‹ Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 6 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Désordres dans Tile d'Hispaniola. —Conduite des rebelles à Xaragua (3o août 1498).

Colomb arriva à Saint-Domingue fatigué d*un voyage long et pénible, et accablé de souffrances ; l'esprit et le corps avaient également besoin de tranquillité; mais du moment où il sortit pour la. première fois de la vie privée, il ne devait jamais goûter les douceurs du repos. L'île d'Hispaniola ^ m. I

^ fîisToiRÈ [liv, xn.

sur laquelle il f^iid^t tant de brillantes pspérances, était destinée à devenir pour lui un sujet continuel de trouble et d'inquiétude, à entraver ses entreprises et à répandre de Famertume sur la fin de sa carrière. Cette île, si riche et si belle, avait été livrée à la misère et à la détresse par les passions perverses de quelques misérables. Les guerres avec les naturels , les séditions parmi les colons avaient interrompu le travail des mines et tari toutes les sources de richesses. Les horreurs de la famine avaient succédé aux horreurs de la guerre; la Culture des terres avait été généralement négligée; plusieurs provinces avaient beaucoup souffert pendant les troubles; une grande partie des Indiens s'étaient enfuis sur les montagnes, et ceux qui restaient n'avaient plus le courage de travailler, eu voyant que le produit de leurs sueurs pouvait leur être enlevé par de barbares étrangers.

Il est vrai que la paix et la tranquillité régnaient de nouveau dans la Vega ; mais c'était la morne tranquillité d'un désert. Cette belle région, que quatre ans auparavant les Espagnols avaient trouvée si peuplée, si heureuse, qui paraissait renferriier dans son sein fertile tous les trésors de la nature, et d'où semblaient bannis tous les soins et tous les soucis du monde , n'offrait plus qu'une vaste scène de misère et de souffrance. La plupart de ces bourgades indiennes où les Espagnols avaient été retenus par une touchante hospitalité, où ils s'étaient vus presque adoiés comme des divinités

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bienfaisantes, étaient alors tristes et abandonnées. Une partie de leurs habitans dispersés erraient au milieu des rochers et des cavernes; d'autres étaient réduits en esclavage; beaucoup étaient morts de faim; beaucoup avaient péri par lepée. Il semble presque incroyable qu'un si petit nombre d'Européens, contenus encore par des gouverneursbien intentionnés, aientpu dans unsi court espace de tempa produire tant de désastres. C'est que les principes du mal ont une funeste activité, et que tandis que l'homme le meilleur ne peut souvent, avec les plus grands efforts, faire qu'un peu de bien, il semble que l'être le plus vil ait le pouvoir de causer dea maux incalculables.

Si les passions perverses des Hommes blancs avaient eu des effets si funestes pour ce peuple in-. nocent, par un châtiment mérité elles n'avaient pas eu pour eux-mêmes des conséquences moins désastreuses. Nulle part on n'en voyait d'exemple plitô frappant que parmi les habitans d'Isabelle, les plus paresseux, les plus turbulens et les plus dis^ solus de l'île. Les travaux publics étaient suapendus; les champs et les jarcUns qu'ils avaient com^ mencé à cultiver restaient en friche; à force d'extorsions et de cruautés ils avaient chassé les naturek des environs, et le pays autour d'eux n'était plus; qu'urne vaste solitude. Trop lâches pour travailler, et dépourvus de toutes ressources pour occuper leur indolence , ils se querellaient entre eux, se révoltaient CQnti-e leurs chefs, et ne cessaient de se

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disputer que pour tomber dans le découragement. Beaucoup des soldats casernes dans l'île avaient souffert considérablement, pendant les derniers troubles, d'avoir été renfermés dans des villages indiens où ils ne pouvaient point faire d'exercice, et où ils étaient obligés de se nourrir d'alimens auxquels ils ne pouvaient s'accoutumer. Ceux qui avaient été employés à un service actif avaient été épuisés par les marches forcées et les fatigues de toute espèce. Les uns avaient été enlevés par la maladie ; d'autres sentaient que leur constitution affaiblie ne résisterait pas long -temps. Il régnait un désir général de quitter l'île et d'échapper aux fléaux qu'ils avaient créés eux-mêmes ; et pourtant c'était là ce pays fertile , cette terre de prédilection vers laquelle les poètes et les philosophes tournaient leurs regards avec tant de complaisance, et qui semblait réaliser les tableaux de l'âge d'or! Tant il est vrai que le plus beau paradis que l'imagination puisse concevoir, serait changé en enfer par les passions des méchans !

