‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 116 sur 294 · Dolent, du latin dolere (se plaindre) exprime le chagrin · texte numérisé non relu

Dolent, du latin dolere (se plaindre) exprime le chagrin

3. Remonstrance très humble sur le faict de la citadelle, p. 3.

4. Arnauld d’Andilly {Journal inédit. Paris, 1857, p. 34) dit que Riberpré faillit être assp-ssiné, le 11 janvier 1615, au moment où il sortait d’une academie « par un nommé d’Arcueil qui est au maréchal d’ Ancre », parce qu’il venait de passer au service du duc de Longueville.

5. Arch. mun. Délit. BB 59, p. 161 v°. « M. de Riberpré, lieutenant de Mgr le mareschal d’Encre est entré en la chambre du Conseil et avec

LE DUC DE LONGUEVILLE, LE MAUÉGIIAL d’aNCKE.

cieravecles magistrats municipaux demeurent infructueuses. Ses lettres sont communiquées au maréchal d’Ancre et transmises à la Reine \ qui cherche à y dérnéler la trame de la conspiration ourdie contre son gouvernement. C’est Ijien aux armes en effet que les « mécontents » veulent recourir afin de se débarrasser de la Régente. De toutes les villes, Amiens est la plus menacée, parce que les princes en veulent principalement à Goncini. On tremble de voir renaître les guerres civiles. On fait des prières publiipies pour supplier Dieu de prendre la France en pitié. Le commerce se ressent de la crise qui agite le royaume ; la sayeterie est dans le marasme, et, « quand la sayeterie est déballée (désorganisée) je vous donne à penser que c’est du reste. » La réflexion est de Jean Patte qui écrivait sous l’impression de la peur, à la suite d’une émeute grave que l’autorité avait difiicilement réprimée (avril 1614)-.

La paix de Sainte-Menehould (15 mai) dissipe ces terreurs et met fin aux hostilités, si l’on peut qualifier d’hostilités les marches confuses, les intrigues princières qui se succé-

luy le s*" de Cressy-Longueval, lequel a présenté une lettre de la part de

la Royne » par laquelle elle mande « qu’elle a du mescontentement de

M. le prince de Condé et du deppart des autres princes qui se sont

absentés de la court Il sera faict responce à la Royne qu’elle sera en

tout et partout satisfaicte de la part de la ville »

F. PouY {Concini, maréchal d’Ancre, p. 26) représente la bourgeoisie comme étant favorable au duc de Longueville. C’est le contraire qui est exact, du moins jusqu’à la paix de Sainte-Menehould.

1. Arch. mu7i. Délib. BB 50, p. 160 v°. 27 mars 1614. La reine écrit

à Messieurs les échevins : « Vous avez faict vostre devoir de m’envoyer la lettre que vous avez receu de la part de mon nepveu le duc de Longueville Nous voulons espérer que à l’advenir les desportemens de

mondit nepveu nous donneront plus de subject de contentement

2. Jehan Patte. Journal. Edit, préc., p. 343. — Arch. mun. Délib.

BB 59, p. 174. 29 avril 1614. « Les séditieux s’estoient assemblés en bon nombre derrière la citadelle, estoient allé dans le cay et y pilloyent les basteaux chargés de blé »

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daient depuis trois mois. La Reine promettait la convocation des États généraux et accordait aux rebelles des châteaux, des pensions, des indemnités, des gouvernements, des titres. De part et d’autre, on licencia les troupes.

Longueville se décide enfin à venir le 9 août. La vue de ce jeune prince, enfant d’Amiens, « sy courtois et sy débonnaire », dissipe bien des préjugés et lui concilie de nombreuses sympathies. Entre lui et l’ambitieux étranger retranché dans la citadelle la population ne pouvait hésiter. Un jour qu’il se rendait au couvent des Célestins pour entendre la messe, le jeune prince remarque le pont-levis que le maréchal avait fait établir sur la Somme « de manière à ce qu’il pût le lever du côté de la citadelle quand il voulait, par le moyen de deux grosses chaînes. » Surpris de tant d’audace, il réquisitionne immédiatement des serruriers auxquels ordre est donné de rompre les chaînes. Plusieurs mailles avaient déjà sauté quand survient du Thiers, l’un des officiers du maréchal. Il prétend empêcher ce travail « entrepris ouvertement contre le Roi et l’autorité du gouverneur de la ville. »

