‹ Histoire de la vie et de l'épiscopat de S. Charles BorroméeChapitre 33 sur 50 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Du Pasio^ai de stUnt Charles (Suite) .

11 est aisé de reconnaître, par les menaces que Dieu fait dans l'Ecriture aux prêtres ignorants, combien la science est nécessaire aux curés. « Puisque tu as méprisé la science, dit le Seigneur, je te rejetterai de mon sacerdoce (1). » Le nom d'ange que l'Ecriture leur donne est une autre preuve de cette vérité. « Les livres du prêtre conservent la science , parce qu'il est l'ange du Seigneur des armées (2). » Et comme l'office des anges est de reconforter et d'illuminer ceux qui leur sont inférieurs , le devoir des prêtres , et principalement des curés, est de purifier par la sainteté de leur vie et d'éclairer par leur doctrine ceux qui sont sous leur conduite. Dieu a dit : a Adressez-vous aux prêtres pour apprendre la loi du Seigneur (3). » Or, comment les curés pourraient-ils enseigner la loi de Dieu, s'ils n'en acquéraient point une connaissance profonde. « Tenez-vous en la compagnie de prêtres prudents, dit l'Ecclésiastique, et appliquez-vous avec affection à imiter leur sagesse afin que vous puissiez entendre les paroles du Seigneur (4). »

(1) Osée, IV.

(2) Malach.,c. ii. / (3)Aggaei,ii.

(4) In multitudine presbyterorum prudentum, Ha et sapientiâ illorum ex corde cunjungere, ut omnem narrationem Dei possis audire.

Or, comment les séculiers pourraient-ils apprendre par la conversation des prêtres la volonté de Dieu sur eux , si les prêtres ne la connaissaient point eux-mêmes ? Saint Paul, écrivant à Timothée, l'exhorte à s'appliquer à l'étude, à la lecture, à l'instruction (1). Le même apôtre, pour faire connaître aux Corinthiens combien l'ignorance est pernicieuse, leur dit « que celui qui ignore les mystères de la religion sera ignoré (2) , » c'est-à-dire, réprouvé au jugement de Dieu ; d'où le pape saint Léon tire cette conséquence : « Si l'ignorance n'est pas supportable dans les laïques , combien est-elle moins digne de pardon et d'excuse dans les prêtres qui doivent enseigner aux autres (3).» Saint Chrysostome, qui a été le modèle des prêtres et des évêques de son temps, témoigne aussi combien la science leur est nécessaire , lorsqu'il dit : « La prudence est indispensable à un pasteur; il a besoin, pour ainsi dire, de six cents yeux pour voir de tous côtés les dispositions du cœur de l'homme (4) »

L'impureté est un péché si abominable dans un prêtre^ qu'il n'y a point lieu de s'étonner que Dieu l'ait défendu par des menaces terribles dans la loi ancienne, et par un commandement très-exprès dans la nouvelle, et que les souve-

(4 ) Attende iectioni , exhortationi , doctrinae.

(2) Ignorans ignorabitur.

(3) Si in laicis miserabilis est ignorantia, quanto magis in iis qui praesunt , nec etcusatione est digna, nec veniâ. Epist. xxii.

(i) Mnltâ quidem opus est pastori prudentiâ, sexcentis etiam, ut sic dicam, oculis, ut recte undique humani animihabitum circumspicere possit. Lt6. ii De uiceTd,

rains pontifes l'aient puni par de très-rigoureux châtiments, f

Les saints docteurs rapportent plusieurs menaces que Dieu fait, dans les prophètes, aux prêtres incontinents.

Il dit dans le prophète Amos : a Je tonnerai sur vous, et je ferai un bruit semblable à celui d'un chariot chargé de foin (4). » Et dans le prophète Osée : «Je cx)urrai sur eux cgmme une ourse à qui on enlève ses petits ; je leur déchirerai les entrailles, et je les dévorerai comme un lion (2).» Et dans le prophète Ezéchiel : « J'ai frappé des mains contre vos ordures ; je vous embraserai, et je vous consumerai du feu de ma colère, et vous brûlerez comme de l'argent au milieu de la fournaise, et je ne me reposerai point que je ne l'aie exécuté (3). » Et dans le prophète Malachie : « Maintenant c^tte parole s'adresse à vous , ô prêtres , qui avez souillé ma maison ; j'étendrai mon bras sur vous et je rejetterai tous vos sacrifices, et je vous couvrirai môme le visage de l'ordure des animaux que vous m'offrirez (4). »

On trouve dans les anciens canons une pénitence remarquable qu'on imposait aux prêtres convaincus de fornication, et qui fut confirmée par le pape saint Sylvestre.

