‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 45 sur 108 · IV. PARTIE. SES OUVRAGES. ^l · texte numérisé non relu

IV. PARTIE. SES OUVRAGES. ^l

» mëditation^ du loisir, de la traîiquillité. H craignait » que celui-ci ne parÀt trop hardi pour le siècle et le » pays où il écrivait. Il avait vu que tout tenait radica- » lement à la politique , et que , de quelque f^çon qu'on » s'y prit y auctui' peuple ne serait jamais que ce que la » nature de son gouvernement le ferait être. »

De ce sujet naissait une série de questions de la plus haute importance sur le meilleur gouvernement possible, sur celai le plus propre à former le peuple le {flus vertueux ; ce qui conduisait l'auteur à examiner quel est le gouvernement qui , par sa nature , se tient toujours le plus près de la loi ; qu est-ce que la loi ? etc. Voyant que cet ouvrage exigeait un espace de temps dont il n'était pas le maître^ une indépendance et un repos dont il ne pouvait jouir, Jean- Jacques abandonna ses Institutions politiques : il n'en conserva que ce qui pouvait se détacher,.pour en faire le Contrat social ^ qui parut en 1762, «n même temps qu'i^' /7227e (i). Le second fixa , plus que le premier , l'attention générale. Mais tous les deux influèrent sur nos destinées, quoiqu'il soit permis de croire que le Contrat social a été plus cité qu'entendu. On paraît convenir que c'est à cet ouvrage qu'on doit l'adoption successive des gouvernements représentatifs qui s'établissent en Europe. Ce bienfait devrait faire oublier

(i) Jean-Jacques dit dans ses Confessions , livre XI, qu'J^mi/e parut, un mois ou deux après le Contrat social, Grioim , dans sa Correspondance littéraire, parle à* Emile comme publié depuis huit jours, au mois d'ayril 1 76 1 . L'^arrêt du parlement qui suivit de près la publication de cet ouvrage, donne une date certaine, celle du û juin 176a. L'erreur de Grimm est manifeste, ou plutôt celle derédtteur j car, en correspondant avec des souverains, Grimm n'a pu parler au mois d'avril 1761 d'un fait qui n'eut lieu qu'au mois de mai 1762.

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des résultats auxquels l'auteur et l'ouvrage sont également étrangers (i).

On a voulu comparer le Contrat social sluil Considéra" tidnssur le gouvernement de Pologne j et l'on a fait valoir l'un aux dépens de l'autre. Mais^dans ces parallèles, toujours défectueux , on laisse de cAté le point essentiel , c'est-à-dire l'état de la question et le but que se propose l'auteur y pour y substituer une intention qu'il n'a point eue. Nohs ne pouvons donc partager l'opinion dHin orateur célèbre et par un beau talent (a) et par de belles actions , quelque imposante que soit une pareille autorité. EL l'occasion de Jean-Jacques et de ces deux ou* vrages,^ il s'exprime ainsi : « En lisant ce maître profond » de tant de légers disciples , oh est frappé de la diffé- » rence qu'on trouve entre l'auteur spéculatif établissant » des principes abstraits dans son Contrat social^ et l'an- » teur praticien donnant des conseils positifs dans son » Gouvernement de Pologne. Xi faut opposer à la péril* » leuse hardiesse du premier , la sage timidité du se- » cond. »

JNous pensons qu'il n'y a point d'opposition à faire. Le but que se propose Jean^acques dans le Contrat so^ cial n'est pas celui auquel il veut atteindre dans le Gouvernement de Pologne. £n adoptant les expressions du critique y nous dirofis que ce qui est spéculatif ne doit point être comparé , et encore moins opposé à ce qui est -positif. Dans le premier ouvrage , on commence par

(i) La manie d'extraire des passages, de les interpréter et de les oommeoter, produisit, eu 1790, une brochure intitulée Jean," Jacques Rousseau aristocrate, et en 1791 , on gros livre dont le titre est Jean.' Jacques Rousseau considéré comme l'un des auteurs de la réifolution. Les deux écrîrains avaient égedement raison.

(3) M. de Lally-Tollendal.

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r(9chercher commant l'homme passe de l'ëtat de nature à Tëtatcivil, et quelles sont les conditions essentielles du pacte : TacLteur s'occupe ensuite de la législation en gênerai/de la forme des gouvernements; et, continuant le traité dés lois politiques , il expose les moyens d'affermir la constitution de l'Etat. C'est un traité des prin^ cipesdu droit politique. U ne s'agit pas plus de mo^ n^rchie que de république Ou d'aristocratie , ni de France que d'Angletorre , ou de Turquie.

