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CHAPITRE VI

PÉRIODE DE PROGRÈS

I. Le commerce et l’industrie. — La sayeterie au temps de Colbert.

— Règlements de 1666 et de 1669. — Compagnie des Indes. — Inspecteurs de la manufacture. — Conseil supérieur du commerce. — Assemblée locale du commerce. — Extension de l’industrie et du commerce. — La chambre de commerce. — L’édit de 1762 compromet la fortune d’Amiens.

— La filature de coton. — Pannes, peluches, velours. — La manufacture royale. — Les denrées coloniales. — IL Embellissements et améliorations. — Sollicitude des intendants. — La municipalité suit l’impulsion donnée. — Le port, les fontaines, la monnaie, le beffroi, l’hotel de ville, la Hotoie, la salle des concerts, l’hôtel de l’intendance, la halle marchande, la caserne de Cérisy, la halle aux grains, la place Périgord, le théâtre, l’éclairage, les promenades. — Le luxe s'affirme. — Relations avec Paris. — Les gazettes. — Les Affiches de Picardie. — Le séjour d’Amiens est recommandé aux Anglais. — III. Mouvement littéraire et scientifique. — Les écoles et le collège. — La société littéraire et l’Académie. — J. -B. Gresset. — Beaucoup de rimeurs, peu de poètes. — Cours de sciences et jardin botanique. — Concours académiques. — Sculpteurs de f école amiénoise. — École publique des arts. — Le premier salon. — La salle du jeu de paume. — Le théâtre et son inauguration le 21 janvier 1780.

Le commerce et l’industrie.

L’influence du pouvoir royal, longtemps demeurée à l’état latent et comme abritée derrière la personne du bailli et du gouverneur, se découvre et se manifeste ouvertement,

PKKIODE DE PROGRÈS.

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à l’heure présente, cliez l’intendant. On se résigne à ne plus rien décider que suivant son bon plaisir, on subit ses volontés.

11 est des hommes toujours disposés à protester contre ringércnce du pouvoir royal ; il en est beaucoup qui trouvent le chilFre des impôts bien lourd et le rachat des olliccs écrasant b mais cette opposition, limitée dans sa hardiesse, n’entrave })as la marche des atïaircs. Que la liberté de l’élection des magistrats municii)aux soit maintenue en principe et le pouvoir dévolu à un maire assisté de six échevins et de quatre conseillers de ville, comme dans les constitutions de 1692 et de 1771 ; que cette liberté ait été supprimée pendant plusieurs années, comme en 1734 et en 1739; que le Roi impose l’obligation de recruter les échevins parmi les gens de robe longue, les nobles et les marchands, comme en 1726, ou que les responsabilités du pouvoir se trouvent réparties entre trois catégories d’administrateurs, — le corps de ville, les officiers municipaux, les notables, — comme le stipulaient les édits de 1764-1763,

1. Édits de mai 1702 et janvier 1704. La vénalité des offices municipaux étant rétablie pour la seconde fois, Amiens rachète la liberté des élections moyennant 50,000 livres. BB 70, pp. 94 v°, 487.

Edit d’août 1722. La vénalité est rétablie. Cet édit, révoqué par un autre de juillet 1724, ne reçoit pas d’exécution. Les élections se continuent comme auparavant.

Édit de novembre 1733. La vénalité des offices municipaux est rétablie. Amiens rachète le droit de l’élection moyennant 50,000 écus payables eu huit termes.

Edits d’août 1764 et mai 1765. Suppression des offices municipaux créés par l’édit de 1733 et rétablissement de la liberté des élections avec institution de l’assemblée des notables.

Édit de novembre 177 1. L’élection est encore supprimée et la vénalité des offices municipaux étant rétablie, pour la quatrième fois, Amiens rachète le droit à l’élection, moyennant 70,000 livres.

Augustin Thierry. Documents inédits. T. III, pp. 104, 201, 233, 232, 274, 316, 318.

3o2 HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

cette instabilité, ruineuse pour le budget, n’apporte aucun obstacle sérieux au progrès. On se laisse vivre sous l’égide toute puissante de la monarchie, on travaille énergiquement à accroître l’importance industrielle et commerciale, en dépit des crises économiques qui sévissent à intervalles rapprochés, crises terribles lorsqu’elles menacent l’ouvrier dans son existence b En effet, i’àme d’Amiens s’est profondément modifiée depuis cent années. Les soucis, les espérances ont pris un cours différent. Les préoccupations étaient jadis pour l’autonomie communale, pour la garde des remparts. Aujourd’hui les intérêts du négoce dominent tous les esprits.

Bien que déjà renommée au temps passé-, la sayeterie,qui comprenait tous les genres de tissus manufacturés à Amiens, était demeurée longtemps stationnaire. Quelques négociants jouissaient de belles fortunes; mais les maîtres fabricants, élevés et maintenus dans les rangs inférieurs de la société^,

1. Arch. nat, G 7 97. Janvier 1721. Lettre de Chauvelin. « Ils ont la douleur de voir ces pauvres ouvriers se désoler au milieu des clameurs de leurs enfants qui leur demandent du pain sans pouvoir leur en donner, ni trouver personne qui soit en estât de les secourir dans leurs besoins; l’indigence où ils sont réduits les met dans la nécessité de prendre de mauvaises nourritures et de se priver de linge ; leurs personnes et leurs maisons exhalent une si grande infection qu’il est tout à craindre que la

peste ne survienne » Arch. mun. Délit. BB 90. 1767-69, passim.