« Si un prêtre est convaincu d'avoir commis le péché de fornication, quoique, selon les canons des apôtres, il dût

(4) Ecce ego stridebo super vod, ôicut 8tridet plaustrum novom onustum fœno. Gap. ii.

(2) Occurram eîs quasi ursa , raplis catuUs, disrumpam interiora eorum, et consumam eos ut leo. Cap. xiii.

(3) Ecce ego complosi manus meas super maculas vestras, et conflabo vos, et succendam vos in igné furoris mei^ et conflabimini in medio ejus, sicut conflatur argentum in medio fornacis, et requiescam. Cap. i.

(4) Et nunc ad vos verbum istud, ô sacerdotes, qui polluistis domum meam; ecce ego projiciam vobis brachium, et dispergam super vultum vestrum steroos soiemnitatom vestrarum, et asflumet vos seoum. Cap. it.

être déposé pour toute sa vie, cependant le pape saint Sylvestre a ordonné que , s'il ne persévérait point dans son péché, et qu'il se fût efforcé de s'en retirer, il ferait, pendant dix années, la pénitence suivante : que, pendant les premiers trois mois, il demeurerait séparé de la communion des fidèles ; qu'il ne vivrait que de pain et d'eau, excepté les dimanches et les principales fêtes , qu'il pourrait user de vin, de petits poissons et de légumes, sans pouvoir manger ni chair, ni œufs, ni fromage. Qu'il serait revêtu d'un sac ; qu'il demeurerait nuit et jour prosterné à terre pour implorer la miséricorde de Dieu. Qu'à la fin de ces trois mois il pourrait sortir, mais sans avoir aucun rapport avec les fidèles, de peur que le troupeau n'en reçût quelque scandale. Qu'ayant recouvré un peu de forces, il jeûnerait pendant une année et demie au pain et à l'eau , excepté les dimanches et les jours de grandes fêtes ; qu'il ferait usage, de chair^ d'œufs, de fromage et de vin, selon la quantité fixée par les canons. Que ce temps étant expiré , il pourrait recevoir le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; qu'il serait admis à la paix, c'est-à-dire, qu'il se réconcilierait avec ses frères et chanterait des psaumes en leur compagnie, mais placé au dernier rang. Cependant il ne pourrait monter à l'autel , mais il remplirait les fonctions subalternes, selon l'ordonnance du pape saint Clément. Ensuite il jeûnerait les trois fériés de chaque semaine au pain et à l'eau, excepté pendant le temps pascal, jusques à la fin de la septième année, après laquelle, si les religieux chez lesquels il aurait fait pénitence reconnaissaient qu'il se fût convenablement amendé et mortifié, il serait rétabli dans son premier état (1 ). »

(4) Presbyter si fornicationem fecierit, quanquam secundam canones

Les prêtres impudiques doivent coimaitre que si TEglise, dansces derniers siè^îles, s'est relâchée delà sévérité de son ancienne discipline, et que si elle les traite avec plus de douceur et de miséricorde qu'elle ne le faisait autrefois, Dieu, dont les règles de la justice sont immuables, les punira avec plus de rigueur, et que plus ils auront été exempts du courroux et des châtiments de leurs supérieurs en cette vie, plus la main du Seigneur s'appesantira sur eux dans l'autre, afin de compenser le retardement de leur punition par la gravité de leur supplice ; qui tarditatem pœnce. siippUcii gravitate compensât

Il n'y a point de fonctions plus importantes que celles de travailler au salut des âmes que Notre-Seigneur Jésu&-Christ

apostolorum debeat deponi, tamen joxta auctoritatem beali Sytvestrî papae , si in vilio non permanserit, sed sua sponte adierit ut resurgat, decem annis in hune modum pœniteat. Tribus mensibus à cœteris remotus fralribus, pane et aqua à vespera in vesperam utatur. Diebus autem dominicis ac praecipuis festis, modico vino et pisciculis atque leguminibus utatur sine carne et sanguine, ovis et caseo. Sacco quoqueindutushumo adhaereat die ac nocte, jugiter Dei misericordiam imploret. Finitis tribus mensibus continuis, exeat, tamen in publico non procédât; ne grex fidelis in eo scandalum patiatur. Postéa aliquantisper viribus resumptis, annum et dimidium expleat in pane et aqua, exceptis dominicis diebus et praecipuis festivitatibus, in quibus vino et carnibus sanguine, ovis et casco^ juxtacanonicam mensuram poterituti. Finilo autem primo anno et dimidio, corporis et sanguinis Domini, ne indurescat, particeps fiât, et ad pacem veniat, id est , fratibus reconciiietur, ac psalmos cum eis in choro ultimus canat ; nec tamen ad cornu accédât altaris , sed juxta beati démentis vocem minora gestet officia. Deinde \er6 usque ad expletionem septimi anni, omni tempore, exceptis pascalibus diebus, très légitimas ferias in unaquaque hebdomada, in pane et aqua jejunet. Expleto circule septimi anni , si fratres apud quos pœnituerit, ejus condignam pœnitentiam taudaverint, ipse in pristinum honorem redeat.

