la despence employée à la nourriture et aux salaires des professeurs en ces quatre langues , aux correcteurs et aux imprimeurs, par l'espace de quinze années, fut immense. Son intention estoit d'instruire les prestres aux méritez des deux testamens, et de laisser à l'Eglise ces belles lumières des sainctesEscritures, comme si son esprit eust préveu que quelques années après la perfection de cet ouvrage , viendroient des hérétiques attaquer la pureté de la doctrine chrestienne par la fausse interprétation de l'Escriture, et que, contre leur malice, ceste impression, qui les avoit devancez, foumiroit de puissantes armes.

Ce grand et pénible ouvrage estant parachevé ', lorsque l'imprimeur en présenta à Ximénès le premier exemplaire , ce personnage levant de joye les

1 n le dédia à Lféoo X, soit pour loi témoigiier sa reomuiaissaiice d'aToir coactrara à raccoaiplissaiieDt de cette cemrTe ea in comninniqiiaiit toos les mumscrils de la BiUiotlièqiie Vatiame, soit parce ^e tons les ovfrages qv regardât réclurcisseaiCBt des B ci i lur e s ne peoveat être plas raiwiiHiililemeBA i— aaué* ip'aii Somreraia Purtife en qoi réside Fanlofilé de l'Eglise civéfienie. L*Eglise n'est pas senkment rcdetaUe à Ximénès de la BOile polyglotte ; fl fit anan imprimer à ses dépens des traités de piété et des faisloires saintes ; «ifin flfit &ire nne édition sur lâin des livres de chant et de mnsiqDe sacrée, qnH distribna à tontes les paroisses de son diocèse.

(Etc. toBiisL — Gom.)

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yeux et les mains au ciel , s'escria en cette sorte : a Mon Dieu , je vous rends grâces immortelles de ce n qu'il vous a pieu conduire à bon succez un ouvrage » que j'ay si ardemment désiré. » Puis se retournant vers ses plus familiers domestiques , leur dit ces paroles : a II est vray, mes amis, que Dieu m'a fait la » grâce de travailler assez heureusement pour l'Estat » en de grandes et importantes afiaires; mais de tout » cela il n'y a rien de quoy vous vous devriez con^ » jouir avec moy comme de cette impression et expli- 7) cation de la Bible en quatre langues, n Son dessein estoit encore de faire travailler aux œuvres d'Aristote , les faire traduire et les orner selon la dignité du sujet. Certes , s'il fit revivre les lettres , il est bien raisonnable qu'elles le fassent revivre et donnent l'immortalité à son nom; car celuy qui travaille pour elles en reçoit cet auguste privilège de ne mourir point.

Presque en ce mesme temps, Jeanne, héritière d'Espagne , enfanta dans Alcala Ferdinand , son second fils. Ximénès print cette occasion pour la gloire de son collège , et , en faveur de cette naissance , obtint à cette ville-là, qu'il avoit rendue le domicile des lettres, exemption des tailles et de toutes sortes d'impositions. Les habitants d'Alcala gardent encores aujourd'huy , en mémoire de cette grâce , le berceau et les langes de ce prince; mais ils bénissent le nom

de Ximénès qui leur procura ce bien.

Le mesme jour, comme le prélat fut sorti de son logis, il rencontra les officiers de la Justice qui menoient un criminel au gibet; il les fit arrester et donna grâce à ce misérable, disant que cette action, qui estoit au-dessus de son authorité, devoit être permise à sa dignité , s'il empeschoit que ce jour d'allégresse à toute l'Espagne ne fut funeste à personne dans Alcala.

Lors il institua à ses despens un collège pour les filles d'honneste famille que la pauvreté tenoit dans l'ignorance , et fit bastir conjoinctement à ce collège un monastère de religieuses pour celles qui voudroient vivre hors du monde '. Aucune pourtant n'y entroit que volontairement; car, à celles qui vouloient demeurer dans le monde avec les vertus qu'il leur avoit fait apprendre , il donnoit une dot honorable et les marioit selon leur condition.

Ces œuvres de piété et la guerre contre les înfidelles estoient le ihrésor où ses pensées accumuloienl les richesses que la fortune ne peut faire périr. Estant à Médina, Hierosme Vianelli, Vénitien, lui présenta un diamant qui estoit à vendre pour le prix de cinq mille escus, ce qui estoit bien au-dessous de sa valeur, et le pressoit de l'achepter. Il estima

1 Cette maison fut fondée , en 1504 , sous le patronage de sainte Isabelle ; elle acquit une telle célébrité , grâce à Taustère surveillance et aux sages règlenrients du vertueux prélat , que les filles de qualité de la ville, lorsqu'elles avaient perdu leurs parents , se retiraient dans cette communauté en attendant Tépoque de leur mariage.

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la netteté et Fesclat de cette pierre précieuse : u mais, » dit-il , je puis bien mieux employer cet argent ; en }> une nécessité pressante, j'en puis secourir cinq )) mille soldats en leur donnant à chacun un escu ; » car alors il levoit une armée pour la guerre d'Afrique.

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