‹ Histoire de la vie et de l'épiscopat de S. Charles BorroméeChapitre 32 sur 50 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Du Pasiomt de iaini Charles,

Saint Grégoire de Nazianze , saint Bernard, saint Chrysostome et un grand nombre de Pères de l'Eglise , de docteurs 5 de théologiens , nous ont laissé d'admirables préceptes sur les devoirs de ceux auxquels Dieu a donné la charge des âmes. Saint Charles Borromée a recueilli ces pieux enseignements, et en a fait une sorte de traité destiné aux curés du diocèse de Milan. Nous avons pensé qu'on nous saurait gré d'avoir rassemblé ici ces instructions éparses dans le livre des Actes de VEgUse de Milan [Acta Ecclesiœ mediolanensis), et dans quelques autres écrits du saint cardinal.

« Deux motifs impérieux doivent animer ceux qui se consacrent aux fonctions redoutables de directeurs des âmes. Le premier est le danger auquel ils sont exposés s'ils ne remplissent point avec une entière pureté d'esprit et de cœur, et un dévouement infatigable , les obligations que leur impose le caractère sacré dont ils sont rev^us , et le second est la grandeur de la récompense que Dieu leur promet s'ils s'acquittent dignement de ces devoirs. »

« Qu'y a-t-il de plus terrible que ces paroles de saint Chrysostome : « Quels suppliœs ne doit pas appréhender celui qui doit rendre compte non-seulement de ses fautes, mais aussi de celles des autres ? A quels dangers n'estr-il pas exposé? Car si nous avons tant à craindre pour nos propres péchés, que ne doivent pas appréhender ceux qui sont responsables de tous les péchés des âmes confiées à . leur garde (1). »

Ce qui fait dire à saint Prosper ces paroles que les pasteurs devraient avoir continuellement devant les yeux : « Que servira-t-il à celui qui est chargé d'instruire les peuples de la parole de Dieu , de mener une vie sainte et irréprochable , si par lâcheté ou par crainte il n'ose s'opposer aux désordres de ceux qui vivent mal ; il périra avec ceux qui se sont perdus par son silence criminel , et quoiqu'il ne soit pas damné pour ses propres péchés , il ne laissera pas de l'être pour ceux des autres (2). »

Enfin ils ne devraient jamais oublier ce que dit saint Grégoire : « Que le prêtre qui à peine pourra satisfaire au rigoureux jugement de Dieu pour sa seule àme , considère attentivement que dans ce jour terrible il lui faudra rendi'e compte d'un aussi grand nombre d'âmes qu'il en aura eues sous sa conduite , desorte que l'on peut dire

(4) Cuncta débet timere supplicia ïs , cui non solùm pro erroribus propriis necesse est ralionem reddere; sed etiam.pro alienis dolictis ad ultiiDum discrimen adduci. Nam siquidem de propriis vitiis tantum caasa reddituri sumus , quid patamus illi fadendum , coi ratio pro tôt reposcetor animabus. S. Cbrys., 1. ni De sacerd,

(2) Cui dispensatio Verbi commissa est, etiamsi sancte vivat, et tamen pcrdite viventes arguere erubescat aut metuat , cum omnibus qui eo tarente peirerint ,f périt ; et quid ei proderit, non puniri suo, qui puniendus est alieno peccalo.

qu'il a autant d'âmes qu'il a de sujets , quoiqu'il n'en ait qu'une seule qui lui soit propre (1). »

Mais lorsqu'un curé aura médité sur œs dangers innombrables auxquels son état l'expose pour son salut, il devra prendre une forte résolution de se consacrer sans réserve au service du Seigneur, ne doutant point que s'il est fidèle à s'acquitter^ autant qu'il le pourra , de tous les devoirs qui y sont attachés, Dieu ne lui donne les grâces et les secours qui lui seront nécessaires pour porter un si pesant fardeau , et ne lui dispense à la fin une très-glorieuse et abondante récompense, ainsi que l'assure saint Chrysostome lorsqu'il dit : « Combien pensez-vous que sera grande et immense la récompense qui est réservée à ceux qui auront travaillé avec soin aux choses que Jésus- Christ témoigne lui être précieuses ; car si nous prenons pour une marque de l'amour qu'on nous porte les services qu'on rend à nos esclaves, et même aux bêtes qui nous appartiennent , quoique toutes ces choses ne nous coûtent que de l'argent, combien plus Jésus-Christ récompenserat-il abondamment les pasteurs qui auront eu soin des âmes qu'il a rachetées , non avec de l'argent ou avec quelque autre chose semblable , mais par sa propre mort , et qu'il a voulu être le prix de son sang adorable (2). »

