‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 90 sur 108 · A. MADAME LA GoMTESSE DE BoUFFLERS. LondrCS · texte numérisé non relu

A. MADAME LA GoMTESSE DE BoUFFLERS. LondrCS

i8 janvier l'jôÇ.

«Nous sommes arrivés ici, Madame, lundi dernier, après un voyage sans accident; je n'ai pu, comme je Tespérais, me transporter d'abord à la campagne. M. Hume a eu la bonté d'y venir hier faire une tournée avec moi ^ pour chercher un logement. Nous avons passé à Fulham , chez le jardinier auquel on avait songé; nous avons trouvé Une maison très-malpropre , où il n'a qu'une seule chambre à donner , laquelle a deux lits , dont l'un est maintenant occupé par un malade, et qu'il n'a pas même voulu nous montrer. Nous avons vu quelques endroits sur lesquels nous ne sommes pas encore décidés, mon désir ardent étant de m'éloigner davantage de Londres , et M. Hume pensant que cela ne se peut , sans savoir l'anglais, je ne puis mieux faire que de m'en rapporter entièrement à la direction d'un conducteur si zélé. Cependant je vous avoue , Madame , que je ne renoncerais pas facilement à la solitude dont je m'étais .flatté et où je comptais nourrir à mon aise les précieux souvenirs des bontés de M. le prince de Conti et des vôtres.

5l6 HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAV,

» M. Hume m'a dit qu'il courait à Paris une prétendue lettre que le roi de Prusse m'a ëcritel Le roi de Prusse m'a honoré de sa protection la plus décidë^et des offres lesplus obligeantes ; mais il ne m'a jamais ëèrit. G)mme toutes ces fabrications ne tarissent point, et ne tariront vraisemblablement pas sitôt , je désirerais ardemment qu'on youlàt bien me les laisser ignorer, et que mes ennemis en fussent pour les tourments qu'il leur' plaît de se donner sur mon compte, sans me les faire partager dans ma retraite. Puisse -je ne plus rien savoir de ce qui se passe en terre-ferme , hors ce qui intéresse les personnes qui me sont chères! J'apprends , par une lettre de Neuchâtel , que mademoiselle Le Yasseur est actuellement en route pour Paris; peut-être au moment où vous recevrez cette lettre, Madame, sera-t-elle déjà chez madame la maréchale : je prends la liberté de la recommander de nouveau à votre protection , et aux bons conseils de miss Beckett. Je souhaite qu elle vienne me joindre le plus tôt quil lui sera possible : elle s'adressera à Calais , à M. Morel Disque , négociant; et à Douvres , à M. Minet j maître des paquebots ^ qui l'adressera à M. Steward, a Londres.

)> Je ne puis rien vous dire de ce pays , Madame , que vous ne sachiez mieux que moi ; il me parait qu'on m'y voit avec plaisir et cela m'y attache. Cependant j'aimerais mieux la Suisse que l'Angleterre , mais j'aime mieux les Anglais que les Suisses. Votre séjour ches cette nation, quoique court, lui a laissé des impressions qui m'en donnent de bien favorables sur son compte. Tout le monde m'y parle de vous, même en songeant moins à moi qu'à soi. On s'y souvient de vos voyages , comme d'un bonheur pour l'Angleterre, et je suis sûr d'y trouver partout la bienveillance , en me vantant de

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