‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 15 sur 294 · PUOGUÈS DE LA RELIGION RÉFORMÉE · texte numérisé non relu

PUOGUÈS DE LA RELIGION RÉFORMÉE

avidité. Les nouveaux do^^mes y apparaissent armés de toutes les séductions du style et égayés par de fines raillci’ics ou de malicieuses allusions à l’adresse du clergé L

Les prédications de la station de l’Avent (1501) engendrent de graves contlits entre l’évéclié et l’échevinage. .lacohin.^;, Augustins, Carmes, Minimes, Cordeliers, rivalisent de zèle et partout la chaire sacrée retentit d’invectives violentes contre les édits ^ royaux et contre les magistrats chargés d’en assurer l’application.

Le peuple prend parti pour ou contre le prédicateur et des bagarres se produisent à la porte des églises. L’échevinage s’en plaint; l’évér|ue Nicolas de Pellcvé-" qui, luirnême, donne l’exemple d’une grande modération de langage, recommande la prudence à ses prêtres.

Les épithètes de huguenots, papistes, cafards, luthériens, hypocrites, et autres aménités de ce genre, volent par les rues. Souvent les discussions dégénèrent en des rixes san-

1. Arch. mun. BB 34, p, 83 v°. mars 1361. — Ileg. aux Chartes

AA 14, p. 173 v°. « Ung nommé Adrien Sanson demourant à Genevfve,

porteur de faux livres et de faulses doctrines » est emprisonné au beffroi, au mois d’aout 1560.

2. Ibidem. Délib. BB 35, p. 26 v®. 4 novembre 1561. « A esté trouvé fort

estrange que les prédicateurs Jacobin, Augustin, Cordelier et Carme

contrevenans aux éédietz du Roy, usent erl leurs prédications de plusieurs invectives et propos séditieulx, lesquels ne pœuvent esmouvoir le pœuple qu’à querelles, débatz, irritations et séditions, ce qui est très

dangereulx et périlleux au temps où nous sommes » Des échevins se

transportent « pardevers Mons. l’évesque d’Amiens affin de le prier.,... qu’il lui plaise admonester les prédicateurs de prescher modestement et sans invectives »

3. Nicolas de Pelleve', fils de Charles de Pellevé et d’Hélène de Fay. né le 18 octobre 1518, avait été conseiller au Parlement de Paris avant d’entrer dans les ordres. Ses bulles sont du 30 juin 1552. Il fit son entrée à Amiens le 15 août 1553. Il se démit de l’évéché d’Amiens en 1562. devint archevêque de Sens, puis de Reims, enfin cardinal du titre de saint Jean et saint Paul. Il mourut le 26 mars 1504.

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

glantes et l’échevinage, qui s’efforce de maintenir les habitants « en toute douceur, modestie et fraternité », se voit obligé d’interdire, sous peine de mort, la circulation après neuf heures du soir et les rassemblements de plus de quatre personnes h

Enfin on connaîtra le degré de l’effervescence populaire, quand nous dirons que la procession, plusieurs fois séculaire et si respectée du jour de l’Ascension (1561), n’aurait pu franchir le seuil de l’église Notre-Dame, si des détachements en armes n’avaient été placés à proximité des rues qu’elle devait parcourir, prêts à maintenir l’ordre dans le cas où des manifestations hostiles se produiraient.

Le prince de Condé - obtient sur les entrefaites le gouvernement de Picardie qu’il convoitait depuis longtemps. La princesse, Éléonore de Roye, y possédait de grands domaines. Les réformés admiraient en elle une prosélyte ardente qui avait beaucoup contribué à entraîner et à maintenir le prince dans leur parti. Ils saluèrent son arrivée avec joie.

Senarpont, empressé de plaire au gouverneur, donne une première satisfaction aux huguenots en exigeant que le

1. Arch. mun. Reg. aux Chartes AA 14, pp. 181 y°, 182. 17 et 24 mars 1561. — P. 190. 7 décembre 1561. « Pour les grandes et périilieuses scéditions et émotions qu’avons veu à l’œil avoir esté ce jourd’huy faictes en ceste ville,.... » ordonnance de se retirer incontinent chacun chez soi, sous peine de vie; interdiction des attroupements de plus de quatre

personnes; d’aller en armes parles rues, de s’injurier Publié aux lieux

ordinaires, « mesmes devant l’église Nostre-Dame et le monastère des Augustins. )) — Ibidem, p. 190 v“. 9 décembre J 561. « Sur ce que plusieurs personnes se trouvent et assemblent par les rues d’icelle ville par grandz trouppes, alterquans, disputans et se mutinans les ungs contre les aultres, » défense de s’assembler dans les rues.

2. Louis I de Bourbon, prince de Condé, né le 7 mai 1530, fils de Charles de Bourbon-Vendôme et de Françoise d’Alençon; frère du roi de Navarre et du cardinal de Bourbon, roi de la Ligue ; époux d’Eléonore de Roye, dame de Roye, Breteuil et Conty.

PROGRÈS DE LA RELIGION RÉFORMÉE. 2‘j

gardien de la porte de Noyon soit immédiatement réintégré en sa charge. (Novembre 15GI) b

Les catholiques protestent, mais en vain. Leurs adversaires triomphants détiennent le pouvoir. Firrnin le Cat et Pierre du Gard se succèdent dans la dignité de mayeur.

Pourvu (( qu’ils ne s’ingèrent pas de se saisir des églises et qu’ils ne fassent aucun brisement de croix ou d’images, ni force ou violence aux gens d’église en leurs personnes ou en leurs biens, ni prêches en rues et places publiques » une grande liberté est laissée aux calvinistes. Les récentes instructions données à Condé le veulent ainsi, et les catholiques, irrités des faveurs de la reine-mère pour l’hérésie, se laissent entraîner sur la pente naturelle de la vengeance.

L’église réformée d’Amiens, qui tendait à prendre une existence régulière, rassemblait ses adeptes dans une dépendance de la maison du baron de Dompmartin, située à l’angle de la rue du Puits et faisant face à la chapelle des Augustins. On y écoutait les exhortations du ministre, on y célébrait la cène. Un jour que les huguenots s’étaient réunis comme de coutume, ils se virent assaillis, à la sortie du prêche, par un peuple furieux qui remplissait la rue et poussait des cris menaçants. La lutte s’engage, tandis que les cloches de Notre-Dame et de l’église Saint-Firmin-le- Confesseur jettent^ dans les airs la note sinistre du tocsin. Plusieurs personnes sont blessées. Des échevins, le mayeur

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