Administration des notables.

2. Dans le « Nouveau règlement sur toutes sortes de marchandises et

manufactures par M. le M. de la Gomberdière. Paris i63A, réédité

par Édouard Fournier, Variétés historiques et littéraires, » T. III, p. 119 :

« Amiens peut aussi fournir de camelots, serges, toiles et fait que les

nations estrangères viennent en icelle faire de grandes emplettes ; ce qui rend la ville riche et seroit à désirer. Sire, que toutes les autres villes de vostre royaulme fissent le semblable. »

3. Arch. nat. G 7 85. 23 mars 1689. Lettre de Chauvelin : « La ville d’Amiens a un octroy de 5 livres 6 sols sur chacun muid de vin, 6 livres sur chaque banque d’eau de vie et 6 livres sur chaque cent pesant de

Histoire delà Ville d’Amiens Tome IL PI VI

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l’ÉIllODE DK PR0GIU':S.

privés d’émulation, écrasés par la concurrence étrangère, gagnaient péniblement leur vie. Colbert vint. Cet homme, dont le génie contribua si f)uissamment à la gloire et à la richesse du pays, dota la France d’institutions industrielles et d’établissements manufacturiers rpji lui permirent de lutter avec les autres nations, avec l’Angleterre et la Hollande surtout. Le système de Colbert, dans les choses f[ui se rattachent au progrès de la manufacture d’Amiens se résume en deux mots : révision des règlements f|ui fixent la largeur des étoffes pour les ramener aux dimensions des tissus de fabrication étrangère, prohibition des produits étrangers, notamment des lainages d’Angleterre.

Les nouveaux statuts imposés à la sayeterie, qui portent la date du 23 août 1666 i, rencontrent une vive opposition, même chez les échevins chargés d’en requérir l’application. 11 fallait transformer les métiers devenus trop étroits, malgré le degré de perfection que la routine arniénoise persistait à leur attribuer ', aussi Colbert brise-t-il les résistances de ces artisans « qui ne se soucient jamais du bien général, pourvu qu’ils y trouvent un petit profit particulier. Convaincu que

tabac afîermé, la somme de 23,B00 livres Rien que la ville soit grande

et bien peuplée, il n’y a que cinq ou six marchands qui aient du bien considérablement ; il y a des officiers du présidial et des trésoriers de France et tout le reste est un très grand nombre de petit peuple et d'ouvriers que la manufacture y fait vivre. »

1. Statut^ et règlemens arrestex, au Conseil pour les sayteurs, hautelisseurs, houpiers, foulons et autres ouvriers faisant partie de la manufacture d’Amiens, du 23 août / 6*6*6*, dans le Herueil des règlements généraux et particuliers concernant les manufactures et fabriques du royaume, T. III, p. 218.

2. Bibl. nat. — Mélanges Colbert, 141 bis, p. 460. 10 octobre 1006. Lettre des échevins d’Amiens : « La manufacture de cette ville est tellement parfaite et achevée que l’on y trouve son commencement et sa perfection {sic) par le moyen des diiïérents métiers qui donnent à ladite manufacture toutes sortes d’apprets. »

les règlements produiront, tôt ou tard, un grand avantage au peuple ^ )•> il saurait révoquer les magistrats hostiles à ses vues

Les règlements renchérissent encore sur les sévérités des ordonnances anciennes. Le moindre défaut dans la fabrication, une irrégularité dans l’aunage, une infériorité dans la matière première, « un fil trouvé frais et moite pour frauder le poids, » entraînent la confiscation de la marchandise lacérée et brûlée à la grande honte du fabricant qui encourt, dans le cas de récidive, d’abord le blâme public, ensuite la peine du carcan. Le bourreau l’attache au pilori pendant deux heures, avec un échantillon de la pièce d’étoffe reconnue défectueuse

L’observation des règlements de 1666 et de 1669, concernant la longueur, la largeur, la qualité des draps, serges et autres étoffes de laine et de fil, jointe au minutieux examen qui précède l’apposition du plomb de contrôle, deviennent autant d’éléments de prospérité. Moins de vingt ans après les premières instructions de Colbert, les camelots d’Amiens égalent en perfection les camelots de Bruxelles Partout on demande le plomb d'Amiens ^

Colbert intéresse les industriels à la création de la Compagnie des Indes ^ et institue des inspecteurs de la manu-

1. Lettres, Instructions, Mémoires de Colbert, T. II, p. 738, 17 septembre 1682. Lettre à M. de Breteuil.

2. Depping. Correspondance administrative de Louis XIV. T. III, p. 840. 12 septembre 1670. Lettre à M. Barillon d’Amoncourt : « Je vous prie de faire en sorte que les échevins exécutent avec sévérité les statuts et en cas qu’ils soient réfractaires, en les chassant de la magistrature. »

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