‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 106 sur 294 · RENTRÉE TRIOMPHALE DE HENRI IV · texte numérisé non relu

RENTRÉE TRIOMPHALE DE HENRI IV

25 septembre 1597.

I. Les Espagnols capitulent. — Le cardinal archiduc d’Autriche traverse l’Authie à la tête d’une brillante armée. — Il campe à Flixecourt et marche sur Amiens dans la matinée du 15 septembre. — l’anique des avant-postes français. — L’armée impériale et l’armée royale en présence.

— Combat d’artillerie. — L’armée impériale dans la vallée de la Somme.

— Déroute du comte de Bucquoy sur la rive gauche du fleuve. — Les Français fortifient les abords du village de Longpré. — Inexplicable résolution du cardinal archiduc qui bat en retraite dans la direction de Rubempré, sans vouloir accepter la bataille. — Découragement des assiégés réduits à la dernière extrémité. — Le marquis de Monténégro demande à capituler. — Trêve de six jours pour régler les conditions. — Les Espagnols se rendent le 25 septembre. — Ils sortent par la porte Montrescu et défilent devant le Roi. — IL Rentrée triomphale de Henri IV. — Cérémonie d’actions de grâces à la cathédrale. — Le Roi inspecte les remparts, retourne au camp et passe en revue l’armée de siège.

— Comment le royaume accueille l’heureuse nouvelle de la conquête.

Les Espagnols capitulent.

Le cardinal archiduc s’avançait avec quinze mille fantassins, quatre mille chevaux et une nombreuse artillerie, sous le commandement du vieux comte de Mansfeld. L’armée impériale avaittraversé rAuthie,le 12 septembre. Deux plans étaient en présence : ou dérouter les prévisions des Français

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en franchissant la Somme à Corbie, pénétrer an cœur du royaume et se jeter dans la place assiégée par le côté sud dépourvu de retranchements, ou tenter une vigoureuse attaque de la contrevallation et profiter de l’instant où Biron porterait tout l’effort de la défense sur le point le plus menacé, pour s’ouvrir un chemin vers la ville. Le dernier parti ayant prévalu, l’armée impériale feint une marche sur Pont-Remy et campe, la nuit du 13 au 14, dans la vallée de la Fieffe, entre Flixecourt et Berteaucourt.

Henri IV s’empresse de pourvoir à la sûreté des passages de la Somme, à Picquigny et à Pont-Remy. 11 voulait se porter à la rencontre de l’ennemi et en venir aux mains en rase campagne, mais le duc de Mayenne redoutait l’issue d’une bataille rangée et tempérait l’ardeur de Sa Majesté :

(( Nous sommes venus pour prendre Amiens, lui dit-il, il ne faut butter qu’à cela. Ayant bien fortifié l’armée dans ses retranchements, nous devons laisser à l’archiduc le soin de nous attaquer.

— L’ennemi passera la rivière (la Somme) et donnera du secours à l’assiégé, repartit le Roi.

— Sire, que votre Majesté se mette l’esprit en repos et qu’elle s’assure qu’il ne pourra ni passer l’eau, ni forcer nos retranchements. »

Henri IV, obéissant aux conseils de la prudence, se met sur la défensive, inspecte toutes les lignes, commande de garnir de canons les points les plus exposés, échelonne trois mille hommes sur le cours de la Somme jusqu’à Picquigny, transporte son quartier général à Longpré et fait occuper en force Montières, Etouvy et le prieuré de Notre- Dame-de-Grâce, afin de prévenir les attaques sur la rive gauche.

Le lundi 15, de grand matin, l’armée impériale marche droit sur les quartiers des Français, à travers le plateau de Vignacourt, parvient en vue du camp vers midi et prend

LES ESPAGNOLS CAPITULENT

position sur les hauteurs qui le dominent, protéome par une nombreuse artillerie. A son approche, les vivandiers et les goujats français, cantonnés à Ilédicourt- Saint -Sauveur, s’enfuient affolés, poursuivis par quelques cavaliers d’avantgarde qui crient: bataille! victoire! Leur déroute répand l’effroi dans le village de Longpré et produit une indescriptible panique qui faillit gagner les troupes de garde aux tranchées.