a rachetées de son sang; aussi l'office des confesseurs est-il comparé par les saints docteurs et par l'Ecriture même à celui déjuge, de maître et de médecin. Un curé doit donc se garder de mettre sa confiance dans ses propres forces, et ne saurait assez demander à Dieu de lui donner la science, la prudence et les lumières nécessaires à l'accomplissement de la pieuse tâche confiée à sa vigilance et à sa charité chrétienne. Il faut qu'il se pénètre avant tout que ses interrogations doivent être lentes, réservées et proportionnées à l'état des personnes, à leur âge et à leur sexe. Que celles qui seront relatives aux péchés de la chair soient prudentes. Qu'elles ne soient ni inutiles ni superflues ; qu'elles soient accompagnées de douceur pour ne point effrayer les pénitents par une trop grande austérité. Qu'elles soient claires et discrètes, afin que ces derniers ne cherchent point à dissimuler l'étendue de leur péché, soit par honte, soit par ignorance.

Toutefois, le devoir d'un confesseur est d'être sévère dans certains cas : « Ne soyez point juge, si vous n'êtes capable de détruire les iniquités (1 ).» Et lorsqu'il y a nécessité de différer ou de refuser d'absoudre un pénitent, il faut qu'il le fasse avec douceur et charité, lui démontrant l'énormité , de ses fautes, et l'exhortant à mériter, par un retour sur lui-même et un repentir sincère, la rémission de ses péchés, qui, autrement, l'engagerait dans un nouveau péril et le rendrait même coupable de sacrilège.

Il faut que les pénitences répondent ordinairement à la nature des péchés commis ; ainsi, au péché de la chair on opposera les jeûnes, les cilic>es, la discipline, les pèlerinages et autres mortifications. On obligera les avaricieux à des aumônes et des restitutions ; les orgueilleux à des actes

(4) Ne judex sedeas» si vitiis extirpandis impar.

d'humilité; les négligents devront assister aux offices, aux exhortations, aux sermons, etc., etc. On imposera les plus dures pénitences, et on n'accordera même l'absolution aux blasphémateurs que lorsqu'ils auront témoigné un vif et profond repentir.

Les curés et confesseurs devront avoir une connaissance parfaite des cas réservés, et particulièrement de ceux contenus dans la bulle Jn cœna Dominiy qu'il leur est interdit d'absoudre, et, afin qu'ils gardent tous la même formule d'absolution, ils devront se servir de la suivante, en observant surtout de ne point omettre les paroles ego te ahsoho.

(( Misereatur tui omnipotens Deus, et dimissis omnibus peccatis tuis perducat te ad vitam aetemam. Amen.

)) Indulgentiam , absolutionem et remissionem omnium peccatorum tuorum tribuat tibi omnipotens et misericors Dominus. Amen.

» Dominus noster Jésus Christus te absolvat, et ego auctoritate ipsius absolve te ab omni vinculo excx)mmunicationis, suspensionis, et interdicti, si quod incurristi, in quantum possum et indiges. Deinde ego te absolve à peccatis tuis, in nomine Patris, et Filii et Spiritus Sancti. Amen.

» Passio Domini nostri Jesu Christi, mérita beatae Mariae semper Virginis et omnium sanctorum , et quidquid boni feceris et mali sustinueris, sit tibi in remissionem peccatorum, augmentumgratiae et praemium vitaeeeternae. Amen.»

Saint Jean nous apprend dans son Apocalypse que Dieu loua la patience de l'évêque d'Ephèse, lorsqu'il lui fit dire : (( Je sais ce que tu fais, ton travail et ta patience. »

Richard de Saint^Victor dit que la patience est nécessaire à ceux qui sont chargés de la conduite des âmes pour supporter les murmures, les plaintes, les médisances, les injures qu'on leur adresse lorsqu'ils veulent s'opposer aux désordres et aux scandales des impies. « Donnez-moi un peu de patience et je vous rendrai tout ce que je vous dois (1 ) , » dit saint Matthieu.

