‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 115 sur 294 · Arch. mun. AA 49. Provision du 23 juin · texte numérisé non relu

Arch. mun. AA 49. Provision du 23 juin

Lettre du Roi aux échevins et habitants leur notifiant la provision donnée au marquis d’Ancre des bailliage, capitainerie et gouvernement des ville et citadelle de ladite ville. Saint-Germain-en-Laye, 6 août 1611.

2. Hemonstrance très humble présentée au Roy par les subjects de la province de Picardie sur le faict de la citadelle d’A myens. Plaquette in-8° de 16 pages. — Arch. mun. Délib. BB 59, p. 48 v°. 19 juin, « Attendu

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

L’entrée du marquis d’Ancre à Amiens eut lieu le dimanche 14 août L II était escorté d’un grand nombre de gentilshommes et l’échevinage lui rendit tous les honneurs, parce qu’on savait le favori de la Reine très amateur de faste et de représentation. On échangea des discours élogieux, il y eutdes réjouissances officielles, un repas fut offert par la ville dans la grande salle de la Malemaison, mais les protestations de fidélité à l’égard d’un homme dont les bourgeois redoutaient l’influence néfaste, laissaient planer une vague inquiétude-, surtout après que le marquis d’Ancre eut donné l’ordre de concentrer toutes les troupes de la garnison dans la citadelle ^ 11 semblait qu’il voulût affirmer la volonté de s’y retrancher au besoin pour défier, à l’abri de ses bastions, les ennemis qu’une fortune rapide ameutait contre lui parmi les grands de la Cour et les princes du sang. 11 choisit pour

le de'cedz de defîunct M. de Treigny, vivant gouverneur de ceste ville et sur ce qu’il a esté dict que Mgr le comte de S‘-Pol a escry à la Royne

qu’il est d’advis de desmolir la citadelle sera escry par la ville à mes-

seigneurs le chancelier, marquis d’Ancre, de Villeroy, de Caumartin, président Janyn et de Gesvres, pour les supplier de les assister de leur

faveur » Jehan de Mons et Augustin de Louvencourt délégués de

l’échevinage afin d’insister pour obtenir la démolition de la citadelle.

1. Arch. mun. Délib. BB 59, pp. 52 v° et suiv. 9 août 1611. Dispositions pour l’entrée du marquis d’Ancre.

La véritable orthographe du nom de la ville est Encre, mais l’usage a prévalu dans tous les factums qui se rapportent à Concini de lui substituer la variante Ancre. Nous la respectons dans ce chapitre.

2. Jehan Patte. Journal. Édit, préc., p. 340. « Dieu luy fasse la grâce qu’il nous puisse gouverner paisiblement et que nous puissions jouir de la bonne espérance que nous espérons de luy. »

3. Arch. mun. Délib. BB 59, p. 55. 18 août 1611. Le marquis d’Ancre a dit au premier échevin « quil est delliberé de faire retirer tous les soldatz en la citadelle. » — Ibidem, p. 65 v°. 14 octobre. « Le fourrier de la citadelle a marqué des logemens dans la ville aux environs de la citadelle, disant que cest endroict, jusques au pont à fillettes, est la basse-court de la citadelle. »

LE DUC DE LONGUEVILLE, LE MARl'XHAL d’aNCIIE.

son lieutenant Nicolas de Moy, seigneur de Uiberpré et bientôt châtelain de ]>oves.

Lejeune duc de Longueville * venait d’atteindre sa majorité. Il se trouvait par conséquent en état d’occuper le poste que le comte de Saint-Loi détenait en son nom depuis que nous l’avons vu naître à Amiens. 1/élévation de Concini lui suscitait un rival dangereux, au sein même de son gouvernement. N’eût-il eu que ce motif, il devait, des premiers, adhérer à la ligue des « mécontents » et s’empresser de prendre position contre lui.

(( Le duc de Longueville, mon neveu, viendra inaugurer ses fonctions de gouverneur et lieutenant général j)Our le Roi, en la province de Picardie, dans la fin de ce mois ou au commencement de l’autre » écrit Saint-Pol aux échevins, le 14 mai 1613 '.

Quinze mois après, on attendait encore le duc. Que s’étaitil passé ? Nous ne saurions entrer dans le détail de toutes les stériles agitations de la régence. Il suffit d’arrêter l’attention du lecteur sur les incidents qui se rattachent, de près ou de loin, à notre sujet. Momentanément disgracié à la suite d’un procès aux révélations compromettantes, le marquis d’Ancre rentrait presque aussitôt en faveur et se voyait décerner, lui qui jamais n’avait assisté à une bataille, la haute dignité de maréchal de France. Scandaleuse promotion qui soulève une explosion de murmures (18 novembre 1613).

Concini met à profit le temps passé à Amiens, pendant son exil de la Cour, pour se fortifier dans la citadelle, en vue

1. Henri d’Orléans, duc de Longueville, époux en premières noces de Louise de Bourbon-Soissons et en secondes noces de Geneviève de Bourbon, sœur du grand Condé.

2. Arch. mun. Délit. BB 59, pp. 132 v°, 138 v°, 147, loO. Leduc est ensuite attendu le 2 août, puis le 4 octobre, puis le 17 novembre de cette année 1613. Finalement, il prend possession par procuration.

256 HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

d’une surprise possible de la part de ses adversaires, et fait raser les maisons encore épargnées du pont de Maucreux au couvent des Gélestins, donnant aux habitants, brutalement expulsés, à peine le temps d’emporter leurs hardes et leurs meubles « comme s’il eust esté question de se sauver d’un sac de ville », chassant de malheureuses femmes et de pauvres enfants, dont plusieurs moururent des suites de l’émotion causée par ces procédés barbares.

Un pont-levis, établi à l’ancien Grand-Pont (actuellement le pont du Canal), sert de séparation entre l’esplanade de la citadelle et la ville, et un poste de soldats commis à la garde de ce pont, ne permet à personne de le franchir, sans l’autorisation du gouverneur h Les soldats de Goncini l’avaient nommé par dérision le pont Dolent - « à cause de l’affliction des habitants désolés de voir perdre leurs biens sans oser se plaindre 2. »

Dans les premiers jours de 1614, la situation se dessine nettement. On apprend qu’après s’être concertés en secret, les princes viennent de quitter Paris pour se rendre, Gondé et le duc de Bouillon à Ghâteauroux, Mayenne à Soissons, le duc de Nevers en Ghampagne. 11 y a là comme un retour de la Ligue du Bien public, et l’échevinage, à qui échappent encore les subtilités de la politique des « mécontents, » prend nettement parti pour le gouvernement de la Reine contre les princes révoltés. Riberpré^ en reçoit l’assurance formelle^ et toutes les tentatives de Longueville pour négo-

1. Jehan Patte. /owrna/.Édit. préc ,p.341. — Pagès. Mns.T. IV,p.282.

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