Par bonheur, l’archiduc empêcha la cavalerie de continuer la poursuite. Ce fut le salut de l’armée royale. Si l’archiduc eût connu l’insuffisance des retranchements élevés en face de Longpré, s’il eût suivi son inspiration d’attaquer notre camp, plutôt que d’obéir à la prudence exagérée de l’amiral d’Aragon et du duc d’Arschott, nous étions perdus! Monténégro et lui opéraient leur jonction presque sans coup férir.

Témoin de la débandade des postes de Saint-Sauveur et de Longpré, mesurant le danger qui menace son armée, le Roi ^ s’écrie, les yeux au ciel et les mains jointes : « Ah !

1. D’Aubigné (L. III, col. 540) dit que Henri IV se donna, « le lundi matin le plaisir de la chasse tellement qu’il n’arriva aux affaires qu'à trois ou quatre heures du soir », M. Poirson réfute cette assertion invraisemblable par le témoignage des auteurs du discours véritable et de Vadvis très notable et très véritable d’un proche de la personne du Roi, dans Lestoile, p. 287 B). Elle est encore démentie, dit-il, parle silence de tous ceux qui ont présenté l’exposé des faits de cette journée. Ni le véridique de Thou. ni les autres historiens et abréviateurs français contemporains, ni les deux historiens étrangers, Davila et Bentivoglio ne disent un mot de cette partie de chasse. Ajoutez que dans le même passage d'Aubigné prétend que les Espagnols s’approchèrent des lignes du Roi à onze heures, tandis qu’ils n’y arrivèrent qu’entre une heure et deux heures de l'après-midi. Mal informé de l’approche de l’armée ennemie, il ne parait pas mieux instruit de la cause de l’absence du Roi. Tout concourt donc à établir que son allégation est sans fondement et que cet historien a accueilli à la légère une histoire inventée par les ennemis de Henri IV. Vaultier de Senlis, témoin du combat, dit que Henri IV a dirigé l'action pendant la journée entière. (Édit, préc., p. 368).

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Seigneur ! si c’est aujourd’hui que tu me veux punir, comme mes péchés le méritent, je te supplie au moins d’avoir pitié de ce pauvre royaume et de ne pas frapper le troupeau pour punir le berger h »

Un formidable duel d’artillerie s’engage. Le canon des assiégés répond au canon de l’armée de secours. De part et d’autre les projectiles pleuvent sur nos retranchements, tandis que Durfort, successeur de Saint-Luc, dirige avec tant de précision le feu de ses batteries qu’il cause de terribles ravages dans les rangs ennemis. Par deux fois les mules de la litière de Mansfeld sont atteintes. La nuit interrompt le combat.

Etonné d’une résistance à laquelle il ne s’attendait pas, car les espions affirmaient que ce côté du camp royal était dépourvu d’artillerie, le cardinal archiduc quitte la plaine, fait camper ses troupes le long de la Somme, jette en grande hâte des ponts de bateaux à la hauteur d’Ailly, et lance de l’autre côté du fleuve deux mille hommes, sous les ordres du comte de Bucquoy, avec l’espoir qu’ils s’introduiront subrepticement dans la ville par les portes de Beauvais et de Noyon. Mais les Espagnols se heurtent à la vigoureuse résistance des postes échelonnés de ce côté. De Vicq, la Noue, Fervacques, leur donnent la chasse et les forcent à rebrousser chemin en toute hâte. Beaucoup sont tués. Un grand nombre se noient, dans la précipitation de la traversée du fleuve

Pendant cette nuit décisive, Mayenne emploie un nombre considérable de soldats aux retranchements du poste de Longpré, qui prend une importance capitale. En peu

1. Pagès. Mns. Édit, préc., T. IV, p. 218, d’après l’édit, in-12 de Davila.

2. Arch. de Soleure. Schreiben aus Franckreich (lettres de France), T. XX. Zeitung von Amiens, préc. Lettre du colonel de Grissach, du camp devant Amiens, 26 septembre 1597.

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d’heures, cette partie de la circonvallation, réputée la plus faible, devient presfjue inexpugnable.