Cette vertu est donc indispensable à un curé pour gagner le cœur de son peuple, et attirera lui ceux mêmes qui sont les plus rebelles et les plus débauchés. 11 doit être une pierre d'aimant par sa douceur et un diamant par sa patience; comme saint Grégoire de Nazianze le dit de saint Athanase : « H imitait la nature de ces deux pierres ; il était un diamant pour ceux qui le persécutaient, et une pierre d'aimant pour ceux qui n'étaient point de son sentiment »

Le prophète Zacharie se sert d'une expression admirable pour apprendre aux pasteurs de quelle manière ils doivent régler leur zèle, lorsqu'il dit : « J'ai pris deux verges, l'une que j'ai appelée la beauté , et l'autre que j'ai nommée le fouet ^ et j'ai ensuite repu mon troupeau (2). » Par la première il a voulu signifier la douceur, et par l'autre la rigueur de la discipline.

Mais saint Grégoire nous expUque encore ceci plus nettement quand il dit : « Que la rigueur de la discipline règle la douceur, et que la douceur tempère la rigueur , afin que l'une se recommande par l'au-

(4) Patientiam habe in me, et omnia reddam tibi. Cap. vi. (%) Assumpsi mihi duas virgas, unam vocavi décorera, et alteram vocavi fiiniculum, et pavi gregem. Cap. xi.

tre (1). » Ce qu'il confirme par ces deux passages sur Job : « Les jeunes gens me voyaient et ils se cachaient (2). » « J'ai consolé la veuve affligée (3). » « Quelle rigueur observait-il dans sa conduite pour faire que les jeunes gens se cachassent devant lui? Quelle douceur n'avaitil pas pour faire que les veuves affligées trouvassent de la consolation auprès de lui (4)? » Et dans un autre endroit il donne cet excellent avis : x Les curés doivent exercer envers leurs peuples une miséricorde qui les console justement , et une discipline qui les retienne pieusement, en sorte qu'ils ne se relâchent point par uçe trop grande douceur, ni qu'ils ne se découragent point par une sévérité trop austère. Qu'ils aient donc de l'amour pour eux , mais qu'il ne soit point lâche ; qu'ils aient de la sévérité, mais qui ne soit point outrée ; qu'ils aient du zèle , mais non un zèle inconsidéré ; qu'ils aient de la douceur, sans trop d'indulgence (5). » C'est ce que signifiait la manne qui était conservée dans l'arche avec la verge de Moïse, ainsi qu'on peut en juger par ces paroles de David : « Votre verge et votre bâton m'ont consolé (6). » Notre-Seigneur lui-même exhorta ses apôtres à la douceur

(4) Regat disciplinse rigor mansuetadioem, etmanduetudo omet rigorem, et sic altéra commendatur ex altéra. Lib. xv, Mor. xii. (%) Videbant me juvenes et abscondebant se.

(3) Cor Yîduse consolatus sum.

(4) Quanta disciplina regiminis ut ante juvenes abscondantur , quanta mansuetudo pietatis, ut per eam viduarum corda consolentur.

(5) Inesse rectoribus circa suos subditos débet et juste consolans misericordia et pie saniens disciplina , ut nec nimiâ benignitate solvantur, nec multâ asperitate exulcerentur ; sit itaque amor , sed non emolliens ; sit rigor, sed non exasperans ; sit zelus , sed non immoderate saniens ; sit pietas, sed non plusquam expedit, parcens. Moral., 1. xx , cap. vui.

(6) Virga tua et baculus tuus> ipsa me consolata sunt.

lorsqu'il leur dit : « Ecce ego mitto vos sicut oves inter lupos (1 ). » Que les curés se gouvernent donc comme des agneaux , ce qui est plus glorieux que de défaire ses en-^ nemis par la force des armes. « Tant que nous serons agneaux , dit saint Chrysostome, nous serons vainqueurs, quoique nous soyons environnés de loups ; mais si nous devenons loups . nous serons vaincus , car la grâce de pasteur se retirera de nous (2) »

