Jehan Patte. Journal. Edit, préc., p
2. Archives de Lucerne (Suisse). Zeitung von Amiens. Gedrück ini Jafir M. DXCXVIl. Cette « nouvelle » d’Amiens est « la véritable et authentique relation (allemande) de la manière dont Henri du nom, roi de France et de Navarre, assiégea vigoureusement la ville d’Amiens et la ramena en son pouvoir et obéissance précédente {vorige gehorsame)\ et de ce qui s’est passé d’assauts et d’escarmouches, durant ce siège, entre Sa Majesté, d’une part, et les assiégés et M. le cardinal d’Autriche, gouverneur de Sa Majesté espagnole dans les Pays-Bas, d’autre part. La plaquette, qui porte l’écu de France et Navarre, s’étend principalement sur l’expédition du cardinal. C’est la reproduction d’une lettre envoyée du camp d’Amiens, {im lager vor Amiens) le 19 septembre 1597.
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIÉNS.
d’élite la périlleuse mission d’étudier les abords et la position de l’armée française.
Henri IV informé de leur approche, part le 29 août de grand matin, en compagniede Biron, de La Grange-Montigny, du comte d’Auvergne et s’avance à leur rencontre avec un fort détachement de cavalerie. 11 cheminait en avant escorté de cent cinquante gentilshommes. Tout à coup, vers neuf heures, il aperçoit, à une très petite distance, les éclaireurs ennemis qui sortent d’un bois et défilent dans la plaine.
Ne prenant conseil que de sa valeur, et sans attendre l’arrivée des escadrons de La Grange-Montigny, le Roi lance son cheval à toute bride et charge la reconnaissance espagnole à la tête de sa petite troupe de carabins et de gentilshommes. Surpris de tant d’audace, Gontreras croit à la présence de forces très supérieures à la sienne, prend peur et s’enfuit, poursuivi dans la direction d’Ancre (Albert) et de Bapaume, abandonnant deux cornettes, deux cents chevaux et nombre de prisonniers. Beaucoup de ses soldats égarés dans les bois périrent massacrés par les paysans. « La cavalcade fut pour le moins de vingt lieues et n’en revint le Roi qu’il ne fut une heure de nuit L »
1. Discours véritable de la route et desfaicte des mareschaux de camp de l’armée du Cardinal d’Austriche, advenue le 29 aoust Mil cinq cens nonante sept. Paris, chez Jamet Mettayer et Pierre L’Huillier. mdxcvii. Plaquette in-8° de 12 pages. Bibliothèque de M. Jean Masson.
Deffaicte de mille chevaux espagnols chargez par le Roy, le vendredy 29 d’ aoust. Avec la lettre du Boy à Madaîne sa sœur. Paris, lamet Mettayer et P. L’Huillier. 1597. B. N.
Lettres missives, T. IV, p. 838. « Ma chère sœur, vous aurés les premières nouvelles de l’heureux succès que Dieu m’a donné aujourd’huy. Il estoit venu mille chevaulx des ennemys, conduits par tous leurs vieux cappitaines, pour recognoistre le logis de leur armée et le moyen de secourir Amiens. Avec deux cens chevaulx et cent cinquante carabins, je les ay deffaicts, n’ayant perdu que deux arquebusiers à cheval. Il y a
trois cens des ennemys morts et plus, deux cornettes prises Il est
mynuict et ne fais que venir. » Lettre du 30 août à M“® Catherine.
LK SIÈGK PAR HENRI IV
Cette action d’éclat, accomplie par le Roi, excite un grandi enthousiasme, électrise l’armée, qui veut y voir l’heureux présage d’une victoire prochaine.
Le 4 septembre, les assiégeants dirigent contre la plateforme de Montrescu un nouvel assaut très meurtrier et sans résultat, mais au cours ducpiel Portocarrero tombe mortellement blessé. Mal dissimulé derrière une toile tendue sur le rempart, il va et vient, dirige l’action, lors(|u’un arquebusier français, remarquant cette ombre qui sans cesse passe et repasse, tire dans la direction et atteint le gouverneur espagnol au défaut de la cuirasse, du côté gauche, à la tète suivant certains auteurs. Il expire peu d’instants après.
Sa mort eût découragé toute autre garnison que celle d’Amiens. Officiers et soldats n’en deviennent que plus furieux et jurent de le venger. Le marquis de Monténégro prend aussitôt le commandement et la lutte continue.
Le grand aumônier de l’armée espagnole obligea les membres du chapitre à célébrer de solennelles obsèques au héros ennemi dans l’église Notre-Dame et l’inhumation eut lieu, devant le grand autel, où l’usage refusait la sépulture, même aux évêques. On suspendit au pilier le plus voisin, du côté de l’évangile, le trophée de ses armes disposées sur fond de velours noir, avec inscription latine à sa mémoire L •
Lettres missives, T. IV, p. 837. Le matin de cette expédition, Henri IV écrivait à M. de Ilarambure : « Borgne, j’ay esté très aise de sçavoir que vous estes arrivé à Paris. Hastés-vous, si vous voulés estre à la bataille, car les ennemys marchent droict à nous. Je monte à cheval pour les aller
recognoistre A Dieu, ce vendredy matin à six heures, au camp
devant Amyens. xxix“® d’aoust. «
1. Davila. Loc. cit., p. 1268. — Arch. dép. de la Somme. Notes du chanoine Villemant, extraites du Reg. au.v delib. du Chapitre. Après la capitulation et bien que le premier article stipulât rinviolabilité des sépultures espagnoles, le corps de Portocarrero, enlevé du sanctuaire, fut
216 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
Le résultat du dernier assaut avait été à peu près nul et Biron entreprend de nouveaux travaux d’approche, auxquels le régiment de Navarre s’emploie avec une activité fiévreuse. Le grand maître de l’artillerie, qui visitait souvent les tranchées labourées par les projectiles ennemis, eut la tête emportée par un boulet le 8 septembre. Sa mort causa une profonde stupeur. Toute l’armée estimait François d’Épinay Saint-Luc, toute l’armée le pleura; le Roi tout le premier, qui perdait en lui un homme de génie, guerrier par état, savant par inclination, alliant les lauriers de Mars à ceux d’Apollon, et les rendant plus aimables en les enlaçant aux myrthes de l’Amour.
Le Roi, pressé d’en finir, ordonne de battre la plate-forme située entre les portes de Montrescu et de Gayant. Le bombardement, combiné avec le jeu des mines, la ruina presque totalement dans la journée du 13. Durant cette journée, on entendit le canon gronder dans la direction de Doullens. C’était le cardinal archiduc qui annonçait l’arrivée de l’armée de secours si impatiemment attendue.
transporté dans le transept méridional de la cathédrale, où se voit une dalle avec cette inscription :
C’est la tradition. Vaultier de Senlis affirme cependant que les Espagnols emportèrent en se retirant les corps de Portocarrero et des principaux officiers. Ils ne laissèrent, dit-il, que les trophées.