(4) Penset ergo sacerdos qui ad satisfaciendum districto jodici de suâ tantummodo anima vix sufficit, et quoi regendis subditis praeest, reddendœ apud Deam ralionis tempore, ut ita dicam, quot subditos, tôt solus animas habet.

(2) Muita et inexplicabilis merces his reposita est, qui strenuè laboraverint in his, quae Christus sibi pretiosa esse testatur ; si enim, cum videmus quempiam aut nostris servulis aut peculiis adhibentem diligentiam, quasi signumhos ejus, quem in nos habet, amoris aspicimus, quaB certe omnia pecunià comparata sunt; Christus qui non pecuniâ neque aiio simili, sed morte propriâ redemit sibi oves, pretiumque gregis sanguinem suwn fecit, quanta putas pastores ejus largitate remuneret. S. Chrys., I. ii De sacerd.

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« Ceux qui auront été instruits, dît le prophète Daniel, en parlant de la résurrection , brilleront comme le firmament ; mais ceux qui les auront instruits des règles de la justice , ce qui est le propre des pasteurs , seront éclatants comme les astres pendant toute l'éternité (1 ). »

Et saint Paul assure « que lorsque le prince des pasteurs paraîtra , ils recevront une couronne qui ne se flétrira point (2). »

11 est donc incontestable qu'un saint pasteur peut se promettre de recevoir la récompense des rudes travaux qu'il aura accomplis pendant sa vie , des fruits importants et très-agréables à Dieu qu'il aura produits , des dangers fâcheux auxquels il aura été exposé , des inquiétudes continuelles donl il aura été agité , et que saint Grégoire de Nazianze définit , pour l'homme vigilant, une teigne qui ronge ses os (3) ; car le chagrin et l'inquiétude produisent un pareil effet dans l'âme d'un homme sage chargé de la conduite d'un troupeau.

Aussi lorsqu'il paraîtra à l'heure de la mort devant le tribunal redoutable de Jésus-Christ, il pourra lui dire comme autrefois Jacob à Laban , son beau^père : « Pendant les vingt années que j'ai été à votre service , vos brebis et vos chèvres n'ont point été stériles sous ma conduite ; on ne peut pas m'accuser d'avoir mangé les moutons de votre troupeau, ni d'en avoir laissé manger aucun par les bêtes sauvages ; si on vous en dérobait , vous me les faisiez payer. Je supportais seul toutes les pertes qui

(1) Qui autem docti fùerint, fùlgebunt quasi splendor ârmamenti, et qui ad justitiam erudiunt muUos, quasi siellœ in perpétuas œlerniiates.

(2) Cum apparuerit Princeps Pastoram , percipietia immaroessibilem gioria» coronam.

(3) Tinea ossi viro prudentîj

arrivaient, et [jour servir fidèlement, j'endurais le jour et la nuit les rigueui^ du chaud et du froid, et je rae privais de la douceur et du repos que Ton trouve dans le sommeil (\) »

(( Les saints Pères, et entre autres saint Augustin, disejtït que, lorsque Jésus-Christ chassa du temple œu\ qui vendaient des colombes , il s'arma d'un fouet et renversa parterre leurs tables et tout ce qui était dessus, sans les avertir de ne point commettre à l'avenir une pareille profanation , enseignant par cette conduite sévère et impérieuse en apparence , combien les ecclésiastiques doivent avoir horreur de l'avarice, et combien, lorsque ce vice s'est emparé de leur cœur, il est difficile de l'en éloigner. L'avarice ne consiste point à enfouir des richesses ni à travailler à ^ en acquérir, ni même à en désirer, pourvu que ce soit dans de justes bornes, mais elle consiste dans les moyens injustes dont on se sert pour les acquérir, ou dans le mauvais emploi qu'on en a fait, en ne les distribuant qu'avec parcimonie aux pauvres et aux malades , ou en s'en attribuant illicîtement quelques parties , action coupable et opposée aux vertus principales qui doivent distinguer tout pasteur digne de Taguste mission qu'il est appelé à remplir ici-bas.

