IV. PARTIE. SES OUVRAGES. /gj
de cfiez moi r on questionne ma gouvernante. Pourquoi ceci? pourquoi cela? On s'amuse à me faire faire un fort sot personnage, et à vous-même un autre, ne vous déplaise, qui ne valait guère mieux. Excusez , mon pauvre Deleyre, si, dans la grossièreté de ma nomenclature, j^ai osé appeler cela du commérage : pareille expression ne m'échappera plus. Ma^s pemiettex-moi de vous dire pour la dernière fois, que, bien que faible, auunt qu'un autre, jamais femme ni fille ^a pareils pro^ cédés, n'aura r honneur de me rendre amoureux d'elle. » Quant à la femme dont vous me parlez, et qui s'est dites-vous, vantée de dîner avec moi, j'espère qu'elle n'a > pas teuu parole; et quant à moi , je n'en ai entendu parler que par vous, non plus que de votre maîtresse dont je ne sais pas même le nom. Ohî pour celle-là, puisque vous ne la protégez pas, je vais me venger sur elle», et en faire une véritable commère; car, voyez^v'ous, il m'en faut une absolument, et je vois'bien que vous m'abandonnez celle-ci , comme le chasseur jette à l'épervier un morceau de chair pour lui faire tâcher sa proie.
» Enfin donc , vous vous *tes choisi une maîtresse tendre et vertueuse! cela n'est pas étonhant; toutes les maîtresses le sont. Vous vous l'êtes choisie k Paris? Trouver à Paris une nQiaîtresse tendre et vertueuse c'est tfêtre pas malheureux. Vous lui avez fait une promesse de mariage ? cher Dclcyre , vous avez fait une sottise; car si vous continuez d'aimer, la promesse est superflue; si vous cesser, elle est inutile, et vous peut donner de grands embarras. Mais peut-être cette promesse a-t-cHe été payée comptant; en ce cas, je n'ai plus rien à dire. Vous l'avez signée de votre sang? Cela est presque tragique; mais je ne sais si le choix
de l'encre dont on écrit , fait quelque chose à la foi de celui qui signe. Je vois bien que Tamour rend enfants les philosophes, tout aussi bien que nous autres. Cher Deleyre , sans être votre ami , j'ai de Tamitië pour voos^ et je suis alarmé de l'état où vous êtes. Ah! de grâce, songez que l'amour n'est qu'illusion, qu'on ne voit .rien tel qu'il est tant qu'on aime, et s'il vous reste une étincelle de raison, ne faites rien sans l'avis de vos parents. »
Cette lettre qui n'eit comprise dans aucune édition est un pertiflage cruel, et nous devons convenir que, lorsqu'on choisit pour maîtresse une Thérèse LeYasseur, on n'a pas droit de se moquer du choix des autres. M.Delejre était à cette époque secrétaire de M. le comte de Ghoiseul , ambassadeur de France en Autriche , er «Tec ce ministre, h Vienne, où Rousseau lui adressait sa réponse.
177 {bis), A M. CoiNDET. Montmorency , ce vendredi.
( Décembre 1761.)
« Quelque aimiable que puisse être M. l'abbé de Grave , comme je ne le connais point , et qu'en France tout le monde est aimable , il me semble que rien^n'est moins pressé que d'abuser de sa complaisance pour l'amener à Montmorency , sans savoir si vous ne lui ferez point passer une mauvaise journée et à moi aussi. Vous êtes toujours Ik-dessus si peu difficile, qu'il faut bien que je le sois pour tous deux.
» A l'égard de l'édition projetée , si tant est qu'elle doive se faire , il ne convient pas qu'elle se fasse si vite au moins si j'y dois consentir. M. de Malesherbes a exigé des réponses à ses observations , il faut me laisser le temps de les faire et de les lui envoyer. Il faut labser à Robin le temps de débiter les éditions précédentes