Ibidem C 372 Mémoire précité de L. Villard
HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.
Maynon d’Invau, Dupleix et d’Agay. Mgr de la Motte l’un des plus distingués parmi les prélats qui ont gouverné le diocèse et l’émule du célèbre évêque de Paris, Christophe de Beaumont, dans la lutte contre le Jansénisme, protège les belles-lettres. Il accueille dans son palais l’Académie naissante et fait profiter la ville du crédit qu’une haute réputation de sainteté lui donne à la Cour. Gresset a dit qu’il fut « l’ornement, le salut, fange de son siècle et que son nom chéri de la France et de l’Europe rappelait le modèle le plus parfait que l’humanité ait peut-être jamais offert de toutes les vertus de l’homme céleste et de toutes les grâces de l’homme aimable. »
Le duc de Chaulnes^, membre de l’Académie des Sciences, qui aspire à devenir le Mécène de la province, le comte de Périgord, les grands seigneurs qui les ont précédés ^ dans le gouvernement militaire de la Picardie ou d’Amiens secondent de tout leur pouvoir l’administration des inten-
1. Louis François Gabriel d’Orléans de la Motte, né à Carpentras le 13 janvier 1683, fils du chevalier Joseph d’Orléans de la Motte et de Marthe Ursule du Blégiers d’Antelon, nommé à l’évêché d’Amiens le 25 août 1733, sacré le 4 juillet 1734, prit possession le 14 septembre 1734 et mourut le 10 juin 1774. — L’Abbé Delgove. Histoire de M. de la Motte, évêque d’Amiens. Paris, 1872.
2. Michel Ferdinand d’Albert d’Ailly, duc de Chaulnes, épousa en 1734 Anne Josèphe Bonnier, fille du baron de la Mosson, dont les excentricités causèrent la ruine de sa maison. En 1774, les créanciers saisirent la terre de Picquigny. Elle fut adjugée quinze cents mille livres à M. Briet de Bernapré. Celui-ci la revendit l’année suivante au juif Liefman Calmer, qui ne pouvait porter le titre de vidame de l’évêché d’Amiens ; après un long procès, il céda Picquigny au comte d’Artois. En sa qualité de fils de France, celui-ci ne pouvait relever d’un évêque. Le Parlement le condamna à payer six cents mille livres d’indemnité à Mgr de Machault et le vidamé disparut pour toujours.
3. Le duc de Chaulnes succéda, le janvier 1752, à Charles de Lorraine, dans le gouvernement de la province. Ses prédécesseurs au gouvernement des ville et citadelle avaient été, depuis Antoine de Bar :
PÉRIODE DE PROGRÈS
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dants. Ceux-ci donnent une vigoureuse impulsion au progrès. Leur corresiiondance embrasse une infinité de sujets et dénote l’esprit de justice, l’amour du bien luiblic qui les animent. La ville ne peut établir un octroi, lever une contribution, vendre, affermer scs biens, les administrer sans qu’il intervienne un arrêt du conseil du Roi sur le rapport de ces agents tout puissants des volontés du gouvernement. Tous les travaux sont exécutés sur des plans et d’après des devis qu’ils ont approuvés, c’est devant eux qu’on les adjuge, et Amiens n’a qu’à se louer de la façon dont ils entendent leur mission. Que l’activité du temps les ait aidés, que l’opinion publique les ait encouragés, ce n’est pas douteux. Encore devons-nous reconnaître avec quelle énergie ils mettent au service de tous l’absolutisme royal dont ils sont les dépositaires.
L’élan une fois donné, Pierre Damiens, François Galand, Alexandre du Fresne, Gilbert Morel, seigneur de Bécordel, Antoine du Crocquet, seigneur de Guyencourt, Pierre d’incourt, seigneur d’Hangest, Florent de Sachy, seigneur de Carouges, Jean-Baptiste Jourdain, seigneur de Thieulloy, Antoine Petyst, seigneur de Neuville, Jean-Baptiste Morgan, seigneur de Belloy, Florimond Le Roux, Nicolas de la Haye, Antoine François le Caron de Chocqueuse, ne s’arrêtent pas dans la voie du progrès. Ces magistrats municipaux, que les suffrages de leurs concitoyens désignent tour à tour à la confiance du Roi pour occuper la mairie, apparaissent à nos yeux comme les représentants estimés des familles opulentes qui détiennent alors non seulement toutes les branches du commerce et de l’industrie, mais encore tous les emplois de l’administration judiciaire et financière, et qui
Eugène Marie de Béthisy, marquis de Me'zières. Provision du 7 juin 1 700. Jean de Beaufobt de Montboissier, comte de Canillac. Provision du '25 avril 1721. Louis Auguste d’Albert d’Ailly, duc de Chaulnes. Provision du mois d’avril 1729.
ont fait prévaloir à Amiens le goût de l’ordre, l’habitude du travail, le respect de l’équité.