La première de ces vertus est un éloignement entier des biens terrestres : aussi, dans ^ancienne loi, la tribu de Lévi

(4) IdcircQ vigiDtt aania fot teonm, ovfi^ \xm ot capr» ta» 9terihi non fuerunt; arietes gregis lui non comedi ; nec captum à bestiâ ostendi tibi; ogo damnum omne reddebam , quidquid furtim peribat , a me exigebas, Diu noctaqoe œstu urebar et gehi. f«gieb«tqiie mmvm A W»\i$ i Geni»c. XXXI.

fut séparée de toutes les autres, et dans la nouvdle loi, les apôtres élurent sept diacres, chargés du soin des aumônes et de tous les soins temporels, évitant ainsi toute préoccupation mondaine , avides qu'ils étaient de se livrer entièrement à l'exercice de la prière et de la prédication. « Nos autem^ disaient-ils, instantes eximus omtioni et ministerio verbL » L'avarice déshonore la sainteté du caractère d'un prêtre, parce que l'objet de ce vice est matériel, sensible et grossier; ce qu'on ne peut pas dire de celui de l'orgueil et de l'ambition , qui passent et diminuent avec le temps, tandis que l'autre augmente avec l'âge et avec les richesses, puisque pour l'ordinaire, plus on devient vieux, plus on est avare ; et plus on a de bien, plus on en veut avoir.

Il faut encore joindre à cela le danger qui accompagne les richesses, qui ont comme une certaine glu qui , s'étant une fois glissée dans le cœur, ne s'en détache qu'avec peine; car, quoiqu'on puisse nous dérober notre or et notre argent, on ne saurait jamais effacer cette affection qui nous en reste toujours dans l'âme ; ce qui fait dire au Fils de Dieu « que notre cœur est où est notre trésor (1). »

La seconde vertu qui doit éclater dans un prêtre est l'amour de Dieu et du prochain ; et c'était pour signifier cette double charité, dit saint Grégoire, que la pourpre du grand prêtre, dans la loi ancienne, devait être teinte jusqu'à deux fois : or, il n'y a rien de plus contraire à cette vertu que l'avarice, pour deux raisons : premièrement, parce qu'elle endurcit le cœur, selon le même Père , ce qui fait dire à saint Ambroise : « qu'on tirerait plutôt de l'or d'une statue de bronze que de la bourse d'un avaricieux (2) ; » en second

(4) Ubi est thésaurus, ibi eat cor tuam. (î) Saint Ambr., lib. ii, 0. V. de interp.

lieu, parce qu'il n'y a point de péché qui tente davantage de dérober le bien d'autrui. C'est pourquoi, de tous les commandements du décalogue , il n'y en a point qui soit plus spécifié que celui qui condamne ce vice : « Tu ne convoiteras point le bien de ton prochain (4 ). »

Enfin, saint Grégoire ajoute que ce péché est beaucoup moins pardonnable dans les prêtres qu'en toutes autres sortes de personnes , car quoi de plus coupable que celui qui, devant donner son bien aux autres , dérobe celui qui leur appartient.

Une autre vertu nécessaire aux prêtres est une certaine grandeur de caractère qui leur inspire des sentiments nobles et élevés, conformes à la dignité dont ils sont honorés. Or, l'avarice est une passion basse, qui ne donne que des pensées grossières et terrestres ; c'est pourquoi saint Grégoire, après avoir dit qu'il y a des péchés plus griefs les uns que les autres, ajoute qu'il y en a aussi de plus vils et de plus méprisables, et que l'avarice est de ce nombre, parce qu'il rend l'homme esclave et pervers.