La haine contre les pécheurs doit procéder du zèle ainsi que saint Ambroise l'enseigne d'après ces paroles du Prophète-Roi : « Mon zèle m'a fait pécher , parce que mes ennemis ont oublié votre loi (3). » Le prophète assure que ceux-là sont ses ennemis , non pas ceux qui s'opposent à lui, mais qui se révoltent contre Jésus-Christ, et il ajoute : « Il n'y a point de plus grand ennemi des hommes, que celui qui offense le Créateur (4). » Ce qui fait dire à David : ce Ne haïssais-je pas ceux qui vous haïssaient, Seigneur, et n'aije pas séché de zèle en voyant vos ennemis : je les haïssais d'une haine parfaite (5). » Ce qui nous apprend qu'une haine pour être parfaite , c'est-à-dire exempte de péché , doit être ressentie contre les vices , et non pas

(4) « Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » (â) Nam quandiu oves fuerimus , vinômus , etiamst mille drcumstent lupi ; quod si lupi fuerimus, vincimur : tune enim à nobis Pastorrs auxilium recedit» qui uon iupos^ sed oves pascii. Comm. in Matt., cap. xxxiv.

(3) Tabescere me iécitzelus meus, quia obiiti sunt verba tua inimici mei. Psalm. GXYiu.

(4) Nemo gravior hostis omnium, quam qui omnium iaedit auctorem.

(5) Nonne qui oderunt te , Domine, oderam , el super inimicos luos tabescebam? perfecto odio oderam illos.

contre les personnes, et que par oonséquent œlle qui vient plutôt d'un zèle véritable , que de la passion et du désir de vengeance , ne doit envisager que la malice des pécheurs. Ainsi saint Augustin dit sur ces mêmes paroles du Psalmiste : « Je haïssais leurs défauts, mais j'aimais, Seigneur, leur nature (Jue vous avez créée (1 ) ; » car la perfection de la haine consiste en ce que les honunes haïssent les vices qui sont dans leur prochain, et non pas leur prochain à cause de ses vices. « La haine parfaite qu'on a pour les ennemis de Dieu consiste à aimer leur personne et leur nature, que Dieu a créées, et à condamner les mauvaises actions qu'ils font. »

Il est donc du devoir d'un curé de faire cette distinction , et d'agir en cette occasion avec un grand discernement , afin qu'il témoigne une affection singulière aux pécheurs quand ils se sont corrigés , et que dans le temps même qu'ils travaillent avec le plus d'empressement à leur conversion il ne témoigne avoir de la haine que contre leurs vices , et qu'il tâche même de leur faire paraître une amitié sincère pour leur personne, leur rendant tous les bons offices qu'il pourra, afin de les attirer, à l'exemple de saint Paul, à la foi et à l'amour de Jésus-Christ,

Un bon curé doit toujours être dans la disposition d'exposer sa vie, à l'imitation de Notre-Seigneur Jésu&- Christ, pour le salut de son troupeau. Donner sa vie pour son troupeau ne signifie pas toujours mourir pour lui ; mais en plusieurs occasions, cela ne veut dire autre

(4) Oderam in eis iniquitatem eorum, diligebam conditionem tuam.

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chose que de s'exposer seulement au danger de la i^erdre, comme il est aisé de s'en convaincre dans les Actes des apôtres, où TEcriture, parlant de saint Paul et de saint Barnabe, dit « qu'ils donnèrent leur vie pour le nom de Notre-Seigneur (1), » quoiqu'ils se fussent seulement exjK)sés à la perdre.

Saint Chrysostome nous enseigne cette disposition d'espiit par les paroles suivantes : « Il faut toujours avoir son âme entre ses mains pour l'exposer pour le salut de ses frères (2). »

Un curé ne doit donc jamais abandonner son troupeau, principalement lorsqu'il est dans un danger évident de se perdre , comme dans un temps de peste et en semblables occasions. Il est obligé , sous peine de péché mortel , de demeurer dans sa paroisse pour administrer les sacrements et rendre à son peuple tous les secours spirituels dont il a besoin. II faut qu'il avertisse chacun de se confesser, qu'il prêche dans les places publiques , s'il ne peut le faire dans les églises, qu'il entretienne le peuple de la colère de Dieu , qu'il le châtie , qu'il lui montre le péril évident de la mort où il se trouve et l'obligation indispensable qu'il a de changer de vie et de faire pénitence; qu'il s'informe soigneusement si personne n'est en danger de son salut , si les malades donnent des marques de contrition de leurs péchés, ou s'ils persistent, s'ils ont besoin de conseils ou de consolation , s'il n'y en a point qui soit chargé de quelque restitution, et il est certain qu'un curé qui agirait autrement en semblable occasion pécherait contre le commandement de Dieu et contre la charité,

(1) Animas suas iradiderunt pro nomine Domini nostri.

