CHAPITRE XVIIl
Démêlés de Charles avec Tautorlté séculière au sujet de la Juridiction i siasttque. — Persécutions auiquelles il est en butte. — Il excommunie don Louis de Requesens, gouverneur de Milan. — Repentir et mort de ce dernier.
Plusieurs années s'étaient écoulées sans qu'auam conflit sérieux eût troublé la bonne harmonie rétablie entre lu puissance ecclésiastique et le pouvoir laïque , quand tout à coup se ranimèrent les dissensions qui avaient divisé un moment le cardinal-archevêque et le duc d'Alburquerque. Depuis la mort de ce dernier, le gouvernement de Milan avait été confié temporairement aux mains du commandant du château, don Alvar de Sandes, homme d'un esprit hautain et d'une vanité excessive. Poussé par les ennemis de Charles, qui n'avaient point manqué d'insinuer au nouveau venu qu'il était de son honneur de s'opposer aux prétendus empiétements usurpateurs du cardinal, don Alvar manifesta contre ce dernier les dispositions les plus hostiles, s'oppo^ sant avec une opiniâtreté systématique aux pieuses mesures que le saint prélat avait cru devoir prendre, dans l'intérêt des mœurs et de la religion, contre les scandaleux excès auxquels le peuple de Milan se disposait à se livrer à l'occasion des fêtes du carnaval.
Les choses en étaient là lorsque la mort de don Alvar apporta un terme à ces démêlés affligeants. Toutefois la trêve fut courte, et des dissensions sérieuses ne tardèrent
point à éclater dès que le nouveau gouverneur, don Louis de Requesens, fut arrivé à Milan. Ancien ministre d'Espagne auprès du pape Pie IV, don Louis avait connu le cardinal Borromée à Rome , où ils avaient paru mutuellement s'eôtimer. Mais , soit que les protestations du premier ne fassent pas sincères , soit que le pouvoir dont il venait d*être investi eût changé son caractère et ses mœurs, il prêta facilement l'oreille aux accusations calomnieuses des courtisans hypocrites et pervers, qui lui peignirent Charles comme un prêtre ambitieux, avide du pouvoir, et disposé à imposer sa volonté à tous , même au représentant de l'autorité royale. Impatient de donner des preuves de son zèle pour le service de Sa Majesté catholique, don Louis n'attendit pas même qu'un prétexte se présentât pour se mettre en hostilité avec le cardinal. 11 ordonna qu'on signifiât dans le plus bref délai au prélat de se conformer à certains décrets surpris plusieurs années auparavant à la religion de Philippe II , décrets que le sénat de Milan avait reconnus lui-même trop opposés à l'indépendance de la juridiction ecclésiastique pour être jamais mis à exécution.
Cette subite et inconcevable agression de la part d'un homme dont l'arrivée à Milan avait été pour Charles un sujet de satisfaction et d'espérance le surprit et l'affligea ; et quoiqu'il reconnût combien il était urgent de défendre , dans une circonstance aussi impérieuse, les droits de l'Eglise et les intérêts de la juridiction épiscopale, il résolut de n'employer d'abord que les voies de la persuasion et de la douceur, et se borna à faire signifier au gouverneur une monition conçue dans des termes si tendres et si charitables (1), qu'il était facile de reconnaître la répu-
(1) • Que si nous sommes contraint de jeter cette excommunication,
gnance qu'il éprouvait à faire usage des pouvoirs que l'Eglise avait remis entre ses mains, et les intentions paternelles et pacifiques dont il n'avait pas cessé un seul moment d'être animé.