La pureté de cœur est indispensable à un curé : or, l'avarice le souille et le remplit de toutes sortes de vices, selon ces paroles de saint Paul : « L'avarice est la source de tous les maux (2).)) Que si tous les prêtres ne sauraient en avoir une trop grande horreur, combien les curés doivent être encore moins avares de leurs biens , et afin de déraciner de leur esprit et de leur cœur les pensées coupables qui pourraient s'y être introduites, qu'ils se ressouviennent souvent des belles paroles de l'Apôtre « que ceux qui usent des biens de ce monde devraient vivre comme s'ils n'en avaient point.

(4) Non concapisces rem proximi tai , etc.

(5) Radix omnium matorum copiditas. I. Timoth.^ c. vi.

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parce que la figure de oe monde passe (1), » et que, pmdant qu'ils en ont le temps, ils doivent travailler à sV masser dans le ciel des trésors de grâce, et non pas de colère et d'indignation, pour Theure de leur mort, et ne prendre à cet effet, sur les revenus de leurs bénéfices, que œ qui est nécessaire pour leur strict entretien, selon les r^les de TËglise et les maximes de rApàtrei qui dit : a qu'ayant de quoi nous nourrir et nous habiller, nous devons être contents (2) • » Mais ils doivent surtout se ressouvenir de ces paroles du Psalmiste pour se les appliquer : « que Dieu ne leur adonné le droit de dimer dans les champs des pauvres et de jouir du fruit de leurs U^vaux qu^afin qu'ils observent la loi et qu'ils s'appliquent à la connaître (3).»

L'unique obligation d'un curé étant de travailler au salut des âmes, tant par ses discours que par ses exemples, il n'y a point de doute qu'afin qu'il y puisse réussir il ne soit obligéde mener une vie sainte et irréprochable, puisqu'il est écrit dans l'Ecclésiastique qu'on ne peut être purifié par ce qui est impur (4), et que, selon saint Grégoire, on ne fait pas grande estime des discours de celui dont la vie est méprisable (5).

(1) ... Qui utuntur hoc mundo, tanquam non utendo, prsetarit enim figara hujus mundi. I. Corinth., c. v.

(9) Victum et vestitum habentes, hig eontenti simus.

(3) Dodit illis r^giones gentium et iabore» populorum poMadenini, nt custodîant juslificationes ejiis, et legem ejus rcquirant. Psal. civ.

(4) Ab immundo quis mundabitur ?

(5} Cujus vita despicilur, (ieri vix patwt, ut etiam prtddtoatif» non eon*" temnator.

II fdTit donc qu'un curé soit exempt de tout reproche, afin qu'il puisse travailler efficacement à acquérir toutes les autres vertus que saint Paul recommande aux pasteurs des âmes, dans TEpître à Timothée, lorsqu'il lui dit : « Servez d'exemple à tous les fidèles pour les discours, les conversations, la charité, la foi et la chasteté (1 ). »

Cette sainteté de vie est ordonnée à raison de la double puissance d'ordre et de juridiction dont il est honoré; car il est établi médiateur entre Dieu et les hommes, et en cette qualité il doit offrir au Père le sacrifice adorable du corps et du sangde sonFils, tant pour ses péchés que pour ceux du peuple. Or, il n'y a point de doute qu'afin qu'il puisse s'acquitter dignement de cette fonction redoutable , il ne doive être saint et exempt de péché.

Il est également chargé d'administrer les saints sacrements aux fidèles, de les régénérer par le baptême, de le^ réconcilier à Dieu par la pénitence, de les nourrir spirituellement par l'eucharistie, de les unir ensemble par le mariage, et de les fortifier contre les embûches du démon, à l'heure de la mort, par l'extrôme-onction.