Dans le second au contraire, il est question d'un peuple doTiné^ d'un pays désigné , et des lois qui conviennent à ce pays. L'un est consacré à des généralités; l'autre est spécial. Dans l'un , les hommes rassemblés en société , sans^ attention au climat , auK lois préexistantes , forment le sujet de l'ouvrage. Daiis l'autre ce sont des hommes déjà soumis à des lois , à des usages ; ayant des souvenirs chers qu'il faut conserver , des ennemis ambitieux dont il faut les garantir , et dans leur sein , des principes de dissolution qu'on doit étcfuffer, et des éléments de prospérité qu'il faut développer : ce sont les Polonais , eu un mot.

Nous. avons rappelé (i ) combien Rousseau voyait audelà da siècle dans l^uel il vivait ; on en trouvera une preuve plus frappauttrèncore dans la notice sur les lextraits qu'il fit des oUVrages de l'abbé de Saint-jPierre , à l'article du jugement qu'il porta sur le Projet de paix perpétuelle. Quand on est témoin des événements dont il faisait rigoureusement dépendre la possibilité d'un pareil projet, quand on les voit arriver plus d'un demisiècle ( a ) après l'époque où il les désignait avec préci-

{}) fioiice êUT Emile.

Ca) Jean- Jacques écrivait ce jugement en 17 53, cinijuantè-six

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sion , cm est forcé de convenir de retendue de son coop d*oeil.

Voici Tordre que suivit J.-J. en écrivant sur U économie politique. Il commença par établir et développer les éléments et les principes de la science dans son Discours; ensuite il se livra à des théories générales et desspéculatio'ns dans «on ContnU sociaL II faisa,itxiiarcher de front l'étude et l'examen du Projetée paijpperpe'tuelle et de la Polysy" nodiedeVahhé deSaintrPierre : le prpmierde ces ouvrages relatif à tous ]^s états de l'Europe^ et le second, à la France , où l'on voulait établir la pluralité des conseils. Quelques années après il s'occupa delà Corse, et plus tard de la* Pologne^ pays pour lesquels on le consulta. C'est ainsi qu'il voulait faire succéder la pratique à la théorie. Nous allons passer en revue ces divers ouvrages.

§1, Discours sur l'économie politique. Diderot, qui, pour V Encyclopédie , savait choisir ses collaborateurs , et tirer habilement parti de leurs talents , chargea Rousseau de l'article Economie politique. Ce morceau , d'une certaine étendue ^ porte aujourd'hui le titre de Discours sur l'économie politique. Le volume de Y Encyclopédie dans lequel il était inséré, parut en 17 55. Ainsi, dans l'ordre chronologique , ce Discours devrait suivre celui sur l'inégalité des conditions ^ publié Tannée précédente. Il serait possible cependant que le second^ dont la date est précise, puisqu'il fut écrit pour le concours de l'académie de Di)on , eut été composé postérieurement au premier.

§ II. ContnU sociaL Cet ouvrage, dont nous avons

ans ayant le concours de circonstances qu'il indiquait comme condition essentielle k l'existenci» dti projet.

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parlé, est en partie- un fragment des Institutions polki' t/ues. C'est le seul des écrits politiques de Jean- Jacques qui eut deTinfluence sur sa destinée. Le lirre étant condamné à Genève , l'auteur ne put rester dans sa patrie.

Cet ouvrage a été maltraité par un grand nombre de critiques: nous ne devons nous occuper que de celui dont là supériorité) les talents et la variété des connaissances^ sont reconnus ^ et qui était le plus redoutable ennemi de Rousseau,

- Voltaire a fait , sous le titre S Idées rëpubliccUnes par un citoyen de Genève ( i), la satire plutôt que la critique du Contrat social, U extrait-des passages qu'il -commente k sa manière et sans faire attention à ce qui les précède on les suit , il les altère même quelquefois y et , par la substitution d'un seul mot, il fait dire k Jeau'Jacques une absurdité. En voici des exemples.

Rousseau dit dans son Contrat social ( 1. IV , chap. 8 ) : « Deux p6uples (étrangers l'un à l'autre et presque » toujours ennemis , ne purent reconnaître long-temps un > taème nudtre. »

Voici la citation deVoltaire : <c Deux peuples étrangers » l'un à l'autre et presque toujours ennemis ne purent » reconnaître un même Dieu ( 2 ). » Au moyen de la métamorphose de maître en Dieu y et de la su^[>ression d'un mot , Voltaire fait avancer par Jean-Jacques une assertion démentie par mille faits. Mais ces changements étaient nécessaires pour motiver l'accusation d'ignorance y de présomption , à* extravagance.

(1) OEuures de Voltaire, édic. de Kehl, iIl-8^ u XXIX, p. i85. (a) Id. ib, page aoi.

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