Nous n’aurions garde d’omettre Louis François Janvier \ le modeste et très remarquable secrétaire-greffier de la ville, qui a rédigé, pendant plus de quarante ans, à travers les mille vicissitudes des bouleversements politiques, les procès-verbaux des séances presque quotidiennes de la municipalité, avec une lucidité, une précision, une sobriété qui n’excluent pas la forme littéraire. Il nous initie discrètement à ses faiblesses, à sa constante sollicitude, à ses divisions passagères. Janvier est par excellence l’annaliste de son temps.
De belles et utiles créations datent de cette époque. L’ancien quai, resserré dans les limites de l’enceinte fortifiée, n’était plus en rapport avec fextension de la navigation, conséquence nécessaire de la prospérité commerciale. Ghauvelin permet de pratiquer une première brèche dans le rempart et établit le port de la grève, au delà du pont Saint-Michel (1738). A cette amélioration, réclamée depuis longtemps, il en ajoute une seconde qui le rend très populaire.
On souffrait de la mauvaise qualité de l’eau des puits. Des infiltrations malsaines la rendaient presque aussi insalubre que l’eau de la Somme. Celle de la Fontaine des Frères, que « les crieurs d’eau d colportaient en ville, n’était point à la portée de toutes les bourses. On enviait l’organisation hydraulique de la capitale. Ghauvelin fait appel à de savants ingénieurs. Le Camus, Forest de Bélidor et de Vaucanson, tous trois membres de l’Académie des Sciences, viennent étudier sur place les moyens de doter Amiens de fontaines publiques. Après avoir fait constater la bonne qualité et la supériorité de l’eau de la Fontaine des Frères,
1. Notice sur Louis François Janvier, secrétaire en chef de la mairie d'Amiens. i735-'l807.
PKRIODK DK MIOGUÈS.
comparée à la Fontaine de la llotoie et à la Fontaine d’Arnonr on décide de construire des machines élévatoires du genre de celles qui fonctionnaient à Paris, afin de la distribuer dans les différents (piartiers. La construction du Château d’eau ' est immédiatement commencée (ITbl-lToS). Jean Sirebeau préside à l’installation de douze fontaines placées en face de l’église Saint-Jacrpies, à la halle, dans la grande rue de Beauvais, au marché au blé, près du cimetière Saint-Denis, près de la cathédrale, en face de l’Oratoire, place du Marché au Feurre, place du Crand-Marché, aux boucheries, en face de l’église Saint-Leu et près de l’église Saint-Sulpice.
L’intendant ne réussit cependant point à sauver l'existence de l’atelier monétaire (jui fonctionnait presque sans interruption depuis les temps les plus reculés. François I", Charles IX, Henri III, l’avaient maintenu en proclamant son utilité 2 à cause du voisinage de la frontière, qui facilitait
1. Mémoires sur rétablissement des fontaines publiques dans la ville
d'Amiens, par le P. Fery, prêtre religieux minime, professeur de l’éeole des mathématiques établie à Pieims Chez la veuve Caron-llubaut , 1 749.
Projet pour rétablissement des fontaines publiques dans la ville d’Amiens, par *** 1750.
Le P. Fery a analysé les eaux de la Fontaine des Frères, de la Fontaine du Cours (de la llotoie) et de la Fontaine d’ Amour. La première, outre qu’elle offre un volume d’eau considérable, produit « une eau légère, pure, claire, transparente sans mélange d’aucun défaut »
Areh. de la Somme G 703 à 720. Plans et profds des monuments à construire et des conduits à installer pour les douze fontaines.
2. Le Château d’eau bâti, en 1738, sous la surveillance de Jumel Riquier. Cf. Areh. de la Somme C 703, (les plans et profds du monument, et liasses 70G à 729) ce qui concerne la constructioii des conduites souterraines et des douze fontaines dont l’emplacement est désigné par Jean Sirebeau, fontainier de Paris, le 7 juin 1731. C 70G, n° 12.