(( C’est à Mgr le duc de Longueville à rendre compte de ses actions au marquis d’Ancre » répondent les ouvriers, et ils continuent ; mais l’arrivée d’une escouade de soldats les oblige à s’enfuir. A la vue de ces hommes éperdus qui appellent aux armes, quelques bourgeois du voisinage, saisis de panique, se joignent à eux, et l’émotion gagne de proche en proche. « Les uns disaient: monseigneur est tué. Les autres disaient : il est enfermé^ dans la citadelle; et sans songer davantage chacun alla en son quartier avec ses armes et furent toutes les maisons diligemment fermées »

L’incident pouvait entraîner de graves conséquences. Du Thiers se retranche sur le pont et annonce sa résolution de ne céder qu’à la force ; pour le soutenir, les mousquetaires de Roispremier garnissent la contrescarpe de la citadelle.

LE DUC DE LONGUEVILLE, LE MARÉCHAL d’aNCRE. 259

et le commandant Ilauteclocque fait pointer ses canons.

Le duc de Longueville, qui dispose seulement de la compagnie de Lierville ^ de garde à la fiorte Saint-Pierre, voulait attaquer du Thiers. On l’en empêche. Sous le feu de la citadelle, la lutte serait {)ar trop inégale. La journée s’achève en pourparlers irritants et finalement l’affaire n’eut d’autre résultat que de grandir sa i)Opularité. Entre ses partisans et ceux du maréchal le conflit passait à l’état aigu.

Le duc et quehjues gentilshommes de ses amis se donnèrent, pendant les jours du carnaval, le plaisir de courir la bague et le faquin sur la terrasse située entre l’église des Augustins et la rue du Soleil. La course du fa(piin consistait à ramasser une tête de carton à la pointe de l’épée, en galopant à toutes brides, ou à emporter avec la lance cette tête placée sur un pieu à l’une des extrémités de la carrière. Quelques bourgeois plaisants dirent en riant que le faquin avait une vague ressemblance avec le maréchal, liauteclocque voulut y voir une allusion blessante et s’en plaignit à Monsieur le premier, qui démontra, non sans peine, que (( le faquin n’estoit de sa taille, ny portoit barbe en pointe de fuseau ; que c’estoit un gros rustau élevé au bois de

Dury Non, non, le faquin ne ressembloit point au

marquis. 11 ne s’appellait pas Philippe Gachini Gachino ; il avait nom Guillaume sans peur. Vive Dieu - ! »

Les amis de Longueville s’amusèrent de la sotte aventure :

Parbleu conchinistes

Vous êtes plus forts qu’Arlequin,

Où avez vous vu qu’un faquin Eût l’air d’un maréchal de France ?

1. Raoul de Beaufils, seigneur de Lierville, capitaine d’une compagnie au régiment de Picardie.

2. Le Courrier picard. Plaq. in-8° de IG pages, sans lieu ni date et sans indication de nom d’imprimeur, p. 3.

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

L’émotion causée par l’incident n’était point encore calmée lorsque Monsieur le premier faillit être la victime d’une tentative d’assassinat de la part de six hommes masqués venus le chercher à deux heures du matin pour le conduire chez la duchesse de Longueville. Elle voulait, disaient-ils, s’entretenir avec lui. Au moment où l’on entrebâillait la porte de son logis, Antoine Pingré essuya trois coups d’arquebuse qui ne l’atteignirent point, mais le public ne manqua pas de rapprocher cet acte de lâche vengeance de l’incident du faquin L On trouvait, sans doute, en haut lieu, que le premier magistrat de la cité entretenait avec Longueville des relations trop intimes (avril 1615).

Quelques semaines plus tard, une dizaine de gens armés étaient surpris au moment où ils essayaient de mettre le feu à un pétard placé sur une échelle, contre la paroi de la chambre que Bonnivet ' occupait à l’auberge de Vécu de Bretagne, située à l’angle de la rue de Beauvais et de la rue des Jardins (des Capucins).

Un événement bien plus grave mit le comble à l’irritation des partis. Le sergent-major Prouville rentrait en ville, le 22 juillet, vers dix heures du matin. Au moment de traverser le pont Dolent, il se voit brutalement assailli par un Italien qui lui porte deux violents coups de poignard et s’enfuit dans la citadelle^ Ce misérable, nommé Alfonso Marianna^, voulait se venger de la procédure sommaire à la suite de laquelle un soldat de ses amis, récemment condamné pour

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