‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 88 sur 108 · IV. PARTIE. SES OUVRAGES. Sl · texte numérisé non relu

IV. PARTIE. SES OUVRAGES. Sl

58g (bis)» Â. M. GoiNDET. -^ Motiers , le 27 avril 1765.

€( Je devrais , mon cher Coindet , vous écrire souvent , ne fut-ce que pour vous remercier. Mais acceptez , je vous prie , la bonne volonté pour l'effet ; car , en ce moment y eusse - )e dix mains et dix secrétaires , je ne suffirais pas à tout ce qu'on me force d'écrire. Je dois au3si des remercîments à M. Watelet et à M. Loiseau. Quand je ne leur en devrais pas, je voudrais leur écrire. En attendant que je puisse là - dessus me satisfaire , faites-leur les plus tendres salutations de ma part.

» Je comprends qu'on a pu vous marquer de Genève que je quittais Motiers. On y a si bien'^ravaillé pour cela , qu'on n'a pas douté du succès. Je ne sais pas encore si je prendrai le parti de complaire à ces messieurs, mais jusqu'ici cela dépend uniquement de ma volonté , et il est apparent que cela n'en dépendra pas moins dans la suite.

)> Vous aurez su que je portais autrefois l'honorable surnom du citoyen par excellence , lorsque je l'avais beaucoup moins mérité qu'aujourd'hui. Vous pouvez voir , par la couronne civique dont j'ai entouré ma devise j à la tête de mon dernier ouvrage , quelle justice je sens m'étre due a cet égard. Je souhaite qu'au moins mes amis rofi l'accordent , en me rendant ce nom de citoyen , qui m'est si cher , et que j'ai payé si cher. Ce n'est point pour moi un titre vain , puisqu'outre que , par ime élection unanime y j'ai ici une patrie qui m'a choisi , s'il est sur la terre un état ou règne la justice et la liberté , je suis citoyen né de cet état-là. Conclusion ; îe fus et je suis le citoyen. Quiconque m'aime , ne doit plus mç donner d'autre nom.

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» A mesure que vous m'envoyez quelque chose, vous ne m'en marquez point le prix. Gela fait que je ne puis vous rendre vos déboursés. Yojas prétendez que je ne vous devais qu'un écu pour le cadre de l'amitié : c'est une moquerie, mais soit; depuis lors le compte doit être augmenté. Donnez-m'en la note, et je chargerai Buchesne de vous rembourser. Car , pour vos soins , je ne puis les payer qu'en reconnaissance , puisque c'est le seul prix que vous en voulez agréer. Le Corneille est admirable , c'est dommage qu'il ait été un peu chiffonné dans le transport. J'ai reçu la charmante oiseleuse avec un nouveau plaisir, augmenté par les bontés de l'aimable graveur. Il mérite un nouveau remercîment pour celui dont il me dispense ; sans m'acquitter , une lettre me codte ; c'est me faire un second présent que de m'en exempter.

» Je vois, par le présent que vous m'avez envoyé, de la part de M. Yattelet , que madame Le Comte , ni loi, n'ont pas voulu profaner , dans mes mains , leurs propres ouvrages. Ils m'auraient pourtant été beaucoup phis précieux que toute autre estampe ; mais , du reste , on ne saurait refuser plus magnifiquemiânt.

n Voici le huitième mpis que je ne suis sorti de h chambre. Plaignez-nioi , nion thet Coindet , vous qui savez que )e n'ai plus d'autre plaisir que la promenade , et que je ne suis qu'une machine ambulante* Encore ma prison me serait-elle moins rude ,' si du moins j'y vivaii tranquille , et qu'on m'y laissât le temps d'écrire à mon aise à mes amis. Je vous embrasse de tout mon cœur.

» Pour trouver , s'il se peut , le repos apr^ lequel je soupire , je prends le parti de vider nia tète de toute idée , et de l'empailler avec du foin. Je gagnerai à cdt de mettre un nouvel intérêt à mes promenades , par U

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