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Histoire de la ville d'Amiens

Période troublée au cours de laquelle la forme des élections municipales est modifiée. — Les électeurs appartiennent à la milice urbaine. — Les officiers royaux menacent d’envahir l’échevinage au risque de compromettre l’indépendance municipale. — Les usages se perpétuent à fliôtel de ville. — La situation des finances de la commune s’améliore sous le règne de Henri IL — Le Roi à Amiens, 19 août 1547. — La guerre se rallume. — Le comte de Rœulx envahit la Picardie. — Amiens se prépare à la résistance. — Coligny dans Saint-Quentin. — Bataille du 10 août 1557. — Ardeur patriotique. — Le camp d'Amiens. — Fête de l'ordre de Saint-Michel. — Paix de Cateau-Gambrésis.

Le règne de François avait été marqué par de brillants succès et par des revers plus éclatants encore. Durant cette période, au cours de laquelle les besoins de la couronne prirent des proportions ruineuses pour le budget des villes

2 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

du royaume, la constitution municipale d’Amiens subit une importante transformation, résultat probable de désordres dont la cause ne nous est pas connue.

Sans parler du changement introduit dans le mode d’élection des trois candidats à la mairie, qui se fait maintenant à deux degrés ^ parmi les membres de l’échevinage sortant, le corps électoral lui-même s’est trouvé modifié par une ordonnance du 23 octobre 1520.

L’élection du mayeur et des douze échevins (les échevins du jour), réservée d’abord aux délégués des corps de métiers, dévolue plus tard aux bourgeois sans distinction, s’exerce maintenant par ceux-là seuls qui concourent à la défense de la ville et qui forment la milice urbaine : 1“ les membres des trois compagnies privilégiées : arbalétriers, archers, couleuvriniers ; 2® les portiers c’est-à-dire les bourgeois chefs de famille ; 3° les dizainiers ou chefs de dizaines, qui représentent « le commun populaire. »

Ainsi réorganisé, le corps électoral comprend de seize à dix-huit cents votants ^ et son privilège devient la compensation des exigences du service militaire. Les bourgeois,

1. Augustin Thierry. Loc. cit., T. II, p. 564. Le jour des élections, le mayeur et les échevins étant réunis dans le lieu ordinaire de leurs séances, on déposait dans un chapeau vingt-quatre bulletins dont six portaient le mot électeur. Chacun tirait un bulletin. Le mayeur et les six échevins auxquels les bulletins électeur étaient échus par le sort désignaient les trois candidats à la mairie. Leurs noms étaient portés à la halle, où se faisait l’élection en la forme accoutumée.

2. Pour l’organisation des portiers et des dizamiers, voir ci-après le chapitre : La place de guerre.

3. Arch. mun. Délib. BB 36, p. 71 v°. Le chiffre des « portes » a nécessairement varié au cours du xvi® siècle; il s’est accru en proportion du nombre des habitants. En 1563, il y avait 170 portes de 8 hommes chacune, soit 1,360 électeurs; 109 dizainiers ou chefs d’escouade du guet; 60 arbalétriers, 80 archers, 80 couleuvriniers. En tout, 1,699 votants. Plus tard la porte comprit 10 hommes.

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désireux de se concilier les bonnes grâces des oHiciers royaux, confient trop souvent le mandat niunici[)al à ces personnages qui se trouvent exjiosés à devenir juges et parties si, i>ar exemple, une sentence de l’échevinage vient en appel au bailliage. J.ouis XII l’avait défendu b II ne fut pas toujours obéi et l’indépendance des rnagistrals municipaux en souffre. J3ien que les institutions municipales aient perdu de leur importance, les usages du siècle précédent s’observent ponctuellement. Il semlile que le même rnayeur, assisté des mêmes échevins, ait présidé aux destinées de la ville pendant deux cents ans.

L’organisation d’une caisse de secours pour les indigents, la création d’ateliers de charité aux époques de chômage et de disette, enlèvent tout prétexte aux séditions populaires, alors même que « le commun » gémit accablé sous le double fléau de la guerre et de la cherté des vivres.

Ajoutons que le règne de Henri II marque un temps de répit entre les errements si fâcheux de François et les exactions fiscales de ses deux derniers fils. Ce prince ne se contente pas de laisser à la ville la libre disposition de ses revenus, il en crée de nouveaux, sans apporter d’accroissements trop sensibles aux charges des habitants. Il demande, il est vrai, pendant la durée de la guerre des subsides annuels, mais la modicité des sommes, leur équitable répartition entre les villes du bailliage, leur affectation régulière à l’entretien de l’armée, enlèvent à ces taxes tout caractère odieux. Nous savons d’ailleurs que les bourgeois d’Amiens ne marchandent pas leur concours lorsqu’il s’agit du salut de l’IÜat

1. Augustin Thierry. Loc. cit. T. II, p. 405. Septembre I;i03. La nomination d’Adrien Vilain, procureur du Roi, aux fonctions de rnayeur (1553) fut cassée en Conseil du Roi ; malgré la résistance des échevins, l’arrêt fut exécuté.

2. Édou\i\dMa\jg\s .Essaisiir le régime (i7iancier de la ville (V A miens. 321.

Pour se procurer les sommes considérables dont on avait besoin, le gouvernement de Henri II imagina la création et la vente d’une foule d’offices nouveaux, notamment la création de sièges présidiaux, ou tribunaux d’appel, qui jugeraient en dernier ressort jusqu’à deux cent cinquante livres. Soixante présidiaux occasionnèrent la vente de près de six cents offices ! Amiens eut son présidial auquel ressortirent le Boulonnais, le bailliage d’Hesdin ainsi que les prévôtés de Montreuil, du Vimeu et de Saint-Riquier b

Henri H vint à Amiens le 19 août 1547 Le connétable de Montmorency, le chancelier Olivier, le cardinal de Lorraine, l’archevêque de Reims, les ducs de Guise et de Nevers, le comte d’Aumale, le comte d’Enghien l’accompagnaient. Il y eut de grandes fêtes et d’importantes résolutions furent prises dans l’intérêt de la défense des frontières de Picardie. En même temps que le conseil du Roi décidait la construction de l’éperon de Guyencourt il passait avec

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