Il est encore obligé à une grande sainteté de vie, afin de donner un bon exemple à ceux que Dieu a placés sous sa conduite. Son office est fort différent de plusieurs autres. Un médecin ordonne un remède à un malade, mais il ne le prend pas ; un curé doit pratiquer le premier les vertus qu'il ordonne à ses ouailles. S'il leur enjoint de jeûner, il faut qu'il jeftne ; s'il les oblige de pardonner à leurs ennemis, il faut qu'il leur pardonne également ; autrement, on ne tien-

Ci) Exemplam esto fiddium in verbo» in oonversatione, in chmM^, io fide, in castilate.

dra aucun compte de ses avis, et on lui dira fort à propos : « Médecin, guérissez-vous vous-même (1). »

La vigilance est encore également recommandée aux curés dans les divines Ecritures. «Veillez avec zèle (2), leur dit saint Paul dans la personne de Timothée, travaillez en toute chose ; il faut présider sur les autres avec soin et sollicitude. » « Mon fils, dit Salomondans ses Proverbes, si vous vous êtes rendu caution pour un autre, vous vous êtes engagé à un étranger, et vous vous êtes lié par vos propres paroles. Suivez donc le conseil que je vous donne, et délivrez-vous de cet esclavage. Puisque vous êtes tombé en la puissance d'un autre, hâtez-vous, courez, éveillez votre ami, et ne donnez point de repos à vos yeux (3). » « Fils de l'homme, dit Dieu par la bouche du prophète Ezéchiel, je t'ai établi pour veiller sur la maison d'Israël (4).))

Le moyen le plus efficace pour acquérir le véritable esprit pastoral est d'exercer les devoirs du sacerdoce avec une foi vive et éclairée et une charité paternelle. Posséder ces dons précieux , c'est être animé des sentiments de Jésus-Christ , et participer à ce zèle ardent qu'il a pour le

(4) Medice cara teipsum.

(2) Taverô vigila. In omnibus labora. Qui prsest in soliicitudine. II. Timolh., c. ii.

(3) Fili mi , si spoponderis pro amico tuo, defixi^ti apud extraneum manum tuam , illaqueatus es verbis oris tui , et captus propriis sermonibus. Fac ergo quod dico , iiii mi, et temetipsum libéra, quia incidisti in manùm proximi tui, discurre^ festina, suscita amicum tuum, ne dederis somnum oculis tuis, nec dormitent palpebrae tuœ. Salom. Prov.» c. xvi.

(4) Ezecb., c. xxxni.

salut des hommes, qui fait qu'on se porte avec joie, jpromptitude et affection aux fonctions du saint ministère , qu'on a un désir extrême d'y réussir, qu'on ressent beaucoup moins les peines qui s'y rencontrent et qu'on y éprouve un pieux contentement qu'on ne saurait exprimer. Nous les posséderons si nous les demandons au Seigneur avec ferveur et humilité, comme l'assure saint Jean Chrysostome : « Si nous ne sommes ni négligents , ni paresseux dans nos devoirs, et si au contraire nous les accomplissons avec vigilance, Dieu très-assurément nous assistera dans les choses que nous ignorons ; mais, si nous n'apportons que de l'incertitude et de la tiédeur, il nous privera de son secours et de son assistance (1) »

Tous les Pères et les docteurs de l'Eglise enseignent que la pratique de l'oraison est indispensablement nécessaire à un curé, puisque, par son moyen, non-seulement il s'unit plus intimement à Dieu , mais encore il attire sur les âmes qu'il dirige les grâces et les bénédictions du ciel. L'Ecriture nous apprend que Moïse obtenait par ses entretiens avec le Seigneur tout ce qu'il souhaitait pour son peuple , que lorsqu'il élevait les mains vers le ciel les Israélites étaient victorieux, et que quand il les abaissait ils étaient vaincus.

Nous lisons aussi dans la Vie de saint Valère, évêque, que

(4) Nisi vehementer pigri, negligentesque fuerimus , sed quaBCumque ad nos pertinent, simul attulerimus, et in his quse ignoramus, manum porriget Oeas ; si vero nihil eorum, quœ nostrse sunt potestatis , conferre voluerimus , non certe potiemur illius auziiio. HomU. xxvi in Epist, ad Rom.