Une des premières mesures de Colomb, à son arrivée , fut de publier une proclamation par laquelle il approuvait toutes les mesures de l'Adelantado, et censurait Roldan et ses associés. Cet homme turbulent avait pris possession de Xaragua , où les naturels lui avaient fait le meilleur accueil.Il avait permis à ses partisans de s'y livrer à leur goût pour l'oisiveté et pour la débauche, et les habitans étaient devenus les victimes de leurs vices et de leurs pas-

sioHS. Un incident qui arriva avant qu'ils eussent connaissance de l'arrivée de Colomb les rendit plus redoutables encore, en leur fournissant de nouvelles ressources. Un jour qu*ils se promenaient sur la côte, ils aperçurent dans leloignement trois caravelles dont la vue, dans cette partie déserte de TOcéan, les remplit de surprise et d'alarme. Les bâtimens approchèrent de la côte et jetèrent l'ancre. Les rebelles, dans le premier moment, craignirent qu'ils ne fussent envoyés à leur poursuite. Mais Roldan, qui avait autant de pénétration que d'audace, présuma que c'étaient des vaisseaux qui s'étaient écartés de leur course et qui avaient été entraînés à l'ouest par les courans, et que par conséquent ils devaient ignorer ce qui s'était passé récemment dans l'ile. Après avoir recommandé à ses compagnons le plus grand secret, il se rendit à bord, et feignit d'avoir été placé dans ces parages pour maintenir les naturels dans l'obéissance et pour percevoir les tributs. Ses conjectures sur les bâtimens étaient exactes. C'étaient en eflfet les trois caravelles que Colomb avait détachées de son escadre aux îles Canaries pour apporter des approvisionnemens à la colonie. Les capitaines ignorant la force des courans qui régnent dans la mer des Caraïbes, avaient été entraînés beaucoup plus à l'ouest qu'ils ne l'avaient calculé, et ils avaient fini par se trouver portés sur la côte de Xaragua.

Roldan et ses compagnons gardèrent parfaitç-

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Vittit leur secret pendant trois jours. Le regardant comme un personnage important qui méritait toute confiance , les capitaines n'hésitèrent pas à lui accorder tout ce qu'il demanda, et ilse procura ainsi des épées, des lances, dés arbalètes, et toutes sortes de munitions. Pendant ce temps ses associés, dispersés sur les trois vaisseaux, travaillaient sous main les équipages, et cherchaient se* Crètement à faire des recrues, leur représentant la vie dure et pénible que les Colons menaient à Saint-Domingue, tandis qu'à Xaragua ils passaient leur temps au milieu des plaisirs. On avait adopté là proposition imprudente de l'amiral , de substituer à la peine de mort la déportation aux colonies, et la plupart de ces équipages avaient, été formés de cette manière. C'étaient des vagabonds, le rebut des villes espagnoles, ou bien des malfaiteurs tirés dés prisons; c'étaient par conséquent les gens les plus propres à se laisser influencer par de pareilles représentations ; et ils promirent de saisir la première occasion pour déserter et aller joindre les rebelles.

Ce ne fut que le troisième jour qu'Alonzô Sanchez de Carvajal, le plu3 clairvoydnt des trois capitaines, découvrit le véritable caractère des hôtes dangereux qu'il avait admis si librement à bdrd de ses vaisseaux. Il était trop tard alors; le mal était fait.' Ses camarades et lui eurent plusieurs conférences animées avec Roldan pour l'engager à rentrer dans le devoir et à cesser de se mettre en op-

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position avec l'autorité légitime. La certitude que Colomb était eil route et qu'il allait bientôt reparaître avec de nouvelles forces et un surcroît dé puissance, avait fait un»e impression profonde sur son esprit. Il avait, comme on l'a déjà vu, préparé ses amis de Saint-Domingue à plaider sa cause auprès de l'amiral , en l'assurant qu^il n'avait voulu s'opposer qu'à l'injustice et à l'oppres;^ sion de l'Adelàntado, mais qu'il était prêt à se Soumettre à Colomb à son arrivée. Carvajal s'aperçut que la résolution de Roldan et de plusieurs de ses principaux confédérés était ébranlée , et il se flatta que s'il restait quelque temps au milieu des rebelles, il pourrait réussir à les ramener dan^ le devoir. Les vents étant contraires, les vaisseaux ne pouvaient remonter les courans jusqu'à Saint- Domingue. 11 fut donc convenu entre les ttoh ca^ pitaines qu'un certain nombre de^ gens des éqtri^ pages, ceux qui, sachant quelque métier^ pouvaient être les plus utiles à la colonie , s'y rendraient îmfiiédiatetnènt par terre. Ils devaient être cdtiduits par Juan Antonio Colombo , capitaine de l'une defe caravelles, parent dé l'amiral et entièrettient dévoué à *efe ihtéréts. Arana devait partir avec les Vaisseaux dès que le vent le permettrait, et Carvftjâl s'offrît pour rester à terre et chercher à ràin^lier les rebelles.

Lé leridemàln matin, Jùaii Antonio Oï>lombé débar(|ua avec quarante hommes armés d'arbalète», tfépéës €ft de lances; mais il fut étonné de se vok

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tout à coup abandonné de toute sa troupe, à l'exception de huit hommes. Les déserteurs passèrent en triomphe aux rebelles, qui reçurent avec de grandes démonstrations de joie ce renfort important. Ce fut en vain que Juan Antonio employa tour à tour les remontrances et les menaces pour les faire rentrer daris le devoir. C'étaient pour la plupart des criminels endurcis, accoutumés à détester l'ordre et à braver la loi. Ce fut sans plus de succès qu'il s'adressa à Roldan, et qu'il lui rappela ses protestations de dévouement au gouvernement. Celui-ci répondit qu'il n'avait aucun moyen de forcer les autres à l'obéissance ; que son établissement était un simple Monastère d'Observation y où chacun était libre d'adopter la règle de l'ordre. Telle fut la première des conséquences désastreuses qu'engendra le funeste principe de peupler une colonie de malfaiteurs, et de mêler ainsi le vice et la scélératesse à la source première de sa population.

