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LES LETTRES ET LES ARTS AU XVII® SIÈCLE

le type est vivant, réel. Les portraits rpi’il trace ont Où susciter d’ardentes colères, (aûui du faux noble émeut sa bile jusqu’à la jilus âpre amertume et celui du faux dévot est un avant-gofit du Tartufe de .Molière ^ :

Il faut aux yeux des geais soient d’église ou de cloistre Contrefaire le saiiict et pour tel ajiparoistre.

Genoux llécliis au temple, en main bi cliappelet,

Prier à bras croisez, les yeux blancs comme lait,

Batre de si grands coups sa poictrine à la messe,

Qu’on en soit rernaripié d’une vulgaire presse.

Caresser et bénir les gens de piété Par mille compliments de feinte bumilité :

Leur exposer à nud sa bonne conscience,

Telle qu’on ne l’a point et taire son offence î Puis, après tout cela, venant parrny les faux Et parjures mondains, faire le plus de maux.

Ces vers de Claude de Mons portent la date de 1028. Alors le goût s’épurait de jour en jour. Au sein de la capitale apparaissait une société d’élite, qui aspirait à réformer et à enrichir la langue française en préparant l’essor d’une littérature plus fine et plus noble. Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet, groupait autour d’elle cette société qui eut tant d’éclat et d’autorité jusqu’au milieu du règne de Louis XIV. L’hôtel de Rambouillet, situé entre le Louvre et les Tuileries, devint le rendez-vous des beaux esprits de la Cour et de la ville. C’est l’honneur d’Amiens d’y avoir vu briller un de ses plus illustres enfants : Vincent Voiture, fils de Vincent Voiture, marchand de vin, et de Jeanne de Collemont, né le 24 février 1597 dans la maison située à l’angle de la rue Saint-Germain et de la rue des Doubles- Chaises 2.

1. Les chants oraciileux, p. 97. — Cf, Molière. Le Tartufe. Acte I, scène VI.

2. Antiquaires de Picardie. Bulletin. T. IX, p. 204. .A. r3uROis. Mémoire sur la maison où naquit à Amiens Vincent Voiture.

Du registre aux baptêmes de la paroisse de Saint-Germain pour Tannée

308 HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

Poète dès l’âge de quinze ans, Voiture dut à une amitié de collège d’être mêlé de bonne heure aux hommes distingués de la capitale, et il jouissait déjà d’une certaine réputation, lorsque le comte d’Avaux l’introduisit à l’hôtel de Rambouillet. Doué d'un esprit frivole, mais délicat et facile, notre compatriote possédait au suprême degré l’ingéniosité nécessaire pour maintenir la belle humeur dans l’aristocratique assemblée et provoquer le sourire sur les jolies lèvres des grandes dames. Les moindres sujets lui fournissaient matière à de charmants récits ; un rien prenait de l’élégance sous sa plume. Ce fut un des hommes les plus aimables que les lettres et l’usage du monde aient jamais formés.

Son œuvre ^ se compose essentiellement de deux cents lettres et de quelques poésies. Il excelle dans la narration -, il a de plus le génie oratoire. Assouplir la rhétorique pédantesque de Balzac, la nuancer en y mêlant des teintes d’ironie, des saillies imprévues, en faire une rhétorique de salon, légère, galante, déjà un peu subtile, mais qui a du charme et qui peint bien la société qui s’en est éprise, tel paraît avoir été le but de Voiture. Il l’atteignit dans sa correspondance. En poésie, il affecte l’archaïsme et ressusciterait volontiers les rondeaux et les ballades de Marot. L’antithèse lui est familière; la faisant passer des mots dans lés idées, sans cesse il y revient. L’antithèse a inspiré l’audacieux et spirituel impromptu à la Reine-régente se promenant sous les ombrages de Rueil. Le poète y fait précisément allusion à l’aventure de Buckingham à Amiens.

1597 : « Le xxiiu® jour de frévrier a esté baptizé Vincent, fds de mons^ Vincent Voiture, Les parrains : M®® Nicolas de Lan et Jehan de Herte, trésoriers généraulx de France. Les marrines : damoiselle Françoise Blancefort et Marie Sacquespée, »

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