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ce grand saint se reposait sur son diacre Vincent d*une partie des travaux de son épiscopat, mais qu'il s'était expressément réservé le soin de vaquer à la prière. On rapporte encore que saint Hugues, évéque de Grenoble , ayant trouvé son peuple très-fâcheux, rebelle et opiniâtre, le changea entièrement par le secours de Toraison, et le rendit aussi docile, obéissant et soumis qu'auparavant.

li est d'une nécessité indispensable pour un curé de pratiquer le premier les avis qu'il donne à son peuple ; en sorte qu'il puisse lui dire comme saint Paul : « Imitez mes exemples, comme je m'efforce d'imiter ceux de Jésus- Christ (1). »

Saint Bernard recommande la même chose dans une lettre à un abbé : a Ressouvenez-vous de joindre à vos paroles la voix de la force, afin que vos actions s'accordent avec vos discours; c'est-à-dire que vous ayez plus de soin de pratiquer la vertu que de l'enseigner aux autres ; autrement le sage se moquera de vous comme d'un paresseux . qui craindrait de prendre la peine de porter sa main à la bouche , et l'Apôtre vous dira : Vous qui enseignez tes autres, instruisez-vous le premier (2). »

Le même saint dit encore ailleurs , <( que l'exemple est un discours fort et puissant, qui persuade ce qu'on dit,

(4) Imitatores mei estote, sicut et ego Christi.

(2) Mémento , dare voci tuœ vocem virlutis , ut opéra tua verbis conciliant, imo verba operibus, ut cures videlicet, prius facere quàm docere, alioquin subsannabit te sapiens, ut pote pigrum illum, cui labor sit manum porrigere ad os. Arguel et te apostolus dicens , tu qui alios doces, teipsum non doces. Episi. SOI .

DE SAINT CH4fti.fi8 BORROMÉE. 365

lorequ'il fait voir par expMenoe que ce qu'il persuade n'est point impossible (1 ). »

La science et les bonnes mœurs sont les deux voies principales par lesquelles un curé doit conduire au ciel les Âmes confiées à sa direction. Si Tune ou Tautre lui manque , il est impossible qu'il s'acquitte dignement de ce devoir. La science , sans une vie pure et austère le rend impérieux, et les bonnes mœurs sans la doctrine ne lui permettent pas toigours d'opérer le bien qu'il serait nécessaire qu'il fît- C'est pourquoi saint Bernard, expli-^ quant ces paroles de saint Jean Baptiste : « Il était une lampe éclatante et ardente (2), ï> dit que « c'est peu à un pastenr de brûler du feu de la charité et d'une pieuse vie^ que c'est encore moins de reluire par l'éclat de la science et de la prédication, mais que la perfection consiste à réunir l'un et l'autre, à brûler et à reluire (3). »

Les curés sont donc dans une obligation particulière de surpasser les plus doctes et les plus vertueux d'^itre les laïques en science , en piété, ea vertu , en honneur et en dignité. Aussi Dieu avait ordonné dans l'ancienne loi que les prêtres qui porteraient l'arche d'alliance précédassent le peuple de deux mille pas, pour nous apprendre, dit Origène, (piesi les chrétiens sont obligés de suivre les prêtres et de marcher sur leurs traces dans la pratique des commandements de Dieu, les prêtres doivent aussi les précéda, « portant, comme saint Paul les en exhorte, la mortification de Notre-Seigneur en leur corps, afin que la

(1) Sermo vivus et efficax exemplum est operis, fâdens suadibiie quod dicilur, dum monstratur factibile, quod suadelur. {%) Ërat lucerna luœns et ardeus.

(3) Lucere minus est, ardere parum, $ed lacère et ardere perfiectum est.