(2) In manibos habere animam seniper pro fratribus exponendam.

puisque Jésus-Christ commande aux bons pasteurs de donner leur vie pour leur troupeau (1), et que la charité nous oblige de préférer le salut éternel de notre prochain à notre propre vie. « Si c'est mal fait à un pilote, dit le canon , d'abandonner son vaisseau pendant le calme, combien plus cela est coupable pendant la tempête (2). » Saint Augustin dit à son tour : « Lorsque le danger est commun aux évêques, aux clercs et aux séculiers, ceux qui sont nécessaires aux autres ne doivent point abandonner ceux qui ont besoin de leurs secours (3). » Et il ajoute : c( Notre-Seigneur a commandé la fuite, et il est permis de fiiir, mais à ceux qui ne sont point engagés dans le ministère ecclésiastique (4). »

Un curé doit résister courageusement à tous les cuneniis visibles ou invisibles qui pourraient attaquer son troupeau, lels que les infidèles, les hérétiques et tous ceux qui l'oppriniei*aieiit par unepuissancetyrannique. Il est fait mention des premiers dans le prophète Ezéchiel, lorsqu'il dit : « Comme si le loup avait quelque communication avec l'agneau (5) ? » Notre-Seigneur parle des seconds en ces tei-mes : « Prenez garde aux faux prophètes, qui viennent à vous sous des habits de brebis, mais qui en dedans sont des loups ravissants (6). » Et dans les Actes des apôtres il est dit on-

(\) Bonus paslor animam suam dat pro ovibus suis.

(2) Si perniciosum est positam in tranquHlitate navim deserere, quanlo magis in fluclibus.

(3) Quum episcoporum, et clericorum et laicorum est commune perirulum, ii qui aliis indigent, non deserantur ab lis quibus indigent.

(4) Fugam imperavit Dominus, et acceptabile est fugere, sed iis quos ecclesiasticis offîciis non tenent vincula.

(5) Sed si communicabit aliquando lupus cum agno t

(6) Atlendile à falsis prophetis, qui veniunt ad vos in vesliuientis ovium, inhiusccus aulein sunl lupi rapaces.

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Les curés doivent, comme chrétiens , comme prêtres et comme pasteurs un respect et une soumission entière aux ordres des évêques dont ils sont comme les coadjuteurs dans le gouvernement des âmes. La reconnaissance oblige également tous les diocésains à mériter par leur zèle et leur dévouement les soins que ces prélats prennent de leur salut, ce qui fait dire ces belles paroles à saint Chrysostome : « Comme les pères spirituels des âmes doi* vent surpasser en charité et en amour les pères naturels, il est aussi nécessaire que leurs enfants spirituels n'aient pas moins d'affection et de respect pour eux , que pour ces derniers ; puisque l'Ecriture leur dit : « Obéissez à vos supérieurs et leur soyez soumis. Or puisque vous savez qu'ils veillent sûr vous, comme devant rendre compte de vos âmes , dites s'il est juste que vous refusiez de leur obéir, après qu'ils se sont exposés à un si grand danger pour vous. Considérez donc quel danger il y a d'être responsable de tous ceux qui sont sous leur conduite et d'en rendre compte. Quelque obéissance que vous ayez pour eux, vous ne ferez jamais rien qui égale le danger auquel ils se mettent en exposant leurs âmes à une mort éternelle. »

En ce qui regarde l'oppression tyrannique des personnes

missimnm alioqui ac tututn illud maneat : haud aliler igitur est Dei civitas , dum ipsam undique pro muro Pastoris solertia atque prudentia cingit, adversariis suae omnes machinae , artesque in opprobrium risumque cedunt , ovaduntque, qui eam incolunt, indemnes et illœsi. Lib. iv De sacerd.

puissantes , il faut faire quelque distinction. Si elle procédait d'une haine et inimitié conçues injustement contre un pasteur sans qu'il y eût donné aucun sujet , il pourrait s'éloigner, et même il y serait obligé ; mais si on en voulait à la foi et à la religion, et non à sa personne, il ne pourrait point quitter sa paroisse, et au contraiie il devrait rester au milieu de son peuple , ou , si celui-ci se divisait, en sorte qu'une partie prît la fuite, et qu'une autre restât dans le lieu où existerait la persécution, il lui serait loisible de suivre les émigranls , en laissant toutefois un prêtre à sa place et en lépondant des actes de ce dernier. .' . . .

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