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ëpicuricm , tl\ conserva dans les mœurs la rigidité du ' stoïcisme. Quelque abus qu'on puisse faire de ses pro* l^tes confessions , elles prouveront toujours la bonne foi d'un homme qui parla comme il pensait ^ écrivit comme " il parlait, vécut comme il écrivit, et mourut comme il avait vécu. »
Il serait intéressant d'avoir un recueil d'observations sur les variations qu'ont éprouvées dans leur renommée et dans l'opinion qu'on s'est faite sur leur compte , les hommes célèbres qui ont occupé le premier rang dans cette opinion. La postérité rectifie presque toujours le jugement des^ contemporains, vengé ceux envers lesquels ils furent injustes , détruit les réputations usurpées , remet chacun à sa place, parce qu'elle n'écoute ni les pas* sionsni l'envie.
Un auteur qui savait étudier les hommes et les mœurs,, nous a laissé quelques reniarques curieuses sur les écrivains les plus célèbres du' siècle de Louis XIV. Le lecteur jugera si l'on peut en faire l'application à Jean- Jacques Rousseau.
« J'ai connu particulièrement, dit-il (i), plusieurs de ceux qui avaient vu les deux Corneille : tous en portaient le même jugement. Us ne parlaient pas si favorablement de Boileau et de Racine: en rendant justice à leur mérite d'auteur , ils prétendaient que leur commerce n'était nullement agréable.. On ne pouvait parler avec Boileau que de lui. Il ne connaissait, disait-il, que trois génies dans le siècle, Molière, Corneille et lui. Il ne comptait Racine que pour un bel esprit, à qui il avait appris à faire difficilement des vers. Telle était sa décision dans une assemblée ou se trouvaient Boindin, Lafaye, qui me
(1) Mémoires- sur la vie de Duclos y écrits par lui-même , p. 80.
3oa nisToi&E de j.-j. eoussiiav.
Vont dit. Je ne crois pas que personne TassQcie )^mafif pour le génie à Molière e% à Corneille y et le plftce au* ^ei»»u8 de Raci&e. Il a sûrement biep ipérité des lettres pt de la langue peur le goût et Texpr^ssioa^ Z^ Lutrin et rjirt poétique feront toujours lus avec fruit , m^is il n*a pas appris à Racine k faire des tragédies, ni ^ Quinault^ qu'il a tant dénigré , à faire d^s opéras. Il.aurait du citer fBucore La Fontaine dans TArt poétique, et ne pas dire que Molière ,
Peyt-étre de son art ett remporté le prix.
lie petii-étrp est de trop. Mplière a certainement obtenu la palme sur tous Iqs anciens , et aacyn moderne pe 1'» lui a enlevée, Boileau avait naturellement de l'humeur, du fiel et de l'envie. Il disait un jour ( à Fréret, d^ qm J0 le tiens), croyant se donner un éloge : jeune homn^e ^ il faut penser à la gloire; je l'ai toujours eue en vue, et n'ai jamais entendu louer quelqu'un , fût-ce un cordonnier , que je n'aie ressenti un peu de jalousie. Ea^ine , différent à plusieurs égards de son prétendu maître ^ en connaissait le faible et lé laissait se flatter d'une supériorité à laquelle Ip disciple savait bien que le public ne souscrivait pas» U s'assurait par-là un proneur dont la voix était comptée pour beaucoup ; car , quelque mérite qu'il eut, il ne dédaignait pas un certain manège dont il aurait pu se passer , et qui sans ajouter à la renommée, nuit quelquefois à la réputation de l'auteur. U était naturellement railleur, et aurait été satirique s'il n'eût pas craint la représaille. Boileau, qui le connaissait bien, disait qu'il était le plus malin des deux. Racine était très-poli dans le monde, contraint avec ses égaux et affectait la familiarité avec les grands. Q ne vivait guère en société littéraire et particu* lière qu'avec Boileau, Molière et La Fontaine, ?nénageant
fort les deux premiers qui étaient 411 faveur auprès du Roi, et traitapt trègf-légirement La Font^ipe, assez bon pour le souffrir , ou même pour p'y pas faire attention. On sait que Molière ^ 0z.c4ii des'mauvaises plaisanteries de Racine et de Boileau sur La Fontaine , dit un jour : Nos bQOHix: esprits ont beau se (Fémçusser, ils n'effizpe^ ron$pas le bonhomme* L'abbé de Saint-Rëal^ homme très^instruit, sortant d'une conversation avec Hacipe et Boileau , enUa dans une maison où il trouva Thomas Corneille y Fontenelle et quelques autres f^eni de lettres, Je viens , dit-il ^ me délasser avec vous de deux hommes que je quitte, Racine et Boileau, avec qui l'on ne peut parler que dé vers, et des leurs, Qum qu'il en soit, ceux dont il s'agit ici ont aujourd'hui , chacun , leur place bien reconnue. Molière était le plus philosophe de tous les gens de lettres de son temps ; et , quoi qu'en ait dit Boileau, on retrouve dans ses moindres pièces )e cachet de l'au-> teur du Misanthrope, Boileau restera un de nos bons au'* teurs classiques pour les vers. On lui a peut-»étre trop . accordé de son vivant : pcut*étre lui refuse-t-6n trop aujourd'hui (1). La gloire de Racine a plutôt augmenté que diminué , et se soutiendra. La Fontaine est, par son style, l'auteur le plus original de la langue, et, par-là, moins susceptible de traduction. Quoique la naïveté fît le fond de son caractère et de son ouvrage , on y trouve quelquefois des vers de la plus haute poésie et des pensées profondes. Jamais auteur n'eut moins d'amour propre. Il se mettait sincèrement au-dessous de tous ceux
(1) C'est sans doute une allusion à ces yers de Marmontel
Boileau copie , on dirait qu'il invente. Comme un miroir, il a tout répété , .Sans feu , sans Terré et lani fécondité, etc.
3o4 HISTÔIKE DE !.-!• ROUSSEAU,
dont il avait emprunte des sujets ou de simples traits ; d'Ésope, del^hèdre y de Bocace : ce qui lui fit dire un jour par Fontenelle y qui Taimait et Testimait beaucoup : « Tais-toi, tu n*ès qu'une béte qui a plus d'esprit qu'eux. »
Ces réflexions et ces particularités nous 'ont paru dignes d'être rapportées. Elles mettent à même de com* parer la réputation des plus célèbres écrivains du siècle de Louis XIV , de leur vivant, avec celle que la postérité leur a faite.
Malgré Boileau, dont la voix était comptée pour beaucoup, Racine ce prétendu bel esprit est au premier rang au-dessus de son juge^ ainsi que Molière et La Fontaine : celui-ci , en dépit de Racine injuste à son tour, est de la troupe d'élite , sur le même rang que son critique.
On a oublié la puérile vanité de Racine et de Boileau : on ne sait plus que leur commerce n'était nullement agréable; qu'on ne pouvait parler avec eux que d'eux et de leurs vers ; que leur société ne méritait nullement d'être recberchée. Justice s'est faite; elle se fera pour Jean-Jacques, avant les cent ans que Mirabeau accorde à l'envie.
Tllf DE LA PREMIERE PARTIE.