‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 17 sur 294 · PROGRÈS DE LA RELIGION RÉFORMP'E · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA RELIGION RÉFORMP'E

résistance, ils se ruent sur la dcnneure du baron de Dompmartin, enfoncent les portes, pillent, saccagent, se livrent en un mot aux plus coupables excès, pendant rpie les calvinistes exaspérés envahissent à leur tour la chapelle des Augustins où la bagarre recommence avec plus de fureur. (7 décembre 1561 h)

On célébrait le lendemain la fête de la Conception de la Vierge Marie. Les calvinistes, usant de représailles, se précipitent dans la cathédrale à riieure des vêj)res ca[)itulaires, tombent à l’improviste sur les fidèles réunis ce jour-là en grand nombre. Le sang coule encore et les huguenots se heurtent à une résistance énergique : « Ils furent assez mal traités. »

De tels désordres causaient une irritation extrême à l’hotel de ville. Forestier et du Gard partent sur l’heure pour Paris afin d’en informer le prince de Gondé, qui promet de venir au plus tôt châtier les coupables pendant que, de leur côté, l’évêque et le chapitre^ intriguent en Cour pour obtenir l’interdiction des prêches, conformément à l’édit de Romorantin.

1. Arch. mun. Délib. BB 35, pp. 29, 37 v®, 46. Les débats du procès

engagé à la requête de l’échevinage contre les « séditieux » ne furent pas exempts de passion. L’échevinage déclare qu’il récuse « et tient pour suspects ; M®® Anthoine Lequieu, lieutenant particulier, Charles Picquet, François Castelet, François Scorion, Jacques Lecaron et Jehan Cousin, conseilliers, parce qu’ilz ont en telle haine ceiilx qui font profession de l’évangille et qui se disent suivre l’église réformée.. .. qu’ils font mestier journellement de les condempner premier que leurs causes soyent congnues »

2. Ibidem. Délib. BB 35, p. 32. 17 décembre 1561. « Ont esté veues

les lettres missives de Mgr le prince de Condé par lesquelles il mande

qu’il sera de brief en ceste ville pour faire faire pugnition exemplaire des auteurs des séditions puis naguère advenues »

3. Ibidem. Délib. BB 35, p. 47. 15 janvier 1562. « Aucuns chanoynes et marchans jusques au nombre de douze ou quinze séditieusement et

secrètement avoyent faict signer par plusieurs habitans certain escript

qu’ils avoient porté en court, assistez de lettres missives de messieurs les évesques d’Amiens et de Nantes adressantes à Mgr le connestable »

Deux cents catholiques ^ avaient été maintenus en état d'arrestation ou bannis à la suite des émeutes des 7 et 8 décembre ; chacun sortit des audiences du bailliage plus aigri contre ses adversaires et plus compromis par les opinions émises dans la chaleur de la discussion. L’hostilité des huguenots s’accentuait de jour en jour ;

Par le refus de la gratification accordée de temps immémorial aux orateurs de Carême^;

Par le refus de porter la châsse des reliques de saint Firmin à là procession de l’Ascension ^ ;

Par le maintien, à son poste de maître d’école, du moine apostat Roland, qui expliquait à sa façon le catéchisme à la jeunesse, malgré les ordonnances contraires.

(( Le Roi veut que l’honneur de Dieu et de la sainte Église soient maintenus, dit à ce propos François de Ganteleu, ce qui ne se ferait, si on permettait tels régents enseigner la nouvelle religion qui est opposée à la sainte Église. »

Et Riencourt répond :

(( Le Roi par ses édits défend à ses sujets de rechercher la conscience les uns des autres »

1 . La Morlière. Recueil des Antiquités de la ville d’Amiens, in-f°, p. 242.

2. Arch. mun. Délib. BB 35, p. 68 v°. 9 avril 1562. « Prins les advis qui ont esté telz, asçavoir Ganteleu, Dubois, Dardre, Fontaines et Aux-

cousteaux, de leur donner et aulsmosner ainsy qu’il a tousjours esté

faict, et Forestier, Biencourt, du Gart, Legrand, Watel, Collemont et de Flandres de ne leur donner aucune chose, parce que c’est l’affaire à Mons. l’évesque d’Amiens à les stipendier »

3. Chaque année l’échevinage désignait huit échevins pour porter la chasse du saint. C’étaient d’ordinaire les nouveaux élus. M® Bon Dufeu et Pierre Fournet prétextent un voyage à Paris pour s’en dispenser. M® Jean de Saisseval interrogé « s’il n’est pas délibéré de porter icelle châsse » répond « que non et qu’il seroit bien dadvis que on ne la portas! point. » On dut, au grand scandale de la population, s’adresser, en dehors de l’échevinage, aux anciens mayeurs Antoine Sauvai et Jean Dippre pour compléter le nombre des porteurs de la relique. Délib. BB 35, p. 70.

Page 1