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vie de Jésus^Christ soit manifestée et connue par ]ears saintes actions (1). d Le pape saint Gr^ire le Grand nous enseigne encore la même chose par ces paroles : « La vie d*nn prélat doit d'autant surpasser celle du peuple , que Tétat d'un berger est différent de celui de son troupeau (2). »

Les prêtres, étant revêtus d'un caractère sacré, ne saorai^it trop éviter une trop grande familiarité avec les laïques ; car, bien qu'une telle fréquentation ne soit point un péché, si un curé veut qu'on professe pour lui le respect qui est dd à sa dignité , il est à propos qu'il garde toujours dans ses actions une sage et prudente réserve. Il doit se pénétrer de l'idée que , lorsqu'il fait entendre à ses paroissiens la parole de Dieu, il fait l'office d'apôtre, et que quand il leur administre le sacrement de pénitence il tient la place de Jésu^-Christ. Or, il n'est point bienséant, à quiconque remplit des emplois si saints, d'avoir des entretiens vains et oiseux, tels que sont ordinairement ceux des gens du monde, trop souvent disposés à la frivolité. Ce n'est pas que nous défendions expressément aux curés de converser avec leurs paroissiens , ce qui serait injuste , puisque ceux-ci , dans une foule de circonstances, peuvent en tirer de grands avantages pour le salut de leurs âmes, et s'abstenir en leur présence de discours déshonnêtes, auxquels ils pourraient se livrer en leur absence, mais nous recommandons à tous les pasteurs de faire en sorte que les conversations qu'ils pourraient tenir avecdes laïques

(4) Mortifîcationem Domini nostri in corpore sao circumferentes, ut vita Jesu manifestetur in illis.

(2)Tantumdebet actionem populi, aciio transcendere prsesulis, quantum dislare solet à grege vita pasioris. *

soient rares, modestes, graves , pieuses et toujours sur des matières relatives au salut ou à Tédification de leurs auditeurs.

Si un curé veut conserver sa réputation et vivre en paix, qu'il n*aille jamais, ou très-rarement, manger chez ses paroissiens, principalement chez des femmes; qu'il ne soit jamais parrain ; qu'il ne se mêle point de diriger trop en particuUer des filles dévotes, ni de leur faire des conférences spirituelles dans des chambres, se ressouvenant de ces belles paroles de saint Jérôme : « Prenez garde que d'un amour saint il ne naisse une affection mondaine, et qui vous entraîne dans la géhenne. » De semblables actions flétrissent entièrement la réputation d'un curé et l'exposent à de grands dangers. Toutefois, s'il se trouve dans la nécessité d'aller trouver quelque femme ou fille pour lui rendre service, comme le père commun de tous ses paroissiens, qu'il ait toujours soin de ne l'entretenir que dans des lieux exposés à la vue de tout le monde. S'il se rend également chez des femmes ou des filles malades, et qu'il soit contraint de les confesser dans leur lit, qu'il laisse la porte de la chambre ouverte, et qu'il veille à ce qu'il y ait une persofme ou deux peu éloignées , à moins qu'il ne soit accompagné d'un ecclésiastique , surtout s'il doit avoir avec elles quelque entretien. C'est ce qu'ordonna autrefois le sixième concile général : « Il faut prendre garde que les clercs ne parlent point aux femmes qu'en certains temps et en certains lieux, pour éviter toutes sortes de mauvais soupçons (1). ))

Aussi, est-ce avec raison que saint Ambroise écrivait à

(4) In omnibus observari convenit, ut non nisi cerlo tempore et loco congruo dericus mulieribus loqui debeat , ut excludalur omnis nefanda suspicio.

un certain Irénée sur ce sujet : « Dieu commande à Moïse d'aller sur la montagne avec les prêtres, et au peuple de demeurer en bas. Il sépara donc les prêtres du peuple. Ensuite il fit entrer Moïse dans la nuée, ce qui indique encore une nouvelle séparation. Que nous apprend cela? sinon que les prêtres doivent être réservés dans leurs communications avec les laïques. Leur dignité les oblige à me^ ner une vie sobre, grave, sérieuse, austère : car, comment voulez-vous que le peuple respecte un prêtre qui n'a rien dans ses mœurs qui le distingue de lui ? Que respeotera-t-il en vous, s'il n'y voit rien qu'il n'ait en lui , et s'il y trouve même des défauts qu'il a honte d'avoir ? Il faut donc vous distinguer du peuple par une vie plus sainte et une conversation entièrement opposée à la sienne (4). » La même chose fiit ordonnée par le pape Lucius, et dans le sixième concile d'Afrique il est également défendu aux clercs d'aller dans les maisons habitées par des femmes sans le commandement exprès de leur supérieur. Ce même concile leur commande de se faire accompagner de quelque clerc, que leur évêque désignera à cet effet (2j.