Mais la mansuétude dont le cardinal-archevêque avait donné une preuve si éclatante devait néanmoins avoir une fin , et les procédés du gouverneur devenant de jour en jour plus hostiles, Charles se vit forcé de fulminer contre don Louis de Requesens une excommunication solennelle. 11 dépêcha en même temps un courrier à Rome, pour donner avis au souverain pontife de ce qui se passait dans son diocèse, et pour lui faire connaître les raisons qui l'avaient déterminé à prendre un parti aussi contraire à son caractère. Aussitôt que don Louis eut connaissance (}ue le cardinal Borromée n'avait pas craint de le frapper des foudres ecclésiastiques , il en conçut un ressentiment excessif et jura d'en tirer une éclatante vengeance. Toutefois il essaya d'excuser sa conduite en rejetant sur les susceptibilités et l'ambition du saint prélat les causes de la scission qui était survenue entre eux. Il accusa même Charles de travailler sourdement à affaiblir la fidélité et l'attachement que les Milanais devaient avoir pour Philippe II, leur royal suzerain.
ce que nous demandons tous les jours à Dieu par des larmes, des gémissements et des prières continuelles, qu*il empêche, par sa bonté et sa miséricorde, nous vous déclarons et à tous ceux qui en sont la cause véritable, qu'au jour du jugement vous en rendrez un compte rigoureux à Jésus-Christ, votre juge et le défenseur des droits de son Eglise.,. » — Quod si à Qobis fieri oportebit, quod ne accidat, lacrymis et gemitibus, assiduâque oraltone à Deo paire misericordiarum precanmr, hoc veslra Excellentia, vosque omnes, quorum culpâ factove eveniel, plane sciatis in die irœ vos Christo et judici , Ecclesiœque vindici gravissimo , hujus culpse rationem reddituros.
li existait alors à Milan un grand nombre de confréries de pénitents. Ces assemblées se réunissaient chaque semaine pour se livrer en commun à l'exercice de la prière, ou pour entendre les exhortations que prononçaient à cette occasion un certain nombre d'ecclésiastiques respectables. Chaque mois les pénitents parcouraient plusieurs fois processionnellement les rues de la cité, le visage couvert de capuces noirs, et revêtus de sacs de toile grossière, en signe de pénitence. Un édit du gouverneur de Milan interdit ces processions ; on défendit également sous les peines les plus sévères toute réunion religieuse, à moins que l'assemblée ne fût présidée par un magistrat désigné par l'autorité laïque. Quelque ardentes, quelque sincères que fussent la foi et la piété des Milanais affiliés aux confréries instituées par le cardinal-archevêque , la- crainte d'encourir l'animadversion du gouverneur paralysa bientôt l'ardeur du plus grand nombre, et Charles eut l'affliction devoir succéder à la pratique des exercices religieux, chez les uns, une tiédeur affligeante , et chez les autres, un abandon complet des devoirs spirituels.
Mais l'intention de don Louis était avant tout d'atteindre personnellement et d'humilier le saint prélat. Il crut y parvenir en le dépouillant d'une partie de son patrimoine. Il annonça donc hautement la volonté de s'emparer du château d'Arona, prétendant que l'occupation de cette place était indispensable à la sûreté de l'Etat de Milan. Il y dépêcha en conséquence le commandant de Côme, le comte Anguisciola, qui lui était dévoué, lui enjoignant de se rendre maître de bon gré ou de force de cette antique demeure de la famille Borromée. Le comte d' Anguisciola se mit en devoir d'exécuter les instructions de don Louis, et se rendit à Arona ; mais, comme il se disposait à prendre militaire-
vomi possession du château, le capitaine Jules Beolques, qui le commandait , déclara que personne n'entrerait dans la place sans le commandement exprès du cardinal Borromée, qu'il se hâta d'instruire de ce qui se passait. Charles n'hésita point sur le parti qu'il avait à suivre. Il ordonna à Beolques de remettre Arona à l'officier qui se présenterait au nom du gouverneur de Milan, puisde se retirer lui et ses gens. Il chargea en même temps le comte Borromée, son oncle, d'aller trouver don Louis, et de lui déclarer qu'ainsi que le château d' Arona, toutes les autres places, seigneuries et fiefs de sa maison appartiendraient au roi d'Espagne, à l'instant même où Sa Majesté témoignerait le désir de les posséder ; qu'il n'était donc d'aucune nécessité de rassembler et d'armer des soldats pour s'emparer de ces biens, que son inclination naturelle, et celle de sa famille entière, étaient disposées à remettre à la première réquisition royale : heureux de prouver par là à leur souverain le zèle qu'ils professaient pour son service, et la fidélité qu'ils gardaient à sa personne.