La journée du ib s’est heureusement terminée pour les Français ; celle du 10 leur réserve une indicible surprise. Ayant fait reconnaître nos ouvrages et sachant que derrière les retranchements de Longpré s’abritent des forces considérables, découragé par la déroute de Hucquoy, en proie au dépit que lui cause l’insuccès des tentatives de la veille, dépourvu de ressources dans un pays qu’il trouve absolument désert, l’archiduc prend le parti de battre en retraite.

Détermination inexplicable î Qui pouvait espérer voir se terminer si brusquement une expédition préparée de longue main, attendue des troupes assiégées avec une impatience fébrile, et qu’elles avaient saluée de feux de joie allumés sur le rempart durant toute la nuit. Les Impériaux trouvèrent l’armée du Roi trop éveillée pour eux, dit Vaultier de Senlis.

L’armée impériale avait levé le camp avant le jour, « sans battre tambours ni sonner trompettes ». Elle se dirigea vers Rubempré. L’artillerie occupait la tête, l’infanterie le centre et la cavalerie marchait sur les ailes. Henri IV brûlait de se mesurer avec ces troupes, dont il admirait la discipline; il les suivit, l’espace de trois lieues, sans pouvoir les décider .à accepter la bataille. L’archiduc fit halte pendant deux jours à Rubempré et gagna ensuite Orville et l’Artois L

4. Discours véritable du succez de Ventreprise faicte par le cardinal Albert d’ Austriche pour secourir la ville d'Amiens, les XV et XVI septembre 1397. Paris, Jamet Mettayer et P. L’IIuillier, 1597. Plaquette in-8® de 24 pages.

Cf. Bibliothèque nationale, Estampes. Va 400 :

1° La retraiete d'Albert, cardinal d’Austriche, chef et conducteur de V armée Espagnole, au secours de la ville d’Amyens, par Claude Chastillon. Paris. Le Clerc, 1597, in-P in-plano. Cette pièce comprend trois parties : en tête ; la retraite ; au milieu, la vue générale d’Amiens avec le titre Por/îlle d'Amiens, 1597, puis une notice explicative. Le tout dans un encadrement gravé.

De retour au camp le roi de France trace le billet fameux, chef d’œuvre d’humour chevaleresque :

(( Brave Grillon, pendés-vous de n’avoir esté icy près de moy, lundy dernier à la plus belle occasion qui se soit jamais veue et qui peut-être se verra jamais? Croyés que je vous y ay bien désiré. Le Cardinal nous vint voir fort furieusement, mais il s’en est retourné fort honteusement. J’espère jeudy prochain estre dans Amyens où je ne sesjourneray guères, pour aller entreprendre quelque chose, car j’ay maintenant une des belles armées que Ion sçauroit imaginer. 11 n’y manque ryen que le brave Grillon qui sera tousjours le bien venu et veu de moy. A Dieu 1 Ge vingt septembre, au camp devant Amyens L »

Trois fautes capitales ont été reprochées au cardinal archiduc. Il ne devait pas arrêter la poursuite des Français fuyant à l’approche de son avant-garde, encore moins remettre au lendemain l’attaque de nos retranchements. Il ne porta point secours au corps de Bucquoy, engagé de l’autre côté de la Somme, et le laissa écraser par des forces supérieures en nombre. Enfin on s’explique difficilement qu’il ait refusé le combat, que Henri IV cherchait à provoquer pendant la retraite, alors que tout l’engageait à se mesurer avec une armée affaiblie, puisqu’il était impossible de dégarnir les tranchées.

2° La même gravure comprenant seulement la retraite avec la notice et la mention : à Paris, chez Jea?i le Clerc, rue Saint-Jean de Latran, à la Salamandre.

1. Lettres missives, T. IV, p. 848. Voltaire se rappelait confusément le texte de cette lettre quand il a donné dans les notes de la Henriade ce texte devenu célèbre :

« Pends-toi, brave Grillon, nous avons combattu à Arques et tu n’y étais pas ! Adieu, brave Grillon, je t’aime à tort et à travers ! »

M. Barbier de Xivrey donne le fac-similé de la lettre écrite au camp devant Amiens, mais il déclare n’avoir pu retrouver le billet cité pour la première fois par Voitaire et qu’il croit n’avoir jamais existé.

LKS ESPAGNOLS CAPITULENT.

