‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 136 sur 294 · Les œuvres de M. de Voiture. Édit. Roux. Paris · texte numérisé non relu

Les œuvres de M. de Voiture. Édit. Roux. Paris

2. L. Petit de Julleville. Histoire de la langue et de la littérature françaises, pp, 113 et suiv.,

LES LETTRES ET LES ARTS AU XVll'’ SIÈCLE. oOO

Je pensois que la destinée,

Après tant d’injustes malheurs,

Vous ajustement couronnée De gloire, d’éclat et d’honneurs;

Mais que vous estiez plus heureuse Lors((u’on vous voyoit autrefois.

Je ne veux pas dire amoureuse,

La rime le veut toutefois

Je pensois, nous autres poètes Nous pensons extravagamment.

Ce que dans l’estât où vous estes.

Vous feriez si, dans ce moment,

Vous avisiez en ceste place Venir le duc de Buckingham ;

Et lequel seroit en disgrâce De lui ou du père Vincent.

Aucun Amiénois n’a travaillé à cette époque pour le théâtre. Aucun — Voiture excepté — n’a participé au grand mouvement littéraire précurseur de la belle tragédie et de la comédie de bon goût qui vint détrôner les mystères et la vieille farce gauloise. Des troupes de comédiens ambulants parcouraient alors le royaume, vivant de leur talent, récitant les chefs-d’œuvre de Pierre Corneille et de Jean Rotrou, plus tard, ceux de Racine et de Molière. Ils louaient ici la salle du Jeu de Paume R et trouvaient un public empressé d’applaudir ce qu’on nommait la comédie. Les jésuites contribuèrent d’autre part à développer l’art scénique à Amiens. Deux fois par an, leurs élèves donnaient des représentations latines ou françaises auxquelles assistaient l’évêque, l’inten-

1. Arch. mun. Délit. BB 66, p. 66. 24 octobre 1664. Le Jeu de Paume occupait une partie de l’emplacement de l’aile Est de l’hôtel de ville actuel (cf. le plan de la p. 239). La salle présentait une surface de luiit cent soixante pieds carrés. Le maître du Jeu de Paume (le paumier) la louait aux troupes de comédiens ambulants qui avaient succédé aux joueurs de personnages.

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

dant, le gouverneur, l’échevinage et l’élite de la société. La classe de seconde jouait pendant le carnaval. A la rhétorique était réservé l’honneur de la grande tragédie ou du drame héroï-comique de la distribution des prix. Le ballet, avec danses, chœurs, récitatifs, n’en était pas le moindre attrait. Plusieurs pièces du répertoire du collège ont été composées par des jésuites appartenant à des familles amiénoises : Borcjia ou le triomphe de la mort est du Père de Sachy, la boîte de Pandore ou la euriosité punie du Père de Lestocq L Au début du xvif siècle, la querelle du catholicisme et du protestantisme se poursuivait la plume à la main. Le chanoine

1. P. Carlos Sommervogel. Bibliothèque de la Compagnie de Jésus. Paris, 1890. T. I, col. 283. — T. VIII, col. 1627.

Voici les pièces représentées au théâtre du collège pendant le xvii® siècle et dont les programmes imprimés ont été conservés ;

Janvier 1654. Les triomphes de Parthénie. — Mai 1657. Geneviève, tragédie. — Mars 1664. Maximianus ou la religion vengée, tragédie latine.

— Février 1670. Victoria, vierge et martyre, tragédie latine. — Août 1671. Phüadelphus, tragédie latine. — Avril 1671. Theobaldus. — Août 1672. Borgia ou le triomphe de la mort, tragédie latine. — 1676. Henri Loiseleur, tragédie. — Août 1681. Sennacherib, tragédie latine. Ballet allégorique qui jxprésente les avantages que les belles-lettres reçoivent des prix donnez ceste année par messieurs du Présidial d’Amiens et la reconnaissance qu’elles en ont. — Février 1682. Le fou sage, comédie latine.

— Août 1682. La fable victorieuse de la vérité, ballet. — Mai 1685. Celsus, tragédie latine. — Février 1689. La boîte de Pandore ou la curiosité punie, comédie, — Février 1689. Le chasseur guerrier, drame comique. — Février 1691. Gigantomachia, comédie latine. — Août 1691. Domitilla, tragédie latine. La Ligue d’ Augsbourg, ballet. — Février 1692. Bérénice, tragédie. Le carnaval, ballet pour servir d’intermède à la tragédie de Bérénice. — Janvier 1693. Dandolus, drame comique. Les plaisirs de la campagne, ballet pour servir d’intermède à la tragédie de Dandolus. — Février 1696. Justo Ucondono, tragédie. Monsieur de Niesenville, ballet.

— Février 1697. Le faux savant, drame comique. — Août 1697. Lite, tragédie. La guerre, ballet pour servir d’intermède à la tragédie de Lite.

— Août 1698. Flavius, tragédie. Le triomphe des beaux-arts pendant la paix, ballet pour servir d’intermède.

LES LETTRES ET LES ARTS AU XVII* SIÈCLE. oll

Robert Viseur \ mort le b septembre 1(318, fut un polémiste fameux en relation suivie avec le cardinal Raronius. Les hérétiques le redoutaient. Les ministres de la religion [irétendue réformée, Le Iluclier et de la Tour entrèrent fréiiuemment en lutte avec lui. Les bourgeois se passionnaient pour les disputes scolastiques et lisaient avec avidité les traités qui résumaient ou déveloiipaient les princifiaux arguments échangés dans les controverses. C’était le temps où, donnant à certains passages des écrits de saint Augustin une interprétation erronée, Jansénius, évêque d’Vpres, et du Vergier de Ilauranne, abbé de Saint7Cyran, venaient à leur tour de jeter la semence d’une hérésie dont on a dit avec raison qu’elle est un luthéranisme déguisé. Lorsque parut (1640) V Augustinus qui renfermait la thèse enseignée par Jansénius, l’arniénois Nicolas Cornet grand maître du collège de Navarre, occupait les fonctions de syndic de la faculté de théologie de Paris et devait, en cette qualité, s’opposer à l’introduction des nouveautés contraires à la croyance orthodoxe. Nous n’avons point à faire ici l’historique des cinq propositions rédigées par lui, non plus que de la condamnation du livre de Jansénius qui s’en suivit. Cette condamnation déchaîna contre Nicolas Cornet toutes les foudres du jansénisme, mais lui valut, après sa mort, le grand honneur d’être loué par Bossuet, qui prononça son oraison funèbre, le 27 juin 1663, dans la chapelle du collège de Navarre.

1 . Robert Viseur, fils de Robert Viseur, tanneur de profession, ne' vers 151)5, docteur en théologie, curé de Saint-Firmin-le-Confesseur, mort le 6 septembre 1618. — Antiquaires de Picardie. Bulletins. T. XIX, p. 643. — Abbé Boucher. Robert Viseur.

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