Cette sage et prudente conduite du cardinal déconcerta un moment les complots du gouverneur et de ses conseillers. Toutefois ces esprits turbulents et pervers résolurent d'employer contre Charles de nouvelles manœuvres , dans l'intention de l'intimider , et s'il était possible de l'amener à révoquer l'interdit qu'il s'était vu contraint de fuUniner contre eux. Dans ce dessein on fit occuper les alentours du palais archiépiscopal par plusieurs compagnies d'infanterie et de cavalerie, et on répandit parmi le peuple le bruit que les projets ambitieux du cardinal Borromée avaient mis le gouverneur dans la nécessité de s'emparer de sa personne, et de le retenir prisonnier jusqu'à ce que la cause des différends qui s'étaient élevés entre lui et don Louis de Reque-
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sens eussent œssé, et que le prélat fût revenu à des idées plus humbles et plus pacifiques.
Ces démonstrations menaçantes remplirent de terreur les amis et les serviteurs de Charles. Ils se pressèrent autour de lui, le conjurant de ne point sortir de son palais, dans la crainte que les soldats du gouverneur ne se portassent à quelque violence contre sa personne. Mais, loin de partager leur appréhension^ le saint prélat leur répondit avec calme que l'obstination du gouverneur l'avait enfin contraint d'user envers lui des pouvoirs que l'Eglise avail remis entre ses mains, qu'il l'avait fait sans aucun mouvement de passion ni d'intérêt personnel , que la cause qu'il défendait n'était pas la sienne, mais celle de l'Eglise , qu'il avait la confiance, quelle que fût la témérité de ses ennemis, que Dieu soutiendrait sa faiblesse, et que d'ailleurs la robe de cardinal qu'il portait, l'obligeait de donner son sang même, s'il le fallait, pour la défense des intérêts sacrés dont il était le dépositaire.
Quoi qu'il en soit , la crainte , l'effroi même qui s'étaient emparés des gens du cardinal, étaient tels qu'aucun d'entre eux n'osait franchir les portes du palais archiépiscopal , et que le saint prélat ne trouvait qu'avec peine quelqu'un pour le précéder et pour porter la croix devant lui , comme c'était l'usage en Italie à cette époque. Néanmoins, Charles ne changea rien à ses habitudes; sortant plusieurs fois durant le jour, comme il était dans l'usage de le faire , et cheminant au milieu des soldats , sous les yeux mêmes du gouverneur, pour aller porter aux pauvres et aux malades des aumônes, des consolations et d^ secours spirituels. C'était un sublime tableau que celui que présentaient les lieux parcourus par le saint prélat. Du plus loin que les soldats l'apercevaient, ils se rangeaient devant lui , et ,
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sans se préoc<^uper de la mésintelligence qui régnait entre lui et don Louis de Requesens , ils s'agenouillaient pieusement, demandant au saint prélat sa bénédiction, qu'ils recevaient avec un recueillement non moins grand que s'il les eût bénis au milieu de la cathédrale , du haut de sa chaire épiscopale. Mais ces vexations incessantes du gouverneur devaient avoir un terme. En vain on avait essayé de surprendre la religion du roi catholique par des rapports infidèles. Philippe II , éclçiiré cette fois encore par le nonce apostolique , approuva la conduite qu'avait tenue le saint prélat. Il donna publiquement à la piété et à la sagesse de l'archevêque dé Milan les louanges que Charles méritait, et écrivit de sa propre main à don Louis de Requesens pour lui faire connaître son mécontentement et lui enjoindre d'éviter, à l'avenir, de rien entreprendre qui pût contrarier les pieux desseins du saint cardinal, dont l'attachement à sa personne lui était d'ailleurs connu depuis longtemps.
