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LES LETTHES ET LES ARTS AU XVII® SIÈCLE

après que Henri IV, maître du royaume de France, eut fait retleurir la paix, on s’adonna [»lus que jamais aux charmes de la poésie. Parmi les lettrés qui se montraient jaloux de faire imprimer leurs œuvres figurent, au xvii® siècle, de respectables hommes d’église tels que le chanoine de La Morlière b d’austères magistrats comme Jean de Mons ' et Claude de Mons^, des financiers tels que François de Louvencourt L La naïveté de la conception, la bizarrerie du style, jointes à l’abus des citations grecques ou latines, à l’entassement pédantesque de réminiscences mythologiques, font que ces œuvres, dont plusieurs sont sorties

déclamé vers à la louange de Dieu et de sa glorieuse mère le lendemain du jour de la Chandeleur. » — BP) 49, p. 19. fi octobre lo88. « Aux rétoriciens a esté taxé sols sur le domaine pour leur ayder à paier les fraiz qu’ilz ont faict quand ils se sont assemblés pour faire quadrains à la bonne venue et entrée de monseigneur le duc de Longueville. » — BB 50, p. 143. 2fi octobre 1589. « Aux rétoriciens quatre escus pour leurs fraiz quand ilz se sont assemblez pour faire des sonnetz et quadrains à la bonne venue et entrée de monseigneur le duc de Mayenne. » — BB fiO, p. 1)3. 24 novembre Ifilfi. « A Raoul Dignouart et autres poètes de ceste ville, a esté ordonné six livres pour plusieurs sonnetz et quadrains qu'ilz ont composés pour s’en servir à la joieuse entrée de monseigneur le duc de Longueville et de Touteville. »

1. E. Soyez. Adrien de la Morlière, historien d' Amiens. Amiens IS93.

2. Jean de Mons, seigneur d’Hédicourt, marié d’abord à Antoinette

Picquet, puis à Honorée de Villers, était conseiller au siège présidial et bailliage d’Amiens. Le père Daire (Ilist. littéraire, p. 123) mentionne, en l’attribuant à son fils, qui n’avait alors que quatre ans, un ouvrage de Jean de Mons, publié en 1595 et dont le titre est fort bizarre : Seætessenee dialeetiqiie et potentielle tirée d'une nouvelle façon d'alambiquer. suivant les préceptes de la sainte magie

3. Claude de Mons, seigneur d’Hédicourt, fils de Jean de Mons et de Antoinette Picquet, naquit en 1591 et fut également conseiller au siège présidial et bailliage d’Amiens.

4. François de Louvencourt, seigneur de Vauchelles, fils de Jean de Louvencourt et de Jeanne de Sacquespée, premier écbevin en lfi23 et lfi24. Cf. pp. 176, 27fi.

des presses nouvellement installées des Hubault ^ et de Jean Musnier^, supportent à peine la lecture.

Louvencourt était un homme de goût et un érudit. Il avait visité rAllemagne et l’Italie. La Morlière vante « sa muse délicate; » cette muse qui lui inspira une première .œuvre intitulée : Mes Amours, recueil de poésies légères dont les vers ne sont c( ni des vers luisants, ni des vers à soie ». Il le dit lui-même. Cédant à la tendance grivoise et facétieuse de l’époque, le seigneur de Yauchelles écrivit, en une prose alerte et fleurie, certain conte voluptueux dédié aux Amants de la France et dont il cherchait sans doute à expier le réalisme lorsque, sur la fin de sa carrière, il s’adresse au Très-Haut"^ :

1. Jacques Hubault, imprimeur, rue du Beau-Puits (1609-1635), eut un fils, Robert Hubault (1635-1657), imprimeur du corps de ville, dont la veuve, née Sallé, exerça son art pendant quarante ans. La veuve Hubault a beaucoup imprimé. Les premiers livres de liturgie àfusage du diocèse sont sortis de ses presses, sous l’épiscopat de François Faure. Le privilège royal, qu’elle obtint en 1692 pour l’impression des livres d’église et de liturgie, était très étendu. Madeleine Hubault, fille issue du mariage des époux Robert Hubault, épousa en 1661 Nicolas Caron, fils de Nicolas Caron, imprimeur. (Cf. T. I, p. 464). Nicolas Caron-Hubault reprit, en 1697, l’imprimerie de la rue du Beau-Puits. C’est le chef de la dynastie des Caron : Charles Caron-Hubault (1702-1 743), Veuve Charles Caron (1743-1764), Louis-Charles Caron (1764-1789), Veuve Louis-Charles Caron (1789), François Caron-Berquier (1789-1825), dont le frère Jean- Baptiste Caron (1777-1819) succéda à la Veuve Godard dans un établissement rival. Nous avons connu leurs descendants.