La retraite de l’archiduc ravit aux assiégés la flernière espérance. Ils n’avaient plus de munitions, j)lus de \ ivres ‘ et les Français, maîtres du fossé, occupaient le ravelin de la porte Montrcscu. Au capitaine envoyé de Henri IV, pour offrir les hases d’une capitulation honorable, le mar(piis de Monténégro répondit (pi’il se conformerait à la volonté de son maître, si le Loi permettait à Pacciotto d’aller prendre ses instructions. Pacciotto obtint sur le champ un laissezpasser et alla trouver le cardinal archiduc au camp d’Orville. Il revint le surlendemain rapportant, avec les félicitations

I. Jehan Patte. P^dit. préc., p. 307. « Les vivres estoient sy cher au jour de la composition que on n’en trouvoit point pour de l’argent. Le septier de bled valoit 7 à 8 livres (42 fr.), la livre de vache 40 sols (10 fr.), la livre de cheval 7 et 8 sols (2 fr. 15), la livre de beurre 7 et 8 livres (42 fr. , un œuf 10 sols (2 fr. 60), la livre de prunes 30 sols (7 fr. 80), et est bien du pis si nous eussions esté jusqu’à la fin du mois en telle calamité; tous les bourgois furent morts de fin, dautant que tous lesdicts vivres falloient (manquaient). Les gens de guerre en avoient encore, mais ce n’estoit point pour nous. Et le jour mesme sy tost que les espagnolz furent hors et le

roy entré, une livre de beurre ne vallut que 8 sols et le lendemain G sols »

Cf. à la Bibl. nat. (recueil de P. L’Estoile, P 41 v°) la curieuse estampe représentant un bourgeois et sa femme en pleurs, devant le cadavre de leur une dépecé pour la boucherie, avec complainte intitulée : Plainte funèbre d’un habitant de la ville d’Amiens sur la mort de son asne espagnolisé le 12 de septembre 1 597 :

Le cœur me faut quand j’ay mémoire De ma beste de brun grisnoire,

De son maintien et gentil nom,

Qui n’estoit point de couleur grise Ains (mais) bigarré et de franc pas,

Ce qui lui causa le trespas.

Car l’Espagnol eust grand envie Dessus sa façon si jolie.

Le voyant de mesme couleur Qu’est un Espagnol de valeur.

Plus cher vendu fust qu’un toreau De cinquante ou soixante livres Pour manger au lieu d’autres vivres.

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du prince pour les héroïques défenseurs de la place, les pleins pouvoirs en vue de la capitulation.

Henri IV tenait les Espagnols « la corde au col », suivant l’expression de Brantôme. Il n’en abusa point. Une trêve de six jours immédiatement accordée permit de régler les articles de la capitulation :

Art. I. — Les tombeaux du gouverneur Hernand Tello Portocarrero et des autres seigneurs et capitaines enterrés dans les églises d’Amiens, ainsi que leurs trophées et épitaphes, seront respectés, sous la réserve que les inscriptions ne contiennent rien d’olfensant pour la dignité de la France. Les Espagnols pourront toujours enlever leurs morts, si bon leur semble.

Art. il — La garnison sortira, enseignes déployées, tambours battants, mèche allumée, trompettes sonnantes, avec armes, chevaux, bagages. Le Roi fournira les chariots et les charrettes pour emmener les malades et les blessés à Doullens, sous bonne escorte. Ceux qui ne seront pas transportables seront pansés et soignés dans la ville jusqu’à guérison complète. Il leur sera alors permis de se retirer en toute sécurité.

Art. III. — Les habitants, de quelque qualité qu’ils soient, pourront à leur gré, demeurer en ville ou en sortir, sans être inquiétés en aucune façon. Ils prêteront serment au roi de France.

Art. IV. — Les assiégés sont déchargés du payement des drogues prises pour le traitement des malades et des blessés, ainsi que du prix de douze mille livres de plomb en balles de mousquets et d’arquebuses L

Art. V. — Les prisonniers seront échangés sans rançon.

1 . Goze {les enceintes, p. 157) pense que ces douze mille livres de plomb représentent les munitions enlevées aux bourgeois lors du désarmement des 11 et 12 mars.

