Arch, mun. AA 70. Lettre autographe du 2 juin 1G
326 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
pour nous présenter Nous travaillons maintenant à faire
notre cour et nos visites à Mons. le duc d’Orléans, à Mons. le prince de Condé, à Mons. Mazarin, à Mons. le Chancelier, à Messieurs les secrétaires du Roi »
L’avènement du nouveau règne rend confiance aux princes et aux grands longtemps humiliés et persécutés. Délivrés du joug de fer de Richelieu, ils relèvent fièrement la tête. La régente et Mazarin usent de modération et de clémence afin de ramener ceux que l’inflexible sévérité du dernier régime avait éloignés. « Tous les exilés furent rappelés, dit le cardinal de Retz, tous les prisonniers remis en liberté, tous les criminels justifiés. » Parmi les grands seigneurs qui profitèrent de cette mesure d’amnistie figure en première ligne le duc d’Elbeuf. Relégué en Flandre depuis douze ans, il franchit avec bonheur la frontière et reprend possession du gouvernement de Picardie, que le duc de Chaulnes occupait en son absence. A peine revenu à Paris, désireux de se concilier l’affection des Amiénois, il comble de prévenances leurs députés accourus pour le féliciter d’être rentré en grâce L Le prince les promène dans son carrosse, les admet à son lever en compagnie de personnages de distinction, les invite à sa table, leur promet sa prochaine visite avec la duchesse et ses enfants.
Quelques années après, la Fronde divise la Cour et le Parlement. Ici comme ailleurs, on se passionne pour ou contre les princes engagés dans la lutte. Le duc de Luynes, les duchesses de Longueville et de Chevreuse y sont très connus, et, lorsque le duc d’Elbeuf est institué généralissime des armées levées par le Parlement contre le gouvernement de la Reine, dans son grand désir de ménager les deux adversaires, l’échevinage est perplexe.
1. Arch. mun. AA 70. Lettres autographes des 20, 29 novembre et 14 décembre 1643.
LE RÈGNE DE LOUIS XIV
La situation était extrêmement tendue au mois de janvier i649. Anne d’Autriche, le cardinal Mazarin et leurs conseillers les plus dévoués, sans cesse en butte aux outrages des pamphlétaires, injuriés par le peuple des halles, réduits à une attitude humiliée, quittent tout à coup la capitale et s’installent à Saint-Germain, [)uis à Compiègne, dans l’espoir que le temps calmera la termentation des esprits. Anne d’Autriche vient alors à Amiens (juillet IGiO) L mais y rencontre une froideur marquée. Les bourgeois l’importunent de leurs doléances ~ touchant le malheur des temps. D’autre part les Parisiens envoient message sur message pour la supplier de rentrer dans leur ville qui souffre de l’absence de la Cour.
Si vous emportez nos louis Au moins renvoyez-nous Louis !
Pour le reste, je vous le donne S’il (le roi) ne demeure dans Péronne Ou dans Amiens arresté
Dans une harangue qui est censée avoir été prononcée à Amiens, certain personnage anonyme adjure la Reine d’abréger les jours de son exil :
« Acheminez-vous donc à votre bonne ville Amenez
avec vous le rejeton du grand saint Louis, votre cher fils et royî Venez le faire asseoir en son lit de justice^. »
1. Nouvelles letU^es de feu ilP Guy Palm, tirées du cabinet de Charles
Spon. Amsterdam, 1766. T. I, p. 20. « Elle résolut de quitter la ville sous ombre de petite vérole et de s’en retourner à Compiègne w
2. L’évêque d’Amiens insista « sur les plaintes et les clameurs du mauvais traitement que les gens de guerre faisaient en ces quartiers-là ; ils tuoient, voloient et bruloient des villages entiers. »