2. Jean Musnier, demeurant rue du Beau-Puits (1662-1668), prenait les titres ^imprimeur du Roi et du collège et de seul maître imprimeur du corps de V Université de Paris en C évêché d'Amiens.

Guislain Lebel apparaît en 1626. Il demeura en face du collège, au Pilon d'or. Par lettres patentes du 6 mars 1671, son fils et successeur, Guislain Lebel, obtint le titre d'imprimeur et libraire du Roiy en la ville d'Amiens. A ce titre il ajoutait celui d'imprimeur du collège.

F. PouY. Piecherches historiques sur l'imprimerie et la librairie à Amiens. Amiens, 486i .

3. P. Daire. Histoire littéraire, p. 92. — Les A^nants de Sienes, par François de Louvencourt, seigneur de Yauchelles. Aux Amants de la France. A Paris, chez Jean Gesselin. mdxcviii.

4. Paraphrase et traduction en vers du psaultier de S. Augustin à sa

LES LETTRES ET LES ARTS AU XVII® SIÈCLE. oOo

Comme les anges vont de beaux rais reveslus Et l’innombrable cbœiir de toutes tes vertus,

Au royaume du Ciel magnifiant ta gloire,

Ainsi avec tes saincts à jamais je loiieray Ton sainct nom éternel, et le glorifierai.

Changeant mon burnble boucbc en cymbales d’yvoire.

On chercherait vainement dans la littérature fie Loiivencourt et de ses conipatidotes des qualités maîtresses cafiables de la faire applaudir de la postérité. Personne ne s'étonnera que (( la démonstration de la quatrième partie de rien et quelque chose et tout avec la quintessence tirée du quart de rien et de ses dépe^idances, contenant les préceptes de la sainte magie et dévote invocation ^ », de Jean de Mons soit tombée dans l’oubli. Ce titre'énigmatique n’est point fait pour attacher les lecteurs et on ne s’attend guère à y trouver, au milieu d’un indigeste fatras mythologique, « l’origine des maux de la France et les remèdes qu’il convient d’y apporter » :

Vous, d’un œil eshonté, d’un front audacieux.

Foulez aux pieds les loys du monarque des deux,

Vous allumez le feu de la fureur divine Où la France s’embrase en totale ruine.

Vous vous jettez au creux d’un effroiable gouffre

Qui n’aspire qu’horreur, que d’œul, que feu, que soutire.

Si vous avez désir vous sauver du tourment,

Évitez le bourbier du terrestre élément :

Faictes que vostre cœur se transforme en un temple.

Et que Dieu, jour et nuit, soy-mesme s’y contemple.

Ainsi vous trouverez la voye. de blancheur.

Qui conduit droict au port du paisible bon heur.

sainte mère Monique, par François de Louvencourt, seigneur de Vaiichelles, conseiller du Roy, thrésorier de France, général de scs finances en la province de Picardie et ancien premier de la ville dWniiens. Amiens, chez Jacques Ilubault, imprimeur et libraire, demeurant devant le Beau- Puits. MDC xxvii. P. 49.

1. A Paris, chez Prevosteau, demeurant au Mont-Saint-îîilaire, rue Chartière. m. d. xciiii.

304 HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

La Morlière se distingue par une intempérance louangeuse qui se déploie en des métaphores hardies, non seulement à l’adresse de Marie, mère de Dieu, mais encore en l’honneur de Louis Xlll, du duc de Longueville, de la comtesse de Saint-Pol L II excelle dans l’art de faire fumer l’encens. Il égale les hommes aux héros de l’antiquité, aux femmes il brode dqs galanteries enrubannées. La complainte de Daphné est un mélange de sonnets et de vers latins farcis de grec, au tour des plus galants. Dans la guirlande de fleurs, une « élite » de fleurs « nobles » deviennent le pâle reflet de la beauté ou de la vertu d’Anne de Gaumont, comtesse de Saint-Pol et duchesse de Fronsac L’œillet, par exemple :

En approchant de si rare beauté,

Vous rougissez, ô des fleurs la plus belle?

Honteuse, à voir, de quoi l’antiquité Comme ceux-cy, ne vous fit immortelle.

Certes dèslors si Madame eust esté,

Le ciel vous eust espanoui pour elle;

Mais faut-il pas à telle nouveauté Offrir aussi quelque chose nouvelle?

Ça donc venez; qu’est-ce tant s’ à Vénus La rose plaist, le laurier à Phœbus,

Ceste autre-là à quelque autre déesse?

Ainsi vrayment s’ elle vous prent à gré,

Œillet, mes huy serez-vous consacré,

En vous nommant la fleur à la Princesse.

La naissance impatiemment attendue d’un héritier des

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