Triste et déconcerté, Juan Antonio revint à bord avec le peu d'hommes qui lui étaient restés fidèles. Craignant de nouvelles désertions, les deux capitaines mirent aussitôt en mer, laissant derrière eux Carvajal qui voulait poursuivre ses tentatives auprès des rebelles. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine et après un grand retard que les caravelles arrivèrent^ Saint-Domingue, le vaisseau de Carvajal ayant donné sur un banc de sable et ayant beaur coup souffert. Lorsqu'ils entrèrent dans le port, la plus gra^de partie des provisions dont Us avaient

été lestés était ou épuisée ou avariée, Âlonzo Sanchez dé Garvajal arriva bientôt après par terre; plusieurs des rebelles l'avaient escorté jusqu'à six lieues de la place pour le protéger contre les Indiens. Il n avait pu réussir à les décider à se soumettre immédiatement; maisRoldan avait promis que du moment où il apprendrait l'arrivée de Ck>lomb, il se rendrait dans les environs de Saint-Domingue pour être à portée d'exposer ses griefs, d'expliquer sa conduite, et d'entrer en négociation pour ajuster tous les différends. Carjaval était porteur d'une lettre de Roldan pour l'amiral à cet effet, et il ajouta qu'il était convaincu, d'après les observations qu'il avait faites pendant son séjour parmi les rebelles , qu'il suffirait de la promesse d'une amnistie pour les faire rentrer tous dans l'obéis-

sance \

* Las Casas, lib. i, cap. 149, i5o. Herrera, decad. i, lib. III, cap. 12. Hist. del Almirante ^ cap. 77.

lo BisToïKE [iir. xn.

CHilPITRE n.

Négociation de l'amiral avec les rebelles. — Départ de vaisseaux pour l'Espagne (1498).

• Malgré le rapport favorable de Carvajal, Colomb n'apprit pas sans de vives inquiétudes ce qui s'était passé à Xaraguà. 11 prévit que l'insolence des rebelles et leur confiance dans leur force allaient être encore augmentées par un renfort aussi considérable d'hommes bien armés et prêts à tout. L'offre de Roldan, de venir dans les environs de Saint-Domingue, le fit tressaillir. Il doutait de la sincérité de ses protestations, et il croyait avoir tout à craindre de la part d'un chef si adroit, si audacieux et si turbulent, qui se voyait à la tête d'une troupe déterminée et dévouée à ses ordres. L'exemple de cette horde indisciplinée, se répandant sur l'île au mépris de l'autorité et vivant sans con-

trainte au milieu d'un désordre complet et d'une pleine débauche, ne pouvait produire qu'un efifet dangereux sur les colons nouvellement arrivés ; et lorsqu'ils seraient assez près pour entretenir de$ intrigues secrètes et ouvrir un camp d'asile à tous les mécontens, il était à craindre que la colonie tout entière, travaillée par leurs sourdes menées ^ ne se laissât gagner par la contagion et ne secouât aussi le jo^g de l'obéissance.

Il allait prendre des mesures promptes pour fortifier la fidélité des colons contre de pareilles séductions. L'amiral savait que plusieurs d'entre eux désiraient vivement de retourner en Espagne; et que les séditieux avaient eu soin de répandre adroitement lé bruit que ses frères et lui voulaient les retenir dans l'île par des motifs d'intérêt personnel. Il publia donc le i a septembre une proclamation par laquelle il annonçait que cinq raisseaux dlaient mettre à la vdile pour TE^agne, et il offrait à tous ceux qui Voudraient retourner dans leur pcltrife de s'y embarquer. Il espérait par ce moyen Jmi^^ la cotonie de tous lés dé^uVréset de tous les mécontens ) affaiblir le parii de Roldan et ne giarder auprès de lui que ceux dont la fidélité «t le dé vouemen t étaient k toute épreuve.

Il écritit eâ même temps k Miguel Ballester, le b^Ve et loyal vétéran qui commandait te fort delà Conception, pour lui recommander d'être sur ses gardes, parce que les rebelles allaient s'en approcher. U l'autorisait aussi à avoir une entrevile dvec

la HISTOIRE [lIV. XII.

Roldan , à lui offrir le pardon et l'oubli du passé, à condition qu'il rentrerait immédiatement dans le devoir; et à l'inviter à se rendre à Saint-Domingue pour avoir une conférence avec l'amiral, lui promettant solennellement, et s'il le voulait par écrit ^ que sa personne serait respectée. Colomb était sincère : naturellement doux et bumain, il ne conserva jamais aucun sentiment de haine ni de vengeance contre le trop grand nombre d'hommes pervers et méprisables qui remplirent ses jours de tant d'amertume,

Ballester venait à peine de recevoir cette lettre , que les rebelles commencèrent à arriver au village ^e Bonao. Il était ^tué dans une Vega ou vallée délicieuse portant le même nom. Le pays était fertile et bien peuplé. Ce village pouvait être à dix lieues du fort de la Conception et à vingt de Saint- Itomingue. Pedro Riquelme, un des chefs de la sédition, y avait des possessions considérables, et sa résidence devint le quartier-général des rebelles. Adrien de Moxica, homme d'un esprit turbulent, qui ne se plaisait qu'au désordre, amena son détachement de scélérats dépravés à ce lieu de rendez-vous. Roldan et les autres conspirateurs vinrent l'y rejoindre par différentes routes.