3. Édits de janvier 1549, du 17 octobre 1571, du 28 septembre 1577. Le personnel de l’hôtel de la monnaie comprenait le directeur ou garde, le contrôleur ou contre-garde, l’essayeur, le graveur, les monnayeurs et
l’introduction des espèces étrangères dans le roj’aume. Cet atelier avait rendu de grands services durant les guerres de Flandre. L’édit du 9 août 1771 le supprima. L’hôtel de la monnaie, situé rue Saint-Merry (rue Gresset), fut vendu en 1773. Le temps a respecté le fronton de l’entrée principale, œuvre remarquable de Gressent.
A l’administration de Ghauvelin ^ se rattachent encore la reconstruction, après l’incendie de 1742, du dôme et de la lanterne du beffroi la reconstruction de la façade nord de l’hôtel de ville (1757-1760) 3, la transformation du Cours ou
ajusteurs, le prévôt des ajusteurs. On y voyait le moulin à or et le moulin à argent, le laboratoire aux essais, la fonderie aux billons, les salles du blanchiment, du change, du monnayage, le laboratoire du graveur, celui de l’essayeur, celui du contrôleur, les deux chambres de la justice. Arch. de la Somme. C H75. — Arch. mun. Délit. BB 43, p. loO; BB 92, p. 134 v°.
Marques de la monnaie d’Amiens ; vers 1418, un point au droit sous la troisième lettre de la légende. — 1423, agneau pascal. — 1436, l’agneau et point sous la dix-septième lettre. — 1498-151o, point sous Içi dixseptième lettre. — 1541, une croisette à la pointe de l’écu et point sous la seizième lettre. — 1357-1577, la lettre V. — 1578-1771, la lettre X. — Les douzains de 1550 et 1551 ont une tourelle en fin de la légende.
1 . Bernard Ghauvelin, seigneur de Beauséjour, fils et petit-fils d’intendants de Picardie, administra la province de 1731 à 175 1. Il fut alors nommé intendant des finances et mourut le 14 mars 1767.
2. Arch. mun. Délit. BB 83, p. 114 v“. 13 octobre 1747, « Résolu que
le beufroy incendié sera reconstruit en conformité du plan dressé par le sieur Bayeux » — Itidem, p. 149 v°. 7 mai 1749.
Itidem BB 84, p. 22. 28 mars 1753. Changement proposé dans les plans sur les observations de Simon Duprat, maître charpentier et entrepreneur dudit beffroy.
La grosse cloche fut fondue par Philippe et Florentin Cavillier de Carrépuits. 1748. BB 83, p. 131. — L'horloge, fabriquée par Nicolas Mauvoisin, passait pour un chef-d’œuvre. 1731. BB 84, p. 10. — Arch. de la Somme G 674. Eglises, châteaux de Picardie et d'Artois, T. II.
3. Arch. mun. Délit. BB 85, pp. 52 et suiv. Le placet au Roi critique l’excessive simplicité de la façade nord qui existe encore :
La façade de l’hôtel de ville N’a rien de flatteur ny de fm
PÉRIODE DE PROGRÈS
de la Ilotoic K J/cclicviriage avait agrandi celte promenade, dont l’origine légendaire se perd dans la nuit des temps, en y ajoutant, au siècle [irécédent, une portion du marais d’Amiens-. Cliauvelin fait creuser « le miroir d’eau à l’extrémité des quinconces » La ilotoie devient « l’image fidèle des Champs-Elysées, le lieu le plus charmant où puisse respirer un mortel, avec des allées à perte de vue, des salles de lecture où les zéphirs paraissent avoir fixé leur séjour, des eaux distribuées avec autant de symétrie que de variété »
U Académie de musique, instituée sous ses auspices en 4738, précéda de quelques années la formation d’une société composée de quarante amateurs appartenant à l’aristocratie mondaine qui s’assemblaient le dimanche pour faire de la musique instrumentale ou vocale et qui donnaient une fois par mois des concerts auxquels étaient admis quelques rares privilégiés. L’insigne adopté consistait en une lyre d’or suspendue par un cordon de soie bleue pour les chefs, et de
C’est l’ingénieur gâte ville
Qu’on dit auteur de ce dessin
On n’y voit point l’ordre dorique Non plus que le corynthien Ny le toscan, ny l’ionique.
Enfin, c’est un peu plus que rien.
1. L’étymologie du nom est difficile à expliquer. Il se retrouve fort anciennement, sous la forme Ilotoia (Cf. T. I, pp. 232, 278). La légende qui attribue à une demoiselle de la Ilotoie l’abandon de sa propriété pour « égaudir la jeunesse » ne repose sur aucune donnée sérieuse, non plus que la tradition qui veut que Le Nôtre ait tracé les allées de la promenade.