CORRESPONDANCE
Dq i-jSa au i5 mars 1778.
JLjes lettres de Jean-Jacques ont, avec ses mémoires, une liaison intime. Elles en sont en quelque sorte et le complément et la preuve. On ne peut donc les en séparer. Les unes sont remarquables par des questions d'un intérêt général et la manière dont ces questions spnt traitées^ Tes autres offrent un intérêt particulier, parce qu'étant relatives à l'auteur , elles rappellent beaucoup de circonstances de sa vie.
Le plus grand désordre régnait dans cette correspondance lorsqu'on l'imprima pour la première fois , et l'on ne concevrait pas que l'idée de ranger ces lettres par ordre de date n'eut pas été suivie dès l'origine, si l'on ne savait que la date manquait dans un grand nombre, ou l'on ne trouve que le jour ou le mois sans indication d'année, ou l'année sans désignation du mois. Mais au moins on pouvait classer les autres par ordre chronologique. On ne l'adopta que dans les éditions subséquentes. Le besoin d'établir cet ordre se fit sentir et l'intention de le suivre se montra , plus que la patience nécessaire pour bien la remplir. On en voit des preuves dans les trois dernières éditions in-8°, qui, quoique beaucoup plus parfaites que celles qui les avaient précédées, offrent cependant encore, dans la correspondance, do I. îto
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graves erreurs. Elles ne pouvaient être évitées que par un examen attentif de toutes les lettres , leur confrontation , et principalement le parallèle des circonstances quî y sont ou mentionnées ou seulement indiquées, av.ec ces mêmes circonstances ou celles qui présentaient de l'analogie et qu'on retrouve soit dans Jes autres écrits de Rousseau ^ soit dans ceux de ses contemporains. Au moyen de ces recherches , on pouvait parvenir à se procurer une partie des dates qui manquent ^ mais ce travail pénible exigeait du temps et de la patience, genre de mérite dont le lecteur fait peu de cas, parce que, ne voyant que Im résultats, il se soucie peu des moyens qu'on a pris pour les obtenir. Il n'est donc pas étonnant qu'on ait négligé ce travail ingrat, qui n'offre aucun dédommagement k celui qui s'y livre , pas même ces jouissances que trouve un auteur et que le public ne partage pas , mais que le premier goûte toujours en composant la production la plus médiocre.
Il ne suffisait point de mettre des dates aux lettres qui n'en avaient pas. Il fallait éclaircir un grand nombre de passages , expliquer les allusions , rappeler des faits qui n'étaient que vaguement indiqués, faire sentir la concordance de ces lettres, soit avec les événements, soit avec les opinions ou les reproches dont Jean-Jacques était l'objet : il fallait même ^ autant qu'il était possible ^ soulever le voile qui couvrait encore et certains faits et certaines personnes : opérations qui exigeaient beaucoup de recherches. Ces recherches nous les ayons faites avec tout le soin dont nous sommes susceptible ; et , si le succès n'a pas toujours couronné nos efforts, du moins n'avons-nous rien négligé pour l'obtenir et sommes^ous dédommagé par l'espoir d'offrir un grand nombre de renseignements nouveaux.
Il, PARTIE. CORRESPONDANCE. So^
Nous avons eu recours , et jamais en vain , a M. Beuchot qui , dans sou édition des œuvres de Voltaire , impose aux éditeurs des devoirs rigoureux à remplir et leur donne un exemple plus facile à montrer qu'à suivre.
Ce qui met à notre travail un prix particulier, ce sont les lettres inédites de J.-J. Rousseau qu'on a bien voulu tenir à notre disposition. Ceux a qui nous les devons et* qui consentent à être nommés , le seront avec l'expression de notre reconnaissance.
De toutes les éditions, celle dans laquelle la correspondance offre le plus grand nombre de lettres , est l'édition de M. Bel in. Elle en contient huit cent douze , et nous offrons l'analyse critique de neuf cent cinquante-neuf , parmi lesquelles trente-deux n'ont été comprises dans aucune édition. M. Belin avait inséré les lettres de Jean- Jacques à madame de La Tour Franqueville, que M. Lefèvre n'a point mises dans sa belle édition. Elles y sont remplacées par celles à madame d'Epinay : de manière qu'aucune des deux n'est complète.
On pourrait distinguer trois époques dans cette correspondance; car ce n'est qu'en divisant qu'on, peut se rendre maître d'un pai'eil travail. La première offrirait les lettres que Jean-Jacques écrivit avant 1741 ? année à la fin de laquelle il vint se fixer à Paris. Ces lettres n'ont aucun rapport avec les suivantes, ni l'auteur des unes avec celui des autres. La seconde comprendrait celles qui furent écrites de i'j4i à i-^So. Le rapport commence à se faire sentir. Enfin dans la troisième seraient toutes les autres. Mais cette dernière, étant incomparablenient plus volumineuse que les deux précédentes, il résulterait de cette division une inégalité choquante qui m*a fait renoncer à la proposer.^ Il suflîsait seulement
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de l'indiquer pour expliquer l'étrange • disparate entre les' premier e§ et celles qui les suivent.
Au moyen de ce travail il est facile, i*, de rectifier la chronologie plus ou moins fautive dans toutes les éditions publiées jusqu'à ce jour ; 2** , d'établir la concordance entré les faits et les lettres qui se prêtent un mutuel appui; 3°, d'avoir une idée des lettres non-comprises . dans l'édition dont on est possesseur ; 4°> ^^ vérifier des assertions ou des circonstances énoncées dans les autres parties de cette histoire. A cet effet chaque lettre est précédée d'un numéro que nous rappellerons quand nous croirons nécessaire d'indiquer celle qui doit être consultée, soit pour connaître plus de détails sur le fait dont on lit le récit , soit pour en avoir la preuve.
Nota, Les dates et désignation de correspondants , renfermées entre deux parenthèses , ont été mises par nous. L'un- ou l'autre manque dans les éditions précédentes.