A peine Miguel Ballester eut-il appris l'arrivée de Roldan qu'il partit pour aller lui parler. Ballester était un vieillard à cheveux blancs, de l'air le plus respectable. Ses manières étaient celles d'un «oldat. Il était franc et loyal, d'un caractère grave et

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d'une grande simplicité de cœur ^ C'était l'homme qu'il fallait pour remplir le rôle de médiateur auprès de gens fougueux et dissolus; car personne n'était plus propre que lui à calmer leurs passions par sa gravité, à désarmer leur pétulance par son âge, à gagner leur confiance par sa franche loyauté, et à frapper le vice même de respect par sa vertu sans tache,

Ballester trouva Roldan avec Pedro Riquelme, Pedro Gamitz et Adrien de Moxica, trois de ses principaux confédérés. Sentant augmenter sa confiance avec ses forces, Roldan rejeta dédaigneusement l'offre de pardon, déclarant qu'il n'était pas venu pour traiter de la paix , mais pour demander le relâchement de certains Indiens qui avaient été Éaits prisonniers contre toute justice, et qu'on allait embarquer pour l'Espagne comme esclaves, quoique, en sa qualité d'alcade, il eût promis solennellement de les protéger. Il protesta que, tant que ces Indiens ne seraient pas mis en liberté, il n'écouterait aucune proposition ; et il poussa même l'insolence jusqu'à insinuer en même temps que le sort 4e l'amiral était entre ses marins, et qu'il était le maître d'en décider comme il le voudrait.

Les Indiens auxquels il faisait allusion étaient des sujets de Guarionex que Roldan avait excités à refuser de payer le tribut, et qui, sous la protection de son autorité supposée, avaient pris part

* LasCa^i^, Hist, Ind,, cap, i55.

t4 HÎSTQHlJfe [lîV.XH.

auxinsprirectiops de la Vega. Rol4an savait qu§ l'uii des plus grands reproches que l'on faisait eo^ Eçp^gx^e au gouvernement de l'îlç ,. était de réduire les Indiens en esclavage ; qm \a^ veine si^rtovtt s'était prononcée ^rmellennent à cet égard; e^.ji eut l'adresse de colorer de telle sojrtç sa résistance à Colomb , qu'elle parût n'avoir d'autre but que de défendre les droits des malheureux insula^es^ I^es rebelles firent d'autres demande^ ^e la naturç. la plus insolente, et ils finirent par déclairer qu'à l'ayenir ils ne traiteraient plus qu'avec Carvajal, ayant eu des preuves de son impartialité çt de ss^ justice dans les relations qu'ils avaient eues aveq lui à Xaragua.

Cettç arrogante réponse à ses offres de pardon était bien différente de ce que l'ajuiral avait été porté à espérer. Il se trouvait place dans la situation la plus embarrassante. La trahison et la perfidie l'entouraient de ious côtés. Il savait que Rolr. dan avait des amis et des partisans secrets, i?îén>e parmi ceux qui feignaient de lui rester fidèles; et il ignorait jusqu'où les ramifications du complot ppuvaient s'étendre. Une circonstance lui. prouva, bientôt que ses craintes n'étaient que trop fon^ dées. Il avait prdonné anx habitans de Saint-Domingue de paraître sous les armes., afin dj^ jnger quelle force il pourrait mettre au besoin en camr pagne. Le bruit se répandit aus^tôt que c'était pour les conduire à Bonao contre les rebelles. Soixante-dix seulement répondijrçn^t 4 l'app^l^Qt de

CH. il] de CHRISTOPHE GOLOBIB. 1 5

ce nombre il n'y en avait pas plus de quarante sur lesquels on pût compter. L'un affectait d'être estropié, un autre d'être malade; les uns avaient^ desparenSy les autres des amis dans la troupe de fijoldan; presque tous ne servaient qu'à contrecœur.

Colomb vit que recourir aux armes ce ne sertit que trahir sa faiblesse, montrer la force des nulles, et compromettre tout à la fois la dignité et la puissance du gouvernement. Il était donc nécessaire de temporiser, quelque humiliante que pût paraître cette conduite. Il avait retenu pendant dix-huit jours les cinq vaisseaux dans le port, dans l'espoir de trouver quelque moyen d'apaiser cette rébellion , et de pouvoir envoyer en Espagne desnouvelles favorables de l'île. Mais les provisions se consommaient. I^es prisonniers indiens qui étaient abord souffraient beaucoup; plusieurs d'entre ewx ^'étaient jetés dans la mer; d'autres, entassés à fond de cale, suffoquaient de chaleur et périssîdent en grand nombre. Il lui tardait aussi que le plus de mécontens possible partissent pour l'Espagne avant qu'aucune commotioneût lieu.