LES ESPAGNOLS CAPITULENT. 22

Art. VI. — Il y aura une suspension d’arrnos de si.x jours pendant lesquels les tranchées flerneureront garnies de troupes, et Monténégro ne pourra favoriser l’arrivée d’une année de secours. Trois envoyés escortés de dix cavaliers se rendront auprès de l’archiduc pour obtenir r(u’il ratifie la capitulation. Passé le délai de six jours, et s’ils ne reçoivent pas un secours de deux mille hommes, les assiégés évacueront la place.

Le Roi et le gouverneur espagnol signent la capitulation et échangent des otages chargés de garantir de part et d’autre la rigoureuse observation de l’armistice. La trêve devait expirer le 25 septembre.

Jusqu’au dernier moment, Monténégro avait placé son espérance en un retour offensif du cardinal archiduc. Ne voyant rien venir, le gouverneur espagnol se rend à la merci du roi de France. Le connétable de Montmorency, le maréchal de Riron, le duc de Monlbazon et de Vicq, se présentent, vers dix heures du matin, à la porte Montrescu par laquelle la garnison devait sortir.

Monténégro paraît, « monté sur un beau cheval, très bien en couche, seul, avec l’escarpin, » le bâton de commandement à la main L Après o. l’entresaluement », les grands

1. Advis très certain de tout ce qui c'est passé en la sortie de l’Espagnol, de la ville d’Amiens, le 25 septembre 1597, avec le feu de joye des François, sur la mémorable reprinse de ladite ville. 1597. Plaq. iii-8°de 15 pages.

Reddition de la ville d’Amie^is à l’obéissance du Roy le 25 septembre 1597. Avec un discours sur les utilités, biens et commodités qui en reviennent à la France, mdxcvii. Plaq. de IG pages.

La retraite de l’Espagnol par I. D. C. F. à monsieur L. B. Paris, par F. du Chesne. 1597.

ScipiON Dupleix (IV, p. 223) et de Thou (T. V, p. 743) indiquent la porte de Beauvais, l’advis très certain également. — LVAubigxé (L. IV, col. 542), la porte Montrescu. — Pagès (T. IV, p. 227) n'admet pas la sortie par la porte de Beauvais, c’est elTectivement le chemin opposé. Il écrit ; « L’auteur d’un de mes manuscrits marque positivement que le

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seigneurs français le conduisent dans la plaine où le Roi, entouré de sa noblesse, l’attend à une demi-lieue de la ville avec cinq cents gentilshommes et cinq cents Suisses. La garde de Monténégro comprenait cent trente chevaux et autant d’arquebusiers.

Henri IV, « habillé le plus richement qu’on ait encore vu, » monte un superbe coursier noir non moins richement harnaché. Les princes deConti,de Montpensier, deNemours, de Nevers, de Joinville et plusieurs maréchaux de France se tiennent à ses côtés. Biron présente le marquis de Monténégro. Celui-ci met pied à terre, baise respectueusement la botte de Sa Majesté et lui dit en langue italienne :

« Je remets la place entre les mains d’un Roi soldat, puisque le Roi, mon maître, n’a point trouvé bon de me faire secourir par des capitaines soldats.

— Qu’il vous suffise, répond Henri IV, d’avoir défendu cette place en soldat et de la remettre maintenant en homme d’honneur à son roi légitime. »

L’armée espagnole défile devant le Roi, suivie d’un millier de femmes, dont quatre cents amiénoises « de médiocre vertu, » et de cent soixante chariots remplis de bagages et de butin, sur lesquels s’entassent les malades et les blessés L

jœudy de septembre les Espagnols sortirent de bon matin par la brescbe; on doit nécessairement entendre la porte Montrescu. Ce que les Espagnols auront d’autant plus voulu que c’est une marque d’honneur. » L’auteur du manuscrit cité par Pagès a pu assister à la sortie ; il était contemporain de l’événement.

1 . Les femmes étaient en majorité parmi les habitants qui suivirent l’Espagnol dans sa retraite. La ville se trouve ainsi délivrée « de tels mauvais et mal affectionnez français », dit l’auteur du discours sur la Reddition. De Court ajoute « il eût été à souhaiter que ces quatre cents femmes de médiocre vertu, dont la retraite a purgé la ville, aient emporté avec elle

la maladie contagieuse qui y régnait » Il estime à 10 millions la valeur

du butin et l’argent emporté sur les chariots, ce qui est exagéré.

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