Pendant que ceci se passait, lé pape, sollicité par les amis du gouverneur, qui lui représentaient que ce seigneur avait déjà quitté Milan, et se rendait en Flandre pour y réduire les hérétiques , qui s'étaient soulevés contre l'autorité du roi catholique , consentit à octroyer à don Louis un bref par lequel quelque prêtre que ce fût pouvait le œlever de l'interdit prononcé contre lui. Mais au lieu de se faire absoudre, selon les intentions du souverain pontif(\ alors qu'il serait arrivé à Bruxelles, le gouverneur, demeuré à Milan , fit venir dans son palais un religieux étranger au diocèse. Il lui ddlhR connaissance du bref du pa[)e, et en reçut l'absolution; puis, s'étant rendu à l'église cathédrale, il assista à l'office divin. La présence
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inattendue de don Louis au milieu des catholiques, réunis pour entendre les exhortations du saint archevêque , causa un scandale général. Le cardinal, ignorant l'exis* tence du bref de Grégoire XIII, se hâta d'enjoindre à tous les curés de la cité de Milan d'interdire au gouverneur l'entrée de leurs églises , jusqu'à ce que celui-ci fftt en mesure de prouver qu'il avait été absous des censures ecclésiastiques prononcées contre lui. Quoi qu'il en soit, le dimanche suivant , don Louis s'étant présenté à la porte de plusieurs églises de la cité , accompagné d'une suite nombreuse de cavaliers et de gentilshommes, « ne trouva jamais qui voulust célébrer en sa présence , et estant contraint de retourner à sa maison, bien mortifié, consçut un grand dédain contre le cardinal , prétendant d'estre bien absous , et de pouvoir, où bon lui sembleroit, ouyr la messe et faire toute autre action comme libre de censure (1 ). » Néanmoins, comme il se disposait à entreprendre quelque nouvelle vexation contre Charles, le pape, instruit du véritable état des choses par la correspondance de l'archevêque , manda au gouverneur que sa volonté , comme celle du roi d'Espagne, était qu'on reconnût à Milan, sans nulle réserve, la juridiction du cardinal Borromée , et qu'on respectât ses sages et pieuses décisions. Contraint d'obéir aux injonctions papales et aux ordres du roi son maître, don Louis quitta Milan et arriva en Flandre où il fut bientôt atteint d'une douloureuse maladie, pendant laquelle, animé d'un repentir sincère, il écrivit à Charles pour lui demander le pardon des injures dont il l'avait si injuste-
(1; J.-F. Giussano, Histoire de la vie, vertus, mon, etc, de saint Charles Borromée.
ment abreuvé , et pour se recommander à ses prières. La mort de don Louis suivit de près cette juste réparation , « et un sien frère , ambassadeur à Rome , en ayant informé le cardinal , recommandant l'âme du décédé à ses sacrifices et oraisons , Charles se hâta de lui répondre : qu'il s'en esloit jà souvenu , et que de plus il en auroil mémoire à l'avenir; ajoutant autres paroles de bienveillance et amiables qui marquoient la bénignité de son cœur et le zèle particulier qu'il avoit pour le salut de l'âme du gouverneur.