Le i8 octobre, les vaisseaux mirent donc en oler^ Ck)lomb écrivit à Leurs Majestés les détails delà révolte, l'offre de pardon qu'il avait faite et le refus des rebelles. Comme Roldan prétendait que

* Sur l'un de ces vaisseaux était le père du vénérable historien Las Casas , qui apprit de lui les principaux détails de cette t^rtie de son histoke. (Las Casas, lib. i, cap. 1 55).

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c'était une simple querelle entre FAdelantado et lui , dont l'amiral ne pouvait être jugé impartial, il demandait que Roldan fût rappelé en Espagne ; où Leurs Majestés pourraient juger sa conduite ; ou bien qu'une enquête eût lieu en présence d'Alonzo Sanchez de Carvajal, qui favorisait Roldan, et de Miguel Ballester, comme témoin pour l' Adelantado. Il attribuait, en grande partie, les trou^ blés de l'île, aux délais interminables qui l'avaient retenu en Espagne, et aux obstacles qui lui avaient été suscités par ceux mêmes qui avaient été chargés de l'aider, et qui avaient retardé le départ des vaisseaux jusqu'à ce que la colonie fût réduite à la plus grande disette. De là le mécontentement , les murmures , et enfin la rébellion. Il suppliait de la manière la plus pressante Leurs Majestés, de vouloir bien donner des ordres pour que les affaires de la colonie ne fussent point négligées, et que ceux qui en étaient chargés à Séville, ne cherchassent point à nuire au lieu d'être utiles. Il parlait du châtiment qu'il avait infligé au vil Ximeno Breviesca, l'insolent favori de Fonseca ; il était sûr que cette circonstance, ainsi que beaucoup d'autre^, seraient dénaturées par ses ennemis, et présentées sous le jour le plus propre à le perdre dans l'esprit de Leurs Majetés , et il les priait de ne point prêter l'oreille, en son absence, à leurà insinuations perfides. Il les assurait que les ressources naturelles de l'île ne demandaient qu'une sage direction pour fournir à tous les besoins des colons ;

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mais que ceux-ci étaient indolens et dissolus. H proposait de profiter du départ de tous les vaisseaux pour renvoyer^ comme illefaisaitalors, un certain nombre de mécontens et d'êtres inutiles^ qui seraient remplacés par des hommes doux et laborieux. U demandait aussi que des ecclésiasticpies fassent envoyés pour instruire et convertir les Indiens, et ce qui n'était pas moins nécessaire pour réformer les Espagnols vicieux. Il désirait encore un jurisconsulte habile et expérimenté; qui mt exercer dai» iliè les fonctions de juge , et plusieurs officiers du domaine royal. Rien • de plus sage, rien de plus politique que ces suggestions; mais malheureusement il y avait dans cette excellente lettre un paragraphe qui en altérait beaucoup la beauté morale. Il demandait que les Espagnols pussent encore pendant deux ans se servir des Indiens comme d'esclaves, n'employant pourtant comme tels que ceux qui étaient pris à la guerre ou dans les insurrections. Colomb avait pour excuse la coutume du siècle ; mais une pareille demande n'en était pa3 moins en ^contradiction avec la douceur habituelle de son caractère^ et avec sa conduite vraiment paternelle à l'égard de ce malheureux peuple.

En même temps il écrivit une autre lettre dans laquelle il rendait compte de son récent voyage, et à laquelle il joignit une carte et des échantillons de l'or, et particulièrement des perles qu'il avait trouvées dans le golfe de Paria. U appe*

ï% ttlStOIAfi [lIV. XII.

Ifcit silrtotlt Fattention sur les perles, les premières qui eussent été trouvées dans le Nouveau- Monde. C'est dans cette lettre qu'il décrivait dans des termes si pompeux et avec tant d'enthousiasme le continent nouvellement découvert; c'était, diaait-il , là partie la plus favorisée de l'orient , la source de trésors inépuisables , l'emjdaœment probable du paradis terrestre , et il promettait de oontiHiuet* la découverte de ces glorieux royaumes dvec les trois vaisseaux qui lui restaient, aussitôt que les affaii'es de l'ile le lui permettraient.

Par cette même occasion ^ Roldan et ses amis envoyèrent également des lettres en Espagne, sW-* forçant de justifier leur rébellion en accusant Colomb et ses frères d'oppression et d'injustice, et en peignant l'ensemble de leur conduite sous les plus noires couleurs. On devrait naturellement supposer que les représentations de pareils hommes eu* rent peu de poids dans la balance auprès des taleos ^prQuvés et des services éminens de Colomb; mais ils avaient de nombreux amis en Espagne; ils av^ent pour eux les préjugés populaires , et il se jtrouvait près des souverains des malveillans prêts i^ plaider leur cause. Colomb, pour employer ses expressions simples , m^is touchantes , était « ab* j^ent^ exposé à l'envie, et étranger dans le pays ^ »

* tias Casas, Hîst. ïnd.j lib. i, cap. 157.

OL Ql] D£ ^HEtSTO^HC COLOMB. t^

cHAPiTBi: m.

