‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 2 sur 334 · V) INTRODUCTION · texte numérisé non relu

V) INTRODUCTION

nemis même de Rousseau conviennent qu'il produit ces impressions. La conclusion me paraissait facile à tirer.

Etonné de voir , dans la sphère où |e vivais , si peu de personnes de mon avis, je fis des réflexions, et comme Tenthotisiasme empêche de juger sainement , je modérai le mien.

Je connaissais un homme d%n grand mérite qui ne partageait pas mes sentiments. Il m'an- ' nonça que j'en changerais quand Te^^périence m'aurait donné ses utiles , mais tristes leçons ; quand, éclairant de son flambeau les objets qui me séduisaient , elle les placerait à leur véri* table point de vue.

En attendant cette époque, je relus Jean- Jacques. Ce n'était pas le moyen de me côrtîger... ïl avait jusqu'alors parlé plus à mon cœur qu'à mon esprit : je le compris mieux sans le sentir moins. Je vis un nouvel horizon '; j'entrai dans un nouveau pa}rs , et je connus alors la force de mon guide et son génie.

Je renfermai dans moi ces impressions , parce que mon Mentor était un homme froid , jouissant d'une grande réputation , occupant un rang élevé , remplissant des fonctions importantes et honorables à la fois. Je voulais connaître les

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bases sur lesquelles il appuyait son opinion. A propos de la mienne y il m'avait traité de jeune homme : je commençais à ne plus 1 être ; jVtudiais sérieusement et les hommes et leurs livres. Enfin^ je pus m'ezpliquer pourquoi M. *** appréciait les ouvrages de Jean- Jacques et. si peu sa personne. G*est qu'il connaissait les premiers par la lecture , sans intermédigîre j et le second par les nombreux écrits dont il est le sujet.

Le désir de découvrir la vérité , de savoir à quoi m'en tenir , de rectifier mes i<]^es , de modifier mon opinion y ou delà mieux motiver en Tesaminant avec scrupule , m'imposa une tâche pénible : c'était de lire toutes les productions de ceux qui avaient. écrit sur Jean-Jacques. Je le fis avec courage. Rien n'égala ma surjH'ise^ en trouvant de la mauvaise foi dans les unes , un esprit faux ou prévenu dans les autres ; dans toutes y sans exception^ le langage de la passion ou de l'erreur : ici ^ de l'inexactitude dans les faits ^posés , des conjectures gratuites ; là , de l'altération dans les citations, des suppositions sans fondement , des interprétations fausses ; partout des préventions.

Je ne tardai pas à voir que l'opinion , sur la personne de Rousseau ^ s'était formée d'après ces

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témoignages trompeuts. Il ne suffisait pas de Pa* voir appris , il fallait l'apprendre aux autres et le leur prouver : c'était une tâche plus pénible encore que la preniière. Je Fai remplie avec constance y et ce travail en est le résultat. Avant d'en exposer le plan / qu'il me soit permis de soumettre au lecteur quelques observations. Leur liaison avec l'objet que je me propose me servira d'excuse.

Il •y a des concessions qu'on est toujours forcé de faire. Je n'en demande qu'une : c'est de convenir du Véritable état des choses, et cet état des choses se compose du caractère de Jean- Jacques et de l'empire qu'exerça sur lui Thérèse. Cet empire était continuel, et sa forcé augmentait de son action qui jamais n'était interrompue. Il ne faut plus- objecter qu'il avait fait un choix indigne de lui : c'est un point convenu. L'on doit raisonner d'après ce choix , puisqu'on ne peut le contester ; d'après 'le caractère de cette femme, puisqu'il est connu ; d'après son influence sur Rousseau , puisqu'elle, est prouvée \ enfin , d'après la confiance qu'il lui accordait , puisque cette confiance; était sans bornes. Prétendre qu'il avait tort de la lui accorder (ce dont tout le monde convient), et de ne point passer outre , c'est raisonner comme

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Gérante, et répéter : Qu allait-il Jaire dans cette galère ?

Quant au caractère de Rousseau, plusieurs circonstances rapportées dans cet ouvrage le font ressortir (i). Je dois éviter les répétitions et me borner conséquemment à rapporter une opinion dont Tauteur examine Jean- Jacques sous un poîtit de vue particulier (a).

ce On n'a pas assez senti, ce me semble , ni

» assez remarqué que J.-J. Rousseau est peut-

» être rhomme le plus passionné , le naturel le

« plus poétique qui ait )amais existé. Je prends

» ici le mot poétique dans Facception que lui

» donnent les Allemands. Ils appellent naturel

» poétique, celui de tout homme qui , comptant

» pour rien le monde et ses intérêts, vit con-

» stamment dans un univers qui nous semble

» idéal , mais qui est , pour lui , le seul réel. Ce

» fîxt ainsi que vécut Rousseau , et nul ne la

» encore mieux peint , nul n'a mieux expliqué

» son caractère que ]ui-méme. Ses Confessions ,

(i) Voyez p. 128 du tome I, ce qu^ea dit Bernardin de Sainte Pierre ^ et p. a85, le résumé.

(3) J'ai omis dans mes notes Tindication de Pouvrage d'où j^ai tiré cet extrait. L^^ssentiel est de ne point s^attribuer ce qui ne nous appartient point.

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