» Dans le même temps, le grand chancelier de Milan, qui s'estoit monstre des plus acharnés contre le saint prélat , tomba dans une grande tristesse et une agitation d'esprit si inquiète, que jour et nuit il ne pouvoit trouver repos, se sentant quasi mourir; et le mal allant toujours croissant , sans que les remèdes des médecins lui apportassent aucun soulagement , le réduisit enfin à devoir mourir bien tost. Et alors , recognoissant la source et origine de son infirmité, il recourut à la médecine spirituelle, qui fut de s'humilier à son sainct pasteur, et lui demander pardon de sa coulpe ; et comme c'estoit le médicament qui luy estoit vrayement nécessaire , aussi de faict commença-t-il à s'amander, et en peu de tems recouvra la santé , ayant esté alors comme se mourant et en cas de nécessité, absous de l'excommunication par son propre confesseur, et ayant demandé depuis l'absolution pontificale, laquelle il obtint benignement de sainct Charles, pour luy et pour un autre complice. Depuis , après un certain tems, il tomba une autre fois griefvement malade , et se voyant proche mourir, fit prier le cardinal de le visiter et l'absoudre de nouveau {ad melius esse) , ce que celui-ci fit promptement, et avec une piété paternelle le cx>nsola , fortifia
et ayda à bien mourir, demeurant toujours près de luy jusques à ce qu'il eust rendu l'âme (1). »
Une commune confiance , un accord parfait succédèrent aux défiances réciproques et aux démêlés affligeants qui si souvent déjà avaient divisé à Milan la puissance ecclésiastique et l'autorité royale. Cependant cette heureuse harmonie devait encore être troublée de loin en loin jusqu'en l'an quinze cent quatre-vingt-trois, où la bonne intelligence fut entièrement rétablie; sa majesté catholique ayant . à cette époque , confié le gouvernement du Milanais à don Charles d'Aragon, duc de Terranova. A la nouvelle de l'approche du nouveau gouverneur , dont la prudence et la piété étaient connues, Charles envoya vers lui un des gentilshommes de sa chambre pour le cx)mplimenter et l'accompagner jusqu'aux portes de la cité de Milan. Le duc trouva là le vicaire général du diocèse , plusieurs prélats , et la maison entière du cardinal-archevêque qui l'attendaient et le conduisirent avec pompe au palais du gouvernement. Don Charles d'Aragon y était à peine descendu , que Charles lui-même vint le visiter. Il lui parla avec tant de douceur et d'affection, que dès ce moment ces deux hommes , qui devaient plus lard contribuer l'un et l'autre au bon gouvernement de la ville de Milan , se vouèrent une amitié qui devint de jour en jour plus vive et plus sincère , le duc ne se contentant point d'appuyer les ordonnances et les règlements du cardinal , mais rendant lui-même des décrets et des édits tendant tous au but que se proposait le vigilant et vertueux prélat; « aussi le peuple pouvoit dire, en s'en
;1) J.-P. Giussano , Histoire de la vie, vertus, mort, elc, de saint Charles Borromée.
glorifiant, qu'il avoit deux Charles en un seul cœur, et que les deux gouvernemens spirituel et temporel, estoient quasi resserrés en un , ce qui apporte un bien et commodité grande non-seulement aux âmes , mais encores aux corps , et augmentation de biens temporels. Et comme les citoyens vivoient en cette union et concorde, cessoient aussi les homicides et plusieurs autres méfaits, Dieu favorisant ce tems bien heureux par une grande abondance des fruits de la terre. Il advint alors un cas notable qui fit voir clairement à un chacun la bonne amitié qui estoit entre ces deux seigneurs, La monstre de toute la cavalerie de l'Estat de Milan se faisant , le gouverneur vit un soldat assez mal à cheval , et le reprenant comme il convenoit , il luy respondit quelques paroles qui le contraignirent de le faire arrester incontinent, et selon les loys militaires condamner à mort ; et comme on l'alloit conduire au lieu du supplice , quelques personnes charitables coururent pour en donner avis au cardinal , lequel entendant que ce pauvre soldat laissoit nombre d'enfans , qui seroient à leur pain quérir, s'en alla soudain trouver le gouverneur, en son palais ducal , et luy fit pardonner au criminel , lequel aussitôt fut délivré sans pàtir aucune peine, et de cette grâce-, toute la cité de Milan en fut grandement émerveillée (1). »
L'heureux changement survenu dans les relations établies entre TEglise et le gouvernement de Milan , loin de ralentir le zèle et le dévouement du cardinal , lui inspira la pensée de tenter de nouvelles améliorations, d'exécuter de nouvelles réformes. Aussi il fonda successivement à Milan le collège
(4) J.-P. Giussano, Histoire de la vie, vertus, mort, etc., de saint Charles Borromée.