Arrangement avec les rebelles (i496}*

LâES vaisseaux étant partis ^ Colomb renoua sa négociation avec les rebelles. U était détenniné à mettre fin à tout prix à cette sédition ; car tant qu'elle ne serait pas apaisée , non i- seulement la tranquillité de l'île serait compromise ^ mais tous ses briUans projets de découvertes seraient inter^ rompus. Ses vaisseaux demeuraient oisiis dans le port/|uoiqu'une région quip^mssaitrenfermerdci* richesses sans bornes restât à exf^rer. Il s'élaitpraposéd'y ^li^oyer son frère;mais laprésencede l'Aiiolantadoy dont il connaissait l'activité et le courage, âait indispensable dans un mom^it où il avait à. craindre que les p:)ebelies n'en vinssent ouvertement à quelque acte de violence. TeUes étailxitlfîsdi^gs'

20 msfroiEE [liv. xn.

cultéà qu'il devait rencontrer à chaque pas de sa magnanime entreprise j entravé à la fob par les intrigues artificieuses des autorités en Espagne, et par la turbulence insolente d'une poignée de mauvais sujets. Colomb eut de fréquentes et sérieuses conférences avec le petit nombre d'Espagnols à qui il pouvait accorder sa confiance. Il découvrit que le mécontentement général provenait en grande partie de la sévérité de son frère, qu'on accusait de gouverner avec trop de rigueur. Cependant Las Casas, d'après les témoignages qu'il recueillit de différentes sources sur la conduite de l'Adelantado, l'acquitte de toute accusation de cette espèce, et affirme qu'à l'égard de Roldan en particulier, il avait montré beaucoup d'indulgence. Colomb, de l'avis de ses conseillers et suivant aussi l'impulsion de son propre cœur, résolut d'essayer l'effet de la clémence. Il écrivit à Roldan une lettre datée du ao octobre, conçue dans les termes les plus doux et les plus bienveillans. Il lui rappelait leur ancienne amitié, et exprimait le chagrin qu'il avait ressenti en apprenant les querelles qui étaient survenues entre lui et l'Adelantado. Il le priait, par amour pour le bien public et par égard pour sa prppre réputation, après tout le bien qu'il avait ' dit de lui aux souverains, de ne pas persister plus long-temps dans son insubordination. U lui donnait J de nouveau sa parole', s'il voulait se rendre auprès ; de lui ainsi que ses compagnons, que leurs person^ nés seraient respectées.

CH^ m.] DE CHAISTOPHi; COLOMB. 2 1

La difficulté était de savoir qui serait porteur de cette lettre. Les rebelles avaient déclaré qu'ils ne. voulaient plus entendre parler d'accommodement ^ à moins qu'on ne leur envoyât Âlonzo Sanchez de Garvajal. Cependant on avait des doutes sur la fidé» lité de cet officier. Les plus prévenus contre lui fusaient observer quHl avait souffert que Roldan restât deux jours à bord de sa caravelle à Xaragùa ; qu'i^ lui avait fourni des armes et des munitions ; qu'il avait négligé de le retenir à bord lorsqu'il avait appris que c'était un rebelle; qu'il n'avait fait aucune tentative pour ramener les déserteurs; qu'il avait été escorté jusqu'aux portes de Saint-Domingue par les rebelles, et qu'il leur avait envoyé des rafraîchissemens à Bonao '. Us alléguaient en outre qu'il s'était fait passer pour un collègue de Colomb nommé par le gouvernement pour surveiller et coiitrôler sa conduite. Us insinuaient qu'en conseillant aux rebelles de s'approcher de Saint-Domingue, son projet était, dans le cas où l'amiral ne serait pas arrivé, de s'unir à Roldan et dé s'emparer des rênes du gouvernement. Enfin, disaient-ils, le désir des rebeUes de l'avoir pour intermédiaire était une preuve qu'il devait aller se mettre à leur tête, et que l'étendard de la révolte devait être arboré à Bonaô. Tous ces rapports tourmentèrent Colomb pendant quelque temps , et il ne savait à quel parti s'arrêter; mais il réfléchit

^ Hist, delAlmirante, cap. 78.

iqae^ dâûd toutes les occasions qa^il avait eues d'observer la conduite de Carvajal, il l'avait toujoun vu agir en homme d'hdttneurj la plupart des cir* constances alléguées contre lui pouvaient s'interpréter en sa faveur; les autres n'étaient que de sim^ pies bruits, et il avait malheureusement éprouvé par lui-même combien les actions les plus honorables et les intention^ les pliis pures pouvaient être dénaturées par la malveillance. Il se détermina donc à écarter tout soupçon de son e^rlt, et à accorder «ne cônfianfce entière à Carvajal, et il rfeut jamais lieu de s^en repentir.

L'amiral avait à peine envoyé sa lettre, qu'il en reçut une des chefs des rebelles , qui avait été écrite quelques jours antérieurement. Dans celle-ci, ils Ile cherchaient pas seulement à se disculper de l'aocusation de rébellion , mais ils se faisaient un grand mérite d'avoir détourné leurs soldats de tuer TAdelantado, comme ils y étaient résolus, pour se ven* ger de son oppi^ession, et de les avoir décidés à atteïidre patiemment l'arrivée de l'amiral, qui leinr rendrait justice. Un mois s'était écoulé depuis son arrivée, pendant lequel ils avaient attendu ses ordres avec anxiété; mais il n'avait montré que de l'irritation contre eux, malgré les grands malheurs qu'ils avaient prévenus. Ils déclaraient donc qnô leur honneur et leur sûreté exigeaient qu'ils quittassent son service, et, en conséquence, ils le priaient d'accepter leurs démissions. Cette lettre était datée de Bonao, le 17 octobre, et signée par

m. m.] D£ CHRISTOPHE COLOMfi. ftS

Francisco Boldan, Adrien de Moxica^ Pedro de Gamez et Diego de Escobar '.

