‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 71 sur 108 · A. M. Deletre. Montmorency, lo novembre · texte numérisé non relu

A. M. Deletre. Montmorency, lo novembre

« Vous voilà donc, mon chet Deleyrc, bien décidément fou; car il n'y a plus de doute sur votre dernière lettre : heureusement ce sont de ces folies qui ont leur terme, qui ne laissent après leur guérison qu'un peu de honte pour cicatrice, et que bien peu d'hommes ont droit de ne pas pardonner. Pour moi, vous jugez bien que je vous la pardonne de tout mon cœur; jje souhaite seulement qu'elle ne vous Csisse pas fairç de sottises.

» Puisque vous aimez, vous n'aimez qu'un objet parfait^ cela est clair, et ce n'est assurément pas de quoi je dispute ; mais il faut m'excuser d'avoir profané je ne dis pas l'idole, mais la divinité de votre cœur. Il faut d'abord vous dire que je crus qu!à votre départ, tout était fini , et que vous ne vous souveniez plus de vos anciennes adorations, que pour vous moquer de vousmême et de votre simplicité. Naturellement vous conviendrez que cette opinion n'était pas sans, vraisemblance, et que des amours de Paris ne doivent guère "• 3i

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durer plus long-temps que cela. J'avais donc pris, le ton que j'imaginais que vous prendriez vous-même, du que du moins vous écouteriez volontiers : mais non, l'absence , le sort cruel, vous voilà toujours dans les sentiments héroïques. A présent que je le sais, je changerai de ton : assurément je n'ai pa;s dessein de vous offenser, et je conviens que celui qui laisse mal parler de ce qu'il aime, ou n'aime point, ou n'est qu'un

lâche.

D Mais quelle insulte affreuse lui ai-jedonc faite , pour vous plonger dans le .désespoir où vous semblez être? Ai-je outragé ses mœurs, sa vertu, son honnêteté ? car, c'est sur tout cela que vous vous épuisez en apologie; et sans mentir , j'aimerais autant que vous ne vous fuyiez pas tant gendarmé là- dessus, puisqu'il n'en était pas question : c^est, mon cher Deleyre, une maidme de guerre, qu'il faut toujours attaquer les places du côté le mieux fortifié. Je l'ai traitée decommé/v, il est vrai ; j'ai eu tort sans doute, et je l'aurais bien plus aajour*^ d'hui, que je vous sais toujou:rs «ous le charme^ si je confirmais une épithète aussi peu respectueuse. Mais âiettez-vous un moment à ma place ; je me disais , les commères Sont importunes , habiilardes , curieuses ; pour contenter leur curiosité, peu leur importe de trour hier le repos d'autrui. Je me disais qu'une personne discrète et mode te , telle que vous m'aviez peint votre maîtresse, loin de vous exciter à me l'amener, vous en aurait détourné; elle vous aurait dit {me figurais-je): pourquoi Voulez-vous inquiéter ce pauvre solitaire ? Laissons4é dans sa retraite, puisqu'il veut y rester ; je n'aime point à contenter mes fantaisies aux dépens d'au* trui^ au lieu de cela, on vient , on se met au guet, on me poursuit , on s'embarrasse fort peu de me chasser

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