(4 ) Praeceplum à Deo fuit Moysi, ut montem cum sacerdotibus ascenderet ; populus autem deorsum staret. Separavit igitur sacerdoles à populo, et postea ipsum introire intra nnbem praecepit. Vides divisiones : nihil in sacerdotibus pl^eium requiri, nihil populaire, nihil commune cum studio atque usu inconditse multitudinis ; sobriam à turbis gravitatem , seriam vitani, singulare pondus, dignitas sibi vindicat sacerdotalis. Quomodo enim potest observari à populo , qui nihil habet secretum à populo , dispar à multitudine? Quid enim in te miretur, si sua in te recognoscal? Si nibil in te aspiciat, quod ultra in se inveniat? Si quœ in se erubescit, in le quem reverendum arbitratur,offendat? Supergrediamur igitur plebeias opiniones et stâlura quaedam gregalis conversationis. Epist, vi ad Iren.

(2) Nec soli hoc facienl , sed cum dericis vel aliis, quibus Episcopus vel presbyter jusserit.

C'était aussi l'avis que donnait saint Jérôme à Népotien : « Si votre devoir vous oblige à visiter une veuve ou une fille pour l'instruire, n'entrez point seul dans sa maison, et ne prenez point pour vous accompagner des personnes qui pourraientnuire à votre réputation. Ne demeurez point seul avec elle sans témoins de vos discours et de vos actions. Si elle a quelque secret à communiquer, elle peut le faire à sa nourrice, à son maître d'hôtel, à quelque fille, quelque veuve, ou quelque femme mariée; car ne croyez point qu'elle soit si farouche qu'elle n'ait personne à qui elle puisse se confier qu'à vous (1 ).»

Souvenez-vous encore, en semblables occasions, de cette maxime de saint Augustin, « qu'il faut que les entretiens d'un prêtre avec les femmes soient courts, sévères et rudes (2).»

Ayez soin que les femmes n'entrent jamais dans votre maison, suivant ces paroles de saint Jérôme : « Que les femmes n'entrent jamais dans votre maison, parce qu'il est bien difficile que celui qui reçoit souvent des visites de femmes puisse avoir le cœur assez pur pour être uni à Dieu (3).»

11 ne faut donner ni recevoir aucun présent des dévotes ajoute le même Père : « Un amour saint et chaste n'inspire point tous ces petits présents, des mouchoirs, des rubans

(1) Si propter ofBcium prœdicationis aut vidua visitatur aut virgo, nunquam domum solus introeas. Taies habeto socios, quorum contuberoio non infameris , solus cum sota secreto et aèsque arbitro vel teste non sedeas. Si familiariusest aliquid loquendum, habeat nutricem, majorem domûs, virginem, viduam, vel maritatam ; non est tam inhumana, ut nullum praeter te babeat, cui se audeat credere. Epist. ad Nepot,

(2) Sermo brevis, asper et rigidus cum mulieribus est habendus.

(3) Hospitiolum tuum mulierum pedes^ aut nunquam tangant aut raro quia non potest toto corde habitare cum Deo, qui fœminarum accessibus visitatur. Epist. ad Nepot.

ni de baiser le bout de la robe, ni d'écrire des lettres de tendresse (1). »

Prenez garde , enfin , lorsque vous traitez des affaires qui regardent la piété et les bonnes mœurs, avec certaines personnes qui passent pour doctes et habiles , de ne point leur donner trop de pouvoir sur votre esprit, de peur qu'à la fin elles ne s'en rendent les maîtres, et ne veulent vous diriger au lieu d'être dirigées par vous. Agissez donc avec elles de façon que, sans blesser la bienséance, vous les teniez toujours dans le respect et la déférence qu'elles vous doivent.

(4 ) Crebra munuscula, sudariola, et fasciolas, et vestes ori applidtas, et oblatos et dégustâtes cibos, blandasque et dutces litleralas^.amor sanctas non habet. Epist, ad Nepot.

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