Pendant 0e temps, Carvajal arriva à Bonao, accompagné 4e Miguel Ballester. Ils trouvèrent les rd^ellea pleins d'arrogance et de présomption. Cependant la lettre pleine de douceur de l'amiral, accompagnée des vives instances de Carvajal et des sages remontrances du vétéran Ballester, produisit un effet favorable sur plusieurs chefs qui avaient pki6 de jugement que les êtres grossiers qu'iU avai)ent sous leurs ordres. Roldan , Gamez, Eacobar et deux ou trois autres étaient disposés à retourner auprès de l'amiral. Déjà même ils étaient montés k cheval dans ce dessein, quand ils furent arrétéf par les dameùi^ bruyantes de leurs soldats. Ceux-ci étaient trop accoutumés à une vie oisive et licen* deuse pour goûter l'idée de rentrer sous la discipline* Us soutinrent que dans une affsure qui les concernait tous, aucun arrangement ne devait étr^ pris que publiquement, par écrit, et apr^ avoir été soumis à leur approbation ou à leur refus. Il se passa un jour ou deux avant que ces clameurs pus^ s^it être apaisée. Roldan écrivit donc à l'amirs^ que 6^ compagnons s'opposaient à son départ, k mokÈB qu'un sauf-conduit ne fût envoyé pour lui et pour les personnes qui l'accoiiipagnieraient. Miguel Ballester écrivit en même temps à l'amiral

*■ Hist. del Almirant^f ^ap. ^. Ueveera , deçadl. i , Via* m , cap. i3.

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a4 HISTOIRE [XjTV.XU.

une lettre dictée par la sagesse et la prudence , dan$ laquelle il le pressait de souscrire aux conditions des rebelles 9 quelles qu'elles fussent. Il liii représentait que leurs forces augmentaient tous les jours, et que ses soldats désertaient à chaque instant pour passer de leur côté. Il pensait , ajoutait-il, qu'à moins que quelque arrangement n'eût promptementlieu, et que les rebelles ne fussent embarqués pour l'Espagne, non-seulement l'autorité, mais la personne même de l'amiral seraient en danger; car, bien que les hidalgos et les officiers immédiats de Colomb fussent prêts , il n'en doutait pas , à mourir pour le défendre, il craignait cependant qu'on ne pût compter beaucoup sur les autres Espagnols \ Colomb vit combien les circonstances étaient graves et urgentes, et il envoya sur-le-champ le sauf-conduit demandé. Roldan vint à Saint-Domingue; mais il était évident, d'après sa conduite, qu'il cherchait plutôt à se faire des partisans et à provoquer à la désertion, qu'à régler les articles d'ime capitulation. Il eut plusieurs conférences avec l'amiral, soit-de vive voix, soit par écrit. U se plaignait beaucoup et était très-exigeant dans ses demandes. Colomb lui fit de grandes concessions ^ mais quelques^imes de ses prétentions étaient trop arrogantes pour qu'il fût possible d'y souscrire. On n'arrêta rien de définitif. Roldan partit sous pré-

^ LasGasas, ffist. Ind.^ lib. i. cap. i53.

^ Las Casas, HÛL Jnd, , Ub. i, cap. i58.

CH. m.} DE CHRISTOPHE COLOMB. aS

texte d'aller consulter ses compagnons^ promettant de lui faire écrire ce qui aurait été décidé. L'amiral envoya son majordome, Diego de Salamanca, pour traiter en son nom'. Roldan écrivit de Bonao, le 6 novembre, une lettre où il faisait connaître 'ses conditions. Il demandait qu'on lui envoyât la réponse à la Conception, parce que la rareté des ^vres l'obligeait de quitter Bonao. U ajoutait qu'il l'attendrait jusqu'au lundi suivant, qui était le 1 1. Cette lettre, écrite dans un ton de menace et d'arrogance, contenait les demandes les plus insolentes. L'amiral se vit dans l'impossibÛité d'y souscrire; mais, pour montrer combien il était disposé à la douceur, et pour ôter aux rebelles tout prétexte de se plaindre de son ettréme rigidité, il fit afficher pendant trente jours à la porte de la forteresse une proclamation par laquelle il promettait une indulgence çntière et l'oubli du passé à Roldan et à ses partisans, ou à tous ceux d'entre eux qui rentreraient dans le devoir et se présenteraient devant l'amiral avant un mois, offrant en ïûeme ten^s de fournir à quiconque voudrait repartir pour l'Espagne les moyens d'y retoumw; inais il menaçait de traiter suivant toute la rigueur des lois ceux qui ne se présenteraient pas dans le " dâai fixé. U envoya à Roldan, par Carvajal, une copie de cette proclamation , ainsi qu'une lettre où il lui faisait sentir l'impossibilité où il était de sou-

^ Hùt. del AbnirantCj cap. 79.

a6 mïïtotM [laW.Mjh

écrire à se^ conditions, mais par laquée il oibmt d'accéder à tout arrangement qui aurait Tapproba^ tion de Carvajal et de Salamanca.

