‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 44 sur 108 · L* Anti-Emile, in-8°; i vol. 1764, par M. Formey · texte numérisé non relu

L* Anti-Emile, in-8°; i vol. 1764, par M. Formey

C'est le second de Tauteiir contre VEmiU.

28**. Emile chrétien, consacré à futilité pïdf ligue, par Formey. Amsterdam , 1 764 , 4 vol. in-8**.

Ces deux Emiles chrétiens sont oubliés aujourd'hui , mais le dernier mérite quelque attention , ou plutôt son histoire. M. Formey lui-même Ta nous la reconter (1).

« Je crois devoir dire quelque chose de Y Emile chrétien. Le libraire Néaulme donna en 1762 une belle édition de V Emile de J.-J. , qui portait au titre : suivant la copie de Paris ^ avec permission tacite pour le libraire. Les états de Hollande désapprouvèrent cette édition. Neaulme fut sur le point d'être condamné à une forte amende; et il n'pbtint grâce qu'à condition qu'il donnerait une autre édition ai Emile, repurgée de tout ce qui pouvait donner matière k scandale. U me requit d'arranger cette édition , qui parut SOUS ce titre : Emile chrétien ^ consacré à V utilité publique, rédigé par M, Formey, auteur du Philosophe

(0 Souvenirs d'un citoyen par M. S. Formey , II« vol. , page i3i.

4lO HISTOIRE DE J,-l. ROUSSEAU,

chrétien. Nëaulme mit à* la tête un avertissement apologétique. J'y joignis une introduction écrite dans les mêmes vues* Il résultait assez manifestement (i) de là que )e ne m'appropriais point l'ouvrage de -M. Rousseau, et que je ne faisais que me prêter au but salutaire dans lequel on donnait cet Emile chrétien. Je substituai à la Profession de foi du Vicaire Sasfoyard un morceau ou la doctrine contraire était exposée. Je mis des notes au bas du texte, et j'eus soin de les distinguek* de celles qui appartenaient à l'auteur. A.vec ces précautions je crus être à l'abri de tout reproche (a). Je me trompais : d'abord Marc-Michel Rey , qui imprimait tous les ouvrages de Jean-Jacques , fit une sortie furieuse' contre moi,, et inséra dans le journal de,s Savants ^ qui se réimprimait en Hollande, un véritable libelle où il me déchirait impitoyablement. Je préparai dans le temps une réponse, en forme de plainte, que je voulais adresser aux Etats généraux. Je l'ai finalement brûlée, convaincu que les démarches d'éclat ne font qu'attiser un feu qui s'éteint de lui-même* Depuis^ j'ai vu dans l'édition des œuvres de Rousseau, faite aux Deux^Ponts, des notes sous le texte de son Emile ^ où il ne me ménage pas , et qui sentent plus^ l'amour propre que la philosophie. Elles p^euvent reposer avec lui, et la postérité ne s'en mettra guère en peine (3).

(i) L^videDce de ce résultat n^est rien moins que manifeste. Prendre le titre de l'ouvrage d'un autre, y meUre son nom et beaucoup de morceaux de sa façon ; c'est en vouloir faire sa propriété.

(a) Se croire à l'abri de tout reproche est d'une grande bonho-* mie ! quand, on vole ainsi » il faut tuer en faisant mieux que celui qu'on dépouille.

(3) C'est de ce pauTre Emile chréUert que l'ingrale postérité ne

IV* PARTIE. SES OtrVllAGES. 4ll

Je puis assurer aujourd'hui en conscience que je n'ai

cru violer aucun devoir ni - blesser aucun droit. Je

crois que Nëaulme n'a pas eu grand débit de V Emile

chrétien, mais ^u moins n'a-t-il pas payé l'amende. M. le

conseiller de légation, baron de Chambrier, qui a passé

i6 ans à Berlin depuis 1748 jusqu'en 1764, étant de

retour dans sa patrie, m'écrivit, dans une lettre -du i3

décembre 1764 : « J'ai enfin vu Rousseau' à la fin de

)> l'automne. Je lui ai beaucoup parlé de vous : il me

» parut d'abord fort piqué de Y Emile chrétien, et il me

i> dit là-dessus que vous vous enrichissiez en vendant

» ses ouvrages. Il dit aussi que vous le maltraitiez fort

1» (je ne sais si c'est dans la préface ou dans les notes);

» qu'il était surpris que vous fissiez imprimer un livre

» que vous dépeigniez sous des couleurs si dange-

» reuses, etc. A.près qu'il eut donné l'essor à sa bile,

-» je lui dis ce qui convenait pour le ramener à des'

n sentiments plus justes et plus modérés sur votre ma-

» nière de penser, et sur les motifs qui tous avaient

w engagé à la publication de cet Emile m.

On est obligé de reconnaître dans M. Formey plus de bonne foi que de sens , et plus de zèle que de lumières. Il y a un grand mérite à convenir qu'on a fait une ^Profession de foi pour la substituer à celle du Vicaire, et l'on doit savoir gré à M. Formey de cet aveu. Il aurait été d'autant plus difficile de la connaître cpH Emile chrétien est mort, et que, sans son frère aîné , qui vit toujours, on n'aurait jamais ouï parler de son existence.

f^etX guère mise en peine. Il est mort avant son pire, qui ya nous le dire.

4ia HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEIV,

lY^. Économie politique. Ouvrages de Rousseau,

relatifs à cette science.

Nous comprenons dans la même notice tous les ouvrages de J.-J. Rousseau sur l'économie politique , parce que pouvant être considères dans certains rapports comme les parties d'un même tout, ils donnent lieu aux mêmes observations. C'est dans ces ouvrages qu'on reconnaît la force , l'étendue et la jprofondeur des conceptions de Jean-Jacques dans la première de toutes les sciences , celle qui a pour objet les intérêts les plus chers aux hommes , mais les moins connus et sur lesquels on est le moins d'accord.

Pendant son séjour à Venise, en 17 43 9 en qualité de secrétaire d'ambassade, Jean-Jacques avait pris pour cette science de l'économie politique un goût auquel il se livra plus tard. H en fit , dans sa retraite; une étude sérieuse^ et , pendant quelques années, l'objet de ses méditations. Quand Rousseau s'occupait d'une matière , il la creusait , pour s'en pénétrer , la posséder et s'en rendre maître. Il suivait avec constance la méthode qu'il s'était faite, épuisant toutes les recherches avec une patience plus admirable qu'imitée. Cette marche lente , mais sûre, le mettait à même de traiter son sujet avec la supériorité qui distingue tous ses écrits.

Il avait le projet de faire un ouvrage de longue ha* leine auquel il voulait travailler toute sa vie (i), et qui devait mettre le sceau à sa réputation. Cet ouvrage aurait eu pour titre Institutions politiques, « Des livres de » cette espèce, nous dit-il lui-même, demandent de la

(i) Voy. Confessions y Ut. IX.

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