Lorsque Carvajal arriva, iltrouva le vétéran Bal-^ l^ter assiégé dans sa forteresse de la Conception par Roldan , qui s'était présenté devant la place sous prétexte de réclamer, en sa qualité d'alcade^najor , un coupable qui s'y était réfiigié pour se soustraire à la justice; désespérant de l'emporter d'assaut, Roldan se préparait à la prendre par famine , et il en avait déjà détourné les eaux. Lorsque Carvajal affidia la proclamation de l'amiral à la porte de lâ forteresse, les rebelles se moquèrent de l'amnistie proposée, disant iqu'avant peu ce sériait l'amiral qui serait oblige de leur en demander une. Cependant les vives remontrances de Carvajal firent faire aux eheh de sérieuses réflexions, et par sa médiation ^ des articles de capitulation furent rédigés. lis portaient que Roldan et ses compagnons s'em«* bairqueraient pour l'Espagne du port de Xaragua , à bord de deux vaisseaux qui seraient équipés et munis des provisions nécessaires dans f espace dé CttK[uante jours; qu'ils recevraient tous un certir fieat de bonde conduite , et que leur solde leur serait i^iyée intégrdeinent jusqu'au jour de la signa* tiire de la convention; qu'il leur serait donné des esclaves comme il en avait été accordé k d'autres , enaonaidération des services rendus; etque, comme plusieurs d'entre eux avaient des femmes, natives de l'île, qui étaient enceintes ou aoavdkmeiU; àc-

m Ul] de GHRIATO^fil COLOMB. àj

wnchées 9 ib pourraient ^ si ellM y coMétitdmti le&eHuneiier avec eux au lieu d'esclaves; qa^on indemniserait ceux dont les biens ou les efifets avaient été confisqués. D'autres articles pourvoyaient à la sàreté de leurs personnes , et il était stipulé quest le traité n'était pas ratifié sous huit jours ^ le tout serait nid et sans effet

Ces conventions furent signées par Roldan et m compagnons au fort de la Conception le i6 no* Tembre^ et par l'amiral le ai. Il pid>Ua en même tieii^s une ananûtie encore plus étendue que la pre« miém, pemiettafit à ceux qui voudraient rester dans l'île ^ ou de venir k Saint-Domingue et d'entrer au lerrice duroi^ ou de fidre valoir des tenres dans qoelque partie de Tile que ce fiut; mais ils pré£^ tmiA partager la fortune de Roldan, qui partit av6C sa bande pour Xaragua , afin d'y attendre l'aiv mée des ymmsmxx, U^était accompagné de Miguel Mister ^ envoyé par l'amiral pour surveiller les aj^préts de kiii^ embarquement.

CétaÀt tme dure épreuve pour Colomb de voiy Taqpéitition quf il projetait retardée par de si mi*» stables ol»tacles, et les vaisseaux sur lesquels son &ère devait s^er explorer le continent nouvelle* WM découvert, obligés de servir au tramport d^e poignée de fectieux. Il se consc^ oependant par la réflexion que la <atise de tous les malheurs qui avaient si long-temps'pesé sur l'île allait dîipa^ raîtreavec eux, et que dès lors tout rentrerait dans l'ordre et la^raoquiUité. U ordonna qu'on fit toute

a8 HISTOIRE [ut. xn.

ladiligencepossible pour envoyer promptement les vaisseaux à Xaragua ; ipais la rareté des vivres et la difficulté de terminer les préparatifs pour un tel voyage, dans l'état de désordre où se trouvait la colonie; retardèrent leur départ bien au-delà du terme stipulé. Sentant qu'en donnant àRoldan et à ses partisans des certificats de bonne conduite, il s'était vu forcé de tromper en quelque sorte le roi et la reine, Colomb leur écrivit pour leur apprendre tout ce qui s'était passé. Il leur disait qu'ils avaient résisté à l'autorité , empêché |es Indiens de payer le tribut , ravagé l'île , enlevé une grande quantité d'or et les filles de plusieurs caciques ; qu'il ne leur avait délivré des certificats que d'après les conseils des personnes qui l'entouraient, et attendu l'urgence des circonstances, l'île étant menacée d'une ruine complète par leur rébellion. Il conseillait donc à leurs majestés de les faire arrêter et de leur enlever leurs trésors et leurs esclaves , jusqu'à ce que leur conduite eût été soumise à une enquête régulière. Il chargea de cette lettre un officier dévoué , qui devait s'embarquer sur un des vaisseaux '. N'ayant plus à craindre le voisinage des rebelles, et voyant que tout était tranquille à Saint-Domingue, Colomb confia momentanément l'autorité à son frère don Diego, et partit avec l'Adelantado pour visiter les divers postes et rétablir l'ordre dans l'île.

* Herrera, Hist. Ind., decad. i, lib. lu, cap. i6.

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